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Full text of "Histoire de René d'Anjou, roi de Naples, duc de Lorraine et cte. de Provence"

PURCHASED FOR THE 

UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 

FROM THE 

HUMANITIES RESEARCH COUNC1L 
SPECIAL GRANT 



FOR 

Médiéval Studies 



Digitized by the Internet Archive 
in 2013 



http://archive.org/details/histoirederendan01vill 



: 



HISTOIRE 

DE 



RENÉ D'ANJOU. 



TOME PREMIER. 
1408— 1445. 




l0 ' L, [ :.„:>! Mm i)j j. CAIEZ. 




u 



< ?U d'Anjou 



(f'apretf /'■ t7ox&uail /Je,*' 



MHISTOIRE 

DE 



ROI DE NAPLES, DUC DE LORRAINE ET C* E . DE PROVENCE. 



PAR M. LE VICOMTE 



f. l. de Villeneuve bargemont.' 



Quidquid ex Agricola amavimus... manei niansn- 
ruinquei'st in animis hominum,.... fama rerum.» 

TACITE j VIE d'AgRICOLA. 

Ornée de portraits, de rues > de fac-similé et de musique. 

TOME PREMIER. 

1408— 1445. =5 




A PARIS, 

CHEZ J. J. BIAISE, LIBRAIRE-ÉDITEUR , 

BUE FÉROU S. SULPICE, N° 2^. 

1825. 






Oïl ^ 



Sulteùe (Jhruale 



gg^abcttnc 



'ucrieùpe. de LSJwrtp. 



^abame, 



X)i$ne petite Jiik ïre oMoaH^xic'àxQj ho 

Q/\\Dcct\;0-\~A)Vi<(ièo ù'&Liduc&o , \)olYC 2U- 



tesse liorçale, en ïraignant accueillir l'histoire ï>c 
îlené î>'2lnjou, nient répandre un nouvel intérêt 
sur le nom fre cet excellent prince. 

Consacre à retracer îre nobles infortunée sou- 
tenues aoec magnanimité \ à peindre une bonté 
tournante, une piété sincère, une inépuisable bien- 
faisance, une protection constante accordée aur 
lettres et aur beau* arts, l'ouoraigr que je îtéposc 
à nos pieîrs, iîlaîrame, semble reproduire en quel- 
que sorte Tima-ge fidèle ftes illustres familles aux- 
quelles nous frêne? le jour; j'oserais ajouter celle 
fre Dotre vitesse ftoijalc elle-même, si le respect 
ne m'interdisait îre rappeler ici fre généreur encou- 
ragements profrijgués aur artistes, îies talents 
aimables que lu mofrestie ne peut toutefois cacher, 
une foule fre bienfaits front la reconnaissance a 
souleoé te ooilc, et hélas! fres froideurs quun 
héroïque courage a pu seul égaler. 

Si la nie fre Uené Onjou reporte nos pensées 
sur ces annales remplies fres actions fre nos an- 
cêtres, et ners ces belles contrées où le ciel nous 
résrroait à la France; si notre Jïls, cet auguste 
héritier fre tant fre rois, n puise un jour De salu- 



tairas teams , \e n'aurai rien à muter am écritiaiw 
Iront les travaux ont obtenu le plue fcc glaire 



y£? j//m avec £e/iÂte * Arcfond r&Aecf, 



dibcuWite^ 



De ttoto 2tlte6ge îioijak, 



«jfc \fteè ?îbe,îe 6&cvvte*uy f 



&,<&*'£?.&<£%& 



Mieicve. 



LISTE DES SOUSCRIPTEURS. 



)®Q®t 



S. M. Charles X. 

S. A. Pi. Monseigneur le dauphin. 

S. A. R. Madame, la dauphine. 

S. A. R. Madame duchesse de Berry* 

S. M. I. et R. l'empereur Alexandre. 

S. M. le roi de Prusse. 

S. À. R. LE GRAND DUC DE WuRTZ BOURG. 



MM. 

Abeille, commissaire de police à Marseille. 

Àisy ( la baronne d' ), liée de Brosses à Dijon. 

Agrain ( mademoiselle Joséphine d' ) à Dijon. 

Albertas (le marquis d'), pair de France. 

Aies (le comte d'), sous- préfet à Cognac. 

Amalric (d'), chevalier de la légion d'honneur. 

Andlaw ( la comtesse d'), née d'Hennezel. 

Angles Julien, à Paris. 

Arbaud-Jouques (le marquis d'), préfet de la Côte-d'Or. 

Arcelot (d') à Dijon. 

Archiac (le vicomte d'), maréchal de camp. 

Arles ( le maire d' ). 

Artaud (le chevalier) prein ier secrétaire d'ambassade 
à Rome. 

Autran (Paul), membre de l'académie royale de Mar- 
seille. 

Harlatier de Mas, chevalier de St. Louis. 

Bassompierre (la marquise de), née de Vence. 

Baufremont ( le prince de ), pair de France. 

Baume (Alexandre de la), officier. 

Baussei ( le cardinal dur do ) pair dp France. 



ij LISTE DES SOUSCRIPTEURS. 

Bausset ( de) archevêque d'Aix et (VArlt 

Bausset (le chevalier de) 

Bausset ( le marquis de ), Béziers. 

Beauséjour (de), à Vesoul. 

Beauvoir (le marquis de), Paris. 

Bélizal (le vicomte de ) , sous-intendaut militaire. 

Bentenck ( lord Williams ) Londres. 

Berger de Vasemeau, conseiller de préfecture a àrras. 

Bertrand ( Arfhus ). 

Blacas (le duc de) pair de France, etc. etc. 

Bibliothèques publiques d'Aix, de Digne, Draguîgnan, 

(irai, Perpignan et Vesoul. 
Bobillier, imprimeur à Vesoul. 
Bodin, député de Maine et Loire. 
Boiselle à Nancy. 
Bontoux, imprimeur à Nancy. 
Bon toux ( veuve ) libraire à Nancy. 
Boula du Colombier, ancien préfet. 
Boulie ( de la ), procureur général à la cour royale 

d'Aix. 
Bovet (de), ancien archevêque de Toulouse. 
Bretesche (le marquis de la ). Angers. 
Breton, président à la cour royale de "Nancy. 
Brosses ( le comte de ), préfet du Rhône. 
Brosses ( le vicomte Ernest de ). 
Bujeuil. 

Carnaud, imprimeur libraire «à Marseille. 
Caumont ( L. de ) professeur de mathématiques a Nancy. 
Cauvière, chef d'institution à Marseille. 
Cazes ( le vicomte de ), préfet à Albv. 
tein de Caumartin, conservateur des eaux et foièis ;l 

Nancy. 
Chamans ( le baron de St.) 
Ghaptaî ( le vicomte ). 



LISTE DES SOUSCRIPTEURS. ùj 

Chateaugiron ( de), membre du conseil général de la 
Seine. 

Charier, à St. Dié, (Vosges). 

Charmont (de) à Nancy. 

Châteaudouble (Paul de), député du Yar. 

Chazelles ( le comte de ), préfet du Morbihan. 

Chérizy (la comtesse Prosper de). Metz. 

Chevalier (le baron Armand), maître des requêtes. 

Choiseuil (la comtesse de),, née princesse de Paufremonî. 

Ci vrac (le marquis de), maréchal de camp. 

Gare (lord) de la chambre des pairs. Londres. 

Clément de Ris, (le vicomte), colonel. 

Clermont-Tonnère. ( S. E. le cardinal de ). 

Clermont-Tonnère ( madame la marquise de ). 

Coétlosquet ( la baronne du ). Metz. 

Coèllosquet (le baron du), sous-préfet à Luné ville. 

Colbert ( le comte de ) à Angers. 

Collenot, directeur des postes, Nancy. 

Collin de Grand, libraire à Nancy. 

Collot, directeur de ia monnaie à Paris. 

Coster, préfet. 

De Rray (madame). 

Drouot (le comte), lieutenant-général. Nancy. 

Du de Maine ( le chevalier ). Marseille. 

Dufay, sous-préfet à Château-Salins. 

Dufeugray, sous-préfet à Toulon. 

Dulau Alîemant (le marquis ). Paris. 

Dumas de la Roque, receveur particulier de l'arron- 
dissement d'Arles. 

Dumast ( le baron de) Nancy. 

Dupuy ( Léon ). Cognac. 

Durand de Lançon. 

Duvernoy, juge de paix à Mo&tbeUiarâ. 

Eïlis, à Londres. 



iv LISTE DES SOUSCRIPTEURS. 

FaivredeBourot, chevalier de St. Lcuis. Besançon. 

Falaize, propriétaire. Nancy. 

Florent (de St.), chevalier de St. Louis. Nancy. 

Foblant ( de ) à Dieuze. 

Forbin-Janson (de), évèque de Nancy et de Toul. 

Forbin-Janson (le marquis de). 

Forbin ( le comte Auguste de), directeur-général des 

musées royaux j etc. 
Foresta (le marquis de), préfet de lu îVIeurthe. 
Frégoze ( le baron de ,. 
Furietel, conseiller de préfecture. Vesoul. 
Gasquet (de), ancien député du Var, à Lorgm - 
Geraldy, sous intendant militaire à St. Brieux, 
Gibbon Fitz, à Londres. 
Godailh (Eusèbe de ) r Marseille. 
Gœurry, juge à Nancy. 
Goutte ( Alexandre de la 
Gravier de Greoux. 
Gravier. St. Dié. 
Grellet du Seirat. Chaumonfr. 
Guenot (Philippe). V r esoul. 
Guiche ( le marquis de la . 
Guillaume ( Victor), sens-préfet à Gray. 
Haudry de Souc\ , membre de la chambre des députés. 
Hauterive (le comte d' ), conseiller d'état, etc. 
Hennezel (Charles d'). Nancy. 
Hennessy, négociant à Cognac, 
lléricourt ( l'abbé d' ). 

Hersent, de l'institut royal, section des beaux-arts. 
Husson de Prailly, (le baron, ) sous-préfet de TomL 
Jankowits ( le baron de), membre de la chambre de 

députés, 
ïmbert, commissaire central de police a Marseille. 
Isoard ( d' ) , directeur des contributions indire 

Marseille. 



LISTE DES SOUSCRIPTEURS. v 

Jarente (de) marquise de Séné ville. 

Jaubert Passa. Perpignan. 

Juigné ( le comte de) à Lorgues, Yar. 

Julien, maire d'Épinay. 

Kersaint (le comte Charles de), maître des requêtes. 

Lacepède( le comte de), pair de France, etc. etc. 

Lair, membre de plusieurs sociétés savantes à Caën, 

Lajard (le chevalier Félix de), à St. Denis. 

Landrevic, chevalier de St. Louis, sous-préfet à Coufo- 

lens. 

Landrian (le chevalier de), colonel de la garde natio- 
nale, etc. etc. Nancy. 

Larue ( l'abbé de), membre de plusieurs sociétés savan- 
tes, Caën. 

Laselle. 

Lecourtois. 

Lefebvre ( Laurent ). Nancy. 

Lefebvre, payeur du département. Marseille. 

Louvaine (lord). Londres. 

Lur-Saluces (le comte Eugène de), membre de la cham- 
bre des députés. 

Maccarthy ( le comte de) . 

Machèco (la comtesse de), née de Brosses. Dijon. 

Magny, conseiller de préfecture ( Vesoul). 

Malcor, percepteur du premier arrondissement. Mar- 
seille. 

Mancel. 

Marmier (le marquis de). 

Martin, curé de Montrevault. 

Martelly, commissaire de police. Marseille. 

Mathieu, pharmacien. Nancy. 

Maulaville ( madame de ). 

Menjaud , chanoine à Nancy» 



vj LISTE DES SOUSCRIPTEURS. 

Meouille (Auguste de), chevalier delà légion d'honneur. 
Metz (le baron de ), procureur-général près la cour 

royale de Nancy. 
Meyronnet de St. Marc, procureur-général à la cour 

royale de Besançon. 
Millin du Ferreux. 
Mima ut. 

Montesquieu (la comtesse de), chanoinessedeiîouxières 
Monlureux Ficquelmont ( la comtesse de). 
Morel de Mons (de), archevêque d'Avignon. 
Mortarieu (le baron de), préfet de FArriége. 
Nansouty (la comtesse de), née de Vergennes. 
Noël, notaire royal a Nancy* 
Noël, maire de Sommerviller, ( Meurthe 
Olry. 

Fallu ( le comte de la ;. 

Fange, (le marquis de) pair de France, etc. etc. 
Pascalis, chef d'escadron, commandant la gendarmerie 

à Marseille. 
Pastoret (le marquis de), pair de France, elc. ei«-. 
Fa vie , imprimeur du roi à Angers. 
Peignot, homme de lettres à Dijon. 
Felloux (du), ancien Préfet. 
Penchaud, directeur des bâtiments civils, eie. a 

seille. 
Perner (le marquis de). 
Perrin de Jonquières (de), membre du conseil-çcnëi 

à Arles. 
Phi lis, secrétaire-général à A iras. 
Ponlevez (le comte de). Marseille. 
Ponlier, libraire à AÀX; Bouches-du-Rhène 
Potey., libraire à Paris. 
Foucljon, libraire à Nîmes. 



LISTE jDES SOUSCRIPTEURS. vij 

Pougens (Charles) membre de l'Institut, etc. 

Provençal ( docteur en médecine ). Montpellier. 

Prugneaux, directeur de la compagnie mutuelle d'As- 
surance de Nancy. 

Puisieux (Martin de), préfet de Maine-et-Loire. 

Raigecourt (le marquis de) maréchal de camp. Nancy. 

Raulecour (de), maire de Nancy. 

Raynal. Paris. 

Raynaud , président du conseil-général à Marseille. 

Reguis, procureur du roi à Marseille. 

Renault, libraire à Rouen. 

Rey et Gravier (libraires). 

Ridan, libraire. Paris. 

Riocour (le comte de), premier président de la cour 
royale de Nancy, etc. 

Romain, préfet de la Meuse. 

Rosières (le comte Gaston de), secrétaire- général de la 
préfecture de la Haute-Saône. 

Rouard. Paris, 

Roucher Lamotte, directeur des contributions. 

Rouret (le baron Adolphe du). Marseille. 

Ruyter (le chevalier de), capitaine du port à Marseille. 

St. Hubert (le chevalier de) à St. Rrieux. 

Sallier, receveur particulier des finances à Aix. 

Seine (le marquis de St.) à Dijon. 

Seran (la comtesse Jules de), née de Séderon. Toulon. 

Silvestre, commissaire de police à Marseille. 

Siméon (le baron), ancien préfet, etc., etc. 

Simonin , imprimeur à Marseille. 

Sivry (de). Nancy. 

Talaru (le marquis de), pair de France, etc. 

Tardieu, homme de lettres à Marseille. 

Tilliard (frères) libraires. Paris. 

Toulouzan, homme de lettres à Marseille. 



viij LISTE DES SOUSCRIPTEURS. 

Tourneux, libraire. Paris. 

Trébutien, libraire à Caën. 

Tricou, directeur de l'enregistrement à Toulouse. 

Urre (le baron d'), secrétaire-général de la préfecture 

des Bouches-du-Rhône. 
Valay (madame de, née de Fénélon). 
Vallée et Édet, libraires à Rouen. 
Vandœuvre (le comte de), maire de la ville de Caën. 
Vanssay (le baron Achille de), préfet à Rouen. 
Vauquelin (madame de). 
Vence (la marquise de) née dTIarcourt. 
Villemorges (de), maire d'Angers. 
Villeneuve-Bargemont (le comte de). 
Villeneuve-Bargemont (le marquis de). 
Villeneuve-Bargemont (le baron de). 
Villeneuve-Bargemont (le vicomte Alban de). 
Villeneuve-Bargemont (le vicomte J. B. de), capitaine 

de frégate. 
Villeneuve (le marquis de), préfet de la Corn 
Villeneuve-Flayosc (le comte Raymond de). 
Villeneuve- Beaur égard (le marquis de). 
Vincent (le buron de), ambassadeur d Autriche. Pai II 
Vintimille (madame la comtesse de). 
Weiss homme de lettres, Besançon. 
Wismes (le baron de), préfet. 



NUMÉROS CORRESPONDANTS 

AUX 

FAC-SIMILE DES SIGNATURES, 

POUR L'HISTOIRE DU ROI RENÉ. 



Tome I er , feuille A. 

i Louis I er , d'Anjou, roi de Sicile. 

i Louis II , d'Anjou , roi de Sicile. 

5 Yoland, d'Arragon, reine de Sicile (1417)* 

4 Charles VI, roi de France. 

5 Isabelle de Bavière. 

6 Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne. 

7 Valentine de Milan. 

8 Louis, cardinal de Bar, 1407. 

9 René d'Anjou, en \l$i. 

10 René, i436. 

1 1 Autre signature. 

12 Le duc de Betford, \{\±ù. 

i3 Louis III, d'Anjou, roi de Sicile. 

14 Louis, marquis de Pont-à-Mousson, fils de René. 

i5 Charles VII. 

16 Marie d'Anjou. 

17 Isabelle de Lorraine. 

18 Philippe, duc de Bourgogne. 

19 Charles d'Anjou, comte du Maine. 

20 Le comte de Vendôme. 



Feuille B. 



1 Agnès Sorel. 

2 Dunois. 



(3 ) 

N° 5 Arthus, comte de Richemont. 

4 Jacques Cœur. 

5 Poton de Saintrailles. 

6 Lahire. 

7 Tanneguy du Châtel, prévôt de Paris. 

8 Le Sire de Gaucourt. 

9 Jean de Luxembourg, comte de Ligny. 
i o Georgede la Trémouille. 

1 1 Le duc d'AlençoD. 

12 François } duc de Bretagne. 
i3 Charles de Castillon. 

i4 Colas de Castillon. 

14 Pierre de Bauffremont. 

16 Le baron de Trans. 

17 Robert de Sarrebruehe, damoisel de Comrnercy. 

Tome II, feuille A. 

N° 1 Henry VI, roi d'Angleterre. 

2 Jean d'Anjou. 

3 Yoland d'Anjou. 

4 Ferry de Lorraine. 

5 Jeanne de Laval. 

6 Pierre de Laval, archevêque de Rheim». 

7 Louis de Laval. 

8 Guy de Laval, sire de Loue. 

9 Louis XI. 

10 Nicolas d'Anjou, duc de Lorraine. 

11 Charles, due de Berry. (i4o5.) 

12 Edouard IV, roi d'Angleterre. 

i5 Louis de Luxembourg, connétable de France. 

14 Le cardinal Balue. 

i5 Pierre de Brézé. 

16 Charles, duc d'Orléans. 

27 Louis de Beauvau. 

18 Bertrand de Beauvau. 

19 Guillaume cTHaraucourt, évCque de Verdun. 



(3 ) 

Tome III, feuille A. 

N« i Charles III, d'Anjou, comte de Profcnce. 

a Jean d'Arlatan. 

3 Gabriel de Valori. 

4 Fouquet d'Agoult. 

5 Jean de Cossa. 

6 Tanneguy II du Châtel. 

7 Jean des Martins. 

8 Jean, bâtard d'Anjou. 

9 Vivant de Boniface. 

io René d'Anjou, en i4"7- 

1 1 Hardouin de la Jaille, en i474- 

12 Marguerite de Lorraine, duchesse d'Aknçon. 

Feuille B. 

N° i Charles -le- Téméraire. 

2 René II, duc de Lorraine. 

3 Philippe deGueldres, duchesse de Lorraine. 

4 Antoine, duc de Lorraine. 

5 Renée de Bourbon, duchesse de Lorraine. 

6 François I er , duc de Lorraine. i54i. 

7 Charles III, duc de Lorraine. i55(). 

8 Le même, en i5g6. 

9 Henry, duc de Lorraine. i6i4- 
io François II, duc de Lorraine. 
ii Charles IV, duc de Lorraine. 

1 2 Charles V , dcc de Lorraine. 

i3 Léopold, duc de Lorraine. 

i4 François III, duc de Lorraine, empereur d'Au 

triche. 

i5 Claude de Lorraine, duc de Guise. 

16 François de Lorraine, duc de Guise. 

1 7 Henry de Lorraine , duc de Guise , dit le Balafré. 

18 Charles de Lorraine , duc de Mayenne. 



(4) 

iM° 19 Le cardinal de Guise. 

20 Alphonse V, roi de Portugal, dit l'Africain. 

21 Charlotte de Lorraine, reine de Naples. 

22 L'archiduc Charles. 

23 Joseph II , empereur. 

24 Léopold, empereur. 

25 François II, empereur. 

26 Marie- Antoinette, reine de France. 



AVIS AU RELIEUR. 

TOMK PiïKMIEB. 

Portrait du roi René. 

Épître dédicatoire. 

Liste des Souscripteurs. 

Table des signatures. 

Fac-similé. 2 feuilles, p. i re . 

Vue du donjon d'Angers, page \. 

— de la plaine de Bulgne ville, page 10G. 

— de la tour de Bar , page 162. 

— du palais de la reine Jeanne , à Naples , pjgc 256. 

fOMi: «ECOXD. 

Portrait de Jeanne de Laval. 

Fac-similé du lome II. 1 feuille. 

Dessin représentant la parabole de la pauvre femme, page 590. 

Dessin représentant la parabole du siège, page 091. 

Airs du roi René, fin du volume. 



TOMK THOI.Mi.MK. 



•• 



Statue colossale du roi René , à Aix , page 1 

Fac-similé du tome III , id. 2 feuilles. 

Vue de l'ancien palai* des comtes de Provence , à Aix , page 60. 

Vue du tombeau du roi René , à Angers , page 178. 



FAUTES A CORRIGER DANS QUELQUES EXEMPLAIRES. 

Tome I er , page 7>o5 , ligne 1 1 , mais il ; Usez : mais s'il. Jd. p. 3o4 
lig. 18, périssant ; Usez : sévissant. 



INTRODUCTION. 

Nos antiques annales ont été tellement explorées; on 
en a exhumé tant de personnages même obscurs, et 
il existe un si grand nombre d'histoires générales ou 
particulières, qu'on regarde comme épuisés depuis 
long-temps la plupart des sujets sur lesquels peut se 
répandre la plus légère lueur d'intérêt. 

Mais trop d'exemples nous prouvent que souvent 
l'indifférence, l'oubli, quelquefois l'ingratitude des 
contemporains, sont le partage des princes qui con- 
sacrèrent leur vie au bonheur de leurs sujets, et 
qu'il est plus facile ou plus commode de léguer à la 
postérité la dette de sa propre reconnaissance. Ainsi 
s'explique comment au milieu de tant de biographies 
étendues, on cherche, vainement encore, celle d'un 
souverain qui, de même que le Béarnais, après plu- 
sieurs siècles et jusques dans les moindres hameaux 
de la contrée où il finit ses jours, n'est désigné que 
par l'épithète de bon roi. Toutefois, si nous concevons 
que René soit mieux apprécié dans les traditions po- 
pulaires que par les récits des historiens qui n'ont 
envisagé, ni sous leur véritable point de vue, ni dans 
leur ensemble, les principaux événements de sa vie, 
croira-t-on que des écrivains, très estimables d'ailleurs, 
le jugeant avec une légèreté sans excuse, ne lui 
aient épargné aucun ridicule (*), ou l'aient indigne- 
ment calomnié? 

(*) Uun d 1 eux enlr'autres (le président Hainau't) se demande, 
en parlant de Marguerite d'Anjou : « Croirait-on, qu'elle était fille 

I 



ij INTRODUCTION. 

Venger la mémoire d'un monarque éminemment 
bon*, le mettre en scène avec la plupart des nomnes 
célèbres du XV- siècle:, retracer la politique., les événe- 
ments, les mœurs, les usages d'une époque remarqua- 
ble, tel est le bat que nous nous sommes propose dans 
l'oinrage que nous offrons au publie. 

Il faut cependant le dire, ce vœu que nous tentons de 
réaliser aujourd nui, s était déjà manifeste plus d'une 
fois en Provence et en Anjou. 

a Au nom deHené, écrivait, en l7H'J,un des ardents 
« zélateurs des idées nouvelles (*), le cœur des Pro- 
« vençaux s'attendrit encore: son histoire serait pré- 
« cieuse par ses rapports avec celles de France, d'Italie, 
<( d'Angleterre. On doit à ce prince cette preuve publi- 
« que de reconnaissance. » 

« 11 n'a manqué à sa gloire, dit le dernier historien 

« du roi Bené, lequel passa sa vie en prison, ou a faire des enluminu- 
« res ? m (Abrégé elir. Toni. 1er. P. 38 1. ) 

L'auteur de la vie privée des anciens français, ( au sujet d'une 
tradition rapportée par l'historien Bouche, « que René cherchant 
« à propager tous les genres d'industrie et de commerce , rendit fort 
« familiers en Provence, les coqs d'indc donl il faisait cas »), met en 
note : 

«(Ce prince qui écrivait très bien, s'amusait, au lieu de vcillei 
« au bien de ses peuples, et de gomerner ses états , à trauscrirc des 
« manuscrits et h les orner de miniatures. 

fi Assurément, il ne faut pas affaiblir la reconnaissance que Ton 
« pourrait devoir au roi René. Ce pauvre prince n'a pas assez de 
« quoi perdre en fait de gloire, pour qu'on lui ôle eucore le présari 
« des dindons. » 

Nous nous bornons h ces deux citations qui ne renferment d'ail- 
leurs que de légères plaisanteries sur le bon René. 

Des imputations véritablement graves seront réfutées dans le 
cours de cette histoire. 

v *) Bouche avocat, (auteur d'un essai sur l'histoire de Pi o 



INTRODUCTION. iij 

a de Provence, que des écrivains dignes de lui, et si 
« dans les différentes provinces qui lui ont été cou- 
rt fiées, on avait eu soin de recueillir les actions et les 
(( anecdotes qui le concernent , on verrait paraître 
k dans cet empire que l'opinion crée, pour y faire 
« vivre éternellement les plus grands rois, uu prince 
a de plus qui irait se placer de lui-même à côté de 
« Henri IV. » 

Sans partager à ce point un enthousiasme dont la 
source est trop pure pour n'être pas excusée, et sans 
admettre un si glorieux parallèle avec un roi hors de 
toute comparaison , parcourons le petit nombre d'écrits 
publiés spécialement sur un prince qui , selon les 
expressions d'un écrivain peu prodigue de louanges (*), 
« fut aussi recoin mandable par ses vertus que par ses 
« malheurs , et duquel on a dit également : personne 
« n'a été plus aimé pendant sa vie, ni plus regretté 
« après sa mort, m 

Une chronique manuscrite et anonyme sur René 
fut autrefois déposée à la bibliothèque royale: au XVII 
siècle, Honoré Bouche s'en servit dans sa cosmographie 
de Provence. Dom Calmet la consulta et l'a citée à 
plusieurs reprises. Enfin, l'abbé Papon , qui publia, 
en 1786, l'histoire générale de la Provence, l'eut pa- 
reillement à sa disposition. Nos recherches pour la 
découvrir ont été infructueuses, et nous avons lieu de 
croire que ce manuscrit a été égaré. 

L'abbé Legouvello, membre de l'académie 4' Angers . 
fit paraître , en 1731 , une vie de René , devenue assez 
rare malgré sa médiocrité. Bornée à environ quarante 



iv INTRODUCTION. 

pa^es, cette brochure qui n'offre ni développement! ni 
faits nouveaux, doit être considérée comme une notiru 
1res incomplète. 

Un savant (*), cher aux lettres et à la Provence, 
et dont la perle sera long-temps déplorée, avait an- 
noncé l'histoire du roi René , par le père Uicais de 
l'Oratoire (**) , homme instruit , déjà connu par quel- 
ques productions. Feu M. de Saint-Vincens ne croyait 
pas toutefois cet ouvrage assez achevé pour voir h- 
jour, et ce magistrat a été enlevé aux. sciences avant 



{*) M. le président Fauris de Saint-Viucens, ( Alcxandre-Jufes- 
Antoi'.e ), arrière-petit-fils de Pauline deGrignan, marquise de Sî- 
miane, et ancien président à mortier au parlemeut de Provence, né 
à Aix le 3 Septembre tj5o, mort en cette ville le 2~> Novembic 1S19} 
avait puisé dans les leçons de son vénérable père, comme lui pré- 
sident h mortier, l'exercice de toutes les vertus . et une connaissance 
approfondie des monuments de l'antiquité et du moyen âge. lia 
publié une foule de mémoires curieux lus à la 3p classe de l'Institut 
dont il était membre, et qui ont été accueillis de tous les savante 
Il possédait dans son hôtel , a Aix , un cabinet extrêmement curieux 
qu'il s'empressait de montrer aux étrangers comme aux habitants 
de sa ville natale. Sa vaste bibliothèque était également ouverte a 
tous les littérateurs. 

Honoré de sa bienveillante affection . il m'est doux de consacrer 
ici ma reconnaissance envers cet homme de bien. 

Grâces aux soins des premiers magistrats du Dépt. dcsBoucbes- 
du-Rhône, l'intéressante collection de M. de Saint-\ incens n'a point 
été perdue pour la Provence. Aix, Arles et Marseille possédai! 
ce précieux dépôt. 

(**) Le père Bicais avait joui a Aix d'une réputation méritée daus 
le corps de l'Oratoire dont il était bibliothécaire. 11 a laissé ace vie 
des pères les plus distingués de cet ordre. M. de Saint Viucens esti- 
mait le père Bicais avec lequel il était lié. Après sa mort, (en 179 > v 
ses héritiers prièrent son savant ami d'accepter L'histoire manus- 
crite de Hené. 



INTRODUCTION. v 

de l'avoir retouché, ainsi qu'il en avait exprime 
1 intention. 

Ce travail, tel qu'il nous a été communiqué) n'est 
à proprement parler qu'une compilation souvent fau- 
the des historiens de Naples, de Provence, de Lorraine 
et d'Anjou. Il renferme néanmoins des documents utiles, 
et nous l'avons compulsé avec fruit; mais les mémoires 
dont le président de Saint- Vincens se proposait de l'en- 
richir eussent seuls pu lui donner un véritable prix. 

M r . le comte C phe de Villeneuve-Bargemont ( pré- 
fet du département des Bouches-du-Rhône ) publia 
en 18 18, sur le roi René, un précis historique qui 
réunit les plus honorables suffrages. On appréciera 
sans doute la réserve avec laquelle nous mentionnons 
cette excellente notice. Personne plus que nous n'é- 
prouve le regret sincère que son auteur se soit borné 
à esquisser la vie de ce bon prince, et presque uni- 
quement pendant son séjour en Provence. 

Une histoire complète de René d'Anjou manquait 
donc à la volumineuse collection de nos biographies 
particulières. 

La pensée de faire disparaître cette lacune 5 le désir 
de rajeunir d'anciennes traditions négligées-, la curio- 
sité attachée aux siècles reculés de nos annales , n'ont 
cependant pas excité seuls nos nombreuses recherches. 
jNous l'avouerons naïvement: il nous eût été pénible de 
voir paraître ailleurs qu'en Provence, un hommage 
qui, n'en doutons pas, eût éclaté tôt ou tard, et d'une 
manière plus digne de son objet. 

Mais ce gage d'une éternelle gratitude ne devait-il 
pas prendre sa source dans une contrée où l'affection, 
le respect, voués à la mémoire de René d'Anjou, pa~ 



vj INTRODUCTION. 

laissent un des traits caractéristiques dune soit» 
d'esprit nalional qui, traversant les siècles, semble 
s'accroître d'âge en âge et se lier à toutes les époques 
de l'histoire de Provence ? 

Bien plus que dans les autres états soumis à la 
domination de René, c'est en Provence qu'on appré- 
ciera le mieux ces paroles d'une femme célèbre (*) qui 
les appliquait à ce prince lui-même: « Si c'est dans la 
« bonté qu'il est beau d'être ingénieux, les actions 
« qu'elle inspire ne sauraient devenir gothiques. » 

Cette vérité ne fut jamais plus sensible que dans le 
séjour favori de René., seul et dernier asile accordé à 
sa malheureuse vieillesse: là., on dirait que chacun en 
conserve limage dans sa mémoire; on en parle ainsi que 
d'un ancien ami, de l'un de ses ancêtres les plus chers: 
on s'est même tellement habitué à s'en entretenir, qu'on 
serait tenté de penser qu'on a pu le voir ou converser 
avec lui. 

Là, du moins, les adversités sans nombre qui signa- 
lèrent sa carrière ne lui sont point imputées ni re- 
prochées comme des fautes; de nobles souvenirs elïa 
cent de légères taches... l'admiration due à une rire 
loyauté y est encore vivante, et la reconnaissance n'v 
a pas été glacée par l'égoïsme. 

Si rien n'est touchant et honorable comme une po- 
pularité dont la trace se perd dans une alïection hé- 
réditaire , nous sommes loin toutefois de prétendre 
assigner à René une place parmi les grands hommes et 



* \\ m '- la Comtesse de Cenlis. ( Jeanne de J r.uicc 1 - ! 



INTRODUCTION. vij 

Je l'élever au rang des rois immortels dont la France 
s'enorgueillit depuis tanl de siècles. 

Le malheur condamna René à ne montrer guères que 
des vertus privées sur le trône éphémère où nos ayeux 
le virent régner, et le sort des armes le força à re- 
noncer au titre brillant de conquérant et d'illustre 
capitaine. Mais si l'antiquité ne connaissait pas de 
spectacle plus sublime que celui de l'homme juste aux 
prises avec l'adversité, la gloire de s'être élevé au- 
dessus du destin par la résignation et le courage ne 
sera pas contestée au prince qui, prisonnier de même 
que François I er , aurait pu tracer les paroles toutes 
françaises du héros de Marignan. 

Où trouverions-nous d'ailleurs une plus heureuse 
époque pour offrir le tableau de l'esprit cheva- 
leresque, de la valeur, de la piété, réunis à cette 
bonté ineffable , qui suffirait seule pour immorta- 
liser un souverain!.. Un tel bienfait que la providence 
accorde si rarement aux peuples, pouvait-il jamais 
être mieux senti qu'en ce jour, où l'on comprend si 
bien le doux empire d'une vertu héréditaire dans les 
descendants d'Henri IV, comme dans ceux de René?.' 
Il eût été peut-être convenable de faire précéder 
l'histoire de ce prince de quelques notions à légard 
des peuples qu'il fut appelé à gouverner, et des causes 
de l'état funeste de la France au moment où René 
parut sur la scène politique. On serait ainsi instruit 
d'avance de l'origine des malheurs dont sa vie entière 
fut semée., etl'on connaîtrait en même temps la plupart 
des personnages historiques qui remplirent alors nos 
annales du récit de leurs talents, de leurs exploits ou 
de leurs forfaits. 



viij INTRODUCTION. 

Mais l'aperçu même le plus rapide de ces événe- 
ments nous entraînerait hors de notre sujel par les 
développements nécessaires. Nous nous bornerons donc 
à rapporter comment la succession de 1 Anjou, du 
royaume de Naples et de la Provence., fut transmise 
à la famille de René. 

Sans remonter à Robert- le-Fort , au fameux Hastings 
chef des Danois, à Ingelger, premier comte d'Anjou, et 
à Jean- sans-Terre, le dernier de la deuxième dynasf e, 
arrêtons-nous à Charles I er , lige de la troisième maison 
d'Anjou, qui reçut ce comté des mains du roi Saint- 
Louis, son frère, le 27 Mai 1216. 

Après la mort du sévère vainqueur de Conradin 
(en 1285), Charles II, dit le Boiteux, son fils et son suc- 
cesseur, fit épouser, en ,1290 Marguerite sa fille à 
Charles de Valois, et investit son gendre du comte 
du Maine et de celui d'Anjou, qui lut érigé en duché 
deux ans après. Philippe de Valois en hérita. Le roi 
Jean le posséda à son tour, Van 1332, et le céda en 
apanage à Louis I er , son second fils. 

La destinée de ce prince semblait le réserver 
à recueillir l'entier héritage du célèbre frère de 
Saint-Louis qui, par son union avec Béatrix fille de 
Raymond-Bérenger IV, était devenu comte de Pro- 
vence et avait ensuite conquis le royaume de Naples 
sur Mainfroi et Conradin. 

De même que l'Anjou, tous ces étals passèrent a 
Charles IL qui les transmit à Robert, dit le bon. son 
fils. Mais ce sage monarque mourut sans enfants 
maies, et appela au trône de Naples, en 1313, Jeanne 
I ,e . sa petite-fille, mariée successivement à André de 
Hongrie, à Louis d'Anjou-Tarente, à Jacques d 1 Ara- 
gon, enfin à Olhon de Brunswick. 



INTRODUCTION. i* 

Jeanne était fille de Charles, duc de Galabre (rélève 
de Saint Elzéar de Sabras), et de Marie de Valois. On 
l'accuse d'avoir fait empoisonner son premier époux, 
et la Provence ne lui pardonna point d'avoir aliéné 
en faveur du pape Clément VI(I9 Juin 1348) le comtat 
Venaisin et Avignon, moyennant la somme de quatre- 
vingt mille ducats. Cette princesse dirigée par les con- 
seils de Clément VII, adopta Louis I er d'Anjou, le 22 
Mai i382. Mais Jeanne étant morte, Charles de Duras- 
Anjou, petit-neveu du roi Rohert, revendiqua cette 
succession , prétendant que sa cousine n'avait point 
eu le droit de disposer de la Provence ni du trône de 
Naples qui lui appartenaient héréditairement. 

Telle fut la source des guerres sanglantes qui exis- 
tèrent entre la quatrième dynastie de la maison d'An- 
jou et les derniers rejetons de la troisième. 

Quant à celles dont le foyer s'alluma au centre de la 
France, vers le commencement du XV e siècle, nous n'au- 
rions qu'à puiser dans nos propres souvenirs pour repro- 
duire l'effrayant tableau des excès déplorables auxquels 
une nation entière peut être entraînée par l'anarchie, 
l'oubli de tout principe religieux, le mépris de tout ce 
qui est sacré sur la terre., l'abandon des saines insti- 
tutions et, fléau plus général sans être moins dan- 
gereux, par cette soif dévorante d'ambition , ce besoin 
impérieux d'innover, que rien n'apaise, que rien ne 
rebute, pas même le bouleversement des empires, ni 
la chute des trônes les plus vénérés. 

Mais la déplorable situation de la France, au mo- 
ment auquel se rattache la vie de René, a déjà été 
retracée à grands traits, et nous devons surtout ren- 
voyer nos lecteurs à l'excellente introduction de l'his- 



* INTRODUCTION, 

toire de Jeanne d'Arc par M. le Brun des Charnu 
La fin du règne de Charles VI, les attentats multi- 
pliés qui amenèrent l'étranger au sein de la capitale, 
y sont décrits avec une énergique vérité et les ho- 
norables sentiments d un bon Français. 

Nous nous résumerons donc, en rapportant ne 
l'histoirede René d'Anjou se trouve naturellement liée a 
ces souvenirs d'une époque si malheureusement celelu . 
Les démêlés des factions de Bourgogne et d'Armagnac, 
la démence du fils de Charles V, L'ambition des prin- 
ces du sang, les criminels désordres d'Isa beau de Ba- 
vière, entourèrent, pour ainsi dire, l'enfance de René; 
ses premières pensées de gloire s'éveillèrent au récit du 
combat d Azincourt où la noblesse Française fui déci- 
mée, comme un demi siècle auparavant sous le> rem- 
parts de Poitiers. Bien jeune encore, il eut à déplorer les 
revers delà France humiliée, opprimée, envahie. Plus 
tard, se ralliant à cette même France conduite à la i h- 
toire sous l'étendard mistérieux d'une simple bergère, 
il la vit renaître plus brillante, plus forte, plus monar- 
chique. Après avoir concouru aux succès le la guerre, 
et au maintien d'une paix européenne que La philan- 
tropie des souverains du XV' siècle avail on instant 
rêvée, René, par un dernier bienfait, chercha à réunir 
à la couronne des Lys, cette Provence au milieu de 
laquelle il acheva sa carrière. Enfin, ce prince ne 
contribua pas moins à accélérer les progrès des arts 
qui, dissipant insensiblement les ténèbres dune longue 
barbarie, présageant! la hauteur qu'ils atteindraient 
en Europe, dès qu'ils Muraient brisé les entraves où 
les retenaient l'ignorance et le mauvais goût. 

Nous croirions cependant affaiblir une partie de 1 m 



INTRODUCTION. x j 

térèt que doit inspirer l'histoire de René si nous ne 
rappelions ici que ses descendants régnent encore sur 
le premier trône de la chrétienté, et que son sang 
généreux se mêle au sang de la digne fille d'Antoinette 
de Lorraine, comme à celui de l'héroïque veuve d'un 
prince sitôt ravi à l'amour des Français!. .. 

On nous pardonnera sans doute de n'avoir pas né- 
gligé des détails peu connus ou inédits sur plusieurs 
illustres contemporains de René, sur sa famille et sur 
quelques-uns des courtisans qui vécurent dans son in- 
timité. On connaîtrait trop imparfaitement les rois et 
les princes, s'ils n'étaient jugés que par les événements 
politiques auxquels ils prirent part, si on les isolait des 
hommes qui les entourèrent de leur fidélité ou de leurs 
adulations , et surtout s'il était interdit de pénétrer 
dans les mystères de leur intérieur. 

Aussi, tout en cherchant à offrir le tableau histori- 
que du règne de René, nous nous sommes également 
attachés à peindre les qualités de son cœur, à retracer 
ses goûts favoris, ses exercices chevaleresques, et cette 
bonhomie, l'un des traits saillants de son caractère, 
toujours loyal, toujours franc et confiant, comme s'il 
n'eût jamais été trompé. 

C'est donc le particulier non moins que le roi , la vie 
privée de René, autant que les vicissitudes de sa puis- 
sance, que nous désirons exposer successivement aux 
yeux de nos lecteurs*, en un mot, c'est son hommerie , 
selon l'expression de Montaigne, ou la manière de son 
vivre, ainsi que Vécrivait le secrétaire du bon maré- 
chal de Boucicault. 

L'examen et l'analyse des divers ouvrages de René 
ont exigé d'autant plus d'étendue, que relativement à la 



xij INTRODUCTION. 

littérature et aux arts, ce prince se trouve en quelque 
sorte intermédiaire entre un état voisin de la barbarie 
et la plus étonnante civilisation. On pourrait même 
dire que le siècle de René fut l'aurore de relui « J * 
François 1er e t de Léon X. 

11 paraîtra sans doute neuf et piquant à la fois, d'étudier 
les progrès des arts dans les essais d'un souverain qui le 8 
cultiva en artiste plus qu'en amateur, et de suivre les 
faibles commencements de la poésie française , en par. 
courant les œuvres naïves d'un bon roi. Lue curiosité 
mêlée d'intérêt s'attachera encore à cet aperçu des 
compositions variées de René, en songeant que ce mo- 
narque en fit ses délassements les plus doux, il y a près 
de quatre siècles, et qu'au milieu des traverses dont 
sa vie fut agitée, il puisa ses seules consolations dans 
les lettres et la peinture, après les avoir vues embellir 
les jours si rares de ses prospérités. 



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HISTOIRE 



DE 



REJVÉ D ANJOU, 

COMTE DE PROVENCE, DUC DE LORRAINE, etc. 



LIVRE PREMIER. 

Depuis la naissance de René jusqu'à la bataille 
de Bulgnéville. 

De 14.08 à l43l. 



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I. Un siècle fécond , pour la France , en 
grands événements, en revers illustres et en 
hommes célèbres, venait de se fermer: ainsi 
finissait cette longue et mémorable période, 
durant laquelle on avait vu s'éteindre si tragi- 
quement l'ordre le plus puissant de la Chrétien- 
té , où l'armée de Philippe de Valois avait été 
anéantie dans les plaines de Crecy (*), comme 
le fut non loin des remparts de Poitiers (**) 

(*)26Août 1346. 
(**) 19 Sepiembre i356. 
TOME 1. I 



2 HISTOIRE (1408) 

celle de son successeur le roi Jean , et où ce 
dernier monarque devint lui-même prison- 
nier d'un prince Anglais. 

A ce roi si loyal, qui sut prouver qu'il est 
donné à nos souverains comme à la France 
de s'honorer au sein du malheur, avait suc- 
cédé un prince que ses contemporains nom- 
mèrent le sage , titre unique dans nos anna- 
les et que confirme encore la postérité. Mais 
son règne florissant et paisible ne fit que se 
laisser entrevoir à la France , et, avec Char- 
les V, disparut l'aurore du repos et du bon- 
heur qui avait lui un moment sur ce royaume. 
Trop jeune pour saisir lui-même les rênes 
du gouvernement , Charlts VI, qu'une ma- 
ladie mentale enleva bientôt vivant à ses peu- 
ples , vit son enfance entourée de princes 
ambitieux, cruels et jaloux de s'arracher le 
pouvoir. L'anarchie seule occupait alors le 
trône. 

Parmi les plus puissants, les plus heureux 
de ces princes et les plus rapprochés de la 
couronne, on distingua long-temps Louis I er . 
d'Anjou (1) (frère puîné de Charles V ), éga- 
lement célèbre par sa régence en France, < t 
par le choix que Jeanne I re , reine de Naples 
et comtesse de Provence, en avait l'ait poui 
son successeur. 



(1408) DE RENÉ D'ANJOU. 3 

La carrière de ce prince, signalée par tant 
d'agitations et de calamités, se termina en 
Italie, cm il mourut, laissant pour héritier 
de ses états, un fils dans l'âge le plus ten- 
dre, mais auquel ses vertus surent acquérir 
de bonne heure une haute réputation et une 
estime universelle au milieu de la cour la 
plus dépravée de l'Europe. Louis ÏI d'An- 
jou (2J, à peine âgé de sept ans lorsqu'il mon- 
ta sur le trône, devint ensuite, pour l'infor- 
tuné Charles VI, son oncle, et le protecteur 
de son enfance, un ami aussi dévoué qu'il 
fut un allié fidèle ; mais étranger à l'intrigue 
comme k l'ambition , il n'aspira point au 
dangereux titre de chef des factions, à la tête 
desquelles on voyait en ce moment, dans la 
capitale, Louis d'Orléans et Jean-Sans-Peur, 
duc de Bourgogne, dont l'un frère, et l'autre 
cousin du roi, s'arrachaient tour-à-tour avec 
violence un pouvoir despotique, d'autant plus 
odieux qu'il devait être partagé avec cette 
reine que l'histoire a flétrie du nom de mère 
dénaturée et d'épouse criminelle. 

Les vertus sévères du duc d'Anjou contras- 
taient trop ouvertement avec les vices bril- 
lants de ces deux princes du sang, et surtout 
avec les passions effrénées d'Isabeau de Ba- 
vière , pour qu'il fût appelé à la cour, d'où 



4 HISTOIRE 

le soin de ses propres élnts l'avait (Tailleurs 
tenu long-temps éloigné : c'était pendant cette 
absence, que Marie de Blois, sa mère, lui lit 
épouser Yolande, fille du roi d'Ârragon. 

Ce mariage, qui commença, pour ainsi dire, 
le XV e . siècle, ne tarda pas à devenir fécond, 
et, peu d'années après, au milieu do nou- 
velles agitations qui ébranlaient la Fia 
le prince, dont nous écrivons l'histoire, na- 
quit le 10 Janvier i4o8 , à dix heures du ma- 
tin (*) dans le château d'Angers, antique et 
imposante forteresse (3) , située sur un im- 
mense rocher escarpé, défendue par de i;i 
i'ossés taillés dans le roc même, et flanquée 
de dix-huit énormes tours circulaires (**). 

La naissance du second fils de Louis II d'An- 
jou ayant été précédée de peu de mois par 
l'assassinat du duc d< Orléans, on peut direque 
le berceau de René fut en quelque sorte en- 
touré de ces funestes divisions qui devaient 



(*) Le 10 Janvier 140S, nasqnil monseigneur René, deuxième fik 

du roy Loys II , depuis roy de Seci le. (Heures manuscrites di René. 

L'historien Bouche et Tari de vérifier Ie> dates ont placé <<tte 
naissance au 16 Janvier i4°7 

Doni Calmet le -26 Janvier 1 }oS 

Le père Anselme prétend que René naquit a 3 heures du matin. 

(**)Ce château avait, dit-on. été bâti à la G I de par 

Bertrande de Montfort, comtesse d'Anjou; mais ce f al St. Loui> qui 
le lit restaurer tel qu'on le voyait encore naguère* avant sa dégra- 
dation. Bertrande, ou Bertrade, avait épousé Foulques «fil le 



(i4<>8) DE RENE D'ANJOU. 5 

avoir une si fatale influence sur sa propre des- 
tinée. 

S'il fallait s'en rapporter à l'historien C r . 
Nostradamus, Louis II ne se serait point trou- 
vé auprès de la reine son épouse, lorsqu'elle 
donna le jour à ee fils destiné à oceuper son 
trône , et il n'aurait appris eet événement 
qu'en Italie, où il cherchait à reconquérir, 
les armes à la main , le royaume de Naples 
dont Ladisîas de Duras lui disputait la posses- 
sion (*). Mais il est certain que le roi de Si- 
cile était à Paris à l'époque la plus déplora- 
ble peut-être de nos annales; il y fut même 
presque témoin du meurtre de Louis d'Or- 
léans (**) , assassiné au milieu de la rue Bar- 
bette, devant l'hôtel d'Evreux, le 2 3Septem- 



(*) Voyez îa note 2. 

(**) « Le duc était sans chaperon, dit la chronique, vêtu d'une 
<( houppelande de damas noir fourrée de Marte. Il chantait sur sa 
« mule, et s'esbattait avec son gand , quant il fut occis: on lui coupa 
<( la main dont il tenait la bride de sa mule et on lui fendit la tète 
« à coup de hache; son écujer fut tué en le défendant. » 

La duchesse Valentine, qui était alors a Château-Thierry, revint en 
toute hâte à Paris, accompagnée du comte d'Angonlême et de sa 
bel!e-fille. Le roi de Sicile, les ducs de Berry et de Bourbon, les 
comtes de Clermont et de Vendôme, le connétable d'Albret, etc- 
lurent a sa rencontre. « (Testait, au rapport des historiens, le plus 
« hault deuil qui devant eust esté veu, car la dame et toutes ses 
« femmes estaient atournées de noirs atours, pt son char couvert de 
■<■ drap noir, estait traîné par des chevaux blancs. » 

Louis d'Orléans était né en i3t t. 

Hist-. de France. T. XI'L P, 3 



o ilISTOIRE 1406 

bre 1407 , par Raoul d'Ocquetonville, gentil- 
homme Normand. 

L'imagination peut facilement concevoir la 
sensation terrible que dut produire dans la ca- 
pitale du royaume, la mort d'un prince à pei- 
ne âgé de trente-six ans, frère unique du roi, 
sur lequel reposaient toutes 1rs espérances 
( puisque les enfants de Charles VI étaient 
encore au berceau ) , et qui passait pour 
l'homme le plus beau , le plus affable et le plu^ 
éloquent de France. Des mœurs corrompues, 
une ambition insatiable, ainsi qu'une grande 
légèreté d'esprit, ternissaient, ilfaul le dire, 
la foule des belles qualités qu'on admirai! eu 
lui, et qui rayaient rendu l'idole du peuple 
A la nouvelle de sa fin tragique, la popu- 
lation entière de Paris demeura comme gla- 
cée d'effroi et plongée dans la douleur ; mais 
une indignation profonde vint succéder au 
premier mouvement d'horreur et de surpri- 
se excité par cet assassinat, lorsque plus tard 
des bruits étranges, et malheureusement trop 
fondés , laissèrent entrevoir que le propre 
cousin du duc d'Orléans, avait ordonne < I 
attentat, et dirigé lui-même la hache homi- 
cide. 

A peine ce funeste événement avait-il trans- 
piré, que les princes du sang s'assemblèrent 



^4o8) DE RENÉ D'ANJOU. 7 

à la pointe du jour k l'hôtel d'Anjou ( rue 
de la Tixéranderie ), pour se rendre ensem- 
ble dans l'église des Blancs-Manteaux où le 
cadavre de l'infortuné duc d'Orléans avait 
été transporté aussitôt après sa mort. 

Son sang jaillit, dit-on, à l'approche du 
meurtrier. Mais le véritable auteur du crime 
n'était point encore soupçonné alorsj on le 
vit même montrer un extérieur plus affligé 
que les autres princes, le jour de la céré- 
monie des funérailles, où, ainsi que le roi de 
Sicile et les ducs de Berry et de Bourbon, 
il portait un des coins du drap mortuaire ; 
« Oncques mais! s'écria-t-il , avec l'accent 
« d'une profonde douleur, on ne perpétra en 
« ce rojaulme, ung si mauvais ne si traître 
■,( meurtre. » 

Toutefois, aussitôt que Tignon ville, prévôt 
de Paris, eut été autorisé à ordonner des per- 
quisitions dans l'hôtel des princes du sang, où 
l'on présumait que les assassins avaient cher- 
ché un asile, le duc de Bourgogne changea de 
couleur et de langage 3 il se troubla de plus 
en plus, et entraînant tout éperdu Louis d'An- 
jou son cousin , dans un coin de la salle, l'a- 
veu de son crime (*) s'échappa de son sein 

(*) « Là, dit Alain Charrier, il ne put se tenir cle plorer, et au 

< r.oi cle Seeib confessa, que par hayue diabolique et maulvais 



8 HISTOIRE 

comme le cri d'une conscience bourrelée par 
le remords. 

Incapable de feindre, Louis If ne put dis- 
simuler la vive impression qu'il ressentit à 
la confidence d'un tel forfait; il l'exprima 
sur le champ avec une chaleur généreuse, et 
ne cessa depuis de témoigner dans toutes 
les rencontres, combien il détestait l'odieux 
instigateur d'un meurtre qui soulevait toute 
la France j aussi, l'on peut assigner à cet éhin 
de franchise la véritable origine de la haine 
que lui voua Jean-Sans-Peur, et dont les ef- 
fets s'étendirent si Long-temps sur leurs des- 
cendants. 

Plus puissant et plus redouté que jamais, le 
duc de Bourgogne n'avait pas lardé à rentrer 
dans Paris avec le fastueux appareil d'un sou- 
verain, et nous pourrons donner une idée de 
la terreur que sa présence répandait en celte 
capitale, en rapportant que son action y fut 



« conseil, avait fait ce meurtre. . . et à ces pal 

« cTeulx monseigneur de Berry,tlont il fust si triste et si desplaisaut 

« que les larmes qui de ses yeutx issoient en moult grande babun- 

« dance. lui courraient toute la face. . . Le duc de Bourgogne alors, 

« sous un prétexte, les laissa plôraus, et s'enfuit. . .le duc de 

« Bourbon leur ayant reproché ensuite de l'avoir laissé sort 

« !e faire arrêter. — Ha! monseigneur de Bourbon, dit Je duc de 

« Berry, vous est bien aisié a dire ! . . ma 5 e considérez 

« l'angoisse que c'est k monseigneur d'Anjou de p iJic deuil ' i 

« cousit s et h moi deulx telz nepreux. » 



U4©8) DE RENÉ C ANJOU. 9 

justifiée au sein même d'une des principales 
églises, par un cordelier nommé Jean Petit , 
sans qu'une seule voix courageuse osât s'éle- 
ver pour repousser les détestables maximes 
que proférait en chaire ce sanguinaire fanati- 
que!.... 

On a remarqué que l'hiver de i4g8*, témoin 
de la naissance de René, et pendant lequel 
eurent lieu tous ces horribles événements, 
fut un des plus rigoureux dont l'histoire ait 
conservé le souvenir ; le Danube même gela 
dans tout son cours, et la Provence souffrit 
surtout cruellement d'un froid aussi désas- 
treux; mais ses habitants n'en témoignèrent 
pas moins une joie excessive à la naissance 
du second fils de leur souverain, comme s'ils 
avaient pu lire , dans l'avenir , le concours 
inoui des circonstances qui l'appellerait à ré- 
gner sur eux, et avoir dès lors un secret pres- 
sentiment de l'affection constante qu'il devait 
leur porter. 

On sait qu'il était encore d'usage au XV me . 
siècle, de choisir plusieurs parrains aux en- 
fants d'un rang élevé; on ignore néanmoins 
fjuels princes furent désignés pour présenter 
René sur les fonts baptismaux (*) et qui lui 

(*) Les anciens historiens qui ont parlé de lui, Pont également 
appelé Rénè, Renniet, Rheneit, Régné, Régnier, R&yné cl Réygniei 



io HISTOIRE ,408 

donnèrent un nom si peu connu jusqu'à 1 
ïlie reçut, dit-on, en mémoire d'un saint é\é- 
que très vénéré à Angers, et qu'une pieuse 
tradition assure avoir été ressuscité au bout 
de sept ans accomplis, ce qui le fit appeler 
René , ou né deux fois Q. 

Ce rejeton de la tige royale d'Anjou qui 
porta en naissant le titre de comte de Pié- 
mont, fut nourri, ainsi que l'avait été Marie 
sa sœur aînée, par la bonne Thiéphaine4a 
Magine, de Sanmurf^)» que ni l'un ni l'autre 
n'oublièrent dans la suite, et qu'ils comblèrent 
de bienfaits. 

C'est à celte simple et unique notion que 
se bornent les renseignements fournis par les 
historiens sur L'enfance de René; on ne pos- 
sède également aucun détail posilif sur le^ 

(*) St. René naquit dans un château près d'Angers, qui appartint 
dans la suite à Jehanne de Coulaines, dame de la Poissonnière (ou de 
bCraïKiière ),à laquelle René, en considération de son patron, a 
des services de ses aïeux, permit de bâtir un château fortifié de 
murs et de fossés, sur les débris de l'ancien. (Cette concession 
porte la date du 26 Août 1437. ) 

Les légendaires rapportent qu'une dame d' Angers, ( dont le lil* 
mourut pendant qu'elle allait invoquer pour sa guérison St. llanrio 
ou Maurille,évêque de cette ville), persécuta tellement ce prélat . 
qu'il fut obligé de s'enfuir. Revenu dans son diocèse au bout de 
sept années, iJ alla prier sur le tombeau de l'enfant, qui ressuscita 
sur le champ, fut nommé René, se voua h la vie monastique inprès 
de lévêque auquel il succéda, et fut canonisé a son tour. 

M. Bodin ( Rech. hist. sur l'Anjou. T. 1er. P. ~\. ) dit cepeu lanl 
.me le successeur de St. Maurice ou Maurille , lut l'évèque Tb 



O4o9) »E RENE D'ANJOU. n 

premières années d'un prince qui, suivant 1rs 
mœurs de ce siècle, dut être gouverné par les 
femmes de la reine Yolande sa mère, jusqu'à 
l'âge de sept ans. 

L'héritier d'une souveraineté, passant alors 
dans les mains des hommes, de même que le 
iils d'un obscur gentilhomme, devenait en quel- 
que sorte le pupille de vieux barons d'une ré- 
putation sans tache, et de chevaliers expéri- 
mentés; sons leurs yeux et d'après des conseils 
fortifiés par de nobles exemples , une éduca- 
tion mâle et sévère succédait aux tendres soins 
maternels; des exercices violents, quelquefois 
dangereux, mais toujours pénibles, rempla- 
çaient les jeux efféminés de l'enfance, et, en- 
durcissant de bonne heure les jeunes damoisels 
à toutes les fatigues, les préparaient déjà, au 
sein des palais ou dans l'enceinte des châ- 
teaux, aux travaux actifs et aux épreuves pé- 
rilleuses de la guerre. 

Peu de temps après la naissance du comte 
de Piémont, le duc d'Anjou s'était vu dans la 
nécessité d'entreprendre une nouvelle expé- 
dition en Italie. De retour en France la même 
année, et se trouvant en Provence à la fin de 
i4og, la reine Yolande son épouse, quoiqu' en- 
ceinte de quelques mois , vint le rejoindre à 
Arles, amenant avec elle, k ce qu'on présume, 



i2 HISTOIRE .410 

ses deux fils Louis et Bené, ainsi que Mari< 
d'Anjou leur sœur. Le but de ce voyage était. 
€lii-on , de gagner des indulgences plénières . 
accordées a l'antique abbaye de Montmajour. 
Si le récit des historiens et des mémoires du 
temps n'est point exagéré , on peut évaluer à 
cen£ cinquante mille, le nombre des pèlerins 
de tout âge et de tout sexe qui y accoururent 
ie 3 mai i4'io,(*) pour s'y trouver avec le 
comte de Provence et sa famille. 

Nous ne suivrons pas Louis II dans les dif- 
férentes guerres qui le ramenèrent encore en 
Italie, ni dans ses fréquents voyages d'Anjou 
en Provence ; mais nous ne pouvons pass 1 
sous silence que, revenu précipitamment de 
JNaples, il vit arriver à Arles-, (où il se t 
vait le 20 mars 1^.11) la reine Yolande d'Ar- 
ragon, amenant avec elle Louis III soi; 
aîné, Marie d'Anjou, et la jeune Catherin 
Bourgogne, fille de Jean-Sans-Peur. C 
princesse avait été promise en mariage, et 
me fiancée à Louis III , avant la fatale catas- 
trophe du duc d'Orléans, et son père s'en 
parait pour confier son éducation au roi de 
Sicile, comme si l'attentat dont il s'étail souil- 

(*) « i\on jnu ouï dire, mais de vue... et les vivres à bon mai t lu 
« le roi et la reine visitèrent ensuite Aix et Marseille. ; 
moires manuscrits de Bertrand Boisset <i ' i 



(i4n) DE RENE D'ANJOU. îJ 

lé n'avait pas dû élever une barrière éter- 
nelle entr'eux. On reeonnaît dans cette con- 
duite qui aurait droit de surprendre de la part 
de tout autre prince, la politique insidieuse et 
constante du duc de Bourgogne, cherchant 
ainsi à se ménager un puissant appui, si la cour 
de France révoltée de son audacieuse ambition 
reprenait un jour assez d'autorité pour le pré- 
cipiter du faîte de la puissance. Dans l'espoir de 
vaincre par des offres brillantes l'éloignement 
que lui témoignait le duc d'Anjou , il s'enga- 
geait à lui faire compter cent cinquante mille 
écus pour la dot de sa fille, et lui promettait, 
en outre , des secours d'hommes et d'argent 
suffisants pour reconquérir le royaume de 
Sicile, alors soumis à Ladislas (*). 

Il paraît que Louis II, flottant entre l'in- 
térêt positif de ses peuples, le sien propre et 
celui de son fils, mais combattu par le profond 
éloigneraient que lui inspirait le duc de Bour- 
gogne, hésita un moment à faire essuyer un 



(*) « Le duc de Bourgogne cognaissantla prudence et astuce du 
« roy de Secile, pensa en soy que pour faire son faict, il lui estait 
« nécessaire d'avoir son alliance, et pour ce faire, offrit de donner 
« la sienne fille en mariage à monseigneur Loys d'Anjou, son aisné 
« fils, avec ung gros douaire. Mais le roy de Secile coguaissant sa 
n déloyauté, refusa son alliance, le merciant de son offre. » 

Bourdigué, fol. i3ï. 



i4 KISTOIRE i,<' 

aussi sanglant affront à ce prince orgueilleux, 
dont la violence ne connaissait aucunes bornes- 

Toutefois , l'honneur l'emportant sur tout 
autre sentiment, Catherine de Bourgogne d'a- 
bord ramenée à Angers, fut ensuite renvoyée 
à son père (*), qui se livrant aux plus fui ie li- 
ses imprécations, jura de se venger bientôt 
de l'opprobre que ce refus faisait rejaillir sur 
lui. 

Ce serment fut peut-être le seul auquel 
Jean-Sans-Peur crut devoir demeurer fidèle. 

Louis d'Anjou n'eut qu'à s'applaudir d'avoir 
ainsi suivi l'impulsion de son cœur royal; car 
deux années s'étaient a peine écoulées, que 
Charles VI, son cousin , lui demanda pour Char- 
les, comte de Ponthieu, son troisième fils, la 
main de Marie d'Anjou, âgée seulement de 
sept ans. (**) Le roi de Sicile fiança également 
à la même époque Louis III, son fils aîné, à 
Marguerite de Savoie (***J. 

(*) « Qui inoult courroucé et ma] content . dit Char lier, ne par- 
te donna jamais au roi de SeciJc et enveloppa tons les siens dans 
« son ressentiment. » 

(**) « Ce crue Je roi de Secile . ajoute Boufdigné , accorda ■ . 
« joye au roi de France qui eogttoissant Ja prud'hominie . la ! 
« nature, et rhouncsteîé de ses enfants, voulut s'allier avec lui. » 

(***) L'année d'auparavant, fouis et Marie dW^ou avaient été 
parrain et marraine avec nobles fe s tes de cloches et menestriers , 
dit la chronique de leur sœur Yolande, née le ia Août iji?. U 
Arles . où la reine de Sicile se trouvai! avec eux depuis le 5 Juin. 



(i4i5-i4i4) DE M^É D'ANJOU. i5 

Cette double alliance, juste hommage ren- 
du à la droiture du prince d'Anjou, acheva 
d'aigrir le duc de Bourgogne, dont l'animo- 
sité se porta an dernier degré, lorsque après 
la mort du Dauphin Louis de France, ( sur- 
venue le 8 Septembre i^S) et celle de son 
second frère Jean, ( le 4 ou 5 Avril 1^16 ) 
(5) , le roi de Sicile se trouva beau-père de 
l'héritier présomptif du trône de France. 

Il était vraisemblable que cherchant à lui 
inspirer les mêmes impressions, il l'engage- 
rait non-seulement à se défier de son enne- 
mi, mais peut-être plus tard à le poursuivre 
hautement comme le meurtrier du frère de 
son roi. Dès ce moment tout rapprochement 
étant regardé comme désormais impossible, le 
roi de Sicile s'attacha plus fortement à la 
cause royale: le duc de Bourgogne resserra 
son alliance avec l'Angleterre, et deux par- 
tis aussi animés que distincts se formèrent à 
la cour de France en faveur de ces princes. 
II. Au milieu de ces sourdes divisions qui 
faisaient présager de prochains orages, le com- 
te de Piémont élevé avec ses deux frères, ve- 
nait d'atteindre sa septième année, se faisant 

Bourdi^né,fol. i38. — Bertrand Boisset, mémoires manuscrits. 
— Papou, T. III. P. 3o5. — Charlier, fol. 28V— Gaufridi,Hist. de 
Provence, fol. 282. 



iU HISTOIRE i4i5] 

remarquer au milieu des enfants de son âge, 
par une figure agréable, une phisionomie 
douce et spirituelle, des dispositions précoces, 
le plus heureux caractère, et une grande ap- 
titude à s'instruire. 

Ces dons inestimables delà nature, cultivés 
par des soins assidus, ne tardèrent pas à 
attirer l'attention de ses parents, et Ton peut 
dire que René leur dût presqu'entièrej) 
le changement inattendu qui s'opéra toui-à- 
coup dans son sort présent, et qui deyaif 
avoir tant d'influence sur son avenir. 

Le cardinal Louis de Bar, ( grand oncle 
de René du côté maternel, et cousin germain 
de son père ), (G) avait eu occasion de le 
voir et d'étudier son caractère pendant ses 
fréquents voyages à la cour de France <>ù 
résidait ordinairement le duc d'Anjou ;, 
que sa famille. Ce fut même à la sollicitation 
de ce prince et de la reine Yolande, que 
Charles VI ayant voulu tenter la réconcilia- 
tion du duc de Bourgogne avec lès enfants 
du duc d'Orléans, le cardinal de Bar, qui se 
trouvait alors à Paris, apporta les saints évan- 
giles sur lesquels se jura l'oubli d'un ressen- 
timent qui demeura, néanmoins, Lien proion- 

bomCalmet, Hist. de Lorraine. T. H. Fol 76a. — I 

inventaire général tb l'histoire de France. 



(,4,5) DE RENE D'ANJOU. 17 

dément grave au fond du cœur de ceux qui se 
promettaient une éternelle et franche amitié. 
Devenu duc souverain de Bar par la perte 
de ses frères tués glorieusement k Azincourt, 
et voyant son nom près de s'éteindre, le car- 
dinal, qui, ayant déjà pris René en affection, 
le préférait à ses autres neveux, sentit naître 
de jour en jour plus de tendresse pour lui, 
et ce fut à cette époque qu'il témoigna le 
désir de se charger du soin de son éducation, 
sous la surveillance de Jean de Proissj que 
Ja reine Yolande avait placé auprès de René. 
Souverains dans leurs diocèses où ils vi- 
vaient avec une noble magnificence, les pré- 
lats du XV e . siècle, ne trouvant pas toujours 
les foudres de l'église suffisantes pour dé- 
fendre leurs droits temporels, étaient quel- 
quefois dans la nécessité, dit Monstrelet, de 
porter « ung bassinet pour mitre, une pièce 
« d'acier pour chasuble, et pour crosse d'or 
« une hache d'armes. » Le bréviaire ne leur 
était pas plus familier que l'épée guerrière, 
et Louis de Bar, entouré de tous les modèles 
de la gloire, avait sucé avec le lait la valeur 
héréditaire de sa race, en même temps qu'il 
possédait au plus haut degré les vertus qui 
honorent l'épiscopat. 

Il y joignait lesconnaissances les piuséten- 
Tome 1. 2 



iB HISTOIPE (1416 

dues en tout genre, le goût de la saine litté- 
rature, et son amour pour les arts dont il était 
le protecteur éclairé, lui faisait répandre sa 
munificence sur la plupart des artistes de son 
temps qu'il attirait auprès de lui, soit dans 
l'antique palais de Bar (*), soit à Paris où il 
prolongeait souvent son séjour. 

On peut donc présumer que ce prince ne 
négligea aucun moyen de perfectionner les 
talents naissants de son pupille, et ce fut pro- 
bablement dans les voyages qu'ils firent en- 
semble à la cour de France, que René recul 
des leçons de dessin et de peinture, des frères 
Hubert et Jean Wan-eych (7), dont le der- 
nier, plus connu sous le nom de Jean de 
Bruges, passa une grande partie de sa jeu- 
nesse auprès de Charles V, qui le combla de 
bienfaits ainsi que son fils. 

Si l'on n'a rien de bien positif kcel égard, 
on s'accorde du moins assez généralement à 
penser que ces peintres célèbres ou leurs élè- 
ves furent les premiers maîtres de René dan- 
un art qu'il aima constamment depuis, et qu'il 
cultiva à toutes les périodes de sa vie. 

Les objets extérieurs qui frappent les or- 
ganes si tendres de l'enfance, ou qui agissent 

{*) Bâti sur uu rocher entouré de fortifications. 



(i/,Tf>) DE RENÉ D'ANJOU. i<) 

sur une imagination mobile et neuve encore, 
y laissent des traces tellement profondes, qu'on 
ne doit pas être plus surpris du goût prononcé 
de René pour la peinture, que de son pen- 
chant à s'occuper de tout ce qui concernait 
les ordres de chevalerie, puisqu'au moment 
où il recevait probablement les premières le- 
çons de dessin, il fut témoin de la création 
d'une institution chevaleresque, et admis sans 
doute, malgré sa jeunesse, à en faire partie. 

C'était l'ordre de la fidélité que Thiébaut V 
comte de Blamont voulut fonder, mais dont 
le duc de Bar se déclara le chef suprême, 
afin de lui donner plus d'éclat et de durée. 
Cet ordre fut solennellement reconnu à 
Bar, le 3i Mai i/|.i6, et quarante chevaliers 
Lorrains , parmi lesquels on en comptait de 
très jeunes, s'y associèrent pendant cinq ans, 
« en s'engageant par serment, k s'aimer et à 
« se soutenir mutuellement dans la bonne, 
» comme dans la mauvaise fortune. » 

Leur décoration était un lévrier bleu ( en 
broderie), ayant un collier sur lequel était 
gravée cette devise: 
Tout un g. 

Parmi les chevaliers de la fidélité, on dis- 
tinguait Thiébaut de Blamont, Renaud et 
Érard du Châtelet son fils, Philibert et Pierre 



-20 HISTOIRE 1416] 

de Baulîremont, Jean de Rodemack, Robert 
de Sarre-Bruche dit le Damoisel de Com- 
me rcy, Gobert d'Aspremont, Robert des Ar- 
moises, etc., etc. 

Ce fut au milieu de ces douces occupa- 
tions, et de ces exercices nouveaux pour lui, 
que René entrant dans sa neuvième année, 
perdit son père le roi de Sicile, le 29 Avril 

1417- 

On ignore s'il se trouvait alors en Anjou. 
ou si instruit de la maladie de Louis If, il 
put accourir auprès de lui, recevoir ses 
niers adieux, et être témoin de rentrer ne 
attendrissante, ou le monarque mourant ré- 
péta plusieurs fois à Charles A II, en le 
rant dans ses bras: « de ne jamais se fin 
« duc de Bourgogne, mais d'employer eopen- 
« dant tous les moyens qui dépendraient «le 
« lui pour vivre en bonne intelligence 
« le redoutable Jean-Sans-Peur. » 

Tandis que la cour de France donnai i 
plus honorables regrets à la perte d'un prince 
si vertueux, et qu'on voyait à ses obsèques le 
roi Charles VI, de même que la plupart des 
membres de la famille royale, la Provence 



Le père Anselme , Hist. des grands ofliciers de la couronne. T. II. 
— DoniCalmet, Hist. de Lorraine. T. II. Toi 742- — Hist de la 
Maison duChâfelet. 



(4*7) DE RENÉ D'ANJOU. il 

entière faisait également éclater sa douleur, 
en même temps qu'elle adressait au successeur 
de son souverain les témoignages les moins 
équivoques de sa fidélité. 

Déclarée régente et tutrice de Louis III 
son fils aîné, alors âgé de quatorze ans, la 
reine Yolande reçut le i3 Août de la même 
année, une dépu talion de la noblesse Proven- 
çale chargée de la complimenter et de lui re- 
nouveler le serment d'obéissance au nom de 
ses états. 

On n'avait choisi pour cette ambassade, que 
des seigneurs dévoués au parti d'Anjou et qui 
avaient puissamment secondé le grand séné- 
chal George de Marie, quand il parvint à 
chasser les troupes Catalanes de la Provence. 
( C'étaient entre autres , Foulquet cTJgoult 
seigneur de Sault, Antoine de Villeneuve 
Baron de Trans, Bertrand de Grasse, Refor- 
ciat de Castellane, Jean de Poritevez, etc. J~ 

La reine les accueillit avec une distinction 
particulière, leur témoigna une confiance sans 
réserve, et leur accorda toutes les demandes 
qu'ils lui adressèrent au nom de la Provence. 
Mais en même temps, cette princesse, impru- 
demment conseillée sans doute, céda alors les 
droits que possédait son fils sur Nice, ainsi 
que sur la vallée de Barcelonnette, au comte 



22 HISTOIRE 

de Savoie en échange d'une somme liés con- 
sidérable fournie, disait-il, à Louis I er . duc 
ù'Aiijou, par son aïeul Ame VI (*). 

Il ne paraît pas que, depuis cette époque, 
René, devenu comte de Guise par le testa- 
ment de son père, ait quitté le cardinal de 
JJarj.ce prince, toujours plus satisfait de ses 
pi ogres, de sas heureuses dispositions, et de 
ses qualités attachantes, le regarda véritable- 
ment comme son propre fils et ne dissimula 
plus Pintention qu'il avait déjà manifestée 
de le nommer son Successeur. Il commença 
dès lors k l'initier à toutes les affaires de ses 
états, l'associa à tous les actes de son gou- 
vernement et parut même désirer que ses 
sujets s'habituassent à voir leur futur souve- 
rain dans le jeune prince qu'il élevait. 

On trouve dès l'an ifi8, des lettres adres- 
sées par René à différents officiers du Bar- 
rois au nom du cardinal de Bar comme au 
sien, et on le vit plus particulièrement en- 
core ia même année agir de concert avec sou 
oncle, 

La plus grande partie de la Lorraine était 
alors infestée dune multitude de gens sans 

(*) Surnommé le comte verd, parce qu'il s'était montre dans ur. 
tournois couvert (Vannes de cette couleur. 
i J apcm. llist. générale de Frovence. T. 111 V. . 



(1418) DE RENÉ D'ANJOU. 23 

aveu, de déserteurs et de brigands; triste ré- 
sultat des désordres et des longues guerres 
qui désolaient la France. Bannis de toutes 
les villes fortifiées, repoussés du centre du 
royaume, ils s'étaient répandus vers les pro- 
vinces limitrophes, s'y livrant avec impunité 
au pillage, au meurtre et à toutes sortes de 
violences. 

Le cardinal de Bar s'était plus d'une fois 
trouvé dans la nécessité de prendre les armes 
et de commander en personne ses propres 
troupes pour la défense de ses étals, sans cesse 
menacés par ces misérables aventuriers. Be- 
soin de mettre enfin un terme aux maux sans 
nombre qui les accablaient depuis si long- 
temps, il se ligua avec Conrad Bayer de 
Boppart évêque de Metz Tj, prélat belliqueux 
ainsi que lui, et ils attaquèrent ensemble di- 
vers seigneurs, qui plus . coupables encore 
que les malfaiteurs dont nous venons dépar- 
ier, leur dounaient un asile, ou les dérobaient 



(*) Il était fils de Conrad Bayer de Boppart, (seigneur de château 
Brêhain), et de Marie de Parroye; il succédait à Raoul de Coucy. 

« Ce prélat, dit dom Calmet, joignait toutes les qualités de l'es- 
prit et du corps à la noblesse du sang. Il prit possession en 1416 ; 
s'étant adjoint uu coadjuteur en 1457 , il mourut le 20 Avril i4$9 
à Metz. Les armes de Boppart étaient d'argent, au lion de sable 
armé et 'ampassé d'or. 

Hist. des évèques de Metz par le père Maurisse. Fol. 54'i. — Hist. 
de Lorraine, dorn Cahnel. Fol. 762. T. II. 



2>4 HISTOIRE (1418 

à la justice afin de profiter de leurs rapine» 
Le due de Bar, s'étant fait accompagner de 
son pupille dans cette rapide expédition , Ton 
doit placer à cette époque la première cam- 
pagne de René. 

III. C'était ainsi que ce jeuneprince commen- 
çait sa carrière, bornant son avenir, comme 
son unique ambition, à. succéder un jour au 
duc de Bar; car rien ne présageait encore 
au comte de Guise les brillantes et diverses 
destinées que lui préparait la fortune. 

Mais son illustre protecteur étendant in 
siblement des vœux inspirés par une tendresse 
active, s'y abandonna avec d'autant moins de 
réserve, qu'il pouvait la faire concorder avec 
un projet de la plus liante politique, dont le 
succès, en assurant la tranquillité et le bon- 
heur de ses sujets, devait en même temps 
assigner un rang très élevé à son jeune pu- 
pille. 

Des discussions plus ou moins grave- avaient 
éclaté à toutes les époques de leur histoire 
entre les duchés de Bar et de Lorraine, trop 
rapprochés l'un de l'autre pour que Leurs 
intérêts réciproques ne se trouvassent 
souvent compromis. Les guerres violentes oui 

Histoire générale de Metz. T. II. P. 619. 



( 1 4 1 8) DE RENÉ D'ANJOU. ^5 

en devinrent les suites, ayant recommencé 
en i4*4 sous le duc Ldouard, on vit ces mal- 
heureux états ravagés de nouveau par le 
meurtre et l'incendie. 

Un traité de paix s'était conclu à la vérité 
le 4 Décembre i^iO, niais tout semblait an- 
noncer une prochaine rupture, et le retour 
des mêmes calamités. Le cardinal qui en avait 
long- temps gémi en silence sans pouvoir y 
apporter aucun remède efficace, entrevit avec 
joie que les circonstances étaient enfin deve- 
nues favorables, non seulement pour détruire 
entièrement le germe des dissentions qui l'af- 
fligeaient, mais encore pour réunir à jamais 
sur la tête de René, le duché de Lorraine, 
une des plus puissantes provinces de l'Eu- 
rope, par son étendue, sa population et ses 
richesses. 

Toutefois, une pareille entreprise présen- 
tait des difficultés sans nombre, car il s'agissait 
d'obtenir pour son pupille la main d'Isabelle, 
fille aînée et héritière de Charles II duc de 
Lorraine (8) et de Marguerite de Bavière, ce 
qui devait naturellement éprouver la plus 
grande opposition, quoique déjà le vœu d'une 
telle union eut été hautement exprimé par 
plusieurs seigneurs Lorrains. 

En effet, le duc Charles était connu depuis 



20 HISTOIRE [1*18] 

long-temps par un dévouement absolu à Jean- 
Sans-Peu f, dont le père avait été en quelque 
sorte son protecteur, pendant sa jeunesse; 
lui-même, se trouvait appartenir de très près 
à ce prince par son mariage avec Marguerite 
de Bavière (proche parente de la duchesse 
de Bourgogne ): et de plus, il se joignait à 
ces diiférents motifs d'exclusion pour René, 
un sentiment d'inimitié personnelle envers 
les princes du sang. Peu de mois avant son 
assassinat le duc d'Orléans était venu attaquer 
le duc de Lorraine presque sous les murs de 
sa capitale et était mort son ennemi. 

Aussi, loin de partager l'horreur générale 
excitée par le meurtre commis sur sa per- 
sonne, Charles continuant ses liaisons avec le 
duc de Bourgogne, avait même lait insérer 
dans son testament une clause spéciale qui 
défendait à son héritière de disposer de sa 
main en faveur d'un prince français (* \ On 
sent combien ces préventions invétérées que 
le duc de Lorraine nourrissait surtout con- 
tre la maison d'Anjou, durent être lentes < t 
difficiles k éteindre, et combien il fallut de 
ménagements, de soins et de négociationspmu 
amener des ouvertures de mariage, entre nne 



(*) « Il I 1 avait même juré par uug gros jurement » . dit uu vieil 
historien. 



( 1 4 i B) DE RENÉ D'ANJOU. 27 

de ses filles et ua prince Angevin. Le cardi- 
nal de Bar finit cependant par triompher de 
tant d'obstacles réunis; il fit revenir Charles 
de ses injustes ressentiments, le convainquit 
des avantages inappréciables que cette alliance 
apporterait a. ses états, et amena insensible- 
ment les choses , au point que le duc de 
Lorraine lui fit proposer une entrevue, en lui 
indiquant le château de Foug près Toul, ou 
Gondreville dans le même diocèse 5 (petite 
a ille où les anciens rois de France avaient 
possédé un palais ). 

Le duc de Bar ayant choisi le château de 
Foug , ( bâti deux siècles auparavant par 
Henri lil duc de Bar , l'un de ses aïeux ) 
ce prince s'y rendit le 20 Mars i4-i8, accom- 
pagné sans doute de son jeune élève, tandis 
que le duc de Lorraine y arrivait de son côté 
avec quelques seigneurs de sa cour. 

La naissante réputation de René, son ex- 
térieur prévenant, le courage surtout, dont 
il avait déjà eu occasion de donner des preu- 
ves, charmèrent le duc Charles, et contri- 
buèrent, dit-on, autant que la politique, aie 
décider à lui accorder la main de sa fille. 
L'entrevue de Foug ne se termina pas sans 
que Charles eut donné son consentement au 
duc de Bar, et qu'il ne fut convenu enlreux: 



2H HISTOIRE ,4,8 

i.° « Que le jour de la Pentecôte au plus 
« tard, le comte de Guise serait de reioui 
« d'un voyage en Anjou, dont l'objet était 
c< d'obtenir l'assentiment de sa mère; 

2. « Qu'il se trouverait à Bar où le duc 
« de Lorraine arriverait également pour y 
« régler toutes les conditions du mariage; 

3.° « Enfin, qu'on fixerait alors l'époque un 
« René, amené à Nancy, cesserait de demeu- 
« rer auprès de son grand oncle, afin dfêtre 
« entièrement sous la surveillance immédiate 
« de son futur beau -père. » 

(11 avait été décidé d'avance que le duc de 
Lorraine aurait le gouvernement de la per- 
sonne de René jusqu'à ce qu'il eût achevé 
sa quinzième année; que ce même juin les 
fiançailles auraient lieu, et qu'un procéde- 
rait le lendemain à la célébration du ma- 
riage. ; 

Tendant que les articles de cette union -1 
désirée se publiaient en Lorraine et que 
toute la noblesse y prêtait avec joie le lei 
ment de les observer, un meurtre nouveau 
vint tout-k-coup consterner la France, y ré 
veiller des haines mal assoupies, y excite 1 
de nouveaux troubles-, le duc de Bourgogne 
Jean-Sans-Peur fut assassiné en plein jour, 
sur le pont de Montreau, le 10 Septembre 



(1419) I>E RENÉ D'ANJOU. 29 

1 4 1 9 , et la voix publique accusa l'héritier 
du troue d'avoir ordonné cette criminelle re- 
présailles 

Dans la disposition actuelle des esprits, il 
était naturel de craindre que le jeune Phi- 
lippe, ulcéré d'un tel attentat, et brûlant du 
désir de venger la mort de son père, ne cher- 
chât à s'opposer à l'alliance que le duc de 
Lorraine s'apprêtait à former entre sa fille et 
le beau-frère du prince qu'il regardait comme 
l'assassin de Jean-Sans-Peur ; tout semblait 
même porter à croire qu'il lui serait alors fa- 
cile d'ébranler une résolution à laquelle, dans 
l'origine, Charles n'avait paru xéder qu'à re- 
gret; mais le nouveau duc de Bourgogne, tout 
en vouant une inimitié mortelle au Dauphin, 
dont il avait lui-même épousé la sœur, n'eut 
point l'injustice d'y envelopper indistincte- 
ment toute la maison d'Anjou ; aussi, loin de 
blâmer le duc de Lorraine, il accueillit même 
favorablement les ambassadeurs que ce prince 
lui envoyait pour le complimenter sur son 
malheur 

Le cardinal de Bar profita de cette bien- 



Fistoire de France. T. XV. P. 82. — Bouche. Hist. de Provence. 
T. II. Fol. 453. — Monstrelet. T. I e .. Fol. 25o. — Chronique de 
Provence. Fol. 646. — Hist. de Lorraine. T. IL Fol. 680 , 682, 
— Abrégé de 1 hist. de Lorraine. T. ÏL P. 166, 18L 



3o HISTOIRE .;.., 

veillance inattendue: il se hâta de prévoir on 
d'applanir les difficultés qui pourraient s'é- 
lever encore, puis il adopta définitivement 
René (9), en lui cédant le duché de Bar. 
ainsi que le marquisat de P ont- à-Mous son , 
à la charge d'en porter le nom et les armes. 

(L'acte eniut passé kSt.-Mihiel, où ce prince 
se trouvait alors (*J. ) 

Le duc de Lorraine et lui, se promirent éga- 
lement le même jour d'instituer , pour leurs 
héritiers, René et Isabelle, en obligeant tous 
leurs vassaux respectifs, à prêter le sermenl 
de les reconnaître pour légitimes souverains 
aussitôt après leur mort. 

Tout étant donc ainsi convenu de part et 
d'autre, Yolande d'Arragon, ramena elle- 
même son fils auprès de son grand oncle 
auquel elle envoya, peu de temps après , Mon- 
sard de Sue, bailly de Vitry, muni de son 
consentement pour prendre le nom et les 
armes de Bar (**). Le cardinal se prépara 



(*) Entr'autres témoins qui assistèrent à ce contrat, on cite le 
neveu du duc de Lorraine, Antoine de Vaudcmont (fils de Ferr\ I. 
dit le courageux, lue a A zincourt , et de Marguerite de Joinv.J 
prince voyait par ce mariage s'évanouir toutes ses espérances sur 
une succession regardée dans sa famille comme un fief masculin qui 
ne devait jamais en sortir. Il ne parait point cependant avoir forme 
a celte époque aucune protestation contre les mesures de son 

(**)Cetacte est. du 24 Juin 1419. 



( 1 4 " 0) D E RENE D'ANJOU. Ji 

alors à conduire son jeune pupille à Nancy, 
pour le remettre entre les mains du duc de 
Lorraine; un obstacle imprévu vint apporter 
un léger retard à la conclusion si vivement 
attendue du mariage de liené et d'Isabelle. 

Arnould duc de Berg(*Jet comte du Mont, 
époux de Marie de Bar sœur du cardinal , 
nouriisait de secrètes prétentions sur la suc- 
cession du duché de Bar, à laquelle il croyait 
avoir des droits; il s'était même empressé de 
les faire valoir aussitôt après la bataille d'A- 
zincourt. 

Repoussé par les mesures énergiques du 
nouveau duc, il demeura paisible jusqu'au 
moment où René fut déclaré son héritier; 
sentant que cette adoption l'éloignait sans 
retour, le chagrin qu'il éprouva de voir son 
ambition ainsi déçue , le porta à faire une 
nouvelle tentative. Ayant rassemblé suffisam- 
ment de soldats, il s'avança à grandes jour- 
nées et vint attaquer les troupes du cardinal 
de Bar; mais ce prince accourut se mettre 
à leur tête avec le jeune René; ils rencon- 
trèrent le duc de Berg, le défirent dans une 



(*) Voyez, sur les prétentions d 1 Arnould, l'histoire des comtes et 
ducs de Bar par Jean le Paige, Manuscrit. Fol. 217, 221. — Dom 
Plancher. Hist. de Bourgogne. T. IV. P. 5. — Le père Anselme, 
Hist. des erands officiers de la couronne. T. I. Foi. 1 15, 



3a HISTOIRE [14,9) 

bataille rangée, le poursuivirent, et parvin- 
rent même à s'emparer de sa personne (*). 

L'ayant ainsi réduit à l'impuissance de feur 
nuire, le cardinal et son pupille arrivèrenl 
ensemble dans la capitale de la Lorraine, on 
la noblesse des deux duchés venait de ratifier 
solennellement toutes les promesses et condi- 
tions stipulées dans le contrat de St-Minief. 

Quoique René n'eut alors que douze ans 
et neuf mois, et qu'Isabelle née en i^o, ne 
fut encore qu'un enfant, on ne crul pas de- 
voir* différer davantage la célébration «le lenr 
mariage; la jeunesse des fianeés ne parut pa- 
on obstacle dans ce siècle où l'on tfotfve plus 
d'un exemple d'une union aussi précoce»chez 
les princes comme parmi les simples particu- 
liers 

A une taille élevée, à une beauté régulière 
et peu commune, Isabelle joignait déjà un 
esprit au-dessus de son âge, une grandelbrcc 
de caractère, et la douée piété de Marguerite 
de Bavière sa mère, semblait bu avoir été 
transmise comme l'héritage le plus précieux 



(*) Arnould, quoiqu'il renonçât alors a toute?- tiens, 

n'en resta pas moins deux ans a Nancy comme prisonnier 1 I 
de sa parole. Il fut arrête en retournant d'un monastère de religieux - 
près de Bassompierre aujourd'hui Harouc. 



»4»9 DE RENÉ D'ANJOU. 33 

René (*) se faisait également remarquer 
parmi les jeunes seigneurs lorrains, par une 
physionomie ouverte, de grands yeux à fleur 
de tête, un teint blanc et coloré, et des ma- 
nières aimables qui, en attirant sur lui l'at- 
tention des dames, l'avaient rendu cher à sa 
jeune fiancée. 

Henri de Ville, évêque de Toul (10), pré- 
lat vertueux, parent du duc de Lorraine , fut 
choisi pour bénir le mariage d'Isabelle et du 
comte de Guise: il officia ponlificalement le 
jour de cette cérémonie, qui eut lieu à Nancy 
le i4 Octobre i4^o (**) avec la plus grande 
pompe qu'il fût possible d'y déployer, et au 
milieu d'une joie qui semblait tenir du dé- 
lire (***). 

La même allégresse se répandit dans le Bar- 
rois; on se félicitait à Fenvi d'une alliance 
formée sous de si heureux auspices; elle 
semblait en effet tarir à jamais la source de 
tant d'anciennes divisions, et ramener enfin 



(*)« De son coté, dit un vieil historien, le dict duc de Bar étoit 
« beau, jeune et fort amoureux, et les dames le véoient voulentiers. » 

( * *) Le 1 4 e jour d'Octobre 1 4^0, espousa René ducde Bar, et de- 
puis roy de Seciîe, Ysabelle, fille et héritière du duc de Lorraine. 

(Heures manuscrites du roi René. ) 

i^*** ) «Etyeust a la feste( ajoute la chronique du temps) plusieurs 
o nobles gens, comtes et barons. Les nopces furent faictes en graut 
« triomphe, et la dicte fille menée à Bar moult honorablement. Le 
« cardinal moult jo yeulx en fust. » 

TOME I. 3 



34 HISTOIRE (14 

la félicité si long-temps exilée de tous les 
cœurs. 

De puissants motifs d'intérêt s'opposaient à 
ce que le comte de Vaudémont, (II) le plus 
proche parent du duc de Lorraine, pût parta- 
ger cette satisfaction générale. 

S'étant long-temps bercé de l'espérance de 
régner après son oncle, toutes ses illusions se 
trouvaient détruites par le mariage de René, 
cl s'il sut contenir son profond ressentiment 
en se voyant préférer un prince de la maison 
d'Anjou , ce calme apparent n'en devait 
faire concevoir que plus d'alarmes. Sujet 
fidèle , ami dévoué, parent respectueux , 
Antoine de Vaudémont (*), né au milieu des 
camps, et des orages politiques, ne supportait 



(*) « Cétoit, dit Jean dWucy, un prince de grand couraige et 
« subtil* moyens pour défendre et conqueStër, et 1res ap] étant de 
« louange de la chevalerie. Il estoit excellent en grandeur d 
« et représentait une gravité naturelle de royale majesté. Lojal et 
« grand aulmosuier aux povres. . . . des vices des folles amours, et 
« exactions, pour ung temps, peult estre son loi dénigré. . • . 

« Finalement en son vieil aage, pour satisfaire à Dieu et rendre 
« aux esglises ce epe par injustice uvoit occupé, eust en soum 
« désir inestimable et incrediblc d'augmenter les esglises de grands 
* légats et aussi la foy catholique pour laquelle défendre, s'« 
« a Rome, pensant aller plus oultre aux rivai ges de la Sainte-Terre, . 
« Mais par maladie surpris, fust contraint retourner en sa maison 
« où il mourut en sa ville de Vaudémont en i ', j;. i 
Epitome des gestes des ducs de Lorraine. 
Manuscrit. P. »5Q,ete. 



(i4'io) DE RENÉ D 1 ANJOU. 33 

pas l'ombre d'une injustice, et trouvait en soit 
courage les moyens de s'en venger, 

Fier d'une longue suite d'illustres aïeux , 
il avait éprouvé d'abord le besoin de s'illus- 
trer lui-même. Il fut ensuite dévoré du désir 
d'ajouter encore à la gloire de sa race. Ses 
talents militaires, son caractère élevé, sa n.Or- 
ble franchise lui avaient acquis de puissants 
alliés, et il était d'autant plus dangereux de 
l'avoir pour ennemi 9 qu'on savait que la con- 
viction de la justice et la bonne foi seules 
pouvaient lui mettre les armes h la main, 
Mais alors on ne l'arrêtait plus. Sa fierté,, 
poussée quelquefois à l'excès, l'entraînant hors 
des limites de la prudence, il ne calculait 
ni les chances d'une guerre, ni les mal- 
heurs qui devaient accabler des peuples au 
désespoir. 

Il resta cependant assez maître de lui-même, 
pour ne rien témoigner de ce qu'il regardait 
à la fois comme une injustice et une olïènse 
L'âge de celui qu'on lui préférait ne lui 
permettait d'ailleurs peut-être pas de s'expli- 
quer encore. 

Les événements qui se passèrent pendant 
les premiers temps du mariage de René nous 

Doin Calmet. T. II. Fol. 68a. — Le père Anselme. T. II. F 4 
su. — Moréri. T. III. P. i3i. 

3* 



36 HISTOIRE [14*0 

sont totalement inconnus; Ton sait seulement 
que le 10 de Novembre i4^o, le duc de Lor- 
raine s'engagea de nouveau à faire reconnaître 
Isabelle pour son héritière, s'il mourait sans 
enfants mâles. Aucun détail particulier ne nous 
a été transmis sur les jeunes époux qui durent 
continuer, chacun de leur côlé, à perfection- 
ner leur éducation sous l'active surveillance 
de Marguerite de Bavière, de Charles de Lor- 
raine, et du cardinal de Bar. 

La vertueuse mère d'Isabelle, vivant ex- 
trêmement retirée dans son palais de Nancy, 
s'occupant de bonnes œuvres , fondant do 
pieux établissements, demeurait en quelque 
sorte étrangère à tous les plaisirs de sa cour. 
Mais le duc de Lorraine était loin de parta- 
ger le goût de cette vie solitaire, et sa capi- 
tale, devenue sous son règne le centre des 
fêtes brillantes, annonçait déjà l'accroissemenfl 
successif qui Ta rendue dans la suite une des 
villes les plus remarquables du royaume. 

Quoiqu'élevé au milieu des tentes guerriè- 
res et naturellement belliqueux, Charles étail 
l'un des princes les plus polis et les plus 
spirituels de son temps; il consacrait même à 
la littérature une partie des loisirs que ne se 
partageaient pas la guerre ou ses passions. On 
rapporte qu'il ne passait jamais un seul jour 



(i4ai) DE RENÉ D'ANJOU. 3^ 

sans lire quelques chapitres de Tite-live ou 
des Commentaires de César (*), ses auteurs 
favoris; il est donc permis de croire qu'il ne 
négligea pas d'inspirer l'amour de l'étude à 
son jeune pupille. 

On doit également assigner à ce premier 
séjour du comte de Guise auprès du duc de 
Lorraine, l'origine de son goût et de son 
talent pour la musique, car tous les historiens 
s'accordent à dire que Charles, très bon mu- 
sicien lui-même, jouait de plusieurs instru- 
ments et se plaisait à être entouré des artistes 
les plus célèbres en ce genre (**). 

IV. Un an ne s'était point écoulé encore de- 
puis le mariage de René et d'Isabelle, lorsque 
de vives discussions s'élevèrent entre les villes 
de Metz et de Toul. Jaloux de ses prérogatives 
et saisissant avec ardeur les moindres prétextes 
d'alimenter son inquiète activité, le duc de 
Lorraine rassembla à la hâte une armée, et 
s'apprêta à entrer en campagne pour défendre 



( * ) « Il lui serabloit en la matièrecTarmes , dit Jean d'Aucy , estro 
« mal habillé et très grossier au prix de César. » 

(P. 204. Manuscrit. ) 

(* *) « Il a sçu la musique et marier sa voix, 
« Aux doux accents d'un luth, gémissant sous ses doigts. » 

( Dit Clément daus sa Chronique en vers. ) 

«(Voyez aussi Simphoriu Champier, qui assure qu'il aymoit 
« moult la musique, et vouîoit tousjours aveoir chantres auprès 
*<■ de lui. ) » 



#5 HISTOIRE (:4ir; 

k dernière de ces villes. La guerre qui lut la 
suite de ces démêlés n'eut pas une longue du- 
rée* mais René, que nous appellerons aussi duc 
de Bar (comme la plupart des historiens du 
temps), se trouva dans l'obligation d'y prendre 
part sous les ordres de son beau-père. 

Il ne paraît pas qu'il l'ait accompagné dans sa 
visite au duc de Bourgogne, alors occupé à faire 
célébrera Dijon les obsèques de son père (12). 
Ainsi, quoique son extrême jeunesse et la dé- 
pendance absolue dans laquelle il se trouvait, 
eussent pu lui servir en quelque sorte d'excuse, 
nous n'aurons point à disculper René du re- 
proche que lui ont fait quelques écrivains, 
« d'avoir promis de vive voix au duc de Bour- 
« gogne,de reconnaître Henry Y, Roi d'Anglc- 
« terre, pour souverain légitime de France, 
« après la mort de Charles VI, et de ne jamais 
« séparer ses intérêts des siens. » 

Philippe ne négligea en cette rencontre, ni 
les protestations les plus fortes, ni les caresses 
les plus séduisantes, pour arracher au due de 
Lorraine un engagement dont on senlira toute 
l'importance, en jetant un coup d'oeil rapide 
sur ce qui se passait alors autour d'eux. 

L'état de la France à cette époque désas- 
treuse, ne pouvait se comparer à nul autre de 
nos annales, et, l'on frémit de le dire, un 1110- 



(i4ii) DE RENÉ D'ANJOU, 39 

narque étranger y régnait en maître sous le 
nom du souverain en clémence dont il venait 
d'épouser la fille ! 

Cette union anti-française, fruit de la plus 
monstrueuse politique, s'était célébrée à Troyes 
le 2 Juin 14^0. Douze jours auparavant, Isabeau 
de Bavière, insatiable de pouvoir et de crimes, 
avait signé à Blois la spoliation totale de l'hé- 
ritier naturel du trône • puis, non satisfaite 
d'attacher ainsi son nom impur à tous les mal- 
heurs de la France et de sa propre famille, elle 
rédigeait elle-même le 23 Décembre suivant, 
« l'inique sentence qui condamnait son fils uni- 
ce que comme criminel de lèze-majesté ! ! ! 

Secondé par la fortune, l'habileté et la tra- 
hison, Henri V, couronné Roi de France dans 
Paris, vit enfin les léopards Anglais flotter sur 
les créneaux de cette capitale, et le prestige 
d'une usurpation heureuse troublant toutes les 
notions de justice, d'honneur et de vertu, les 
Français formèrent deux peuples croyant obéir 
chacun à leur légitime souverain. L'armée, le 
clergé, la noblesse, tout fut divisé entre Charles 
et Henry. Chacun d'eux distribuait des emplois 
et des dignités, et, chose unique dans nos fas- 
tes, deux chanceliers, deux connétables et une 
foule de maréchaux de France ou de grands 
officiers de la couronne, furent créés tour-à- 
tour par le Dauphin et par l'usurpateur. 



4o HISTOIRE (14 

L'étroit sentier de l'honneur et de la fidélité 
irest pas de nature à se diviser de même, et 
l'histoire doit proclamer qu'un grand nombre 
de véritables Français n'en dévièrent jamais. 
Mais en ces temps de factions et de démence; où 
toutes les saines idées sont interverties, com- 
bien de l'ois l'intérêt personnel, l'amour-propre 
blessé, les passions aveugles, de fausses inspi- 
rations de bien public, concourent à éloigner 
de la véritable route, des hommes intègres et 
des novateurs politiques de bonne foi. Le moyen 
qui conduit à leur but, leur semble ioujm 
honorable, et il n'est pas rare qu'à force de 
vouloir raisonner ses erreurs, on finisse pn< 
persuader que la nécessité les a rendues loua- 
bles. Avant de censurer la conduite d'un homi 
qui fut long-lemps loyal, sachons toujours faire 
quelques concessions au temps et à la disposition 
effervescente des esprits. Mais cette sage réserve 
dont l'exemple émane quelquefois du rang le 
plus auguste, n'est pas ordinairement à l'usage 
des contemporains; qu'on ne s'étonne donc 
point si, au milieu des récriminations et des 
représailles continuelles qui naissent de tcuU - 
parts dans les temps de troubles civils, la vio- 
lence des partis, sans cesse alimentée, dégéi 
presque toujours en un véritable acharnement 
et une sorte de délire fanatique. 



(./ 4 ii) DE RENÉ D'ANJOU. 4? 

Aussi, sera-ce moins un sentiment de sur- 
prise qu'une profonde horreur que Ton éprou- 
vera, en se retraçant l'image de ce qui se pas- 
sait à Paris lors de l'invasion des Anglais, et 
les terribles vengeances dont usèrent à leur 
lour quelques uns des capitaines du Dauphin, 
qui ne craignirent pas de souiller une cause si 
pure et si noble, par des atrocités sans exemple 
commises en son nom royal (i3j. 

Une longue et horrible famine, triste suite 
des guerres qui enlevaient tous les bras à l'a- 
griculture, vint encore augmenter l'épouvante 
qui consternait la malheureuse capitale du 
Royaume; et comme si tous les maux eussent 
du y fondre à la fois, les rigueurs d'un hiver 
excessif se réunirent à la plus affreuse disette. 
Abandonné de la plupart des habitants qui 
avaient pu se soustraire au joug étranger, Paris 
devenu un effroyable désert, voyait régner 
dans sa vaste enceinte, un funeste silence qu'in- 
terrompaient seulement les hurlements des 
loups affamés, et les gémissements ou les cris 
lamentables des vieillards 3 des femmes et des 
enfants mourant de faim ou de froid (*). 

(* ) « A toute heure ( rapporte un journal contemporain ) oyssiez. 
« parmi Paris, piteux plains, piteux cris, piteuses lamentations et 
«t petits enfants crier: je meurs!. . . . et sur les fumiers parmi Paris, 
«< pussiez trouver des enfants qui la mourussent. . . et n'étoit si dur 
« cueur qui par nuyct les ouyst crier, qui grand' pitié n'en eust! » 



l\i HISTOIRE ,,,, 

Le sort des autres villes françaises envahies 
par les Anglais, ne présentait pas un tableau 
plus consolant que celui de la capitale, et Ton 
ne peut douter que le cœur généreux du Dau- 
phin ne fut douloureusement affecté au récit de 
tant de calamités qui pesaient sur son royau- 
me, et dont une partie avait frappé ses regards. 
Cependant, loin de se laisser abattre par l'ad- 
versité, ce noble proscrit, confiant alors à Dieu 
et à son épée la justice de sa cause, s'entoura 
de quelques serviteurs courageux et fidèle^, se 
mit à leur tête, adressa un appel plein d'éner- 
gie et de dignité aux Français, en rassembla 
un grand nombre autour de sa personne -, puis 
ayant rejoint celles de ses troupes qui lui res- 
taient dévouées, il se prépara à marcher en 
personne contre un ennemi enivré de ses ta- 
cites triomphes. 

Un succès éclatant ne tarda pas à couronner 
ce premier élan et à ranimer encore le cou- 
rage de Charles. Le frère de l'usurpateur «le 
son royaume, le duc de Clarence, fut rencontré 
à Baugé par le maréchal de la Fayette qui 
fondit sur lui, et tailla en pièces son armée. Ni 
la supériorité du nombre, ni la présence du 
fameux Talbot surnommé 'V Achille de V An- 
gleterre ne purent empêcher cette mémorable 
victoire qui releva un moment l'espoir de la 
France royaliste. 



(i4'ii) DE RE3É D'ANJOU. 43 

Ce fut à peu près vers le même temps qu'une 
seconde guerre éclata de nouveau entre le due 
de Lorraine et la ville de Toul dont il fit le 
siège lui-même. 

L'histoire garde le silence sur la part active 
que prit René à cette expédition; mais il ne 
resla pas long-temps oisif, et on le vit suivre 
son grand oncle le Cardinal de Bar, qui mar- 
chait alors contre le comte de Ligny, Jean de 
Luxembourg son vassal, pour le forcer à lui 
rendre l'hommage qu'il avait droit d'exiger de 
lui. Ces deux princes réunis assiégèrent en- 
semble Ligny sa capitale, l'emportèrent d'as- 
saut, et obligèrent Jean de Luxembourg à se 
soumettre à leur volonté (*)• 

Une autre campagne guerrière fournit peu 
de temps après à René une nouvelle occasion 
de manifester sa bravoure précoce; mais elle 
l'empêcha d'assister au mariage de sa sœur 
Marie d'Anjou (i4,)> qu'il chérissait avec une 



Hainaut. Abrégé chron. T. I.er P. S/fo. = Dom Calinet. T. IL 
F0I./762 Idem, notice sur la Lorraine. Fol. 640. Jean le Paige. P.22. 

( * ) Cette campagne offre un trait assez singulier et qui mérite 
d'être rapporté, comme une peinture caractéristique de l'antique 
loyauté observée dans les promesses des princes de ce siècle. Le duc 
de Lorraine, malgré sa récente alliance avec René, et la parfaite 
intelligence qui régnait entr'eux, ne crut pas devoir se dispenser 
d'envoyer des troupes contre lui pour défendre le comte de Ligny, 
l'un des parents du duc de Bourgogne. 



44 HISTOIRE ,4 2I ) 

tendre affection, et dont l'union avec Char- 
les VII eut lieu vers la même époque. 

En ce siècle où la féodalité n'avait point 
été encore comprimée parle sceptre de 1er qui 
allait s'appesantir sur elle, rien n'était plus 
fréquent que le refus de foi et hommage au 
suzerain par des seigneurs puissants ou auda- 
cieux qui ne regardaient plus que comme une 
humiliation périodique, un droit auquel leurs 
ancêtres s'étaient soumis sans murmurer. 

Du nombre de ces seigneurs dont l' indé- 
pendance était le but constant ., se trouvait Le 
jeune Robert de Sarrebruclie (*), Damoiselou 
sire de Coinmercy, et en celle qualité rcle\ant 
directement du duché de Bar. 

Sa bravoure impétueuse et inquiète, son ca- 
ractère ardent, ne lui permettaient point de 
réfléchir aux conséquences dune révolte à 
force ouverte, et sa témérité semblait même en 
rechercher toutes les occasions ; aussi . étant par- 
venu à conclure la paix le 9 Juin 1422, avec le 

(* ) Robert III de Sarrebruclie etaitfils unique d'Aîné et de Maiie 
de Chàteauvilain. 11 vivait eucore le 3o Mars 1460, et revenait d'un 
péleriuagea Jérusalem, lorsqu'il fut arrêté par les seigneurs d'ila. 
raucout qui Je gardèrent long-temps prisonnier. 

Marie de Sarrebruclie sa fille aiuée épousa Jean deMelunleb 
Octobre »45i. 

(Hist. des grands officiers de la couronne. — Anselme. T. 1er 
Fol. 66. — Ibid. II. Fol. 1229. — Morcri. T. [II. loi. v- 
— Dom Calniet. ISolics sur la Lorraine. Foi. a£ 



(i 4«) DE RENÉ D'ANJOU. 4"> 

duc de Lorraine qu'il avait offensé pins d'une 
fois, on le vit se refuser formellement à re- 
connaître René en qualité de suzerain. 

Il ne tarda pas à se repentir d'une pareille 
rébellion: assisté du cardinal de Bar, le comte 
de Guise rassembla des troupes suffisantes pour 
réduire le rebelle Sarrebruche, se mit à leur 
tête, marcha vers Commercy, et obligea le 
damoisel à s'avouer son homme et son vassal. 

V. Au milieu de ces guerres intestines qui 
retenaient René auprès de son oncle, on apprit 
la mort des deux souverains qui se dispu- 
taient la France, et l'on dut s'attendre qu'un 
grand changement allait s'opérer dans la 
situation du dauphin, comme dans celle du 
royaume. 

Charles VI (*) venait de terminer sa dé- 
plorable carrière, et son fils errant dans ses 
propres états ne put être instruit de sa mort 
qu'au château cTEspaillf (**), en Auvergne 
où il s'était retiré. 

Au milieu de ses triomphes, et à la fleur 
de son âge (***), le roi d'Angleterre avait pré- 
cédé de près le malheureux Charles, ne lais- 



( * ) Mort le 2 1 ou 2a Octobre 1422. 
(* * ) Il fut couronné dans la chapelle de ce château. 
( * * * ) Agé de trente-quatre ans. Il mourut le 3i Août 1422. 



46 HISTOIRE (i4^ } 

sant pour iui succéder qu'un fils encore au 
berceau. 

Des événements si imprévus devaient né- 
cessairement foire présumer aux divers partis, 
qu'une révolution prochaine allait éclater en 
faveur de celui qu'on s'obstinait à appeler le 
soi disant Dauphin. Aussi, plusieurs chefs 
puissants cherchèrent-ils à s'en rapprocher ; 
mais cette fois leur politique se trouva en dé- 
faut, et contre toutes les probabilités humai- 
nes, la mort des deux monarques n'influa en 
aucune manière alors sur la position politique 
de la France , elle ne fit même qu'une légère 
sensation parmi leurs sujets; il est vrai que le 
roi d'Angleterre venait de léguer, en quelque 
sorte, son usurpation à la veuve de Charles VI, 
et que d'un autre coté le duc de Bourgogne, 
toujours acharné contre l'héritier du royaume j 
s'efforçait de lier plus étroitement ses intérêts 
à ceux d'Isabelle de Bavière pour fermer le 
chemin du trône au légitime souverain: il 
parvint même à entraîner dans son parti, plu- 
sieurs grands vassaux de la couronne, ou à 
priver Charles de leur appui, entr'autres de 
celui du duc de Bretagne, quoique de même 
que Philippe, il eut épousé une sœur de 
Charles VII. 

Le duc de Lorraine, dont les anciens res- 



(i4«) DE RENÉ D'ANJOU. 4? 

sentiments contre la maison royale s'étaient 
éteints depuis son alliance avec René, aurait 
été assez disposé à secourir le nouveau roi de 
France- mais engagé par la promesse que lui 
avait arrachée Philippe, il ne redoutait pas 
moins d'attirer une guerre étrangère en ses 
états. Il en était de même du cardinal de Bar^ 
Tous deux se bornèrent donc à se maintenir 
dans une sorte de neutralité que semblait exi- 
ger la tranquillité de leurs peuples. 

Malheureusement Louis liï (*5), frère de 
la reine de France, sur l'appui duquel Char- 
les VII aimait à compter, et qui en effet eût 
pu lui être d'un si grand secours, venait en 
ce moment de quitter la France, et se ren- 
dait à Naples où la reine Jeanne II l'avait 
appelé, dans l'intention de l'adopter pour la 
seconde fois. 

Trop faible pour gouverner elle-même, ver- 
satile dans ses affections, ainsi que dans ses 
projets dont elle changeait comme de favoris, 
la sœur de Ladislas, influencée par de perfides 
conseils, et oubliant les promesses solennelles 
faites d'abord au duc d'Anjou, avait adopté à 
sa place, le 24 Septembre 1420, l'ambitieux 
Alphonse V, roi d'Aragon, qui s'était déjà em- 
paré de la Sicile. 

Justement blessé de ce manque de foi, Louis 



4 8 HISTOIRE [i4« 

III ( auquel s'était réuni le fameux S force 
devenu l'ennemi de Jeanne, à cause de ses dé- 
mêlés avec Carracloli, son grand sénéchal et 
son amant ) fit marcher ses troupes contre l'ar- 
mée réunie de Jeanne et d'Alphonse. Il débuta 
par des succès qui, forçant la reine à ouvrir 
les yeux sur les dangers de sa position, contri- 
buèrent à lui faire retirer sa faveur au roi d'A- 
ragon , déjà nommé par elle vice-roi de Calabre. 
La prudence consommée d'Alphonse échoua 
devant la légèreté de l'inconstante Jeanne, et 
en vain chercha-t-il à la prévenir par un coup 
d'autorité. 

S'étant aperçu que le grand sénéchal l'aban- 
donnait à son tour, afin de reprendre son 
ancienne influence sur la reine, il voulut 
non-seulement le faire arrêter dans le propre 
palais de sa souveraine, mais il osa encore 
donner l'ordre de s'assurer de la personne de 
Jeanne elle-même. A cette nouvelle; le peuple 
de Naples se souleva; une insurrection gêné- 
rate éclata dans la ville le 12 Mai 1 1 a \ , et la 
fermentation fut poussée à un tel degré, qu'Al- 
phonse faillit a en devenir la première victime. 
Les partisans de la maison d'Anjou s'empres- 



Gianone, histoire civile du royaume de N«ij 1rs, T. III, P. \\ 
- Burigny, Hist. de Sicile. P. 3lo, 3oy. 



(,4*5) DE RENÉ D'ANJOU. 49 

sèrent d'en instruire Louis III , qui , se hâta 
d'offrir ses services à la reine, et secondé de 
Sforce s'apprêta a marcher à son secours. 

Jeanne, partant alors d'Averse pour se ren- 
dre à Rome, écrivit de cette dernière ville 
à Louis III , en l'engageant à venir l'y trou- 
ver. Il y accourut sans perdre de temps et aus- 
sitôt après leur première entrevue, son adop- 
tion fut confirmée j on le déclara duc de Ca- 
labre à l'exclusion d'Alphonse, et la reine 
le proclamant pour son successeur, ordonna 
à tous ses sujets de le reconnaître comme tel. 

En acceptant cette adoption et les dons de 
la reine (auxquels les principaux barons Napo- 
litains ainsi quele favori Carracioli n'avaient 
pas peu contribué ), le duc d'Anjou semblait 
laisser entrevoir que ses droits au royaume 
de 3N api es lui paraissaient susceptibles d'être 
contestés j mais le parti de Jeanne était trop 
puissant pour risquer de se l'aliéner par une 
fierté déplacée. Cette condescendance qui pa- 
rut attacher davantage encore la reine Jeanne 

o 

au duc d'Anjou, fut dictée par une saine po~ 
litique. 



( Papou. T. III. P. 354.— Chronique de Provence. Fol. 570. 
— Hist. de Marseille Ruffi. Fol. s53. — Abrégé de l'histoire de 
Provence Louvet. P. 238. — Hist de Scanderberg. Liv. X. Ch. HT 
P. a 9 6. ) 

TOME I. 4 



5o HISTOIRE 

Cependant Alphonse , furieux de voir s'é- 
chapper de ses mains le fruit de tant *1 in- 
trigues, rassembla toutes les troupes dont il 
disposait, afin d'aller d'abord délivrer Henri 
son frère, prisonnier de Jean II roi de Cas- 
tille, et pour attaquer ensuite le duc d'Anjou 
au sein de la Provence. îl s'éloigna donc delà 
Sicile, avec une flotte considérable et débar- 
qua a îlieres, après avoir réalisé son premier 
projet. Là, ayant appris que le roi Louis III 
n'était point encore de retour dans ses é 
l'occasion de se venger de ce prince lui parut 
trop favorable pour ne pas la saisir avidement , 
et s'étant ménagé des intelligences secret* s 
dans la ville de Marseille, il s'en rendit maître 
sans trop de résistance, car on s'y défendit 
avec plus de courage que d'ordre et d'habi- 
leté ^ mais malgré les promesses loi nielles du 
roi d'Àrragon, cette malheureuse cité fut livrée 
au pillage, devint la proie des flammes ,el subit 
toutes les horreurs d'un assaut (*). 



( + ) « II y eut, dit César Nostradamus, près de ^oo maisons bru- 
te lées, si oultrageusement. qu'on voyait tomber de grands qu 
« de murailles avec des éclats horribles et merveilleux, meslcz 
« parmi ies cris et les hurlements des femmes eselievellces et des 
« enfants esperduz; les ungs tomboient morts d'épouvautement, 
« sans coups , les ungs sur les aulires. » 

Une des pertes les plus sensibles pour celte ville fut la prise d( s 
reliques de St. Louis, fils de Charles il d'Arragon. 



(4*5) DE RENÉ D'ANJOU. &i 

Le vainqueur ne poussa pas plus loin sa té- 
méraire entreprise- ses agents lui firent con- 
naître la résolution que venaient de prendre 
les Provençaux de se défendre jusqu'à la der- 
nière extrémité et que le vicomte deReillanne, 
Louis de Bouliers (*),qui les commandait, était 
parti d'Aix, enseignes déployées, résolu à périr 
ou à exterminer les troupes arragonaises. Al- 
phonse ne crut alors pas prudent de l'attendre; 
il s'embarqua précipitamment avec les nom- 
breuses dépouilles dont il s'était emparé, et il 
disparut des côtes de Provence, tandis que 
Boulier, fidèle à son noble serment, taillait en 
pièces les soldats Catalans , dans les riches 
plaines des bords du Rhône (**). 

On voit par cette succincte relation des évé- 
nements qui se passaient en Provence et en 
Italie , l'impossibilité absolue où se trouvait 
le duc d'Anjou de venir lui-même auprès du 
Roi de France, ni de lui envoyer les secours 
dont il éprouvait plus que jamais l'impérieux 



(*) Il devint viguier de Marseille en i43o, 1 435 et 14395 k ville 
lui donna 200 florins et une galère appelée Gobina. ( Histoire de 
Marseille. Liv.XII. ) 

(**) Les bannières d'Aix et d'Arragon qui étaient pareilles, aj'ant 
donné lieu a une fâcheuse confusion pendant le combat, Louis III, 
pour l'éviter à l'avenir et afin de récompenser aussi la ville d'Aix, 
augmeuta ses armoiries d'un chef tiercé de Jérusalem, de Naples 
et d'Anjou. 

Rapin de Thoiras, Hist. d'Angleterre. T. IV. P. 182. 



5a HISTOIRE 

besoin •> car chaque jour augmentant sa dé- 
tresse, semblait ajouter au désespoir de sa po- 
sition. 

Les seules provinces demeurées fidèles au 
souverain légitime, mais cruellement épuisées 
par cette longue guerre, étaient le Languedoc, 
le Dauphiné, l'Auvergne, le Bourbonnais, le 
Berry , le Poitou, la Saintonge, la Touraine, 
l'Orléanais, l'Anjou et une partie du Maine. 
Les autres, envahies ou entraînées dans la ré- 
volte, ne reconnaissaient que l'autorité étran- 
gère, et se trouvaient d'ailleurs dans un état 
de misère digne d'exciter la pi lié. 

Les champs les plus fertiles, les coteaux 
les plus productifs restaient incultes; les châ- 
teaux, où le luxe brillait naguères, étaient 
abandonnés; les villes mêmes les plus floris- 
santes n'offraient plus qa'ur amas de ruines 
ou un désert effrayant. De nouveaux habi- 
tants se succédaient journellement dans les 
anciens manoirs de nos preux, comme dans 
les misérables chaumières à demi-brûlées, et 
les malheureux paysans qui n'avaient pu sui- 
vre leurs maîtres , réduits au désespoir, mou- 
rant de faim , ne sachant où traîner leur 
existence déplorable, « erraient çà et là loin 
« de leurs demeures , dit un historien , comme 
« des ombres arrachées à leur sépubhi 



(i 4*5-1 4*4) DE REJNÉ D'ANJOU. 53 

u Taisant horreur aux brigands eux-mêmes 
« qui reculaient d'épouvante à leur hideux 
« aspect. » 

Les Français qui, osant faire entendre la 
voix de l'honneur , proclamaient hautement 
des sentiments de devoir ou d'obéissance en- 
vers le successeur de Charles VI, étaient jetés 
dans de sombres cachots, où, cruellement mal- 
traités, ils ne pouvaient souvent échapper aux 
supplices les plus ignominieux , à la mort 
même, qu'en s'expatriant pour jamais $ aussi 
vit-on s'évanouir insensiblement les premières 
espérances qu'on avait conçues en apprenant 
la victoire de Beaugé 9 et la généreuse réso- 
lution du jeune monarque. Chaque jour sembla 
dès lors affaiblir la cause royale, et la bataille 
de Crevant , que les Anglais gagnèrent près 
d'Àuxerre, redoubla leur audace en achevant 
de décourager totalement le parti du Roi. Enfin, 
la journée de Verneuil dans laquelle le duc 
de Betford récent, défit le connétable Jean 
Stuart (*) par l'imprudence du vicomte de Nar- 

(*) Jean Stuart, comte de Euchan et de Douglas, était petit-fils 
de Robert Stuart II , roi d'Ecosse, et second fils de Robert dit la 
jeune duc d'Albanie. 

Ayant passé en France en 1420 avec plusieurs seigneurs Ecc ssais 
il gagna le ix Mars la bataille de Beaugé, perdit un œil à celle de Ciré- 
tant en Juillet i\ ;.3, fut créé connétable a Bourges le ^h\rû i4 2 4i 
et il périt à la journée cie Verneuil en Perche le G 0117 Août 1 4'M- 



H HISTOIRE i4_>5-i4i4 / 

bonne, sembla le signal de l'entière destruc- 
tion des royalistes > et vint plonger dans le 
deuil toutes les provinces dévouées à leur 
cause (*). 

Le due de Betford, surpris sans doute du 
succès inespéré de ses armes, célébra la vic- 
toire de Vcrneuil par une fête qui parut alors 
plus étrange même que les revers des Fran- 
çais, et il en plaça le théâtre au centre de la 
capitale, dont les habitants commençaient à 
peine à oublier l'horrible famine qui venait 
d'en moissonner la plus grande partie. 

Nous voulons parler de cette fameuse proces- 
sion qu'on vit défiler dans les rues de Pa ris ,sous 
le nom de danse macahrée,ou infernale ^è\ ou* 
vantable divertissement auquel présidait un 
squelette ceint du diadème royal, tenant un 
sceptre dans ses mains décharnées, et assi 
un trône resplendissant d'or et de pierre 



Jean Stuart ne laissa pas d'enfants de Marie de Douglas son épouse , 
fille de Jacques d'Archambaot capitaine de la garde Ec i 

Le connétable de Buclian et sou beau-père ; furent ensevelis dans 
Fé^Iise cathédrale de Tours. 

Millot, abrégé de l'histoire d'Angleterre, T. I er - P- j _ 

(*) « II} eust, dit la chronique de Normandie, occasion grande 
« de part et d'autre, et fust le crj et assaull eux; mais la 

« perte des Anglais fut légère, et 5ooo Français y périrent avec leui 
« imprudent chef. 

« Un vénérable ermite fît bénir le lieu du combat et y lit cu>c- 
« velir les corps après y avoir érigé une chapelle. » 



d4*i5-i4^4) CE RENÉ D'ANJOU. 55 

Ce spectacle repoussant , mélange odieux de 
deuil et de joie, inconnu jusques alors et qui 
ne s'est jamais renouvelé, n'eut guère pour té- 
moins que des soldats étrangers, ou quelques 
malheureux échappés à tous les fléaux réunis, 
et qui avaient vu descendre tous leurs pa- 
rents, tous leurs amis dans ces sépulchres 
qu'on dépouillait alors de leurs ossements. 

Tandis que cette hideuse fête témoignait 
d'une manière si indécente le barbare orgueil 
des vainqueurs , les événements successifs de 
la guerre avaient forcé Charles VII à errer 
de ville en ville pour en réclamer des renforts 
et de l'argent j la reine Marie d'Anjou ne le 
quittait point et déployait le plus rare courage,' 
ainsi que sa mère Yolande d'Arragon. Il fallut 
pourtant enfin s'arrêter, et le roi choisit alors 
la capitale du Berry comme le centre de son 
royaume, (ce qui lui fit donner dérisoirement 
le nom de roi de Bourges, par les Anglais.) 

L'état de pénurie dans lequel ce prince se 
trouvait réduit à cette époque, était tel, dit- 
on , qu'il s'enfermait quelquefois dans ses ap- 
partements avec la reine, afin de n'avoir pas 
à rougir devant un seul témoin de la chère 
grossière dont ils étaient obligés de se con- 
tenter j encore n'avaient-ils pas toujours assez 
de fonds pour subvenir à une aussi modique 



56 HISTOIRE (1414 

dépense dans les villes qu'ils parcoururent. À 
Chdteaudun entr'auires , le célèbre Jacques 
Cœur, depuis argentier de France, leur envoya 
de quoi alimenter leur modeste table 

C'était pourtant à un tel degré de délres=c 
que les Français avaient vu tomber le des- 
cendant de S 1 . Louis et de tant de Rois! mais 
alors, et comme un présage de la protection 
surnaturelle qui veillait sur la France, éclatait 
danstontson jour, le noble caractère de Marie 
d'Anjou , dont la fermeté et la prudence sou- 
tenaient le jeune monarque au milieu d< 
conjonctures si difficiles. Sa tendresse si vraie 
ne redoutail aucun sacrifice et la rendait in- 
génieuse à se créer des ressources ; cl le sut 
même si bien ménager celles qu'elle se procura 
en vendant peu-à-peu ses bagues, ses joyaux, 
sa vaisselle et jusqu'à l'argenterie de sa cha- 
pelle, qu'elle trouvait encore le moyen de faire 
de légers présents à ceux qu'il fallait retenir 
ou attirer dans le parti royaliste -, sYuiMiant 
toujours elle-même, jamais on ne la vit donner 



(*) « Un jour que la Hire et Tôt on 

« Le venoient vcoir pour festoyement . 
« N'avoient qu'une queue de mouton 
« Et deux poulets tant seulement!» 
S'écrie le véridique Martial d'Aurergne. 

Vigiles de Charles MI. P. 56. — Anecdotes françaises. T. I • 
P. 2 5 9 . 



(.44) DE RE ™ D'ANJOU. 5 7 

un conseil qui n'eût pour but le salut comme 
la gloire de la France (*). 

Ces nobles efforts étaient loin cependant de 
suffire pour conjurer l'affreuse tempête qui en- 
traînait la France au comble de l'infortune et 
de l'humiliation. Courbée sous le joug étran- 
ger , comprimée par l'ambitieuse révolte des 
grands du royaume, avilie dans la personne 
de sa propre reine s elle paraissait près de s'en- 
sevelir sous les débris du trône, lorsque son 
souverain, n'ayant d'autre appui que son cou- 
rage et la fidélité de quelques braves, résolut 
pour la seconde fois de chercher une mort 
glorieuse dans les combats, ou de purifier le 
sol Français de la présence des ennemis qui 
l'inondaient; « Il faut, s'écria-1-il, mettre Dieu 
« et la raison de mon côté! » — A ce pieux 
élan , a cette généreuse pensée qui vint animer 
le cœur du monarque , l'aurore d'une prochaine 
délivrance ne pouvait tarder à luire ; l'appel 
de Charles retentissant d'une extrémité du 
royaume à l'autre, remplit de joie et de con- 
fiance les valeureux capitaines réunis autour 
de sa personne. L'orgueil Français reprit sa 



(*) Nous remarquerons, en passant, que ce fut pendantces temps 
d'adversité qu'Agnez Sorel ou SureiJe, aloisàgée de quinze ans, 
fut placée comme damoi selle d'honneur auprès de la duchesse de 
Bar, épouse de ttené d'Anjou. 



58 HISTOIRE i ; i , 

place , l'honneur enflamma de nouveau tous 
les courages, et dès lors on ne désespéra plus 
du saint de la patrie C). 

Satisfaite de voir Charles VII s'élever ainsi 
par lui-même au rang suprême auquel l'ap- 
pelait sa naissance , la reine douairière de 
Sicile, Yolande d'Arragon, toujours plus at- 
tentive à ses véritables intérêts, négociait 
alors la réconciliation de son gendre avec le 
duc de Bretagne et son îvhreArtur de liic/ie- 
mont, (16) qui pouvaient opérer une si im- 
portante révolution dans l'état actuel de la 
France, le duc par sa puissance, Artur par 
ses talents militaires et sa haute réputation: 
Yolande se mit elle-même à la tête de I 
bassade chargée des propositions de Char- 
les VII, et parvint à faire accepter 1 i 
connétable au comte de Richemont. Elle ne 
pouvait, sans doute, rendre de service plus si- 
gnalé au parti royaliste j mais le sévère Art us, 



(*) « Par quoi, dit Paradin, le roi se rctiraà la miséi icorde iuli:r«e 
<c de Dieu, laquelle ne l'oublia point.... et ne se faull esbabjr,si 1 V u 
« eust pitié de ce pauvre roy affligé, auquel sa grande vexaciou et 
« tentation avait tellement eslevé L'esprit en Dieu, que. se trouvant 
« en cette détresse, on le voyait la nuyct se lever de son 1 
« chemise, et se mettre à genoulx, priant Dieu les larmes aui 
« recognoi>saut que le secours et ayde ne lui portât venir ailleurs 
<c que du Dieu fort et du seigneur des armées. » 

( Paradin , annales de Bourgogne. Fol. ;oi. — Mémoires d'Artus 
de Richemont. P. 349» ) 



(.4*4) D E RENÉ D'ANJOU. 5g 

beau-frère de Jcan-Sans-Feur, mit pour con- 
dition à son traité, la punition de ceux qu'on 
avait soupçonnés du meurtre de ce prince, et 
demanda surtout l'exil de ce généreux Tanne- 
guy du Chatel, qui ne méritait pas d'être con- 
fondu avec de vils assassins. Ce fidèle serviteur 
apprenant cet arrêt , s'éloigna aussitôt de la 
cour , en s' applaudissant de pouvoir se sacrifier 
ainsi pour son maître qui chercha, mais en 
vain, à le retenir auprès de lui. Ce fut une il- 
lustre victime accordée à l'alliance d'Artus et 
du duc de Bourgogne, et ce motif n'explique 
que trop, comment le nom de ce célèbre ca- 
pitaine qui avait sauvé le Dauphin, ne figure 
point dans la liste des chevaliers qui combatti- 
rent pour le roi et la monarchie. 

VI. Pendant les diverses phases au milieu 
desquelles la fortune se plaisait tour-à-tour à 
élever Charles VII ou à se jouer de ses espé- 
rances, René forcé par son âge et sa position 
dépendante de demeurer étranger à ce qui se 
passait en France, était lui-même occupé dans 
ses états à pacifier de fréquentes révoltes et 
à ramener la tranquillité souvent troublée par 
de nombreux et puissants vassaux. 

11 venait de conclure le 16 Février i4^3 ? 
plusieurs traités de paix avec différents gen- 
tilshommes , ( entr'autres Jehan sire de Bas*. 



6e HISTOIRE , j 

sompierre ) et obtenir d'eux le serment de ne 
se porter à aucune hostilité contre lepavsdu 
duc de Bar, lorsque Jean de Luxembourg, 
comte de Ligny, gouverneur de la Picardie, 
au nom du duc de Bourgogne, vint former le 
siège de la ville de Guise f*) appartenant en 
propre à René. Ce prince en fut instruit sur 
le champ, ainsi que le duc de Lorraine, par 
Jean de Proissy qui commandait la garnison 
de Guise; toutefois malgré leur mécontente- 
ment, ils jugèrent qu'il serait trop dangereux 
d'allumer une nouvelle guerre, dans laquelle 
le roi d'Angleterre et le duc de Bourgogne pour- 
raient intervenir contre eux, et ils ne crurent 
pas devoir, pour le moment, opposer une ré- 
sistance à main armée, aux projets du comte 
de Luxembourg. 

Tel fut du moins l'avis du conseil de René, 
qui agit directement alors auprès de Philippe. 
mais ses négociations échouèrent et le siège 
de Guise n'en continua pas moins, quoique le 
duc de Bourgogne , se portant comme média- 
teur des différends survenus entre leDamoisel 



(*)« Jean Je Proissy qui y commandait, envoya ces nom < 
« Régnier J duc de Bar, dit Moustrclet, et aussi au duc de Lorraine 
« son beau-père, lesquelles nouvelles despleurent moult a iceoli 
« ducs.... mais pour double qu'ils ne missent leur pays ru guerre 
« contre le jeune roy d'Angleterre et le duc de Bourgogue, il» »e 
« déportèrent d'y procéder par voie de faict. » 



(i44) DE RENÉ D'ANJOU. Oi 

de Commercy et le dnc de Lorraine, témoi- 
gnât Joujou rs autant d'affection que de con- 
fiance à ce dernier prince (*). 

Plusieurs motifs empêchèrent Philippe d'ac- 
céder à sa demande. La ville de Guise venait 
d'être cédée depuis peu de temps à René, par 
la reine de Sicile (**). On la considérait comme 
un point militaire tellement important, que 
Charles VII avait envoyé pour la défendre plu- 
sieurs de ses chevaliers, parmi lesquels on 
comptait le brave Poton de Saintrailles qui fut 
même fait prisonnier dans une sortie, Jean ïï 
de Mailly, dit V Etendard, ( un des principaux 
seigneurs qui avaient abandonné le parti Bour- 
guignon pour s'attacher au roi de France, ) 



(*) En Janvier 1424 le duc de Lorraine informé que Philippe était 
sur le point de partir de Dijon, se hâta de venir l'y voir, voulant 
le rendre arbitre de ses différends avec Robert de Sar reb ruche , 
mais il ne le trouva plus en Bourgogne, et revint malade à Nancy. 
Philippe termina /es démêlés de Charles et du damoisel de Com- 
mercy le 20 Janvier de la même année, en leur faisant conclure un 
traité par lequel le duc de Lorraine, René et Robert^ s'engageaient 
à se secourir mutuellement. 

(Hist. de Bourgogne, dom Plancher. T. IV. P. 85. ) 

(**)Ce fut le 4 Janvier i4 2 4 c { ue ^ a reine Yolande fît cession de 
cette ville à René, en se démettant de sa tutelle. 

L'acte commence ainsi: 

« Comme ainsi soit que notre très chier et très amé fils René duc 
« de Bar et comte de Guise, soit âgé de plus de 14 ans, et par ainsi 
« selon les coustumes du pays de Picardie est assez et sort de pré- 
« sent de nostrefert, nous nous démettons du gouvernement de sa 
<(. personne, etc. » 



O2 HISTOIRE 

également enfermé dans la ville assiégée, par- 
vint , malgré le comte de Luxembourg, à en 
sortir suivi de quelques soldats déterminés, 
et ayant rencontré les assiégeants, à la tête 
desquels était le duc de Vendôme, il se signala 
par un glorieux fait d'armes (*). 

D'autres actions d'éclat, une vigoureuse 
résistance et la fermeté de Jean de Proissy, 
retardèrent quelque temps la prise de Guise, 
mais ne purent empêcher le fidèle gènver- 
ncur de René, d'être obligé de capituler et de 
se rendre par composition le 26 Février 

A peu près vers celte époque, René venait 
d'être élu d'un commun accord, protecteur de 



(*) « De.pleine venue , dit Monstrelet,assistsaIancesur moasei- 
« gneur de Vendôme, le porta sus de son cheval, le Uéca vers 

« l'épaule, puis se retira vers Ja viJJe. » 

( liist. de Verdun. P. 270. ) 

(**) « Dont il desplul grandement à Régné' d'Anjou, (ajoute 
« Monstrelet ) qui d'icelle conté, es toit seigneur et vray héritier. 

Vers l'époque dont nous parlons. Charles \ II \ int passer quelques 
jours à Saumur, pour s'assurer si l'Anjou était bien administré pen- 
dant l'absence de Louis III. L'auteur des essais lnstoriqu 
Saumur pense qu'Agnes Sorcl parut aux brillantes assemblées de la 
cour de France, où l'on remarqua que les dames commencer* t .1 
porter de superbes bracelets, des pendants d'oreilles et des colliers 
de perles ou de pierres précieuses. 

11 faudrait pour expliquer le voyage d 1 Agnes à Saumur, qu'Isa- 
belle de lorraine y lut renue elle-même; mais si Toa cousidère la 
position de René en 1424 et 1 4-5, il n'est guères vraisemblable que 
Ja duchcs5e Tait quitté. 

(Essais historiques sur Saumur. T. I er . P. 36^. ) 



vi42j) DE RENÉ D'ANJOU. 63 

la ville de Verdun, h la place de son grand 
oncle, dont les ans et les infirmités affaiblis- 
saient l'activité. Les habitants s'obligèrent à 
lui payer par an, 5 oo florins de bon or, pour 
qu'il s'engageât à les faire jouir avec une en- 
tière liberté, de tous les droits et privilèges 
qu'on leur avait concédés depuis un temps 
immémorial, et à les défendre s'ils étaient 
attaqués; ce qui n'arrivait que trop fréquem- 
ment dans ce temps de troubles et de guerres 
presque continuelles. 

René ayant accepté cet honorable titre, ne 
crut pouvoir mieux justifier la confiance qu'on 
lui témoignait , qu'en nommant gouverneur et 
capitaine de Verdun , le vertueux Érard de 
Ghâtelet, maréchal de Lorraine. 

Habitué dès sa plus tendre jeunesse au bruit 
des armes , René commençait dès lors à s'es- 
sayer pour son propre compte dans l'art de 
la guerre, à se défendre lui-même contre les 
attaques des dangereux voisins dont il était 
entouré, ou à marcher au secours de ses alliés 
qui réclamaient son appui. C'est ainsi qu'il 
amena des renforts au comte de Lignj qui 
assiégeait Beaumont en drgonne^ei avec le- 
quel il venait de conclure un traité. Il con- 
tribua même puissamment à la prise de cette 
ville, en obligeant Guillaume de Flavy son 



(3j HISTOIRE 

gouverneur à se rendre son prisonnier. Les 
murs de Beaumont furent aussitôt rasés. 

Ayant appris ensuite quun gentilhomme 
Champenois nommé Enstache de Vernan- 
court (*) seigneur de M att encourt et de La- 
fertè^ se permettait de fréquentes excursions, 
soit en Lorraine, soit dans le duché de Bar, 
et même dans les terres des alliés, ou sei- 
gneurs de ces deux duchés, René à la tète de 
ses troupes, fut investir la forteresse de Pas- 
savant dont Eustache était capitaine, et Tayaut 
emportée de vive force, il en ordonna sur le 
champ la démolition. Lue lettre du cardinal 
de Bar, en date du a4 Octohre i4 2 "> détermine 
l'époque précise de cette expédition (**). 

Assisté du duc de Lorraine, René, cette 



Jeanle Paigc, Cliron. du duc de Bar. P. ni. — Dont Calinet. II. 
Fol. 765. Archives de Lorraine. 

(*) Cet Eustache de Vernancourt qui épousa Jeanne de " s 
était fils de GilJete de Montmorency. Cette famille avait pour armes: 
d'argent à trois fasces de gueules. 

(**) « René se trouvant a Bar le 3 Novembre 1 j>8, déclara que 
«pour les agréables services que Georges de Nettancourt, jadi* 
« bailly de Bar lui avait fait, comme aussi au faict des 
«que maintefois a convenu mettre garnison en la maison dudit 
« Georges à Vaubécourt, pour résister aux attaques d'Eustachc de 
« V ernancourt , lor-s sou tnnemy, estant h Passavant, en quoy le 
« dict Georges a grandement despensé et soustenu plusieurs fois 
« grands et sumptueux frais. Le duc affranchit un certain gaignage 
« que le dict Georges tient en la ville de Revigny, et pourra y tenu 
<( une quantité de bètes grosses et menues qu'il lui plaira et > tenir 
« charrues k cinq chevaux. » 



■ i4^5; DE RENÉ D'ANJOU. 65 

même année , prit, également d'assaut, le 
château de Rinaucourt, appartenant à Arnoul, 
comte du Mont, oncledesa femme, qui, à peine 
sorti de captivité, était redevenu leur ennemi. 
Cette place fut rasée ainsi que Beaumont 
et Passavant , suivant le système de prudence 
qu'on paraît avoir adopîé dans ces temps ora- 
geux. La ville de Lafertè subit le même sort, 
lorsque René et son beau-père qui l'avaient 
attaquée ensemble, s'en furent emparés après 
un siège probablement très court (*). 

Ces succès mulîipliés dont aucun revers 
n'avait terni la gloire, et qui établissaient 
la réputation naissante du duc de Bar, éveil- 
lèrent à la fois l'ambition et la jalousie du 
comte de Vaudéniont; ce prince, qui nourris- 
sait toujours les mêmes espérances sur l'héri- 
tage de la Lorraine, sentit qu'il ne fallait pas 
laisser s'accroître davantage l'ascendant de 
René; reprenant donc dès ce moment sa pre- 



(*) L'auteur de la chronique manuscri le de St. Thiébaut, assure 
que René et le duc de Lorraine prirent encore cette même année 
1.^5 le chastel de Pinaucourt et l'abattirent. 

Mais il est vraisemb'able qu'une similitude de nom a trompé I« 
vieil historien. 

Quoiqu'il en soit , on peut aussi placer vers cette époque le 
siège du chastel de Nmfville par René et les habitants de Verdun, 
dont il soutenait sans doute les droits . Um- prompte capitulation lut 
encore le résultat de cette entreprise (La chronique de St. Thiébaut 
l'a fixée en 1428, mais c'est évidemment une erreur. ) 
TOME 1 . 5 



66 HISTOIRE (1415 

mière attitude , il déclara plusieurs fois à ses 
parents et à ses intimes amis, que « loin de 
« renoncer à la succession de la Lorraine, il 
« saurait bien faire reconnaître ses droits. 
« quand le temps en serait venu. >j 

Ces discours menaçants ayant été rappor- 
tés au duc Charles, ce prince écrivit au com- 
te Antoine, vers les fêtes de Pâques i4^5, 
en le priant de s'expliquer sans délour, « et 
« de lui répondre avec franchise, s'il étail 
« vrai que ses intentions fussent de s'einpa- 
« rer à force ouverte delà Lorraine, après sa 
» mort, et de deshériter ainsi ses filles.» 

Le 12 Avril, le comte de Vaudemont 
adressa à son oncle une lettre respectueuse 
et soumise, dans laquelle il lui jurait «de ne 
« jamais rien entreprendre contre ses en- 
« fants; il la terminait en l'assurant que >u 
« mort lui serait plus douloureuse qu'il tout 
« autre. » 

Cette réponse évasive ne satisfaisant point 
le duc de Lorraine, il écrivit de nouveau à 
son neveu, en date du 25 Avril, en l'invitant 
« formellement à lui adresser sans délai sa 
« renonciation expresse au duché de Lorraine 
« pour lui et les siens. » 

Dom Calraet. Tome II. Fol. < 87,688. — Archives de Lorr ..inr. 



(i4i5) DE RENÉ D'ANJOU. 67 

Antoine lui répondit le lendemain même, 
mais ce fut en employant encore des expres- 
sions vagues et ambiguës. Sa lettre disait seu- 
lement en substance, « qu'avant de s'en gâ- 
te ger ainsi irrévocablement, il devait pren- 
« dre conseil de sa famille et de ses alliés... 
« Qu'au reste, il suppliait son oncle de lui 
« pardonner le retard qu'il mettait à salis- 
« faire à sa demande. » 

Charles écrivit à son neveu pour la troi- 
sième fois, le i. er Juin suivant, en lui ordon- 
nant de lui faire part de sa dernière résolu- 
tion; mais cette lettre demeura sans réponse, 
et ne pouvant plusse méprendre sur des pro- 
jets qu'on cherchait si peu à dissimuler, le duc 
de Lorraine dut préparer les moyens d'y met- 
tre obsïacle, et s'entourer de toutes les pré- 
cautions qui concourraient à assurer après lui 
la couronne à Isabelle et à René. 

En conséquence, il fit un second testament 
qui les déclarait de nouveau ses uniques hé- 
ritier» et ses successeurs légitimes, (obligeant 
le duc de Bar a s'engager par serment: ) 

i.° Qu'à défaut d'enfants mâles et « en cas 
« de mort de son épouse, il rendrait la Lor- 
« raine à la princesse Catherine sa belle-sœur, 
« fiancée au marquis de Bade. 

2.0 « Que si cette dernière n'existait plus, 

5* 



68 HISTOIRE i4i5; 

« le duché serait remis entre les mains des 
« gentilshommes et barons Lorrains , pour 
« en déférer la souveraineté au plus proche 
« héritier j ( clause déjà insérée dans ses 
« premières dispositions testamentaires.) 

Ce prince ne s'en tint pas à cet acte au- 
thentique, portant sa prévoyance plus loin, 
il convoqua la noblesse de ses états le i3 Dé- 
cembre i/[25, lui fit part de ses intentions et 
en obtint rengagement solennel que s'il mou- 
rait, sans laisser de fils légitime., sa fille aînée 
Isabelle, ou la seconde à son défaut, hérite- 
rait sans contestation de tous ses états. Il ne 
lui Fut pas difficile de prouver que l'ordre de 
cette succession reconnu depuis un temps im- 
mémorial, était la sauve-garde de leurs droits, 
comme de l'indépendance de la Lorraine. 

Aussi, 1rs gentilshommes réunis à Nam \ 
applaudirent-ils unanimement à La prudent e 
qui dirigeait les desseins du duc; tous l'assu- 
rèrent de leur ferme résolution de les ap- 
puyer, et firent serment de reconnaître aj 
sa mort Isabelle, pour dame et souveraine de 
la Lorraine. 

Cette mesure fut à peine connue du comte 
de Vaudémon!, que prenant sur le champ 
un parti extrême, il s'occupa de réunir tous 
ses vassaux auprès d^ lui, commença les pré- 






04'26) DE RENÉ L'ANJOU. 69 

paratifs de guerre, fit 1 in appel à ses alliés, et 
parut ne pas douter du succès de sa téméraire 
entreprise. Ces dispositions offensives et ses 
propos contre le jeune duc de Bar, ne laissant 
pins de doute à ce prince sur les intentions 
hostiles de son consin, celui-ci se mit égale- 
ment en devoir de vider cette nouvelle querelle 
par le sort des armes. Il fit rassembler toutes 
ses troupes sur le même point, les organisa 
sans perdre de temps, et soit qu'il suivit les 
conseils du cardinal de Bar ou du duc de 
Lorraine, soit de son propre mouvement, il 
conduisit sa petite armée sous les murs de Vé- 
selise, la place la plus importante des états du 
comte de Vaudémont Cette ville était détendue 
par un fort château flanqué de cinq grosses 
tours dont il ne reste plus que les ruines. 

Il paraît que René fut rappelé peu de 
temps après en Lorraine par d'autres événe- 
ments, ou parce qu'il jugea que le siège de 
Véselise traînerait trop en longueur; mais 
quoiqu'il y eut laissé pour le continuer un 
chevalier digne de toute sa confiance ( Jean 
de Remicourt, dit Pélégrin, sénéchal de 
Lorraine ), il fit cependant par intervalle 
quelques apparitions dans son armée. Il eu 

DomCalmet. T. II. Fol. 76}. 



70 HISTOIRE (14^6-14-17 

détourna même une partie pour se porter sur 
Vaudémont, afin (ïea commencer également 
le siège. 

Véseîise n'avait guères qu'environ huit cent 
hommes de garnison à opposer à près de deux 
mille troiscent soldats réunis par René ; néan- 
moins la vigoureuse résistance des assiégés iit 
prolonger ce blocus pendant trois ans , au 
bout desquels, la ville s'étant rendue faute de 
vivres, la garnison en lut conduite à Nancy. Le 
brave Jean de Remicourt ne goûta pas la sa- 
tisfaction d'être témoin de ce succès; il était 
mort, durant le siège, atteint d'un coup de 
flèche. René qui le regrettail vivement, or- 
donna qu'il fût enterré à l'endroit même où 
il était tombé, ainsi qu'il en avait témoigné le 
désir dans son testament. Une croix Fut plan- 
tée au-dessus de sa tombe , sur laquelle on 
plaça également, par les soins de René, une 
épitapheet les armes du valeureux sénéchal 
L'an i/\iG s'écoula ainsi pour ce prince, 
dans la surveillance active qu'exigeait le siège 
de Véseîise et les dispositions ennemies du 
comte de Vaudémont -, mais un événement 
plus heureux attendait René L'année suivante; 
la duchesse son épouse lui donna un lils le 
1 Août O 14^7. 

(*) « Un vendredi, dit la chronique de St. Tluebaut , la duchés» 



Çi4*6-i4a7) DE RE ^É DANJOU. 71 

Cette naissance, si impatiemment désirée, 
fut célébrée en Lorraine comme dans le Bar- 
rois , par des réjouissances extraordinaires: 
elle était en effet le gage du plus heureux 
avenir ; on la regardait comme la fin de tous 
les maux, et Ton devait s'en féliciter comme 
d'un véritable bonheur public. 

L'illustre rejeton de la maison d'Anjou na- 
quit vraisemblablement à Toul, où il fut bap- 
tisé le 5 du même mois, ayant pour parrains 
Conrad Bayer 3 évoque, de Metz, et Bouchard 
de Calze-Estein, évêque de Strasbourg, qui 
lui donnèrent le nom de Jean (*). ( La fécon- 
dité d'Isabelle se prolongea pendant plusieurs 
années de suite, et en mettant le comble à la 
satisfaction intérieure des deux époux , elle 
raffermit encore davantage Vespoir de tous 
leurs futurs sujets ). 

Ce fut vers le même temps (le 16 Octobre, 
que René conclut un nouveau traité de paix 

« de Bai eust ung bel fils, çt fust un grant joie dans ses duclûes , 
« car c'esiottde la plus haute ligné de la chrétienté. » 

(*) Voyez la note (5) sur Jean d'Anjou; Tome II. 

Sa mère accoucha le 1 1 Septembre de Tannée suivante à Bar, 
d'une fiile nommée Yolande comme son aïeule. On a prétendu 
qu'elle vint au monde avec un frère jumeau, qu'où appela Nicolas et 
qui mourut très jeune empoisonné. 

Louis et Marguerite les suivirent de près. 

( Manuscrit Provençal. — Le père Anselme. Hist. générale de la 
maison de France, Tom. I er , fol. 232. —Bouche, hist. de Provence, 
fui. 1 1 3. — Benoît de Toul p. i35. 



7 2 HISTOIRE Mlô-H*) 

avec le Damoisel de Commercy, que de sévè- 
reslecons n'empêchaient point d'élever encore 
d'imprudentes prétentions sur son indépen- 
dance du souverain de Bar. 

VII. La guerre continuait cependant en 
France ; elle semblait même y avoir pris un 
nouveau degré d'animosité, depuis que Char- 
les VII, manifestant hautement l'intention d'en 
expulser les Anglais, avail vu accourir autour 
de sa personne plusieurs princes jaloux de 
combattre sous ses drapeaux. La bataille de la 
Graville, gagnée par l'armée française, avail 
ranimé la confiance, et présageait sans doute 
de nouveaux succès- mais on n'ignorait pa*; 
qu'un seul revers pouvait faire évanouir tons 
ces avantages. Le roi ne l'éprouva que trop 
après la malheureuse journée des Harengs (*)• 
repoussé de toutes parts et obligé de dissémi- 
ner ses troupes sur plusieurs points afin de 
tenir tête à ses divers ennemis, Charles Vil 
envisageait surtout avec douleur l'impossi- 
bilité de faire lever le siège d'Orléans , où 
l'élite de ses guerriers était enfermée, tandis 
que plusieurs de ses capitaines, prisonniers 
dans d'autres forteresses françaises tombées 



(*) Elle eut lieu auprès de Rouvroi, et commença par l'attaque 
d'un cohv \ de harengs, ce qui en lit donner le nom a celle lia- 
t . ilie. 



(4j-26-i4'27) DE RENË P*4^Ï0C7. 7 3 

au pouvoir des ennemis , gémissaient depuis 
long-temps dans la plus affligeante captivité. 

Accablé par tant de désastres, il ne restait 
à Charles que sa fermeté et son courage à 
opposer à la mauvaise fortune; il ne savait 
même plus où fixer sa destinée errante, et 
prêt à céder à la fatalité qui le poursuivait, il 
avait alors songé à se réfugier en Dauphiné, 
en Languedoc, puis en Espagne et même en 
Ecosse, dans l'espoir que les alliances de sa 
maison avec ces deux derniers royaumes, lui 
feraient trouver un asile et des appuis. Mais 
Marie d'Anjou opposant à cette résolution pu- 
sillanime tous les efforts de sa raison et de son 
noble caractère, avait réussi à la lui faire 
abandonner par le seul ascendant de ses vertus. 
Toutefois, elle commençait elle-même à redou- 
ter les suites de ses héroïques conseils, quand 
le ciel sembla vouloir la justifier, par un de 
ces événements merveilleux dont on ne trouve 
que ce seul exemple dans l'histoire des peu- 
ples, et qui vint tout-à-coup changer comme 
par enchantement la face totale de la France. 

Né* 1 dans le village deDom-Remi (enclavé 
entre le diocèse de Toul , les frontières du Bar- 
rois et celles de Lorraine ), Jeanne d'Arc (*), 

(*) Ce que nous rapportons icide Jeanne d Vrc ne diffère quejiar 
de très légères circonstances de l'histoire de l'héroïne de Dota- 



74 HISTOIRE [1426-14-17-14 ! 

presque la vassale de René, était déjà connue 
au-delà du vallon obeur où elle avait passé 
son enfance, par ses vert us, s on courage, l'exal- 
tation extraordinaire de son esprit, et surtout 
par ses visions mystérieuses auprès de l'arbre 
antique des Fées. Enceinte d'elle, sa mère avait 
tèvé, disait-on, qu'elle enfantait la foudre. < f 
une foule d'opinions plus ou moins singulières 
se propageaient chaque jour sur le compté «le 
la jeune bergère. Mais si les uns la tenaient 
pour folle, desvojèe de santé, ou la regar- 
daient comme sujette à des accès de ma nie, les 
hommes pieux qui l'avaient sui\ te des l'âge le 
plus tendre, ou qui l'ayant vue de près 1 
saient sa conduite tout entière, ne doutaient 
point qu'elle ne fut animée delà foi céleste el 
dirigée par l'esprit du Seigneur. 

Sa taille était svelte et élevée; ses grands 



Rémi par M 1 . Lebrun de Chnnnctres. qui n'a rien m 
faire connaître cette fille vraiment extraordinaire* 

Jean de Molinet dit: Que sainte fust aornèe 
Par les œuvres que fi*t. 

Le père Frontin-le-duc composa pu i5~^,une histoire trafique <l<- 
lapucelle, qui fut représentée a Pont-a-Mousson en présence de 
Charles III dit le Grand. — Ce prince en. fut si content. qu'il Cl 
faire un habit neuf complet au poote. 

Chronique de Lorraine. Monstrelet fol 33?>. Tom. II. — Hist. 
do Jeanne d'Arc. ( Lebrun de Charmettes) Loin. II, p. i >3 , ii5.-- 
Jean de Serres, inventaire général de 1 hist. de France, fol ai \- - 
Pom Komuald. Trésor chronologique, Tom. III, fol. 187. — Hist > c 
France. Tom. XIV p. 3-;5. — Causes célèbres. Tome. XIV. p,»33 



(i4iS) DE RENÉ D'ANJOU. 7 3 

yeux bruns étaient à la fois doux et empreints 
d'une sorte de mélancolie; de longs cheveux 
châtains flottaient sur ses épaules 5 sa voix 
était touchante, et tout son extérieur con- 
trastait fortement avec ses grossiers habits 
de bergère. 

Sa réputation de piété et d'enthousiasme 
s'accroissant de plus en plus, parvint enfin 
jusqu'à Robert de Beaudricourt, gouverneur 
de Yaucouleurs. Ce guerrier, partageant bien- 
tôt lui-même l'étonnemcnt général qu'inspi- 
rait cette fille extraordinaire, la fit amener 
près de lui, l'entretint long-temps, et, frappé 
de ses réponses (*): — « Ma fille, lui dit -il, je 
« veux vous conduire vers le duc de Lorraine 
« votre souverain seigneur, disposez-vous à 
« entreprendre ce voyage. » — La bergère 
éprouvant une vive joie à la proposition de 
Beaudricourt , s'apprêta aussitôt à le suivre , 
et adressa alors les adieux les plus touchants 
à sa famille en pleurs. 

Il paraît pourtant, qu'avant de se présenter 
au duc de Lorraine, Jeanne désira aller faire 
ses dévotions àSt.-Nicolas-de-Port, petite ville 
située à deux lieues de Nancy, et célèbre par 



(*) « Vous veux mener vers le duc Charles a Nancy, ( dit la Chro- 
<c nique de Lorraine, ) qui est votre souverain seigneur. . . et la 
« fille bien joyeuse fust. » 



76 HISTOIRE ',;<8 

la foule do pèlerins qu'y attirent annuellement 
les nombreuses reliques de son église. Ce 
pieux devoir accompli, elle arriva à Nancy, 
accompagnée de Laœart, son oncle, et de 
Jean de Metz, seigneur de Novelonpont (*). 

Averti par le gouverneur de Yaucouleurs, 
le duc Charles ( qui avait envoyé à Jean ne 
un cheval noir et un sauf-conduit ), l'admit 
avec la plus grande bonté auprès de lui, et 
désirant s'assurer par lui-même de la vérité 
des rapports qui circulaient sur elle, il l'in- 
terrogea à plusieurs reprises sur tous les évé- 
nements de sa vie. 

Mais craignant que ce prince ne cherchât 



(*) Si Jeanne a voulu assister à la fête de St. Nicolas , qui se célè- 
bre le lendemain, delà Pentecôte, elle dut exécuter son pèlerinage 
vers le milieu du mois de mai , Pâques se trouvant le \ Avril, l'an- 
née 14^8. 

St. Nicolas est un bourg considérable a deux lieues de Nancy. 
Son église qui mérite l'attention des voyagea s. possédait mtrefoif 
d'os objets très précieux, entrautres la nef d'argent oll'erte par Join- 
viije d'après le vœu de Marguerite de Provence. 

Depuis Tâ^e de 12 ans Louise de Vaudémont allait une fois par 
semaine visiter l'église de St. Nicolas, ordinairement habillée en 
villageoise, accompagnée seulement d'un gentilhomme, dg ses de- 
moisçl.'es et d'un laquais. Elle en revenait à pied, lorsque du Guast . 
( favori et ambassadeur de Henri III roi de France ) vint au nom 
de son maître demandr la main de Louise au comte de Vaudé- 
mont. 

Cette princesse employait en aumônes vingt cinq écus qu'on lui 
donnait par mois pour ses menus plaisirs. 

(Mémoires et anecdotes des reines de France. Tora, Y. 
MaUet, économies spirituelles des grands p. 1 3i>. ' 



04>8) DE RENÉ D'ANJOU. 77 

à s'opposer à ses dessein-, à cause de son atta- 
chement bien prononcé pour le parti du duc 
de Bourgogne qu'elle avait en horreur, Jeanne 
ne lui confia point d'abord le véritable objet 
de son voyage j elle parut même ne s'être pré- 
sentée à la cour du duc de Lorraine, que pour 
lui Taire entendre des leçons hardies que la 
simplicité d'une villageoise pouvait seule faire 
excuser. Elle s'expliqua surtout avec une sé- 
vère franchise sur la conduite de Charles 
envers la vertueuse duchesse Marguerite 
( qu'il traitait avec une extrême froideur à 
cause de la belle Alizon du May . dont il était 
alors éperdument amoureux). Le prince ayant 
détourné cette conversation pour demander 
à la bergère le moyen de guérir les infirmités 
qui le tourmentaient, Jeanne ajouta qu'il ne 
devait point « espérer d'en être délivré, tant 
« qu'il persisterait h vivre ainsi dans le dé- 
» règlement. » 

Encouragée par l'indulgence de Charles, 
et pressée de nouvelles questions, elle lui fil 
part ensuite des h autes destinées auxquelles 
elle se sentait appelée par le ciel même; puis 
elle conjura de permettre que le prince René 
(*) l'accompagnât à la tête de ses troupes, vers 

(*) L'histoire dit le prince son fils , mais Je duc de Lorraine, n'ayant 
que des filles, ce passage ne peut se rapporter qif au duc de Bar. 



7 8 HISTOIRE 

le camp de Charles VII, où elle l'engageai f 

aussi à se rendre avec elle (*). 

Surpris d'une pareille résolution, le duc de 
Lorraine ne put s'empêcher d'exprimer à 
Jeanne la crainte qu'elle ne succombât dans 
une entreprise aussi périlleuse, elle, jeune 
paysanne qui n'avait sans doute jamais monté 
à cheval, ni sçu manier les armes. — Faites- 
« moi amener un de vos deslriers, répondil- 
« elle, sans se déconcerter, et l'on verra si je 
« mérite qu'on ait confiance en mes paroles. » 
— Toujours plus étonné, Charles ordonna alors 
qu'on fût chercher un de ses meilleurs che- 
vaux; il fit rassembler toute sa cour autoui 
de lui, et chacun partagea son admiration, en 
voyant cette fille d'un extérieur doux et timide. 
s'élancer sur un haut cheval de bataille sans 
se servir des étriers, s'emparer, d'un air ■ar- 
lial, d'une lance qu'on lui présentait el exé 



(*) « Comment, reprit le duc (dit la chronique de Lamine), tu 
« ne portas jamais armes, ne à cheval re tu/? — la iille répondit: 
« quand j'aurai ung cheval et unerharnovs .dessus je monterai.. la. v< i - 
« ra-t-on.si je ne sçav ce que je dis. — Leduc lui donna unç; I 
« et ung cheval et la fist armer. On amena le cheval et des meil- 
leurs, tout sellez, bridez en présence de tous. Elle estait i 
« et sans mettre pied en Tostrier, dedans la selle se rua. — On lui 
« donra une lance, elle vins! en la place du chasteau, e^e la coa- 
« rust. . jamais homme d'armes mieulxne la courut. Toute la nc- 
« blesse esbahv estoient: Je duc bien cogneust qu'elle avait vci Lu rL 
« disl à messire Robert: Or l'emmenez. Dieu lui vue Te •coomptir 
« ses désirs. » 



( 1418) HISTOIRE 79 

cuter devant la place du château, plusieurs 
courses ei évolutions, aussi bien que l'homme 
d'armes le mieux exercé. 

Tous les gentilshommes applaudirent à la 
contenance belliqueuse de la future héroïne 
dont les yeux étincelaient de feu -, Charles lui- 
même, entraîné par l'ascendant de cette simple 
villageoise, sur ceux qui l'approchaient , ne 
put méconnaître en elle quelque chose de 
surnaturel.... « Conduisez-la, dit-il, en la re- 
* commandant à Robert de Baudricourt; que 
« Dieu veille sur elle, et lui donne l'accom- 
« plissement de ses généreux desseins!.,. 

Si le jeune duc de Bar assistait à cette mé- 
morable entrevue, comme il n'est guères permis 
d'en douter, l'héroïne deDom-Remi dût com- 
muniquer son noble enthousiasme à un prince 
français rempli lui-même de bravoure et d'ar- 
deur. Il est vraisemblable que René aurait alors 
sollicité du duc Charles l'honneur de guider 
ou de suivre la jeune guerrière vers le roi de 
France, auquel elle allait apparaître comme 
l'ange de l'espérance et de la victoire, si une 
guerre imprévue , occasionée par un sujet 
aussi léger que bizarre, n'eût éclaté entre le 
duc de Lorraine, et la ville de Metz. Le duc de 
Bar s'éloigna donc de Nancy afin de rassembler 
ses troupes, au moment où Jeanne d'Arc, pour- 



8o DE RENE D'ANJOU. ( 1 4*8, 

suivant sa -glorieuse mission, arrivait sous les 
lentes françaises. 

A la prière de René sans doute, Yolande 
d'Aragon, sa mère, qui s'empressa d'accueil- 
lir la jeune héroïne, n'hésita pas à répondre 
de sa vertu devant toute la cour de Charles 
VII réunie (17). 

René ne pouvant rassembler assez de forces 
pour voler au secours de son beau-père, et con- 
tinuer en même temps le siège de Véselise et de 
Vau démont, abandonna pour le moment l'at- 
taque de cette dernière ville et marcha sur 
Metz(*), ayant auparavant envoyé son héraut 
noblement vêtu et portant sa cotte cP armes . 
défier les gentilshommes et les bourgeois qui, 
sous le nom de maître échevin et de jures, 



Chronique de St. Thiébaut. Hist. de Lorraine, II, fol. 68; Ilist. 
générale de Metz. 

(*) Cette ville, qui se regardait alors comme indépendante . avait un 
gouvernement particulier compose' d'un maître échevin et de treize 
Jurés, dont sept dYntrVux veillaient a sa défense, ce qui les faisait 
appeler tes Stpt de la guerre. Les lettres de défi ou de déclaration 
dUiostilités, leur étaient adressées. Dans la dernière que Char 'es II 
duc de Lorraine leur envoya, en date du 3o Mai t 4^9 • on y oit la si- 
gnature de Jehan d'Aussonville sénéchal, Cérard du Chàtelet ma- 
réchal, Ferry de Savigny, Ferry de Ludes ( ou Ludres et d'uue 
foule de chevaliers. 

Les Sept de la guerre répondirent au défi de René qualifie duc ar 
Bar t le 10 Juin 1429. Dans letraité de paix qu'il conclut avee eux le 
12 Mars de l'année suivante, ii appelait l'évêque, son cher compère 
et grand amy. 

Histoire de Metz. Tome Y, p. 95.333. 



.î> 9 ) DE RENÉ D'ANJOU. Hi 

étaient chargés de veiller à sa défense. Le mar- 
quis de Bade, le duc de Bavière et l'archevê- 
que de Cologne, tous alliés du duc de Lorraine, 
avaient envoyé le même défi aux sept de la 
guerre. (On appelait ainsi sept des treize jurés, 
dont l'autorité regardait spécialement tout ce 
qui concernait la guerre). On voyait au milieu 
de ces princes l'intrépide Charles, porté dans 
une chaise à cause des douleurs de goutte qui 
i'accahlaient, mais voulant encore assister au 
combat décisif qui semblait se préparer. Les 
sept de la guerre ne l'ayant point accepté sur 
le champ, l'armée Lorraine qui s'élevait, dit- 
on, à dix mille cavaliers et trente mille fan- 
tassins, s'empara de tous les environs de Metz, 
les ravagea impitoyablement, et attendit ainsi 
le signal d'un assaut général, après lequel sou- 
piraient surtout les aventuriers dont la plupart 
des armées étaient alors obligées de se servir. 

Heureusement que le sage évêque, Conrad 
Bayer, proposa son intervention aux membres 
du gouvernement de la ville , et devint leur 
médiateur auprès du duc de Lorraine et de 
René qui vénéraient ce vertueux prélat. 

Pendant la trêve qu'il obtint, et les négo- 
ciations de paix qu'il venait d'entamer, René, 
témoin malgré lui de tant de désastres causés 

tome i. G 



**2 HISTOIRE (1429] 

au sujet d'une hottée de pommes (*), el s'in- 
dignant sans doute d'avoir été retenu si long- 
temps loin de l'armée Française, prit soudain 
la résolution de combattre sous les étendards 
des lys, et de se dévouer à la cause royale; bri- 
sant tout-à-coup ce cercle éiroil de légers in- 
térêts qui enchaînaient sa valeur, on le vil du 
moins abandonner le siège de Metz , emmener 
Soutes ses troupes, et le bruit courut des lors 
qu'il se rendait auprès de Charles VU. 

On ne peut guère attribuer qu'à son propre 
mouvement ce généreux et hardi dessein, puis- 
qu'on même temps le cardinal de Bar ache- 
vait de conclure, au nom de son neveu, un 
traité de paix et d'alliance avec le roi d'An- 
gleterre (18). 

Quoiqu'il en soit , il paraît certain que René , 
ayant pacifié ses états, renouvelé ses alliances 
avec ses voisins, et établi Louis de Haraucourt, 
son ministre et premier conseiller , s'éloigna fie 
la Lorraine sans déclarer ses projets, ce qui 
a laissé quelque doute sur la date précise du 
départ de ce prince pour la Champagne 



(*) « l c duc avait moull puissance, 

k TV gens el fait moult grand despense. 
ci Aussy faict 'a ci lé, grand'sommes, 
« Et tout pouru'.ig panier ;le pommes. ■> 
( Chronique manuscrite île Metz. ) 



(14*9) DE RENÉ D'ANJOU. 83 

se trouvaient alors les troupes royalistes (*). 

VIII. La ville d'Orléans, ce vieux boulevard 
delà monarchie , que tant de traits de fidélité 
et de valeur illustrèrent à cette glorieuse épo- 
que de son histoire, venait d'être délivrée, le 
dimanche 8 Mai i4 2 9; cet important succès 
replaçait Charles VII sur le trône, mais ne l'y 
affermissait point encore. Ce prince digne de 
plus en plus de sa destinée*, prenant la pru- 
dence pour guide et ne voulant point hasarder 
de nouveau le salut de son armée, avait con- 
voqué à Bourges une assemblée générale de 
ses alliés et de ses capitaines, afin de décider 
au milieu de l'élite de la France, quel était le 
plan de campagne qu'il fallait adopter pour 
arriver au noble but vers lequel tendaient tous 
leurs efforts. 

Quelques auteurs ont prétendu que René 
assista à cette sorte de confédération avec le 
duc d'Alencon, Charles de Bourbon, comte de 



( + ) Dora CaSmet et le pèj-e Daniel se sont trompés en disant, I un, 
« que René ne quitta le siéga de Metz que le 20 Juillet 1429. et ne 
« put arriver a Rheims qu'après le sacre de Charles VII , et l'autre, 
<( qu'il parut dans cette ville peu après !e roi. » 

Voyez Chronique de St. Thiébault. — Jean Chartier , Hisl. de 
Charles VII. fol. 61. — Belleforest. fol. 34 j. — 

Collection des mémoires historiques. Tom. VII. p. i52. — Bi- 
bliothèque instructive par le père Menestrier. p. 90, —Relation du 
sacre de Charles VU. 



84 HIS101RE . 

Clermont, le connétable de Richement, Charles 
d'Anjou, Dunoiset le cadet d'Armagnac; mais 
ils ont partagé l'erreur des historiens qui ont 
cité le comte de Guise dans la réunion des 
mêmes princes à Troyes, peu de temps après 
celle de Bourges. Retenu par les longueurs 
qu'avait entraînées le rappel de ses soldais, 
René ne rencontra l'armée Française que la 
veille de son entrée à Rheiïns, el au moment 
où les clefe en étaient présentées à Charles Vil. 
alors au château des Sept S aulx 5 à peu de dis- 
tance de cette ville. Le jeune dm: de Barétail 
suivi du Damoisel de Commercy et de j lu leurs 
autres seigneurs (*). 

René ne trouva point son auguste sœur au 
milieu de cette cour triomphante, quoique l'hé- 
roïne d'Orléans eut, dit-on, manifesté le désir 
de voir la reine orner de sa présence la céré- 
monie du sacre. Des nuages domestiques qui 
naissent dans le palais des princes aussi sou- 
vent que chez de simples particuliers, obligè- 
rent alors Marie d'Anjou à retourner à Bour- 



+ ) « Les ducs de Bar et de 1 orraine . 
n Commercy. et de grands seignenrs 
« Vinrent à son service et règne. 
« Iceulx offrir et d'aultres plusieurs. 



« Là fust sacre et couronne.. » 
( Vigiles de Charles VII, p. i»s. 



(■uiiig) DE BENÉ D'ANJOU. 85 

jjes. Ce voyage lut coloré de prétextes spé- 
cieux ; mais il paraît que la jalousie de Geor- 
ges de la Trémouille, favori du roi, contre le 
connétable Artus, que la reine et sa mère lui 
préféraient, devint, à cette époque, l'origine 
du refroidissement de Charles VII pour sa ver- 
tueuse épouse. 

Si René fut déçu dans l'espérance de revoir 
Marie d'Anjou, il eut la consolation de se réu- 
nir à deux de ses frères qui faisaient en ce 
moment partie de Farinée Française. Charles, 
le plus jeune, s'y élait montré depuis quelques 
années, et Louis III, roi de Sicile, qui venait 
de remporter une victoire signalée a Aquila , 
dans l'Abruzze ultérieure, avait quitté l'Italie 
avec la fleur de sa noblesse (*) qu'il conduisait 
au Roi de France. 

Ces trois princes de la maison d'Anjou, qui 
semblaient s'être donné un si glorieux rendez- 
vous dans les plaines de la Champagne, mar- 
chèrent à côté de Charles VII, quand il entra 

(*) « Avec belle compaignie Je gens d'armes, dit Bourdigné, ap- 
c parust au camp Français, et quand le roy de France îe cogneust, 
a il en fust très joyeulx, car if Paymoit de grand amour, tant pour i a 
u proximité du lignaige, et affinité de entre culx, que pour sa 
« proësse. Si luyfist grant recueil. » 

Rapinde Tlioiras dit que Louis III arriva en France aussitôt 
après la bataille de Patay- 

Voyez Hist* d'Angleterre. Tom. IV. p. a3t). — Iio. ir digne, toi 

>9 



8(i HISTOIRE i , 

en triomphe dans ia ville de Rheiins, le i(i 

Juillet i&g, au soir. 

Le lendemain, 17, jour de dimanche, le roi 
de France, Louis If I roi de Sicile, Mené duc de 
Bar, Charles d'Anjou , les autres princes , le Da- 
moisei de Commercy, Gilbert de Laiayette , ma- 
réchal de France, Georges de la Trémouiil 
^rand chambellan, (les maréchaux dellayz'**), 
de St.-Sévère, et l'amiral Cul an t qui avaient 
été chercher la sainte ampoule), Jean Malet, 
le sire deGraville, grand panetier de France 
cl grand maîlre des arbalétriers, et une foule 
d'autres seigneurs, se rendirent à L'antique 
cathédrale. Le respectable archevêque . Repaud 
de Chartres, qui les attendait devant le magni- 
fique portail, l'un de* chefs^'Ϟvre de l'ar- 
chitecture chrétienne, les introduisit dans les 



(*) Il avait épousé Jeanne comtesse d'Au-vergne . veuve de Jean duc 
de Berrj. Cette- princesse étant morte en i \ a . G< r\ es de ' i lu - 
mouille se remaria à Catherine de Liste- Bouchard, reuvede Gtai . 

Le favori de Charles Ml .fils de C ni de la T remouille, garde de !'<•- 
riflamme et grand maître des eaux et forêts, avail été pris a 
court. Il mourut le (ï Mai i-h^S exilé dans -a terre de Sully. 

( Vie des hommes illustres de France. D'Auvigny l'ouï I r 

(**) Il s'appelait Gilles de Laval et était aussi chambellan du r i 
H vçnait d'être nommé maréchal de France. 

Convaincu du crime de ma^'ic et d'abominations donl la 
idée fait frémir, « il fat condamné, dit Monstrelet -a estre pendu et 
« estranglé tant qu'il fut mort, et après son corps arsen uu^ G 
« Le diable lui avait promis merveilles, ajoute Bodio. u 

L'exécution eut lieu a Nantes le 23 Décembre i 

(Voyez} Démonomauie de Bodin , livre II. p. 



( i 4-îq) DE RENÉ D'ANJOU. 87 

vastes tncfs de la métropole, au milieu de la- 
quelle se pressaient déjà la plupart des habi- 
tants de la ville et des environs. 

Dans l'enceinte du chœur se placèrent suc- 
cessivement ces chevaliers , l'honneur de la 
France, et eutr'autres ce La Hire (*) (le plus 
grand en armes qiCon eut oncques vu y disent 
les historiens). Suspendant, pour un moment, 
les jurements habituels qu'il faisait entendre 
dans les camps, il adressait peut-être alors au 
Dieu des armées la singulière prière que l'his- 
toire a recueillie. A côté de lui, le courageux 
et aimable Dunois, frémissant au nom d'un An- 
glais, et ne croyant pas proférer un vœu bar- 
bare en désirant teindre son épée de leur sang, 



(*) Etienne de Vignolles, autrement dit La Hire. était seigneur de 
Montmorillon et écuyer d'écurie de Charles VIÎ. 

Il vécut et mourut pauvre 'a cause de son excessive libéralité. II. 
jurait très volontiers, dit-on, et Jeanne d'Arc n'obtint qu'avec peine 
de lui, qu'il ^uvat par son bâton. 

Ce célèbre guerrier mourut à Montauban le 1 1 Février i44' J - 

On a dit « que M ontauban fut le sépulcre de son corps et tout 
« l'univers i'épitaphe de ses louanges. La dicte sépulture (dit un 
« vieux auteur) , est garnie de ceps de vigne et force raisins tout au- 
« tour. » 

On sait que voyant Charles VII à Cbinon occupé à répéter un bal- 
let, La Hire lui dit: « que jamais on n'avait vu ni ouï qu'aucun 
prince perdît si gaiement son estât. 

On doit l'anecdote suivante aux savantes recherches de M 1 . 
Delort. 

— « Au temps du roi Charles VII , Pothon et La Hire furent deulx 
k gentils capitaines qui aydèrent bien à chasser les Anglois dç 



88 HISTOIRE 

courbait son front victorieux devant Taiilcl d< 
la Vierge-Mère. Auprès d'eux , les regards 
cherchaient les traits mâles de l'aventureux 
Poton de Sain (railles; ceux du superbe laTré- 
mouille, si fier de son élévation; du comte d'A- 
lençon, renommé par sa beauté comme par sa 
conduite à la journée de Verneuil; du cou le 
de Vendôme Louis II de Bourbon ( échappe 
comme par miracle des prisons d'Angleterre 
dans lesquelles il était plongé depuis la bataille 
d'Azincourt ), et d'une foule d'autres guerriers 
non moins illustres ni moins braves. 

Mais à l'apparition de Charles, naguères 
proscrit et fugitif, maintenant revêtu de la 
pourpre royale, tous les cœurs furent élec li- 
ses, toutes les voix firent retentir d'acclama- 
tions pieuses les voûtes de l'antique métropole, 
et des larmes de joie inondèrent les yei 



« France. La Hire dit ung joui à Polhon: mou compaignon, nous 
« combattrons demain les Aogloys qui on! si gros nombre «Tarchiers 

« que leurs flèches nous feront perdre la clarté du soleil. — Pollion 
«répondit: ce sont bonnes -nouvelles. Nous combattrons bien 
« l'ombre. — Ung temps après, il» trouvèrent 1rs Anglovs dans un. 
« fort où il les falloit combattre à pied. La Hire qui r>loit 1 
« mit pied à terre. — Pothon pour sa revanche lu\ dict: mou coin 
» paignon, pourquoy estes-vous descendu qui estes boiieulx? Le Hire 
« répond: je suis descendu pour combattre, non pour m'en lu 

Essai critique sur l'histoire de Charles A II. p. i3. 

Jean le Paige , fol. ^33. — Cérémonial de France, p. i6G. — 
ri. Tom. III. fol. ai. — Le père Anselme. Inst. des gr. off. Tom. I 
fo!. 1 16. ^77. — Dom Komuald, Trésor ebr Tom. ni (>>l ; 



, j> v) DE REJNÉ D'AINJOU. 89 

milliers de Français qui ne pouvaient se ras- 
sasier du bonheur de contempler leur souve- 
rain. L'émotion fut à son comble envoyant ce 
prince faire approcher de lui V héroïne de Dons- 
remi , dont la phisionomie ordinairement calme 
et mélancolique rayonnait de joie eu ce mo- 
ment et annonçait la foi vive qui remplissait son 
cœur. L'épée de S le .-Catherine de Fierbois (*), 
marquée de cinq croix, brillait dans ses mains. 
Jeanne d'Arc était précédée de Louis de Contes 
son page, chargé de l'étendard blanc qu'elle 
portait toujours, et sur lequel des anges of- 
fraient des lys sans tache à la mère du Sauveur. 
Les mêmes cris d'allégresse se répétèrent 
encore dans le saint parvis, lorsque l'archevê- 
que, assisté de Jean de Sarrebruche évêquede 
Chàlons, de Jean de St.-Michel évêque d'Or- 
léans, et de Robert de Rouvres évêque cle Seez , 
posa la simple couronne trouvée à Rheims , 
sur le front auguste du jeune roi entouré de 
ses pairs, représentés par le ducd'Alençon, le 
comte de Vendôme, les sires de Laval, de la 
Trémouilie, de Gaucourt, de Mailly ou de 

(') On croyait que cette épée avait appartenu h l'un de nos anciens 
preux et quelques chevaliers étaient persuadés que c'était la 
célèbre Joyeuse de Charlernagne. 

Daniel, Hist. de France. Tom. VIL p. n$. — Vigiles de Chailep 
VII. p. 108. — Gaule poétique, fom, Vlli. — Hist. de Jeanne 
ËAncSom. FI. p. 3i8. 



QO HISTOIRE , ^<, 

Beaumanoir. On se transporta alors, par la pen- 
sée, au jour mémorable où le premier de nos 
rois ehrétiens obtint l'onction céleste des mains 
d'un nouvel apôtre; on crut entendre une se- 
conde fois ces paroles de Clovis recevant le 
baptême: « Jusques à quand durera la monar- 
« chie française? » et la réponse prophétique 
de St.-Remi: « Tant que la justice et les lois 
<r J régneront! » 

Comme Clovis à Tolbiac, Charles VII venait 
de sauver la France et de la délivrer du joug 
de l'étranger. 

À la suite de cette imposante cérémonie, le 
duc d'Alencon eut l'insigne honneur de con- 
férer à son souverain l'ordre de la chevalerie. 
Il paraît que René et ses frères en tairaient 
partie depuis long-temps, puisque Charles 1 II 
ne les y admit pas lui-même, quoiqu'il honorai 
de celle dignité, Charles duc de Bourbon', le 
Damoisel de Commercy , ainsi que deuxautres 



seigneurs. 



André de Laval reçut en même temps 1» 
bâton de maréchal de France (*). 

La solennité du sacre s'achevait à peine. 
que la jeune guerrière de Dom-Hemi , s\i;;r- 



(*) Et i'u^t ce jour là ordonné, 
« De faire chère inestimée. » 
Vigiles de Charles VII. 



(>4>()) DE RENfc D'AÏS JOU. 9* 

Douillant devant le roi (*), le supplia, les lar- 
mes aux yeux, de lui laisser la liberté de quit- 
ter l'armée et de s'en retourner dans le vallon 
paisible où ses sœurs toujours heureuses gar- 
daient encore leurs troupeaux. 

Sentant que sa mission venait de s'accom- 
plir, el que l'esprit divin qui l'avait en quel- 
que sorte jusqu'alors entraînée et soutenue, se 
retirait d'elle, Jeanne insista vivement auprès 
du monarque; mais soit par l'effet de la con- 
fiance, de la gratitude ou de la politique, Char- 
les l'engagea d'une manière si pressante à ne 
pas abandonner l'armée, que l'amazone atten- 
drie se laissa persuader et demeura au milieu 
de ses compagnons de gloire. 

Qui eut pu prévoir les suites fatales de cette 
prière? sans elle, l'inexorable histoire ne per- 
pétuerait point l'ineffaçable honte dont se cou- 
vrirent les Anglais en livrant aux flammes, 
une infortunée captive sans défense, et n'adres- 
serait pas à un roi de France le juste et sévère 
reproche de n'avoir pas tout tenté pour sauver 
Ja libératrice de son royaume! 

(*)EUe l'embrassa par les jambes, dit la Chronique, et ploraat 
« à chaudes larmes, elle s'écria: ores est exécuté le plaisir de Dieu 
« qui vouloit que je levasse le siège d'Orléans et que je vous ame- 
v uasse eu cette cité; plust à Dieu, ajouta-t-elle que je pusse aller 
« garder les troupeaux avec ma mère et mes sœurs?., tellement 
« que moult laisoit grant pitié a tous ceux qui la regardoient. » 



f) 2 HISTOIRE {i' v 

IX. En quittant Rheims à la tête de son 
année, ( le mardi matin, 20 Juillet ) Char- 
les VII suivant l'antique usage de ses prédé- 
cesseurs, visita l'église de Corbeny , pour \ 
remercier le ciel auprès des reliques de Si - 
Marcuife, auquel on attribue le miracle d'avoir 
transmis à nos rois le don de guérir les éc rouel- 
les. Le lendemain, le monarque prit la route de 
Vailly (à quatre lieues de Soissons ), où il ap- 
prit que cette ville, Laon , Provins el une 
foule d'autres avaient arboré le drapeau san> 
tache. 

Le roi s'étant reposé trois jours à Soissons, 
se dirigea le 9.4 Juillet vers Château-Thierry 
qui se rendit d'un accord unanime; de I 
fut s'établir à Provins, où il demeura dej 
le q.5 Juillet jusqu'au 3 Août, occupé à y réoi - 
jjaniser l'armée qui s'augmentait d'un moment 
à l'autre. 

De Provins, l'armée alla camper au château 
de la Motte-Nantis, et ce fut là, qu'ayant 1 
de nouveaux avis, le roi parut indécis s'il con- 
tinuerait à marcher en avant, où s'il se replie- 
rait sur la Loire (ainsi que la majorité de son 
conseil , présidé par la Trémouille, fy enga- 
geait), afin d'y former un centre d'opération! 
plus étendu, et de donner aux troupes un repos 
dont elles éprouvaient le besoin. 






( 1 4^9) DE REN ^ D'ANJOU. 93 

Les ducs d'Alencon, de Bourbon, Jeanne- 
d'Arc et René, impatients de voler à de nou- 
veaux succès, et de poursuivre une armée 
étrangère dont la présence en France sem- 
blait accuser leur courage, s'opposèrent vive- 
ment a cette timide décision. Mais le roi, sé- 
duit par les raisons spécieuses de son favori, 
ne les écouta point. Déjà on se disposait à pas- 
ser la Seine à Bray , lorsqu'au milieu de la 
nuit, un détachement d'Anglais se montra sur 
l'autre rive, et empêcha le monarque d'exé- 
cuter un projet dont on ne pouvait calculer les 
suites funestes : le duc de Bar, la Pucelîe et les 
autres princes qui avaient combattu cette réso- 
lution , pleins de joie de l'obstacle imprévu qui 
la faisait abandonner, ne cessaient de répéter 
hautement, « que le roi devait continuer sa glo- 
« rieuse marche, en soumettant par les armes 
« tout ce qui tenterait de s'y opposer (*). » 

L'armée retourna alors à Château-Thierry, 
où elle devait traverser la Marne, et s'avancer 
par la Ferté-Milon vers Crespy en Valois. 

Le passage de la Marne eut lieu le i3 Août, 
au milieu des plus touchantes acclamations. 
Les villageois accourus en foule sur les deux 



(**) Car dit Belleforest, « ils estoient courroucés de Ja dicte con- 
« cJusion, et voulaient que le roy suivît sa bonne fortune, est an 
« d'opinion qi^il devait passer oultre et toujours conquester. » 



94 HISTOIRE 

bords de la rivière, versaient de.*» larmes de 
joie à l'aspect de leur souverain, cl Ton en- 
tendait s'échapper de toutes les bouches le cri 
de Noël! Noël! mêlé aux chants du Te Dru m , 
par lequel on remerciait l'Eternel <Ju mira- 
culeux retour du roi. Ce spectacle ravissant 
d'une affection si générale, émut tellemenl 
Jeanne-d 7 Arc, qu'elle ne put s'empêcher de s'é- 
crier^ « Je n'aurai plus de regrel de mourir 
« maintenant; plut à Dieu que je fusse 
« heureuse, quand je finirai mes jours, pour 
a être ensevelie dans cette terre! » 

De Crcspy en Valois, le roi et^son armée se 
rapprochant toujours de Pari s, se transportèrent 
près de Dammàrtin ; là , ayant appris que le duc 
de Betfbrd s'était fortifié an village de Mittry, 
Charles quitta Dammàrtin et poussa sa cavale- 
rie jusqu'à La^ny-le-Sec où ses troupe- avaient 
probablement ordre de le rejoindre. Mais 1«^ 
régent ne jugeant point à propos <1<' les atta- 
quer, retourna à Taris, et le roi étant iv\ 
à Crcspy envoya sommer Compiègne d 
rendre. Cette ville reconnut avec empressement 
l'autorité royale, et Beauvais ne tarda 
suivre eon exemple. 

Histoire de Jeanne d 1 \\c Tom. If. p. 3(>3. et 3 54 - — Danû 
de France, 'loin. VIL f. 78. 81. — Belteforest fo 
tier, hist. de Charles VII. p. 33. Chroniques et amnler 
;Airo'as Gilles) tel. 86. 



[s 4*9) I)E 1ŒNlH ' D'ANJOU. 95 

Après en avoir pris possession, Charles Vil 
vint camper à 3 lieues de cette ville, auprès du 
Mont-piloër ( Monlespilouer, ou plutôt Mont- 
piloirj, qui parut devoir être le théâtre d'une 
bataille décisive, car toute l'armée Anglaise se 
trouvait réunie dans les environs. 

Charles VII ayant tenu conseil dans la nuit 
au milieu de son camp, passa ses troupes en 
revue au lever de l'aurore, ordonna ses dis- 
positions pour le combat , et confia l'avant 
garde ou le I er corps de l'armée au duc d'A- 
lençon, conjointement avec le duc de Vendô- 
me. René eut le centre sous ses ordres $ l'ar- 
rière-garde lut commandée par le roi , les 
comtes de Clermont, le sire de la Trémouille, 
Dunois et Jeanne d'Arc; et le 4 e corps eut à sa 
tête le sire de Graville, chef des arbalétriers. 
Le sire Jean de Foucault , chevalier limousin, 
conduisait les archers, et les maréchaux de S te . 
Sévère et de Rayz se placèrent aux deux ailes. 
De leur côté, le duc de Betford, comte de 
Suûblck, et le brave Talbot, s'étant retranchés 
auprès du village de la Victoire , avaient res- 
serré leurs soldats dans une position formidable. 
Ils paraissaient aussi souhaiter avec ardeur de 
se mesurer avec des adversaires que leurs vœux 
avaient appelés depuis si long-temps. 



96 histoire 

Mais l'événement prouva que les deux prin- 
ces ne voulaienl point confier leur avenir au 
hasard d'une seule bataille ■ et ni l'un ni Ta li- 
tre ne se soucièrent que l'action devînt géné- 
rale. La journée du Mont-piloir se passa donc 
pour ainsi-dire en escarmouches multipliées, 
dans lesquelles les plus célèbres guerriers de 
France et d'Angleterre combattirent en grou- 
pes isolés et à la manière des héros d'Homère. 
La nuit seule put calmer leur ardeur toujours 
croissante, et ce ne lut que lorsque l'obscu- 
rité eut plongé dans les ténèbres les Frai: 
les Anglais cl les Bourguignons, que les trom- 
pettes des deux camps sonnèrent eu même 
temps la retraite. Chacun de son coté crut avoir 
remporté l'honneur de la journée, « cl la gloi- 
« re fut, dit-on, forcée de partager des cou- 
rt ronnes (*). » 

Il ne périt aucun chevalier de marque dansi es 
diverses rencontres, et l'histoire rapporte que 
le seul la Trémouille (**) courut vu véril 
danger, ayant été renversé de son cheval. Le 



T ) « Tant s'entremeslèreufc Je près, dit un historien, que la 
«, poûldre'sortit si espesse, qu'on n'eût pucogooistre ni discerner 
« lesquels estaient. » 

(**) a Ce jeune seigneur qui estoil bien joly , rapporte cTAu\ ijtu . 
« prit la lince el vint jusqu'au frapper; mais so » » h « 1. yanl été 
« tué, il courut risque Je périr. » 



;^9) DE BENE D'ANJOU. 97 

Roi montra un rare courage et un très grand 
sang froid, en traversant plusieurs fois l'espace 
qui séparait les deux armées. Le lendemain, 
le duc de Betlbrd se retira à Paris, et Charles 
revint à Crespy. 

Pendant les négociations qu'on crut devoir 
entamer alors auprès du duc de Bourgogne, 
afin de le détacher du parti anglais, les progrès 
de l'armée royale ne furent point suspendus: 
elle s'empara d'une foule déplaces importantes 
de la JNormandie , entr'autres des forteresses 
iïEstrepagnjr et de Château-Gaillard. Cette 
dernière située sur un rocher escarpé au bord 
de la Seine, fut emportée de vive force par 
l'infatigable Lahire, bailly du Vermandois; il 
eut ainsi le bonheur de délivrer un de ses an- 
ciens compagnons d'armes les plus chers , le 
célèbre Arnaud de Barbazan, que René vit 
sans doute pour la première fois, et avec lequel 
il ne tarda pas à s'illustrer (19). 

Renommé dès sa jeunesse par de hauts faits 
d'armes qui lui valurent le titre de chevalier 
sans reproche, et proclamé plus tard restau- 
rateur de la monarchie par le Roi lui-même? 
Barbazan joignait à un courage à toute épreuve, 
une prudence consommée , vertu plus rare à ren- 
contrer à cette époque dans l'armée Française, 
mais qui n'avait pu empêcher le défenseur de 

TOME I. J 



9 8 HISTOIRE [14*9) 

Corbeil etde Melun d'être fait prisonnier et jeté 
dans les cachots de la forteresse de Château- 
Gaillard. Le vieux guerrier qu'on avait privé 
de la lumière du jour pendant près de neuf 
ans entiers, se présenta à son souverain, portant 
encore l'empreinte de ses chaînes et de ses lon- 
gues souffrances; il brûlait de se venger de la 
déloyauté du Roi d'Angleterre, et de prouver 
à Charles Ail qu'il saurait se servir delà ma- 
gnifique épée qu'il venait d'en recevoir (*J. 

Malgré la disproportion de leur âge, une 
secrète sympathie lia bientôt étroitement René 
et Barbazan(**)qui retrouvait avec joie un fils 
du Roi de Sicile, avec lequel il avait long- 
temps combattu; Charles VII , qui comptait peu 
de capitaines plus expérimentés que lui, le vil 
avec satisfaction s'attacher au jeune duc de 
Bar, lui donner des conseils et lui servir en 
quelque sorte de guide. 

Réunis dans le même corps de troupes, ! 
et Barbazan (qui n'avait pu partager les der- 
niers exploits de l'armée ) supportaient im- 
patiemment leur inaction; ils résolurent donc 



(*) Ces mots y étaient graves: ut lapsu gravicre ruant. 

(**) « Ce bon chevalier, dit WaSsebourg, vaillant et preoj 
« ajmé de chascun, vint à C /talons, de qnov René nist manreîlkuse- 
<c ment content, car il y avait grosse amitié et familiarité »▼« < 
« Narbaz-in, qui n'avaient jamais avmé les Bourguignons 



(t4*9) DE RENÉ D'ANJOU. 99 

de se signaler l'un et l'autre par quelque ex- 
pédition particulière, et prenant congé du 
lloi qui était retourné à Compiègne, ils se dé- 
tachèrent avec quelques milliers de soldats, et 
furent ensemble attaquer Pont-sur-Seine dont 
ils ne tardèrent pas à se rendre maîtres. 

Après avoir fait flotter les étendards Fran- 
çais sur les tours de cette ville, ils transpor- 
tèrent leurs troupes devant Anglure , place 
importante qu'il était essentiel d'assurer au 
parti royaliste ; mais des renforts considérables 
envoyés par l'armée anglaise ayant empêché 
René et Barbazan de songer à donner l'assaut, 
ils levèrent le siège et rejoignirent Charles VII. 

Après cette rapide expédition , le duc de Bar, 
toujours accompagné de Barbazan , s'empara 
encore de Chantilly , de Pont-St-Maxent et de 
Choisy, dont ils chassèrent les garnisons an- 
glaises,- puis étant revenus à Senlis, où se trou- 
vait Charles VII, ils entrèrent avec lui à St. 
Denis. 

Ce fut le ^5 Août i4 2 9 : mémorable jour- 
née, où afflua de toute part dans la vénérable 
basilique, dernière demeure de tant d'aïeux 
du jeune monarque, une foule de Français 

Daniel, hist. de France. Tom. Yll. p. 78. Belleforest. fol 344 • 
Iiist. de Charles VII. Chartier.p. 33. 

n* 
J 



ioo HISTOIRE i4^0 

avides de contempler enfin leur souverain !.. Là , 
comme à Rheims, Charles, entouré de la fleur 
de ses guerriers, se prosterna devant l'autel 
de l'apôtre de la France et implora le secours 
céleste pour reconquérir sa capitale, dont il 
voyait presque les remparts!.. 

Jamais sans doute la fête du Saint Roi n'a- 
vait été célébrée d'une manière plus touchante 
et plus solennelle. 

Le camp royal ne demeura pas lonfj-temps 
à St. Denis, et s'étant transporté du côté de 
Corbeil,le roi de Sicile, Louis III d'Anjou, 
surnommé Vescarboucle de gentillesse , se si- 
gnala par l'action la plus éclatante peut-être 
de toule la campagne, et qui rappelle les hauts 
faits d'armes des anciens preux. 

L'armée française, rapprochée de Paris, se 
voyait serrée de près par ses ennemis qui ne 
la laissaient jamais un seul jour sans la har- 
celer, ou sans faire des démonstration- d'une 
attaque prochaine. Parmi les Anglais lc^ plu> 
ardentsà la provoquer par des insultes et des 
menaces, était, entr'aurtres (*\ un cheva iei 

(*) « On y vovoit, dit Bourdigné, ung prant et puissant Angloys 
« nommé Lancelot , lequel esloit renommé estre la plus ru" 
« contre qui se trouvasten tout l'est. Il saillv lors de son 
« sa lance sur la cuisse, pour chercher jouxte, et les Aoglojs le r - 
« garcloient comme ung spectacle. attendant de luy reoir faire quei- 
« que beauco». » 



(i4*9) DE RENÉ D'AIN JOU. 101 

nommé Lancclot, aussi célèbre par sa force 
prodigieuse que par sa féroce bravoure. Armé 
de pied en cap, il s'approcha des tentes fran- 
çaises, comme s'il eût voulu en défier les che- 
valiers en champ clos. Ses compagnons l'ap- 
plaudissant de toutes leurs forces, excitaient 
encore son orgueil, lorsque le roi de Sicile , 
acceptant le combat, s'élança vers lui la lance 
à la main, du premier choc l'abattit roide 
mort au pied de son destrier, laissa les Anglais 
consternés d'une pareille défaite, et revint 
triomphant auprès du roi Charles, qui lui té- 
moigna hautement sa satisfaction aux acclama- 
tions unanimes de l'armée entière» 

Bené demeura encore quelque temps au 
camp du roi qui, s'étant transporté sous les 
murs de Paris, allait en commencer le siège. 
Il assista peut-être à la revue que Charles VII 



« Le roy de Secile le voyant, désira moult d'esprouver qu'il sça- 
« voit faire, et s'adressa à luy.... si coururent sus, qu'il sembloist 
«« que la terre deust fendre soubs eulx, et se attaquèrent si alertes , 
<( que L'Angloys rompist sa lance et le roy de Secile le frappa si f'u- 
« rieusement qu'il luy passa la sienne au travers du corps st fabbat- 
« tit mort, dont les Angloys furent bien esbahys, et les François 
« fort joyeulx, et moult prisèrent le roy de Secile qui si puissant the- 
« valier avoit occis, et le roy Charles mesine, lui en donna granl 
«( kënge. » 

Bourdigné,fol. 139. Wulson delà Coloinbièrc, Théâtre d'hon- 
neur p. 35?. 



102 HISTOIRE 14^9) 

fît alors' de toutes ses troupes Ç); cependant 
aucune autorité historique n'en dorme la cer- 
titude j les auteurs contemporains gardant éga- 
lement le silence sur la présence du duc de 
Bar à l'assaut de Paris, il paraît à peu près 
certain qu'il ne s'y trouva point (**). 

Mais son absence momentanée de l'armée 
française ne fut point la suite d'un traité qui 
venait de se conclure entre le cardinal de Bar 
son grand oncle, et le duc de Betford, ré 
du royaume, comme on l'a rappoité par er- 
reur, en ajoutant que René « avait paru dans 
« l'intérieur de Paris pour stipuler lui-même 

(*)Lepoëte Chapelain, qui donne cédé. :ombremeut à 
a confondu le duc de Bar avec son frère Louis III qui conduisait U s 
soldais angevins. 

« ... Là, dit- il, marche la fière bande 
« Que le prince angevin, le fierRené commande. 
« Les trois couronnes d'or qu'elle déployé au veut 
« Représentent Sicile, Angleterre et Levant. 
« La, paraissent d'Angers, les brigades sçavantes. 
« Là,despoats de César, les gardes vigilantes. 

« On voit là de Saumur , Pélite courageuse. » 

(**) Chapelain le niet néanmoins au nombre des chefs | 

mandaient. 

« Saintrailles, Barbazan, Vignolcs. Rieux. Avmavd. 

René doit après eux, assaillir la courtine. 

( La Pucelle. ) Chapelain, liv. II. p. 45>. — Ih. livre VI. p. i 53. 

Abrégé de Lhist.de Charles VU. p. 333. Paradin. annales deBonr- 
gogne , fol. ^i3. Registre manuscrit de Dijon. Tom. XXII. « 
IV. p.67 1. îlist. de la maison de Vcrgv. André du Chesue . li\. V.j 
210. — Le père Anselme , Tom. L>, fol. 665. 



(i4"9) UE R ENÈ D'ANJOU. io3 

« les conditions de ce nouveau traité (*).» Outre 
l'invraisemblance d'une telle assertion, si bien 
démentie par la conduite récente du duc de 
Bar, un document des plus authentiques (10) 
prouve que dès le commencement du mois 
d'Août, il avait lui-même renoncé à toute al- 
liance avec le prétendu roi de France, sans 
s'inquiéter des suites qui pouvaient résulter 
de cette démarche. Son départ de l'armée 
rovaliste eut un but plus utile pour la France. 
Voyant combien le siège de Paris traînai i en 
longueur, et sachant que Charles VII se re- 
tirant sur la Loire, allait séjourner à Gien, 
René, toujours suivi de Barbazan, résolut de 
tenter un coup de main en Champagne dont 
ce guerrier était gouverneur. Leur premier 
projet avait été d'abord de fondre à l'improvis- 
te sur un détachement de Bourguignons qui al- 
laient commencer le siège de Compiègne; mais 
sachant qu'une division de huit mille Anglais 
menaçait Châlons, ils conçurent la résolution 
hardie d'aller les en chasser. Ils s'éloignèrent 



(*) Voyez la note (i 8). 

Histoire manuscrite de Lorraine, Duplessis. — Chroniques de S. 
Denis, Toin.II. Wassebourg, p-47^. Montfaucon,Toni.III.foî.2i6. 
Belleforest, fol. 345. Art de vérif. les dates, fol. 563. Daniel, hist. de 
France , Totn.Yir. p. 34.— Scévole de Ste. Marthe, hist. de la maison 
de France, liv. Vl„ p. 439. — • Chroniques et annales de Fraucc. (Ni- 
colas Gilles.) 



io4 HISTOIRE i \,< 3 

donc du {jrand quartier de l'armée française, 
emmenant avec eux un corps de quatre mille 
soldats sur lesquels ils pouvaient compter. 

Les Chalonais que le prince d'Anjou et Bar- 
bazan , retranchés secrètement dans l'abbaye 
de St.-Mauge, avaient mis dans la confidence 
de leur dessein, ne tardèrent pas à les aver- 
tir que le moment de surprendre les ennemis 
était arrivé. Aussitôt , le dnc de Ear el son 
vieux compagnon d'armes s'élaneant à leur 
rencontre, les attaquèrent au village de la 
Croisette, entre Châlonset l'antique église de 
Notre-Dame de l'Épine. L'action s'engagea 
sur le champ de part et d'autre, avec une 
égale intrépidité; mais René et Barbazan y 
iirent de tels prodiges de valeur, (*) que mal- 
gré la supériorité du nombre, les Anglais 
taillés en pièces, leur laissèrent près de six 
cents prisonniers. Le frère du brave Lahire, 
Bourg de Vignoles,se trouvait au nombre des 
chevaliers de René, qui ne perdit qu'environ 
quatre-vingts soldats dans la mêlée. 

Après cet éclatant succès, les vainqueurs, 
toujours jaloux de se signaler ensemble, se dé- 



(*) Ils allèrent courir sus, el tellement se portèrent) ài\ Belle- 
forest, que les Angloys furent déconfits, et que guères u'e.i échap- 
pa; tl iceulx furent prisonniers de cinq a six cents, et ne mouru- 
rent île Français que quatre-vingt ou cent. 



. !><) DE RENE D'AJNJOU. io5 

ridèrent à aller attaquer la forteresse de C 'hap- 
pes, à quatre lieues sud-ouest deTroyes, dont 
Jacques d'Aumont, conseiller et chambellan du 
duc Philippe, était capitaine et seigneur (*). 

Le vieil ami du duc de Bar avait à cœur 
de s'emparer de cette place importante qui 
défendait Troyes du coté de la Bourgogne, et 
tenait encore pour le parti ennemi dans la 
province qu'il commandait. Il engagea donc 
René à marcher sur elle, et à la cerner étroi- 
lement. 

D'Aumont et son frère Guillaume opposè- 
rent d'abord une vigoureuse résistance aux 
forces qui les attaquaient, et pendant près de 
deux mois, ils se flattèrent que les assiégeants 
se retireraient d'eux-mêmes ; mais se voyant 
bloqués de plus près de jour en jour , ils 
envoyèrent réclamer des secours en Bourgo- 
gne, el bientôt toute la noblesse de ce duché 



(*) D'Aumont était seigneur de Méri . conseiller et chambellan 
du duc de Bourgogne et capitaine de Châtillon-sur-Seine; il avait 
épousé Catherine dame d'Estrabonne de Montaigne. 

En ii i£. Chappes appartenait a CJérambaut de Chappes, mari 
d'Alix de Chappes et père de CJérambaut dit le ladre. Cette terre 
devint une baronnie, et ensuite un marquisat dépendant du duché 
d'Aumont. 

Sa navigation sur la Seine avaitrendu assez considérable par son 
commerce, ce village dont l'ancien seigneur était M. le marquis de 
Mesgrigny, 

On voit à peine les vestiges du château que J. d'Aumont défendit 
eux 429, 



io6 HISTOIRE C ,4<;<y 

s'empressant de se rendre à leur appel, se réu- 
nit sous les ordres d'Antoine de Toulongeon, 
maréchal de Bourgogne, qui avait déjà com- 
battu sous les étendards d'Angleterre à la ba- 
taille de Crevant. On comptait parmi les autres 
seigneurs qui voulurent défendre Chappes, 
Jean de Vergy et son oncle Antoine ( maré- 
chal de France pour le régent ), le Beau de 
Bdr, le seigneur de Chaslelux, le comte de 
Joigny, et une foule d'autres guerriers (11). 

Les efforts d'Antoine de Toulongeon , et la 
prudente lenteur que Barbazan et fiené lui 
opposèrent, firent traîner en longueur toutes 
les opérations; le siège dura près de trois mois, 
pendant lesquels René reparut au camp de 
Charles VII, fit des incursions en Champagne 
et amena de nouveaux renforts à son compa- 
gnon d'armes qui , ne voulant rien donner 
au hasard, s'était refusé plusieurs fois à ac- 
cepter le combat Offert par le maréchal de 
Bourgogne. 

Irrité de ne pouvoir pénétrer lui-même 
dans Chappes, Toulongeon chercha du moins 
à y jeter un fort détachement qui put au be- 
soin faire une sortie et se joindre à lui; mais 
les troupes qu'il dirigeait vers la forteresse, le 
i3 Décembre i4 2 9, tombèrent inopinément 
dans une embuscade; il voulut alors voler ». 



(i4^9) DE RENÉ D'ANJOU. 107 

leur secours, la bataille s'engagea, la mêlée 
devint générale, et, après un choc violent, les 
Bourguignons, attaqués à la fois par René, Bar- 
bazan et Beaudricourt, furent forcés de plier ^ 
leur chef, entraîné dans la déroute, n'eut que 
le temps de se sauver à Châtillon.avec les dé- 
bris de son armée, ayant perdu plus de deux 
cents hommes, ses tentes, ses drapeaux et toute 
son artillerie. 

Jacques d'Aumont et son frère, qui avaient 
voulu tenter une sortie au premier bruit de 
l'attaque, furent l'un et l'autre faits prisonniers, 
ainsi que les seigneurs de Pwchefort, de Plan- 
cj et de Polignji mais Barbazan et René, qui 
les traitèrent avec les plus grands égards, 
n'en exigèrent qu'une forte rançon et les ren- 
voyèrent aussitôt au maréchal de Toulon - 
geon (*). 

Selon Chartier, Louis III d'Anjou assistait 
à cette mémorable action; mais il est constant 
que René et Barbazan en eurent seuls tout 
l'honneur. Suivant le système quil paraissait 



(*) « Et fust l'issue de la besoigne , dit Paradin, que les Bourgui- 
« guons furent déboutés, et la place de Chappes rendue au duc 
« Rhéné. » 

Le duc Philippe témoigna sa satisfaction a Jacques d'Aumont sur 
sa courageuse défense , et afin de le dédommager de la prise de son 
château et de sa personne, iliuiassignaune pension annuelle de trois 
cents livres. 



*o8 HISTOIRE (14-29-1430 

avoir adopté dès sa première campagne, le duc 
de Bar fit raser et démanteler le château de 
Chappes. 

X. René ne se trouva point présent à la prise 
de l'héroïne qui, cruellement blessée d'un ja- 
velot, s'écriait encore.- «Français, ce n'est pas 
« du sang qui coule de ma plaie, c'est de la 
« gloire!... » mots admirables et qu'on ne sau- 
rait trop répéter!... 

On sait que Jeanne d'Arc, faite prisonnière 
le 24 Mai i43o, au sié^e de Compiègne, donl 
le duc de Bourgogne s'était rendu maître , fut 
achetée par Jean de Luxembourg, comte de 
Ligny, ancien ennemi de René, et que ce prince 
la revendit aux Anglais moyennant dix mille 
francs et six cents livres de pension! (*) 

Ce déplorable événement ne précéda que 
d'un mois la mort du bienfaiteur de René, le 
cardinal de Bar, et s'il fallait s'en rapportera 
quelques historiens, ce jeune prince parta- 
geant les nouveaux succès de l'armée fran- 
çaise en Dauphiné, se serait alors trouvé à la 
glorieuse bataille dAnthon, gagnée le jour de 
la Trinité, le 11 Juin i43o. 

Au milieu des troubles et des désastres de 



(*) « Ceux ci, dit Martial d'Aurergne, 
« JNc t'eussent donnée pour Londres 
« Car cuidoient a\oir tout gaigné. « 



(i43o) DE RENÉ D'ANJOU. 109 

la France, le duc de Savoie el Louis de Châ- 
lons, prince d'Orange (22) , partisans dévoués 
du duc de Bourgogne, s'étaient crus assez 
puissants pour s'opposer aux conquêtes de 
Charles VII, et s'emparer presque sans coup 
férir de toutes les places du Dauphiné qu'ils 
comptaient se partager. 

Louis de Gaucourt, gouverneur de cette pro- 
vince (l'un des illustres défenseurs d'Orléans 
dont il fut nommé Bailly), Pierre II de Ter- 
rail * surnommé VEpée (*) ( digne aïeul de 
Bayarà);Hinnbert de Groslée, gouverneur de 
Lyon et grand maréchal de l'armée royale, 
les seigneurs du Bouchage, de Bressieux ? Im- 
bert de Poissieux, dit tête d'or, Jean de Lé- 
vis, baron de \&Voulte, les sires de Joyeuse, 
de Tournon, et une foule d'autres chevaliers, 
accoururent défendre leur patrie, et ayant 
rencontré le prince d'Orange, ils Paitaquèrent 
sur les bords du Rhône, enlre Colombiez et 
Anthon. 



(*) Charles VIT affectionnait, particulièrement VEpée Terrait et 
l'employa dans toutes les occasions. — Ce chevalier périt glorieu- 
sement le 16 Juillet i465 . à la bataille de Monllhery. — La plupart 
de ses ancêtres étaient morts aussi sur le champ du combat. 

C'était VEpée Terrai! qui avait acquis le château et îa terre de 
Bayard. Son fils Aymon épousa Ilclcne cfAIlema», et c'est de ce 
mariage que naquit en 1 4/6, le chevalier sanspetir el sans reproche 



no HISTOIRE ,4-0 

Malgré l'intrépide valeur qu'il y déplova et 
la supériorité de ses soldats deux fois plus 
nombreux que les Français, la victoire la plus 
complète couronna les armes de ces derniers. 
Louis de Châlons perdit dans cette journée 
près de huit cents gentilshommes, et plus de 
cent mille écus de butin. Lui même, revêtu de 
ses armes blanches qui le fanaient reconnaît! e, 
lutpoursuivil'épéedans les reins, et n'eut d'au- 
tre ressource que de s'élancer dans le Rhône, 
sur son cheval, et la lance à la main. Peu 
d'instants après, on le vit se montrer sur l'au- 
tre rive, laissant les vainqueurs saisis de sur- 
prise et d'admiration pour une action aussi 
hardie. 

Quoique à la rigueur René eût pu se trou- 
ver à ce combat, la vérité nous oblige à dire 
que la plupart des historiens se contentent de 
rapporter « que lui et ses deux frères se distin- 
ct guèrent surtout contre le prince d'Oran- 
« ge. » 

Rappelé dans ses états par la mort du car- 
dinal de Bar, René consacra les premiers mo- 
ments d'une trop juste douleur, à pleurer 
celui qui lui avait tenu lieu de père, et à lui 
rendre les devoirs suprêmes. Les obsèques du 
cardinal furent magnifiques, et dignes du 
haut rang de ce vénérable prince de l'Eglise. 



f45o-i45i) DE RENÉ D'ANJOU. m 

Son successeur parcourut ensuite le Barrois, 
afin de dissiper par sa présence les alarmes 
qu'y causait la perte récente de l'ancien sou- 
verain, et entretenir ses vassaux dans la fidé- 
lité qu'ils lui avaient jurée. 

Mais si la plus profonde paix régnait alors 
dans le duché de Bar , il n'en était pas de même 
en Lorraine, où Charles s'apprêtait à se ven- 
ger d'un traité défavorable que les habitants 
de Metz lui avaient, disait-il, arraché par sur- 
prise (*). René qui ne pouvait se dispenser de 
suivre son beau-père dans cette expédition, se 
disposait, quoiqu'avec répugnance, à le secon- 
der de tous ses efforts, lorsque la mort presque 
subite du duc de Lorraine vint tout-à-coup 
changer la position où il se trouvait lui-même. 

A peine René eut -il appris que Charles venait 
d'expirer, que, suivi d'un très grand nombre 
de gentilshommes, il accourut à Nancy, et y 
arriva au moment où Henri de Ville achevait 
les funérailles de son souverain. 

Malgré son affliction et son deuil, la du- 
chesse Marguerite, précédée du prévôt de St. 
Georges, ainsi que des chanoines en habits de 

Dom Calmet, Tom. 11. fol. 691. 767. 

(*) « O les traîtres! s^écria-t-il , m'ont-ils ainsi déçu? je cuidois 
« avoir de Metz la jouissance. . . il tira sa dague. . . après luy la 
« jetta je promets, dit-il, à St. Georges que je m'en vengerai. 

Chronique de Lorraine. 



112 HTSTOTRE . J'i • 

cérémonie, (*) se transporta à la rencontre d:r 
jeune prince, et dès qu'on eût aperçu René, 
les seigneurs s'avancèrent près de lui en 
criant: « \ous estes nostre duc;» puis, ils le con- 
duisirent, toujours à cheval et dans le même 
cortège , jusques devant le péristile de l'é- 
glise de St. Georges, qui était alors celle des 
princes de Lorraine. Là, René mit pied à terre, 
entra dans la cathédrale, s'agenouilla devant 
le grand autel, et jura, sur les livres sain 1s, 
d'observer fidèlement tous les privilèges de 
ses nouveaux états. Aussitôt que cette cérémo- 
nie eut été terminée, le duc de Lorraine (ayant, 
suivant l'antique usage, (23) donné au chapi- 
tre de St. Georges le cheval qui lavait amené; , 
lut reconduit dans son palais aux acclamations 
de toute la noblesse ei des habitants de Vm< \ ; 
ceux-ci^ de même que les enfants, Taisaient re- 
tentir les rues des cris: JNoël ! Noë) ï vive le due ! 
vive la duchesse!.. 



(*) « Tanslost, dit Ja Chronique dr Lorraine . Bér.v a belle cotn- 
« paignie vint se présenter. Tous les nobles an-devant dr lu 
« sont ores allez, les seigneurs de St. Georges aussi. Tous l'on! 
<( fait bienveignants: Vous estes nostre duc. Ores en avant dans Nau. 
« cy l'ont tous amené , et devant St. -Georges Pont faict débouter; 
« enPesglisc. devant, le grant autel, Ton mené, et de luv ont j>ri< le 
« seraient de bonnement entretenir les droits de Lorrain 
« dicts seigneurs ont eu son cheval et s'y l'ont emmenr 
« tits enfans ont crie: Noël! Noë!! . . la dame Margaeri 
« de la mort de son mari estoit marrie, elle fust joyeuse de veoir 
<. sa fîile ainsi honorée, le duc René partout, m 



(i45i) DE RENÉ D'ANJOU. n3 

Ces témoignages unanimes qui se renouve- 
lèrent pendant plusieurs jours, adoucirent sen- 
siblement la douleur récente de Marguerite, 
dont la tendresse maternelle était vivement 
émue de l'accueil touchant avec lequel sa fille 
Isabelle et René étaient reçus dans leur capi- 
tale. 

Il est juste de remarquer à cette occasion, 
que le sentiment profond d'allégresse qui s'y 
manifesta, provenait autant de la brillante ré- 
putation du jeune prince, que de l'absence des 
regrets donnés à Charles, dont la conduite 
privée, sur la fin de sa vie surtout, avait fini 
par lui aliéner l'estime et l'affection des Lor- 
rains. 

Dès le vingt neuf janvier , ( quatre jours 
après la mort de son beau-père) René assura 
la ville de Toul de sa protection spéciale, en 
déclarant « qu'il prenait sous sa garde les 
« terres du chapitre enclavées dans ses états , 
« qu'il reconnaissait aussi, que l'Église de Toul 
« est la mère Eglise de son duché , et qu'il 
« devait aller la visiter tous les ans pour y re- 
« cevoir les sacrements. » 

Le lendemain, 3o, le nouveau duc et Isa- 
belle confirmèrent également de la manière 
la plus solennelle, les privilèges de l'ancienne 
chevalerie de Lorraine, auxquels Charles II 

tome i. 8 



n4 HISTOIRE ii"r 

avait porté de fréquentes atteintes; ils souscri- 
virent en outre à ce que dans les assises de ce 
duché, tous les débats entre le prince et lu 
chevalerie fussent jugés par des pairs. 

Parmi les règlements que rendit René à 
cette époque, et qui annoncent le mieux 
haute piété et la générosité de son âme, on 
remarque celui qu'il publia contre les blas- 
phémateurs (*), et l'ordonnance par laquelle il 
voulut que ses premières dépenses fussent con- 
sacrées à rembourser à ses capitaines ou offi- 
ciers, tous les chevaux tnés à son service. « fil 
« fit payer à chacun de ses écuyers dix-huit 
« sols pour un cheval mort, en leur donnant 
« de plus une cotte et un chapeau de Ter ). ■ 
René n'avait alors que 11 ans; mais initie 
de bonne henre aux détails arides de l'admi- 
nistration , il déploya à celte importante 



(*)\\ y étoit dit: que la première fois «les Maugréants, remeurs. 
« dépiteurs et blasphémateurs j seront punis a l'arbitrage des jures. 
« selon la puissance des coupables; la n». fois, la somme Ictti être 
« double ou triplée; la 3 e , on sera mis an Pilory. Icjour de U 
« ou du marche; la ,j P . enfin, le criminel aura la langue percée d u 1 
« 1er chaud, et pourra être encore [ lus grièvement et oorp 
« ment puni. (Cette ordonnance est du h' r Août . i j 

« Cette même année, René prit sous sa protection l'abbé de- 
« T rois-Fontaines, cl ret ab 1 a faire chauler I 

« nées le 12 Décembre, une haute inesse à la Vierge pour ce | 
« Isabelle et leurs enfants. » 

(Recueil ^ordonnances des ducs de Lorraine qni 
dès ma u criïs cîe M. Noël otai 



(i43.) DE RENÉ DWNJOU. t i5 

que de sa vie, une sagesse et un discerne- 
ment au-dessus même de ce qu'on était en 
droit d'attendre de l'élève du Cardinal de Bar. 
Aussi éloigné d'une fausse modestie que d'une 
imprudente présomption, s'entourant des per- 
sonnes les plus habiles et les plus éclairées, 
il conjura le vertueux évêque de Toul de se 
charger lui-même delà régence de Lorraine. 
Henri de Ville, dont le désintéressement éga- 
lait l'affection qu'il portait à René, s'excusa sur 
les infirmités qui l'empêchaient d'accepter un 
tel honneur; il consentit seulement à faire par- 
tie du conseil choisi et présidépar le jeune 
duc. Tous ensemble commencèrent dès-lors à 
chercher les moyens d'améliorer la situation 
intérieure des deux duchés, et l'on vit René y 
consacrer tous ses moments avec un zèle infa- 
tigable digne des plus grands éloges. 

Ce prince se trouvait encore à Nancy le 
22 Février i43i,et l'on conserve, sous cette 
date, un acte de lui « qui promet sa protection 
« et sa bienveillance particulières, à la ville 
« de 8t.-Dié; » il parait qu'il quitta sa capitale 
le même jour, dans l'intention de parcourir 
successivement les villes les plus intéressantes 
de ses états, afin d'y observer de près les be- 
soins les plus urgents de ses peuples. Partout 
il lut reçu comme un souverain adoré; partout 

8* 



ii6 HISTOIRE ,4:, 

son seul aspect semblait ramener l'espérance, 
et jusques dans les moindres villages, on s'em- 
pressait de lui apporter des présents, et de lui 
rendre des hommages dont la sincérité dut tou- 
cher sensiblement son cœur. 

Mais , ainsi que Ta prouvé l'expérience des 
siècles, le moment où le destin semble mous 
avoir élevés au dernier degré de la prospé- 
rité, est souvent celui qu'il choisît pour d«us 
en précipiter avec plus de force. Itené, jus- 
qu'alors si complètement heureux, fut soumis 
à cette loi fatale. 

Ce haut rang auquel il venait d'atteindre 
dans un Age où l'on est plus habitué à obéir 
qu'à commander, la puissance dont il était 
investi, et cette pompe dont il se trouva tout- 
a-coup environné , semblèrent le premier 
présage ou le signal des constantes adversités 
qui le poursuivirent, et qui parurent 
croître dans la suite, à chaque nouvelle fa- 
veur de la fortune , comme si cette bizarre 
déesse devait presque toujours taire chèrement 
acheter ses bienfaits. 

Nous avons déjà eu occasion de remarquer 
que le comte Antoine de Vaudémont n'avait 
pas attendu la naissance du premier fils de 
René, pour annoncer hautement ses préten- 
tions foi nielles sur la Lorraine. En apprenant 



(i45i) DE RENÉ D'ANJOU. 117 

que le baptême de Jean d'Anjou avait été cé- 
lébré comme celui de l'héritier présomptif du 
duché, son ressentiment s'était manifesté avec 
plus d'amertume encore; mais il ne garda plus 
de mesure, et ne crut pas devoir dissimuler 
davantage, dès que la mort de son oncle eut 
laissé le champ libre aux projets qu'il méditait 
depuis tant d'années. 

Le 22 Février, le jour même où René ve- 
nait de quitter Nancy pour parcourir la Lor- 
raine, Antoine arriva en personne dans cette 
ville, escorté de plusieurs gentilshommes dé- 
voués et de quelques soldats. Il avait déjà 
pris les armoiries pleines de ce duché , et il 
invita, par un manifeste, « toute la noblesse 
« de Lorraine à venir lui rendre foi et hom- 
« mage, comme à son légitime souverain. » 

Sachant que son apparition inattendue avait 
fait assembler sur le champ le conseil et les 
états, Antoine les envoya sommer ainsi que la 
duchesse douairière, Marguerite, de le re- 
connaître pour leur duc, fondant toujours ses 
droits « sur ce que la loi salique avait été en 
« vigueur de tous temps dans la Lorraine, et 
« que ce duché étant un fief masculin, ne pou- 
« vait en aucune manière passer en d'autres 
<c mains que les siennes, comme le plus proche 
« parent du feu duc Charles. » 



i iB HISTOIRE Ci43i 

La délibération du conseil qui repoussait . 
l'unanimité cette sommation liardie, ayant été 
rapportée au comte de Vaudémont, ce prince 
sortit en colère de la ville, jurant par son âme, 
« qu'il serait bientôt due. » — Il partit aus- 
sitôt pour Dijon où se trouvait alors le duc 
de Bourgogne, dans l'appui duquel il avait une 
entière confiance. 

A peine s'éloi^nait-il de Nancy, que René, 
instruit de ses démarches, se hâta de reparaî- 
tre dans sa capitale; puisa\ant réuni ses con- 
seillers ainsi que toute la cour, il leur exposa 
succinctement l'état des aiTaires, et sa résolution 
d'aller de son côté en France, réclamer le se- 
cours du roi Charles VII , qui! ne pouvait 
invoquer en vain (*). Mais avant d'entrepren- 
dre ce voyage, ce prince redoubla de précau- 
tions et d'activité aiin que son rival ne pût 
rien tenter contre lui pendant son absence ; 
il fit même reprendre les travaux du siège 
de Vaudémont qu'il avait interrompus de- 
puis deux ans, à l'époque où il conduisit ses 
troupes au roi de France. Le 8 Avril, suivi 
d'une partie de ses gentilshommes, René 



(*)La Chronique de Lorraine fait exprimer Fvenc en ces terme? 
Je suvs bien asseure que de ce le, comte uic veult guerfl iin-utr. J e 
serai secouru de Chartes, roy de France . car c'esl mon beau- Ire» e 
Je me veulx apprè&ter . . . Vers luy, nùii reaix aller 



,i45i) I3E RliiNÉ D'AIN JOU. 119 

riva a Charmes et se lit rendre hommage par 
Tfaiébaut de Neuf-Châtel , qui paraissait vouloir 
profiter de l'embarras où il voyait le due pour 
se soustraire à son obéissance. Jean d'Hausson- 
vil le, maréchal de Loi rame, porta la parole en 
celte circonstance, démontra la justice de la 
prétention de René et eu profita pour ranimer 
l'esprit des Lorrains en faveur de son maître. 
Ce prince amena ensuite lui-même, le mois sui- 
vant, de nouveaux renforts devant Vaudémont 
et Vézelise où il demeura environ quinze jours , 
occupé à faire achever deux forteresses eu bois 
dont il avait ordonné la construction. Y lais- 
sant une forte garnison , certain de la sagesse 
de son conseil et de la fidélité de tous ses gen- 
tilshommes , il recommanda sa famille et le 
soin de ses états à Henri de Ville, et partit 
pour Tours où Charles Vil séjournait depuis 
quelque temps. 

Charmé de revoir un prince qui lui était si 
cher, ce monarque, qui n'avait alors plus d'en- 
nemis à redouter dans son royaume (*), accueil- 
lit René avec le plus vif intérêt, et pour lui 
en donner des preuves solides, il lui promit des 



(*) « Il a tapt cliévaulché dit la Chronique de Lorraine , que a 
« Tours en France est arrivé. . . Le roy a salué, et a compté coni- 
«■ ment le comte la duchié lui vouloit lever. . Je scays que ses amys 
u est allé quérir, .je vous prie que me vueuiliez aidier. — Le roy 



no HISTOIRE 1451 

renforts considérahles , et le brave lîariiazan 
pour les commander. 

Revenu en Lorraine avec la certitude «1 '<"•- 
tre soutenu par la cour de France, René 
somma lui-même à son tour le comte de Yau- 
démont de comparaître à Nancy, afin de lui 
prêter loi et hommage comme son vassal. Mais 
Antoine de Lorraine se laissa d'aulant muins 
intimider, qu'il était certain de l'assistance du 
duc de Bourgogne, et qu'il ne présumait pas 
qu'il fui de l'intérêt de Charles VII uV dé- 
garnir les places fortes où presque toutes ses 
troupes étaient en garnison, pour donner au- 
cun secours h son heau-iïère. ( Il ignorait «l'a i 1 - 
leurs que Barhazan , ayant sollicité lui-même 
l'honneur de défendre son illustre compagnon 
d'armes, était déjà en marche à la tête de quel- 
ques centaines de cavaliers et dun grand nom- 
bre de fantassins.) 

Aussi, loin de répondre à l'injonction im- 
péralive de René , le comte de Yaiidémoiit se 
disposa à prendre lui-même rolTensive , aus- 
sitôt que ses alliés l'auraient rejoint) il fit 

« luy disl: Beau-frère je vous veulx aidier.. .Veici Barbon, de mes 

« capitaines le plus asseuré; eu Lorraine Pemmenez. • . et I j 
« mande que à vous soit obéissant. . 

« Le duc de Lorraine a tant ehévaulché. que en Loi rai] < l -t ai- 

« rivé: la seigneurie volontiers Tout vcu.. Sy lui o t die t : maintenant 
« le comte, ne fault doubler. » 



( 1 43 1 ) DE RENÉ D'ANJOU. 121 

agir à la fois auprès de tous ses parents afin 
de les attacher à sa cause, et la Lorraine en- 
tière se trouva en quelque sorte soulevée par 
les prétentions de ce prince. 

Nous avons déjà dit plus haut , que René 
n'avait pas été témoin de la prise de Jeanne 
d'Arc qui, lâchement vendue k ses plus cruels 
ennemis par un seigneur français, gémissait 
dans une déplorable captivité , pendant que 
de si grands événements absorbaient les pen- 
sées de son jeune compagnon d'armes. 

Le digne historien de cette héroïne, en re- 
traçant toutes les tentatives de Charles VII 
pour la délivrer ou la racheter, disculpe de 
tout son pouvoir la mémoire de ce monarque 
sur laquelle planaient, il faut l'avouer, de trop 
justes reproches; mais s'il ne parvient pas à le 
justifier entièrement , gardons-nous de l'ac- 
cuser nous-mêmes. Plaignons plutôt l'impuis- 
sance d'un souverain dont les intentions ne 
purent être que magnanimes. Qui oserait pré- 
sumer, en effet, que seul de tous les princes 
de son royaume , il n'eut pas tressailli d'indi- 
gnation au récit de l'inique sentence qui con- 
damnait une vierge aussi jeune, aussi pieuse, 
libératrice de la France , captive et sans défen- 
seur, k être brûlée vive, comme «invocatrice 
« y dolastre, dissolue , coupable en un mot des 



122 HISTOIRE , 451 

« crimes les plus odieux que l'animosité et J«j 
« calomnie puissent inventer!...» 

La position critique ou se trouvait René à 
cette époque, s'opposa seule , n'en doutons pas, 
à ce qu'il volât à la délivrance de cette valeu- 
reuse fille 5 lui-même était déjà près de tom- 
ber dans les fers, lorsque la nouvelle de la 
fin tragique de Jeanne d'Arc "arriva jusqu'à 
lui. Quels regrets ce prince généreux ne dut- 
il pas donner à cette infortunée, brûlée à 
Rouen, le mercredi 3o Mai i43i, avec un tel 
rafinement de cruauté, que plusieurs de ses 
juges ne pouvant soutenir ce cruel spectacle, 
s'éloignèrent, en frémissant, de cette scène 
épouvantable. 



FIK DU LIVRE PREMIER 



DE RENÉ D'ANJOU. n 



LIVRE SECOND. 



Depuis la bataille de Bulgnévillc jusqu'à la 
délivrance de René. 



De i43l à 1437. 



I. Depuis les funestes rivalités qui avaient 
ensanglanté la France et la Bourgogne , l'ini- 
mitié de ces deux cours ( malgré de longues 
trêves , et toutes les apparences extérieures 
d'une réconciliation sincèrej, était parvenue 
à un si haut degré, que le prince favorisé de 
la protection de l'une de ces puissances, ne 
tardait pas ordinairement à encourir la dis- 
grâce de l'autre, et à en subir tous les effets. 
Cette animosité, cachée au dehors, mais en- 
racinée dans les cœurs , semblait n'attendre 
qu'une occasion pour manifester sa violence, 
et elle éclata au sujet des différends survenus 
entre René d'Anjou et le comte de Vaudémont. 

Cependant Philippe, se rappelant le traité 
récent qu'il avait conclu avec le dernier duc 
de Lorraine dont liené se trouvait le suc- 



1^4 HISTOIRE (145, 

cesseur légitime , hésita plusieurs jours, dit- 
on, avant de se déclarer ouvertement contre 
lui; il paraissait même vouloir épuiser aupa- 
ravant tous les moyens de conciliation qui 
étaient en son pouvoir; mais Antoine de Tou- 
longeon (*), F un des capitaines les plus en 
crédit à sa cour, vint à bout de l'en dissuader, 
en lui présentant ces démêlés sous le jour le 
plus favorable au comte de Vau déni ont. Le 
maréchal de Bourgogne gardait un trop vif 
ressentiment de l'échec que le jeune duc de 
Bar lui avait fait éprouver sous les murs de 
Chappes, pour négliger le moment favorable 
qui se présentait d'en tirer une éclatante ven- 
geance. Il employa donc tout l'ascendant qu'il 
était parvenu à obtenir sur l'esprit de son maî- 
tre, pour lui persuader que cette (pierre lui 
devenait personnelle, puisque le comte An- 
toine, toujours son fidèle allié, n'avait Jamais 

Dom Plancher. Hist. de Bourgogne. Tom. IV. p. 1 \ j. 

(*) Antoine de Toulongeon, seigneur de Menhichard-T abattie. 
était fils de Tristan deToulongeonet de Jeanne det.hàlou. l'i 
il fut nommé maréchal, gouverneur et capitaine général de Bourgo- 
gne. Il épousa en premières noces Béatrix de St. Charou.et ensuite 
Catherine de Bourbon-Mont- Péroux. 

Mort le 3o Septembre \fii, il fut enseveli dans L'église de Too- 
lougeon en Bourgogne. Il laissa deux fils. 

Son frère aîné,, marié à Jacqueline de la T remouille cousine de 
Georges ) mourut a la terre sainte avant d'avoir reçu Tordre de U 
toison d'or auquel il fut nomme en i\"ii. 

Nobiliaire de Bourgogne. Dunod du Chantage- p. n^i. 

Mélanges historiques par le père St. Julien p. 



( , 43 1 ) DE RENÉ D'ANJOU. 1^5 

balancé à se déclarer contre ses ennemis, 
tandis que René , ayant conduit ses troupes à 
Charles VII, au mépris de tous les traités, s'é- 
tait ainsi prononcé ouvertement contre lui. 

Les instances du maréchal, puissamment ap- 
puyées par le sire de Croy , gendre du comte 
Antoine, décidèrent enfin Philippe, qui donna 
l'ordre de réunir un corps considérable de 
soldais pour marcher contre René. Unis par 
les mêmes sentiments, guidés par les mêmes 
vues, le sire de Croy et Toulongeon, surtout, 
redoublèrent d'efforts en apprenant que Bar- 
bazan était le chef des troupes envoyées par 
Charles VII à René. Regardant cette querelle 
comme la leur propre, ils s'employèrent avec 
une activité incroyable à augmenter le nom- 
bre des partisans du comte de Vaudémont. 

La France et les provinces voisines étaient 
alors infestées d'une foule d'aventuriers, que 
le besoin, ou les hasards de la guerre jetaient 
tantôt dans un parti, tantôt dans un autre, 
car ne recevant point de solde fixe, ne vivant 
en quelque sorte que de rapines, peu leur im- 
portait l'opinion, le rang, la puissance de ceux 
qu'ils défendaient, et bien moins encore la jus- 



Charlier hist. de Charles VII. p. 83. Vigiles de Charles VII 
p. i?o. 



is6 HISTOIRE [i450 

lice de leur cause (*). Ce fut sur ces hommes 
mercenaires, dont les chefs se laissaient si faci- 
lement séduire à l'appât de l'or et à la pro- 
messe du pillage, que le maréchal de Bourgogne 
jeta d'abord les yeux ; tous accoururent auprès 
de lui, commandés par les bàiards dHumières, 
de Fosseuses, de Brimeu, àeNeufrille, et un 
brigand nommé Robinet Huche Chien qui, 
par sa force prodigieuse, ses exploits et son 
audace, était parvenu à acquérir une véritable 
prééminence parmi eux. À ces troupes irrégu- 
lières, l'appel du sire déCroy,et de Mathieu 
d'Humières fit joindre plusieurs puissants sei- 
gneurs bourguignons , à la télé de leurs 
sanx, de sorte qu'en peu de temps, Antoine de 
Vaudémont pût compter sur environ six* m il le 
combattants, bien décidés à soutenir sa cause. 
et intéressés à son succès. 

De son coté, René, prenant d actives nu 
res, eut bientôt rassemblé tous lés 
guerre du Barrois et de la Lorraine, un ci 
de troupes formé en AI' ae el en Bavi 

sous les ordres du marquis de Bade, de Louis 

(*) « Pouvrcs çompaigDoBS pour ta plupart . dit Vonstre'et . ma'i^ 
« roicles. vigoureux , rt bien usi'ez au temps de guerre, et qui ne 
a cherchaient que' leur avantage , tant sur leur propre pays q 
« leurs. » 

[Monstrelet Tora. II. — Hist. de France. Tom. X"'.. p. I 
Bourdigné. Fol. i -o. Chartier. Hist. de Charles VÏI. p. 87. 



m 45 BE REjSE D'ANJOU. 127 

de Bavière et du comte de Sa] m , se réunit à eux , 
et révêqne de Ne\z, Conrad Bayer, Robert de 
Beaudricourt , Gouverneur de V au couleurs, 
les seigneurs de Chdtelet, de Ville et un "grand 
nombre d'autres nobles lorrains , ayant répondu 
à l'invitation du jeune prince, il se trouva, di- 
sent les historiens, à la tête de douze mille hom- 
mes d'infanterie et de dix mille chevaux; mais 
ce nombre paraît évidemment exagéré, et Ton 
croit devoir le réduire de moitié. 

Pendant que ces divers mouvements s'opé- 
raient, René envoya, le 11 avril, une seconde 
sommation au comte Antoine, afin qu'il vînt 
lui jurer hommage et obéissance pour ses châ- 
teaux de Yaudémont, de Vézelise, ainsi que 
toutes leurs dépendances, sous peine d'une con- 
fiscation générale. 11 lui ordonnait également 
de comparaître en personne à Nancy dans le 
plus bref délai. 

Antoine n'ayant point déféré à cette injonc- 
tion , René la renouvela le i3 et le i4 du 
même mois, indiqua un nouveau terme pour 
qu'elle fût remplie, et annonça « qu'à défaut 
« de s'y soumettre, de la part de son cousin, 
« il procéderait par voie de fait et à main 
« armée. » 

Mais le délai fixé par H eue expira encore 
sans que le comte de Vaudémout se fût pré- 



128 HISTOIRE (14-, 

sente à Nancy. Loin de chercher même la 
moindre voie d'accommodement, itérait parti 
pour la Flandre, dans l'intention d'aigrir encore 
davantage Philippe, et d'en obtenir plus de 
secours. Le duc de Lorraine marcha alors sur 
Vaudémont, résolu de s'en emparer de vive 
force, espérant imposer à son compétiteur [..n 
ce coup d'autorité. 

Les troupes lorraines, (*)aboïnlanmien t pour- 
vues d'artillerie, de munitions de guerre et 
de vivres, arrivèrent devant cette place, com- 
mandée par Henri de Fouqueliiiont et Qérard 
de Passenchault , bailly de Yandémont. ( les 
deux capitaines étaient aussi braves que dé- 
voués y mais malgré la vigoureuse résistance 
qu'ils opposèrent à l'armée de René, ce prince 
les empêcha d'effectuer aucune sortie, les cerna 
de toutes parts , et les réduisit à une telleextrê- 
mité qu'ils ne songèrent plus qu'aux moyens 
de faire avertir le comte de Yaudémont du 
danger imminent que courait sa capitale. 



(*) « Elfes étoient, dit Monstrelct. grandement a rnéei el pour- 
vues de graut nombre de cliarroys. vnres et artillerie, et autres ha- 
« billements de guerre et quaut les assiégés virent les furieulx as- 
« saultz qu'on leur livroit de jour en jour, ils furent esbaln?. et 
« mandèrent à leur seigneur qu'il leur douuàt secours. » 

MonstreletTom.il. IV. (Si. Bourdigué. 1 o ! . ^...Parai'in. Hisl 
de Bourgogne, fol. 79. Efeleicourt p. 168. 



, 45 1) DE REINE D'ANJOU. 129 

Revenu alors en toule hâte a Joinville, An- 
toine trouva la comtesse Marie d'Harcourt son 
épouse qui, malgré l'état de sa santé (elle 
était à la veille de ses couches) , lui amenait 
elle même tous les gens d'armes qu'elle avait 
pu rassembler. 

Aussi intrépide et habile que vertueuse , cette 
princesse, pendant l'absence du comte de Vau- 
démont, était parvenue a intéressera sa cause 
Humbert , maréchal de Savoie, le sire de Vergy , 
et plusieurs autres seigneurs non moins puis- 
sants, en sorte que les renforts qu'elle en avait 
obtenus , s'élevaient à environ cinq mille soldats. 

Sur ces entrefaites, le maréchal de Toulon- 
geon, instruit par un message de la jonction 
des troupes alliées à Joinville, partit lui-même 
de Montsaugeon, où il se trouvait le 20 Juin 
avec son armée, et se rendit à Langres. Péné- 
trant ensuite dans le Barrois, ses aventuriers 
se mirent k livrer aux flammes et à détruire 
tout ce qui se trouvait sur leur passage , afin 
d'obliger René qui avait pris Châtel-su r-Mo- 
selle, à retourner sur ses pas, et à courir ainsi 
les chances d'une bataille rangée. 

II. En continuant le siège de Vaudémont sans 
s'inquiéter du plan de campagne adopté par 
ses ennemis, le duc de Lorraine eut sans doute 
facilement triomphé d'eux. L'armée de Toulon- 

TO.U.E I. Q 



i3o HISTOIRE (,431 

geon se serait nécessairement dispersée d'elle- 
même, faute de vivres, et l'on conjecturait 
avec fondement que les habitants de la place 
ainsi que la garnison, réduits à la dernière 
extrémité, n'attendaient que le départ de 
leurs alliés , pour se soumettre à une capitu- 
lation pure et simple. 

Jujje expérimenté dans l'art de la guerre, 
Barbazan ouvrit l'avis de laisser à la misère 
et à la disette seules, le soin de chasser Tou- 
longeon, et surtout de ne pas abandonner Ja 
favorable position oh René s'était placé. Mais 
touché des maux sans nombre qui pesaient sur 
ses sujets du Barrois, impatient de se voir dé- 
livré des prétentions d'un rival, entraîné peut- 
être par une ardeur naturelle à son àjje, ce 
prince changea précipitamment ses premières 
dispositions ; il laissa le commandement du 
siège de Vaudémont à Hennetnent de Lenon- 
court , ainsi qu'au marquis de liade, et ne son- 
geant plusqu'à se mesurer avec son compétiteur, 
il marchaà sa rencontre (*), tandis que quelque. 



DomCaltnet. Hist. de Lorraine Tom, II. fol. 769, 

(*) Cependant qu'on feroitk Bar un te cefintala notice 

« de René , lequel incontinent monsta a cheval et k pointe Qrespeftms 
« avec son armée en Barroys arriva •. mais e maréchal de Bo 

« gne adverti de sa venue ne osa l'attendre ainsi s'ei 

« grant déshonneur; le duc René icerteaé Je sa retraite, dei 

n ville de Bar vint parquer son siégé., et chevaucheront tint qu'ils 



(t43i) DE RENÉ D'ANJOU. i3i 

jours de retard auraient suffi pour vérifier la 
prédiction de Barbazan. 

Loin de soupçonner la brusque détermina- 
tion du duc de Lorraine, Antoine de Toulon- 
geon, qui ne pouvait plus faire subsister ses 
soldats dans un pays qu'il avait ruiné lui- 
même, venait de donner Tordre de battre en 
retraite, lorsqu'à la grande surprise du maré- 
chal, ses espions accoururent lui annoncer que 
René ? en ersonne, s'avançait vers lui. Une 
nouvelle aussi heureuse, aussi inattendue, lui 
parut tellement invraisemblable, qu'il ne pût 
d'abord y ajouter foi; il fallut qu'un second 
rapport d'un détachement envoyé pour s'en 
assurer, vînt lui en rapporter la confirmation, 
Suivant l'inspiration de son cœur , René 
( ainsi que Toulongeon l'avait d'abord prévu ) 
se transporta rapidement au secours des ha- 
bitants du Barrois qu'il délivra des pillards et 
des incendiaires qui y étaient demeurés. Il se 
dirigea ensuite vers le gros de l'armée bour- 
guignone; Je comte de Vaudémont et le maré- 
chal feignirent alors une terreur soudaine, afin 
de l'attirer plus loin et dans un lieu plus favo- 
rable à leurs desseins; ils parurent donc s'en- 

« furent au devant des Bourguignons, Savoysiens et Pirards. . . Et 
m quant les dits Bourguignons sçeurent que le dit duc de Bar 
a estoit près cTeuIx, ils s'en cuidèrent retourner. » 
Bourdigné. Annales d'Anjou. Chartier. P. 82. 

9* 



i32 HISTOIRE 145 1 

fuir en désordre, mais se ralliant bientôt, ils 
s'arrêtèrent, le 29 Juin au soir, entre Sandrt- 
courl et Bulgnéville (*), où ils firent camper 
leurs soldats auprès d'un bois nommé le grand 
Fay, et derrière un ruisseau de peu de pro- 
fondeur, qui traverse la plaine de ce dernier 
bourg. 

Le lendemain ( dimanche 3o Juin ) Tou- 
lon gë on et Antoine de Lorraine , avertis par 
leurs espions de la prochaine arrivée de René, 
se retranchèrent dans une position formidable 
et se rangèrent en bataille. 

Leur armée s'élevait, dit-on, à quatre mille 
chevaux et à deux mille nu même sept mille 
fanlassins picards et anglais, car les auteurs 
contemporains n'ont pas été d'accord sur le 
nombre des troupes réunies sous les banniè- 
res de Vaudéinont et de Bourgogne (**). 

Bicais.Hist. manuscrite de René.Uom Calmet fol. 769. Dom Plan- 
cher IV. P. 149. I 

(*) " v, i y a voit une rivière entreulx, et le lendemain au point du 
« jour se mirent en chemin pour retourner en Bourgogne, et lors le 
« duc de Bar et ses batailles chevauchèrent après eulx , et leur lurent 
« auclevant à une petite forteresse nommée belle yueville. » 

« Les dits Bourguignons et Je comte de Vaudémont, quand ils 
« veirent l'ordonnance du duc de Bar, si tournèrent le dos à une pe- 
« tite rivière et de Tausire costé se fortifièrent de leur charrov et 
« d'un grant fossé. » 

(**) Les historiens ont également varié sur le nombre des combif- 
tants que René conduisait. I.e do'veu de St Thiébaull le \ «• 
douze mille cavaliers et dix mille fantassins armés d'arcs d'aiiulet- 
tes et de gros maillets de plonib v 



(t45i) DE RENÉ D'ANJOU. i33 

Quoiqu'il en soit , il est hors de doute que 
Parmëe lorraine excédait infiniment celle que 
commandait le comte Antoine, puisque le di- 
manche au soir, le conseil de ce prince ayant 
mûrement réfléchi sur le danger qu'il courait, 
décida qu'il fallait absolument se replier sur 
la Bourgogne, afin d'y recruter de nouvelles 
troupes. Antoine fut à peu près le seul à com- 
battre cette résolution. N'ayant pu ramener 
personne à son avis, le lundi, (jour de St. Mar- 
tial ) , il employa encore son éloquence et ses 
prières, le mardi de grand matin, pour faire 
changer la détermination de ses alliés, quoi- 
que convaincu lui-même de la nécessité qui 
la leur prescrivait- mais le conseil persista 
unanimement dans l'opinion d'éviter un com- 
bat que la supériorité numérique des ennemis 
rendait trop hasardeux. 

Au moment où ces discussions s'animaient 
de plus en plus, un bruit confus de voix et 
de fanfares guerrières se fait entendre et par- 
vient jusqu'au centre du camp des Bourgui- 

L 'histoire manuscrite de René citée par Dom Calmet, l'évalue a 
quinze mille en tout. D'autres, le portent contre toute vraisem- 
blance à vingt-quatre mille, même à trente huit mille hommes. 
Ghartier, à huit mille c!ievaux et quatre mille fantassins. Enfin la 
chronique de Lorraine qui paraît s'approcher lé plus des probabili- 
tés, à neuf mille hommes. Des écrivains ont assuré que l'armée 
lorraine était inférieure à celle d'Antoine. MonsUvlet ne lui douae 
que six mille combattants. 



1 34 HISTOIRE [i43i 

prions... Bientôt, dans le lointain, brillent a 
l'horizon de la plaine, des armures d'acier 
sur lesquelles le soleil levant darde ses rayons 
et laisse distinguer les étendards de Lorraine 
Ils annoncent l'avant-garde de René. Dès- 
lors, il n'est plus question de retraite, le con- 
seil est dissous, chacun se prépare à une 
prompte défense, et le comte de Vaudémonl 
s'applaudit de ce hasard, tandis que le maré- 
chal de Toulongeon redoutant peut-être l'issue 
de la journée, ne songe plus qu'à profiter de 
sa position militaire devenue la seule chance 
du salut de l'armée (*). 

Alors un nouveau débat s'engagea encore 
entre les chefs, sur la manière de commencer 
l'action. Les gentilshommes Bourguignons , 
ainsi que les lorrains, désiraient combattre à 
cheval; les picards et les anglais préféraient 



Mo^slrclet.fol. 33. Chartier. Hist. de Charles VIL P.83. Dom La. 
met Jol. 76 >. 
{*) Quant le comte et Bourguignons virent, 
Son ost, se> gens et son arroye , 
Derrière uue eaue, se encloirent, 
De grands fossés et de charroys. 
Là tous ensemble se rangèrent 
Afin des aultres recueillir, 
Et si bien se fortifièrent 
Qu'on ne les povoit assaillir. 
Martial d* Auvergne. Vigile de Charles Vil. P« 1 






d45i) DE RENÉ D'ANJOU. i35 

que ce lût à pied (*),et chacun s'obstina dans 
sa résolution. Mais le dernier parti ayant 
été soutenu chaudement par un des chels 
Anglais, nommé Jean Laden i ^ capitaine de 
Monligny-le-Roi, le maréchal de Toulon geon 
se décida à le suivre. On fit aussitôt mettre 
pied à terre à tous les hommes d'armes qui 
avaient chacun un certain nombre de cava- 
liers à leur suite. Les chevaux et les bagages 
furent placés devant l'arrière-garde comme 
un retranchement- on entoura le camp en en- 
tier d'un large fossé, garni d'une énorme 
quantité de charriots et de pieux assez élevés 
pour que les archers (**) et les arbalétriers 
pussent s'y tenir cachés- ceux-ci, soutenus par 
plusieurs pièces de canon et par de longues 
coulevrines placées sur les ailes ainsi qu'au 
centre, formèrent le front de l'armée. (L'his- 
toire remarque que cette disposition fut à 



(*) « Ce fut, dit Monstrelet , un gentil Angloy s, nommé messire. 
« Jehan Ladan, capitaine de Montigny-le-Roi , qui opina pour ce 
« dernier parti. » 

(**) Les archers étaient couverts d'un tricot d'acier. Ils portaient 
une hache à la main, une dague a la ceinture et leurs ha mois 
étaient garnis d'argent ou de cuivre doré* 

Les Arbalétriers avaient la trousse ou carquois de dix huit flè- 
ches. Leur casque était sans visière. Ils portaient un tissu de mailles 
de fer et par-dessus, un hocqueton de gros drap où étaient brodées 
les armoiries de leurs villes ou de leurs seigneurs. 

Gaule poétique. Tom. IV. P. 322. 325. Voyez aussi cet ouvrage 
pour ce qui concerne le système militaire de la féodalité. 



i36 HISTOIRE Vf,. 

peu -près semblable à celle qu'adoptèrcni les 
Anglais à la journée de Poitiers, où les ar- 
chers se retranchèrent aussi derrière des 
pieux. On a observé également que c'était 
la première fois que l'artillerie avait été em- 
ployée de cette manière, (du moins les an- 
nales contemporaines n'en ont pas cité d'au- 
tre exemple.) 

Le lieu du combat n'est point désigné 
clairement dans les anciennes chroniques. 
Monstrelet et Paradin le nomment Villtman 
ou Villemant; d'autres, la plaine de Madon, 
et les modernes l'ont appelé plus justement 
Bulgnéville. En effet, l'aspect topographique 
du pays démontre d'une manière incontes- 
table que cette mémorable bataille n'a pu 
s'être livrée que dans la vaste plaine circu- 
laire située entre Saulocure, Sandrecourt, 
La Molle, Beaufreniont et Bulgnéville (i), 
donl la haute tour, dite du Géant, subsiste 
encore presque en entier, ainsi que d'autres 
fortifications plus ou moins ruinées de ces 
divers bourgs. 

III. L'armée bourguignons avait à peine eu 
le loisir d'achever les dispositions dunt nous 
Venons de parler, qu'un des hérauts d'araef 
de René , accompagné d'un trompette , se 
présenta aux chefs en annonçant que le duc 



(,45i) DE RENÉ D'ANJOU. 187 

de Lorraine, qui n'était pas éloigné d'un 
quart de lieue du camp , leur demandait le 
combat. La réponse des Bourguignons tardant 
trop au gré de l'impatience du jeune prince, 
il fit de nouveau provoquer le comte de Vau- 
démont à une affaire décisive. Le héraut lor- 
rain lui rapporta pour toute réponse « qu'il 
« était prêt, et n ) attendait que sa venue. » 
René s 'étant alors avancé jusqu'à la portée 
d'un trait d'arbalète , examina attentivement 
avec Barbazan, Tordre et la position retran- 
chéeMe ses ennemis, que le sage capitaine 
jugea inexpugnable; aussi chercha-t-i 1 à mo- 
dérer l'impétuosité de René qui , irrité de 
l'immobilité des troupes bourguignones, vou- 
lait à toute force donner le signal de l'atta- 
que , et fondre sur elles. Le vieux guerrier 
l'exhorta surtout à ne pas combattre à jour 
nommé: « T enez-les bloqués ^ lui dit-il, et 
« temporisez ; la faim vous en défera sans 
« coup férir (*)• » mais tous les motifs et les 
avis que la sage circonspection de Barbazan 
put lui suggérer, échouèrent par un concours 
de circonstances singulières, et, nous devons 



Martial d'Auvergne. — Paradin. — Monstrelet T. II. Fol. 62. 
(*) Et lui mettait au-devant, dit Paradin, plusieurs besoignes et 
r.ai.sons, lesquelles, il ne voulut point croire. 



i38 HISTOIRE ,43ij 

ajouter aussi par l'impétueuse ardeur du duc 
de Lorraine (*). 

Ce jeune prince, à l'exemple de La Hire, 
Poton, Dunois, et tant d'autres guerriers ses 
frères d'armes, avait puisé dans ses premières 
campagnes contre les Anglais cet esprit che- 
valeresque et aventureux qui ne permet ni 
d'envisager les dangers, ni d'écouter la voix 
de l'expérience. C'était d'ailleurs la première 
affaire importante où René se trouvai! à la 
tête de plusiurs princes alliés, et « il esluif 
« si très avide de combattre, dit la chroni- 
« que, qu'il luy sembloist qu'il n'y serait ja- 
« mais à temps. » 

Doit-on être surpris de cetle généreuse 
impatience, dans un prince français, à peine 
âgé de vingt-deux ans ; et quel guerrier Iran- 
rais ne serait pas tenté de l'absoudre du re- 
proche d'imprudence el de témérité? 

On rapporte, cependant, que ne voulant j-a> 
faire prévaloir sa seule opinion, il rassembla 



(*) Néant moins le duc ordonna 
Que Ton iroit frapper dessus \ 
Mais Barbazan conseil donna 
Q^on ne leur devoit courir sus. 
Vigiles de Charles VI i. P. i3i. 

Baleicourt. P. 169. — Le Père Benoit de ïoul. P, £99 . — Chevrif 1 
Hist. litt. et Pot. de Lorraine. P. 2;5. — Doni Calmet.Toin. II Fol 
771. 



i45.) DE RENÉ D'ANJOU. i3(j 

son conseil pour discuter le parti le plus 
avantageux à prendre; on ajoute même que 
réfléchissant sur les avis de Barbazan, ainsi 
que sur la disposition des forces des ennemis, 
il sentit lui-même le danger auquel il s'expo- 
serait en précipitant l'attaque, et qu'il voulut 
remettre le combat- ( On a aussi écrit qu'il 
se borna seulement à faire reconnaître de 
nouveau le camp du comte de Vaudémont par 
le Damoisel de Commercy et le bâtard de 
Thuillières, qui lui en firent un rapport in- 
fidèle.) 

L'évêque Bayer de Boppart, le comte de 
Salm, et en général tous les seigneurs âgés, 
qui faisaient partie du conseil réuni par René, 
se rangèrent unanimement à l'opinion de Bar- 
bazan; mais les jeunes chevaliers de l'armée, 
entr'autres, Jehan d'Haussonville, le bâtard 
de Thuillières, et surtout le Damoisel de Com- 
mercy, s'écrièrent: « qu'il fallait sur-le-champ 
« s'élancer sur les Bourguignons (*). — Oui, 
« continua Robert de Sarrebruche, d'un ton 
« méprisant , précipitons-nous vers eux sans 
« balancer; ils ne soutiendront pas notre pre- 
« mier choc... il n'y en a pas pour nos pages. » 



(*) « Ces gens nous fault assaillir ( ajouta Robert de Sarrebruche, 
<■<■ dit la chronique). De la première venue nous les emporterons. . - 
« Ils ne sout mie pour nos pages. . . Je vous promettons. » 



i4o HISTOIRE 

Barbazan élevant alors la voix au milieu de 
cette jeunesse inconsidérée, voulut démontrer 
les motifs et l'avantage d'une sage temporisa- 
tion... Interrompu tout-à-coup par une sourde 
rumeur, le vieux guerrier entend exprimer 
des doutes sur sa bravoure; on ose le taxer de 
manquer de courage!.... (*)</ui apaourse re- 
tire, répéta-t-on plus d'une fois devant lui.... 

( On attribue ces propos outrageants à Jean 
d'Haussonville , qui avait déjà reproché au 
brave capitaine de ne donner que des couse U 
timides ). 

L'indignation colore aussitôt le front véné- 
rable du guerrier blanchi dans les périls... Il 
jette autour de lui des regards étincelants, puis 
d'une voix émue mais ferme: «Je redouterais le 
«danger! s'écria-t-il... moi qui ai vécu soixante 
« et quinze ans sans reproche? (**) on me verra 



*) Si dict raison et manière 
Du dangierqui estoit celle pari; 
Mais je ne scay, qui par derrière, 
Luy dict: qu'il estoit trop couart. 



. . . Lors dist que le premier iroist, 

E t que personne de Ja feste , 

Son cheval bouter n'oserait 

Où mestroist la queue de sa beste. — ■ 
(**)« A Dieu ne plaise qu'il soit dit aujourd'hui que par ma couar- 
<( dise la maison de Lorraine à esté mise à déshonneur'. . . Je veuil 
« et entends combattre vaillamment. . Cela dict ,il preud vistement 
« r&rmet en teste, etc. etc. — Jeaa d'Ane* Manuscrit. P. 268- 



C 1 43 1 ) DE RENÉ D'ANJOU. i4* 

« bientôt dans la mêlée... Ceux qui ne craignent 
« pas de m'insulter , oseront-ils m'y suivre? 
« c'est dans l'action, contiuua-t-il, qu'on dis- 
« tinguera ceux qui ont du cœur, de ceux qui 
« n'ont qu'un vain babil ». — 

« — Marchons donc vers les ennemis et sans 
« plus attendre, répéta le Damoisel de Corn- 
et mercy. (*) » — 

« — Sans doute, reprit Barbazan , et afin 
« qu'on ne m'impute plus aucune lenteur, je 
« demande à commencer moi-même l'attaque. — 
« Jeune homme, a jouia-t-il,en s'adressant au 
« Damoisel, le cœur se voit au combat, et la 
« prudence au conseil. » — 

— Le premier alors à demander qu'on en vint 
aux mains, Barbazan qui n'ignorait pas que 
beaucoup de ses soldats enrôlés à la hâte ne 
s'étaient jamais trouvés au feu, proposa à René 
quelques changements dans l'ordre des trou- 
pes. 

Ce prince, le comte de Salm, l'évêque de 
Metz formèrent le centre ; Barbazan se plara 



Dom Plancher. Tom. IV. P. i5o. Bexon. Hist. de Lorraine. P 

(*)« Faut les assaillir; répéta le Damoisel de Comtnercy, et sans, 
«. plus attendre. — Bien, puisque vous le voulez, reprit Barbazan, 
u dit la chronique , et afin que, ne dites que a moi ne tienne , moy et 
« mes gens voulons estreles premiers a donner dedans. — Sonnez 
«trompettes subitement. . . Au nom de Dieu, demeurons dedans. » 



i4* HISTOIRE r45i 

à la tête de l'aile droite, et la gauche fui con- 
fiée à Robert de Sarrebruche. 

Bientôt l'armée entière se déploya dans la 
vaste prairie, et au-dessus d'une foré! de lances 
flottèrent les bannières de Lorraine, de Bar, 
de Metz et de Salm, portées par Varry de Lon- 
nois, Henri Bayer, Conrard Bayer et le Sire 
de Sarley. Une foule d'autres étendards ag t 
dans les airs annonçaient la multitude d' il- 
lustres chevaliers et barons dévoués à la cause 
de René. 

En face du camp lorrain, les mêmes dispo- 
sitions avaient également lieu, sous la direc- 
tion du comte de Vaudémont, et les deux ar- 
mées se trouvant en présence, n'attendaieni 
plus que le signal, lorsqu'un héraut bourgui- 
gnon vint avertir René que son compétiteur lui 
demandait uneconférence seul à seul entre Pes- 
pace qui séparait leurs troupes. 

Revêtus tous les deux d'une riche armure 
les princes, la tête nue, s'avancèrent l'un Fers 
l'autre à la vue de leurs armées immobil- 
silencieuses. Les yeux attachés sur leurs mou- 
vements, chaque capitaine, chaque so1dat,sem- 
blait vouloir interpréter des parole qui n'arri- 
vaient pas jusqu'à lui. Tous attendaient avec 
une vive anxiété le résultat de cet entrelien 



d43i) DE RENÉ D'ANJOU. i43 

quand soudain on vit les deux chefs se quitter 
brusquement , reparaître à la tête de leurs 
camps plus ennemis que jamais, et décidés à 
en venir sur le champ aux mains. 

( On a toujours ignoré quelles propositions 
le comte Antoine voulait faire accepter à Mené, 
et que ce dernier refusa. ) {*) 

Il était neuf heures du matin et la chaleur 
était déjà si excessive ce jour là (2 Juillet), que 
le comte de Vau démont fit apporter plusieurs 
tonneaux de vin dont il distribua d'amples ra- 
tions à chaque cavalier ou fantassin, en ordon- 
nant aussi qu'on leur donnât à manger. Puis, 
monté sur un cheval de petite taille, il parcou- 
rut tous les rangs les uns après les autres, in- 
vitant chacun , dit Monstrelet, « à faire paix 
« et union ceux qui avoient hayne ensemble. » 
Haranguant plus particulièrement les Bourgui- 
gnons, il leur exprima en peu de mots com- 
« bien il s'estimait heureux d'avoir de pareils 



(*) « Antoine, dit Jean d'Aucy, voulait gagner de bonne grâce 
« René avec dou.ces paroles, ou promesses mesme, ou bien lui 
" faire paour de ses menaces. — On assure qu'il lui offrit de s'ar- 
« ranger avec lui moyennant certaines conditions. Que René s'y re- 
« lusant, Antoine avec hauiteneté se prinstà le menacer, luy disant 
« qu'il de'feroit son armée, le prendroit, puisleferoit mourir, sachant 
« que par sa mort il entreroit en la grâce de tous ceulx de la ligue d u 
« duc de Bourgogne. 

(Kpitome des ducs de Bourgogne par Jean d'Aucy, confesseur de s 
ducs, François I. et Charles III.) 



i/|4 HISTOIRE ,45 1 

« défenseurs, et leur rappela qu'ils l'avaient 
« toujours vu au milieu d'eux combattre pour 
« la cause de leurs ducs Jean-Sans-Peur et IMii- 
« lippe. » Adressant ensuite des paroles flat- 
teuses aux Anglais, ainsi qu'aux Picards, il 
termina son allocution, en jurant « par la 
« damnation de son cime que sa querelle 
« estoit bonne et juste. (*). » 

Pendant qu'Antoine animait ainsi ses troupes . 
René se transportait aussi sur les divers point- 
de l'armée lorraine d'un air martial et résolu, 
exhortant tous ses capitaines à se montrer glo- 
rieusement dans cette journée. Il lit plus en- 
core, et hâtant pour quelques unsd'entr'euxle 
prix d'une victoire qu'il regardait comme as- 
surée, il les reçut chevalier- de sa main, leur 
donnant l'accolade en rase campagne, aux ac- 
clamations des soldats, juges toujours sincères 
du mérite récompensé. 

Le comte de A audémont ne voulant pas se 
montrer moins généreux , ni laisser à René 
seul une prérogative de souverain, lit sortir des 



Monstrelet II. loi. G3. le père Anselme, Tom. II Fol. iido, 
(*) » 1 uis, dit Monstrelet, ilremoastra amvablement a tous ceul\- 
« la estant, qu'ils combattissent de bon courage» . . que le duc d 
« bàr le vouloit sans cause déshériter. . et si avoist toujours 
« le party des ducs Jehan et Philippe. Pour laquelle rencooRtrance 
« généralement, tous les bourguignons eurent a cœur très grau 1 
<( liesse — » 



(i43i) DE RENÉ D'ANJOU. i/|5 

rangs Mathieu d'Humières, Gérard de Maugny 
son fils, et un petit nombre d'autres guerriers 
auxquels il contera Tordre de la Chevalerie. 
Deux heures s'étaient ainsi rapidement écou- 
lées, au milieu dé ces préliminaires, et dans 
une mutuelle observation ; cependant, malgré 
l'ardeur des deux chefs, épiant l'un et l'au're 
le moment décisif, le combat aurait pu être 
différé encore, lorsqu'un incident qui semble 
romanesque et qui paraît néanmoins avoir in- 
flué surles résultats de cette journée ( au rap- 
port de Monstrelet qui l'a entendu assurer à 
cette époque ), vint précipiter l'attaque et en 
donner le signal (*). 



Bourdigné. Monslrelet II, Fol. 63. 64- — Chamrîer. Chroniques 
cPAustrasie, Fol. 71. Voyageur français. Tom. 38. P. 192. Hist. de 
France. To m. XV. P. 87. 

(*) « Ainsi comme les batailles estoientPune devant l'autre , prestes 
« a choquer, arrive ung merveilleux, présage, car ung très bel et grand 
« cerf s'apparust entre les deux armées, et là, se arresta tout coy 
(( quelque temps sans partir; puis frappant troys fois du pied de 
« devant en terre, advisant tout au long ceste batail'e, vers Post des 
<c Barroys prinst la fuite, et oultre la passa, et retourna férir a tra- 
«. vers eulx. . . H fus.t alors après le dict cerf, faicte une très grand 
« huées. . Alors le comte de Vaudémont voyant les Lorrains et Bar- 
« roysen désordre, escryeàses gens: Or frappons sur eulx, mesamys, 
« car ils sont nostres et suivons nostre fortune, car Dieu par cesie 
« beste,rous monstre signe que la fuite tournera aujourd'hui du cos- 
« té de nos ennemis. » 

Sans vouloir admettre en totalité le merveilleux de ce récit, il ne 
doit point sembler extraordinaire que si l'apparition du cerf a eu 
lieu, le comte de Vaudémont ait profité habilement du dé-ordre mo- 
mentané qu'elle dût occasioner pour donner le premier élan a ses 

TOME I. Io 



i4^ HISTOIRE ' 1 45 1 

Nous voulons parler de l'apparition subite 
d'un cerf qui , échappé des forêts voisines , 
s'arrêta brusquement entre les deux armées, 
demeura quelque temps immobile à regarder 
les combattants, puis reprit sa course à travers 
les escadrons de René. Au mouvement général 
occasioné par celte singulière rencontre, le 
comte de Vaudémont se retournant vers ses 
capitaines: « Mes amis, leur cria-t-il, voi< i le 
« moment d'assaillir ceux à qui le ciel annonce 
« la fuite... ils sont à nous, ne perdons point 
« de temps. » 

René qui put entendre ces paroles ( n'étant 
plus alors qu'à une portée de trait ), ne voulut 
pas sans doute céder à Antoine l'honneur de 
commencer l'attaque, et encourageant.de nou- 
veau ses chefs, il commande lui-même le feu: 

A sa voix, le camp entier des Lorrains s'é- 
branle, s'approche en silence, et l'aile droite 
soutenue parles archers, fond si Impétueuse- 
ment sur l'ayant-garde bourguigaone, que du 
premier choc, un des énormes chariots, et plu- 
sieurs pieux de la palissade sont brisés laissant 
. eutreux une large brèche. 

À cette manœuvre ordonnée par Barbazan, 
les Bourguignons n'opposent encore qu'une 

troupes. Ou s'accorde cependant à penser qu'il demeura immo- 
bile a la tête de son armée, jusqu'au moment où KeiM 
Lui-mê ne le l'eu. 



ft Ç5v) DE RENÉ D'ANJOU. \[^ 

contenance impassible ; ils essuient ce rude as- 
saut, sans reculer ni avancer d'un -enl pas, 
et les Lorrains poussent déjà des cris d'allé- 
gresse, attribuant à la terreur l'imperturbable 
immobilité de leurs ennemis. 

Tout-à-coup les rangs qui masquaient les 
formidables batteries sentr'ouvrent avec fra- 
cas... Les chariots et les palissades s'enlèvent, 
l'airain gronde, éclate, et la plus épouvanta- 
ble décharge d'artillerie foudroyant les gens- 
d'armes ainsi que les fantassins de René, jette 
le désordre dans leurs rangs , et jonche la 
plaine de cadavres. Au milieu des nuages de 
fumée qui obscurcissent l'air, le bruit d'une 
détonation continuelle, ie choc des guerriers, 
ie sifflement d'une grêle de traits se font en- 
tendre dans le camp lorrain et se mêlent aux 
cris lamentables des mourants. A couvert der- 
rière les batteries, les archers picards dirigent 
leurs flèches avec tant d'adresse, que chacune 
porte un coup mortel et augmente l'épou- 
vante des soldats (*). 

Chronique de Berry, héraut d'armes. P. 383. Paradin. Annales 
de Bourgogne. Charrier. Hist. de Charles VII. Fol 82. Jean le 
Paige. Manuscrit. — Chronique de Savoye, Fol. 283. Dom Calmer. 
Tom. II. Fol. nni. r.rj'^. Courte épée. Hist. des ducs de Bourgogne. 
Tom. I. P. 211. 

(*) « lis tirèrent sur les Lorrains, Barroys , Allemands, d'une 
« mer\eiJeuse force, dit Paradin, dont iceulx commencèrent à très 
« fort se effroyer, caries flèches tombant ctftnme pluye, leJardoyent 

IO* 



* 



i4^ HISTOIRE i43i) 

Animés par ce premier avantage, les Bour- 
guignons et les Anglais se précipitent sur les 
deux ailes de l'armée lorraine, les entourent, 
les pressent, et les forcent à se présenter au 
feu roulant de l'artillerie. La mêlée devient 
alors générale, on s'attaque corps à corps, les 
boucliers s'entre-clioquent, tous les glaives 
sont levés , le sang ruisselé , et mille cris 
d'effroi ou de douleur viennent se confondre 
avec la voix tonnante des chefs et lc^ accla- 
mations perçantes de ceux qui invoquent la 
victoire. 

Au milieu de ce désordre qui l'augmente i 
chaque instant*, l'intrépide Harbazan se por- 
tant sur tous les points, se signalant par des 
prodiges de valeur, était toujours le premier 
au fort du danger, et soutenait presque à lui 
seul les attaques du comte de Vaudéumnt. . ;. . 
Serré de près, en butte à tous les traits, le vieux 
guerrier animait vivement ses soldat-. Uépéeà 
la main, et perçant les rangs «les ennemis il 
allait se réunir a René, lorsque sa bannière 
d'aztrr, où brillait une croix d'or 9 fut ruée pai 
terre, dit la chronique. 



« si menu, qu'elles leur ostoknt le moyeu de manier les amies 1 e- 

ce uns se plongèrent alors contre terre et les ?.ulies [ rirent la fuite. • 

(*) « Quand les Allemands la virent tomber, ils se mirent en do- 

« fensea grant désarroy. Si tiroient les arcliiers picards par mon't 



(i43i) DE RENÉ D'ANJOU. i49 

Cet étendard, qui servait encore de point de 
ralliement au sein de la confusion universelle, 
ayant disparu, les jeunes soldats barrois, dont 
la plus grande partie combattait pour la pre- 
mière Ibis , se débandèrent épouvantés , 
cherchant leur salut dans une prompte fuite. 
Leur mouvement inopiné se communiqua alors 
aux bataillons lorrains... Ils plient, se rompent 
Le reste de l'armée , frappé d'effroi, se met 
en déroute, trois généraux ( Robert de Beau- 
dricourt , Eustache de Conflans , et le même 
Jean d'Haussonville , si empressé de livrer le 
combat), fuient à la tête de leurs hommes d'ar- 
mes ; les Bourguignons les poursuivent l'épée 
dans les reins, et la journée de Bulgnéville 
est perdue par les mêmes fautes qui avaient 
amené quinze ans auparavant les désastres 
d'Azincourt. .. 

Pendant cette rapide défaite, Barbazan se 
consumait en \ains efforts *pour arrêter ses 
troupes éparses dans la plaine... Incapable de 
céder au torrent, soupirant après un glorieux 
trépas, il continuait à se défendre avec vigueur, 
quand atteint d'un trait meurtrier, le héros 
français tombe auprès du ruisseau que les 

« fière et très merveilleuse vigueur, et les Bourguigons fesoient es- 
<.( traige boucherie des Barroys peu exercités aux armes, et en fai-* 
« soieut une iucroyable exécution. » 



ï5o HISTOIRE 

Bourguignons venaient de franchir, el (jiii , 
comblé de cadavres, prit sans doute alors le 
nom de porte-sang t sous lequel les historiens 
l'ont souvent désigné. 

Étendu sur la prairie au milieu des débris 
informes d'armures de toute espèce, le Vieux 
guerrier en proie aux douleur* lei plu* ai;;ue-. 
\ il passer auprès de lui le Damoisel de Com- 
me rc y $ pressant les flancs de son cheval, il 
abandonnait Pavant-garde, suivi du peu de 
cavaliers demeurés jusque-là fidèles à la \oi\ 
de L'honneur et du devoir. . . 

Relevant avec peine sa tête défaillante . 
Barbazan appelle Robert de Sarrebruche, lui 
montre sa ble sure el lui reproche de fuir Pan 
des premiers après l'imprudent conseil qu 'il 
a donné. — Tort ar , répond froidemenl le 
Damoisel, ains Vavois promis à ma mie (*). — 

{*} " En la bataille delmlgnéville, 'dit un ancien manuscrit | 
« par M 1 . Mo ri ci' Klvange), se trouvait alarmée de René le Damoisel 
« de Commercy, qui ne fist son devoir, mais bien fuistà val et 
« sans coup férir, dont fust a luy grand reproche par mous barba- 
« zau, qu'estoit bien valeureux. . . Mais devoit le Damoisel a!l< r toi 
« la vesprée veoir certaine Agathe quYstoil sienne, et que a oit . ce 
« disoil-on, promesse de luy, que quitteroil la mêlée, et que vien- 
« droit a tout meshui en sa chambrette, que valait mieuls, ce disoii- 
« elle, que champs oit îCcstoientque horions cl picques. . . Et de ce . 
« n'en doublez, fust grande risée. . . Dont advint . que disoit-on de 
« certains qu'estoient peu soucieux de mêlée. — Qu\stoient ormves 
a comme le Damoisel de Commet cv. — » 

(Les armes de Sarrebruche élaient d'azur au lion d'argent, cou- 
roui^é d'or, a Técusemé de croix recroiseUee* au [ Led fiché d"or 



(i43t) DE RENÉ D'ANJOU. i5i 

Puis s'élancant loin du théâtre du carnage, il 
abandonne le guerrier expirant, et ne reparaît 
plus (*). 

René, qui pendant toute la mêlée s'était si- 
gnalé par la plus rare bravoure, apprit à la 
lois , que son vieux compagnon d'armes tou- 
chait peut-être à son heure dernière, et que 
Robert de Sarrebruche s'éloignait avec le reste 
des soldats lorrains. — Désespéré dumalhour 
de Barbazan, plus encore que de sa propre in- 
fortune, ce prince n'ayant autour de lui que 
quelques seigneurs dévoués, ne calcule plus le 
péril qui le menace ; n'envisageant que la honte 
dont la fuite couvrirait son front (**) , il se 
précipite sur les Bourguignons, et paraît résolu 
à ne pas survivre à sa défaite. Mais affaibli par 
trois blessures (***), voyant les derniers de ses 
guerriers tués ou prisonniers, il tend son épée 
à Martin Foucars ( F armait ou F annale ) , 
dit le grand Martin , écuyer brabançon du 



(*) « Et s'enfouist, dit la chronique, a coups doperons qui bien 
« le défendirent, et les ennemis voyant la fuite, se férirent en eulx 
« de grant couraige et par espécial !es archers picards. — » 

(**) « Ne supportant pasle déshonneur de la fuite ni le reproche 
« de manquer de coeur, il se défendit eu désespéré, faisant debvoir d e 
« se battre comme un.* soldat qui n'estime sa vie ung bouton. — » 
( Chronique de Lorraine). 

(***) A la lèvre, sous le nez et au bras. 

( Jean d'Aucv ) 



132 HISTOIRE 

gïre d'Enghien (*), se rend à lui (**), et le 
comte de Vaudémont est entièrement maître 
du champ de bataille (***) 

Telle fut pour René l'issue déplorable de 
cette aspre, forte, et douloureuse bataille de 
Buignéville, qui ne dura guères qu'une heure 
(quelques auteurs disent seulement un quart 
d'heure ), et qui fut aussi appelée bataille de 
Bar, ou journée des Barons, à cause de la 
quantité de seigneurs qui s'y trouvèrent. 

Nous avons vu que quelques-uns d'enti Vn\ 
s'y couvrirent de honte (****); mais si la sévère 
histoire ne peut taire leur coupable conduite, 
elle doit à juste titre citer bien plus d'honora- 



Ilist. des ducs de Bourgogne. Tom. I. P. 276. Mon-trelet. Fol- 64. 
Richard dé Wassebourg. I ol. i;8. 

(*) Pierre de Luxembourg, sire d'Engtiien, comte de St. Tanl ri 
de Conversan, était prévôt de INoire-Tame du Hàl l! mourut de Ja 
pe^lca Harobures. le 3 Août i£$2. 

(**) La chronique de Lorraine rapporte ainsi ses parolt 
(f de mov mercv: Saulvez-moi la vie. et a rançon mettez-moi pour 
« payer une bonne somme. » 

(***) 1 Les Bourguignons s'étant mis h la poursuite de iuvanL 
« si les réparèrent , occirent . et navrèrent terriblement et en I 
« conclusion, les tournèrent à grant déconfiture et les mirent a grant 
« meschief. 

(*»■**) ( ( Le Damoisel de C.ommcrcy en avait entraîné, dit-on ;.|u, 
<< de deux mille dans sa fuite . et par euh furent les autres qui la de- 
« meurèreut, plus aisiés à déconiire . dont ce fut grant dommaige 
« René y fust desconfit, parecque la plupart de ses gens le lai — 
« iasenement et s'enfouirent. . . Et dans ce jour furent plusieni 
« dés destre prins, par lors bons cheyaulx et lors bons esperon? 

( Chronique de Lorraine. Monstretet .etc ). 



(,45i> DE RENÉ D'ANJOU. i53 

blés victimes de leur dévouement et de leur 
courage. 

Jean de Ville (père de l'évêque de Toul ), 
Jean son fils , les comtes de Salm (*) et de 
Saverden, Henri de Château-Brehain et ses 
deux filsjGuyot deGondrecourt, OdedeGei- 
miny, les sires de Fenestrange, de Sancy et 
de BeauCremont, Vauchelin de Latour, Conrad 
Bayer, ( neveu de l'évêque de Metz ) et une 
Joule d'autres personnages d'un haut rang, pé- 
ril en t dans cette sanglante affaire, avec douze 
cents guerriers (** ). On a même porté ce 
nombre jusqu'à trois mille. 

Erard du Châtelet fut pris à côté de René, 
par les sires de Vergy, et l'on compte parmi 
les autres prisonniers marquants, l'évêque de 



(*) Jean VI de Salm, fils de Jean V et de Jeanne de Joinvii'e, 
av a it épousé Jeanne de Lorraine , fille de Ferry I er , frère de Char- 
les II. 

(**) A cesle journée si moururent, 

Douze cents Lorrains et Barroys, 

Avec plusieurs gens qui y furent, 

Tant d'Allemands que de Françoys-, 

Le dict Barbazan, noble et saige , 

Vaillant chevalier sans reproche, 

De la mort duquel fust dommaige,. . . 



Et les Lorrains sur la prairie 
Furent semés morts estendus. . . 
Et René prins. . . sans flatterie 
Bons droits sont a tori suspendus. 
(Chronique manuscrite de Labarre ) 



i54 HISTOIRE ,;', 

Melz, Didier Bayer, Evrard de Salsbery , le 
vicomte d'Arcy, \ilein de La tour, le comte 
de Bodemack, son iils, et le brave A italis iran- 
comtois. 

Les Bourguignons n'eurent à regretter que 
quatre cents des leurs, dont Gérard de Mau- 
gny fût le plus illustre. On a prétendu même 
que ce nombre n'excéda pas quarante hommes, 
ce qui paraît peu probable (2). 

On s'était attaqué sur divers points de la 
vaste prairie, devenue le théâtre de tant de 
hauts faits d'armes ignorés, et l'on pense qu'on 
en vint aux mains jusques dans le village de 
Bulgnéville. — Il est du moins vraisemblable 
que Barbazan mourant, fut apporté dans la rue 
qui a conservé son nom. 

D'autres traditions transmettent aussi d'âge 
en âge le souvenir de l'illustre guerrier. 

Sur l'étroit ruisseau qui sépare la plaine de 
Bulgnéville en deux parties inégales, et qui 
est, dit-on, ordinairement couvert de ramiers 
paisibles, s'élève un pont agreste auprès du- 
quel on croit que tomba le chevalier sans re- 
proche... Un ruisseau sans nom, deux ormes 
creusés par le temps, indiquent donc seuls 
maintenant cette place sacrée!... mais elle fut 
arrosée du sang d'un brave j peut-on s'étonner 
si la gloire veille encore sur elle, et si nous 



(i45i) DE RENÉ D'ANJOU. i55 

avons entendu après des siècles , de simples 
villageois prononcer avec vénération le nom 
d'un héros français sur le lieu même où il re- 
çut la blessure fatale. 

Non loin de Bulgné ville, au sommet d'une 
colline arrondie appelée encore la côte de 
Barbazan, existait une modesle chapelle qui 
portait le nom du guerrier, et où Ton célébrait 
la messe tous les lundi pour le repos de son 
;hne, 

Cet édifice qu'on regardait comme un mo- 
nument de la piété du chevalier mourant, ou 
comme un témoignage de l'affection de René 
envers son vieil ami, fut détruit en 1664. (*) 

IV. On disputa dans le temps à Martin Fou- 
cars l'honneur d'avoir pris René de sa propre 
main, et cette action a été attribuée au ma- 
réchal de Toulongeon qui fut blessé au visage 
au milieu de la mêlée, peut-être par le duc 
de Lorraine lui-même. Quoiqu'il en soit , le 
grand Martin instruisit le comte de Vaudémonl, 



(*) On a écrit aussi, qtie Barbazan ne mourut que six mois après 
la bataille de Bulgnévdle, et qu'il fut enterré à Vaucouleurs où était 
seulement son épitaphe. Tout porte a croire cependant que ce héros 
ne survécut que peu de moments à sa blessure. Il est certain que 
Charles VII fit porter son corps a St. Denis avec les mêmes hon- 
neurs qu'on rend aux rois de France. Il fut inhumé dans la chapelle 
de Charles V, le 22 Octobre 1793. 

Son corps a été trouvé à St. Denis lors de l'exhumationdes tom- 
beaux, sur le cercueil du connétable Louis de Sancerre mort en \l\vx 
àijé de soixante ans. 



i56 HISTOIRE <xfî\ 

de la capture de René en lui demandant ce 
qu'on devait l'aire d'un tel prisonnier. Prêt à 
volera la poursuite du sire de Conflans et du 
Damoisel de Commcrcy (*), Antoine ordonna à 
l'écuyer de conduire le duc de Lorraine der- 
rière une haie du voisinage , et de l'y carder 
jusqu'à son retour. Mais le maréchal de Tou- 
longeon qui ne le perdait pas de vue, profita de 
l'absence du comte, pour s'emparer lui-même 
de René qu'il fit partir sur le champ pour 
CliAtillon. 

Revenu en toute hâte, après une course dYn- 
viron deux lieues, le comte de Vaudémont ne 
fut pas médiocrement surpris en apprenant le 
départ de son cousin; il en exprima à Pinstanl 
même son étonnement au maréchal; maris les 
motifs allégués par ce dernier ne parurent au 
prince ni justes, ni dictés par la loyauté. An- 
toine comprit alors qu'en lui dérobant le* prin- 
cipal fruit de la victoire, Toulongeon voulait 
s'enattribuer tout l'honneur, et lui faire perdre 
ainsi le seul moyen d'appuyer ses prétentions. 

Berrj, héraut d'aunes. — Alonstrelet. Fol. 64- — Chartier 
Fol. 83a. — Paradin. Fol. 729. 

(*") « Le comte, ( dit la chrouique ) couroit asprement sur les 
« troupes en déroute, parmi lesquelles se trouvaient les sires de 
« Conflans et de Coramercy , et les pages varlets et les archers peti- 
tement armés, qui s'enfinoient à cheval. La chasse dura bien 
(( deux lieues. » 



>.{3i) DE RENÉ D'ANJOU. 1 5j 

Toutefois, dissimulant son profond mécon- 
tentement, il s'empressa, dit-on, ainsi que les 
Bourguignons, de rendre grâce au ciel C*), 
d'une protection aussi signalée. Le lendemain, 
après avoir couché sur le champ de bataille 
avec Antoine de Toulongeon, ils se séparèrent 
assez froidement, et tandis que le maréchal 
de Bourgogne, se hâtait de diriger son prison- 
nier vers Dijon, le comte de Vaudémont re- 
tourna dans ses états (**). 

Il n'eut pas besoin de paraître avec ses trou- 
pes > pour délivrer sa capitale, car une ter- 
reur panique s'empara des soldats qui la blo- 
quaient, à la première nouvelle du désastre 
de l'armée lorraine. Ne songeant plus qu'à 
une prompte fuite, ils abandonnèrent les vi- 
vres, les habillements, même les munitions de 
guerre dont René les avait abondamment pour- 
vus, et la garnison qui ne put se méprendre 



Chronique de Lorraine. — Dom Plancher. IV. P. i5o. 

(*) « II se mit, (dit la chronique, ) a regracier humblement sou 
« créateur, elle maréchal victorieux voulut gésir cette nuit sur le 
« champ de bataille. Le lendemain, ils partirent tous ensemble, 
« mais !e comte de Vaudémont, s'arrêta a Châtillon pour retoxiruer 
« dans ses états et Toulongeon ayant esté mercié par lui, dePaide et 
« secours 'qu'il lui avoitfait, se hâta de se rendre a Dijon, emme- 
« nant son prisonnier avec bonne et seure garde. » 

(**) On dit qu'il fit construire a cette époque, ou réparer une des 
grosses tours de Vaudémont. 



i58 HISTOIRE ,;-, 

sur la cause decette subite disparu tion fit m e 
sortie, poursuivit les assiégeants , les atteignit 
et les tailla en pièces (*). 

Isabelle de Lorraine (**J, et sa mère, s'ap- 
prirent d'abord la déroute de l'armée et la 
prise de René, que par les fuyards épom.n 
Mais ce la lai événement ne tarda pas à leur être 
confirmé de toute part; néanmoins au milieu 
du trouble et de la consternation qui s'étaient 
répandus autour d'elles, rassurées sur la vie 
de René, ces courageuses princesses convoquè- 
rent aussitôt le conseil, prirent toutes les me- 
sures que réclamait le danger de l'état et dé- 
ployèrent l'une et l'autre , autant de Terme té 
que de calme. Des députés se rendirent pér 
leur ordre dans la plupart des villes, pour les 
exhorter à demeurer fidèles, à ne reconnaître 
d'autre seigneur que le duc Kené, et à n'obéir 
à aucune injonction qui pourrait émaner dn 
comte de Vaudémont. 

( + ) « Se doubfanl de la victoire, coururent sur le- assiégeai 
« si en prindrent et en occirent très grant nombre. (Chronique de 
Lorraine ). » 

(**) « Quand la duchesse l< s nouvelles ovst , fnst moult Iroob'ée: 
« hélas! dit-e]!e,je ne sais si mon marît est mort ou juins. . dirent 
«les seigreurs qui fuyaient: Madame, ne vous desconfortez mie; 
« monsieur le duc est en bonne santé. 1 es Bourguignons Pont pr - 
« et l'ont mené. La dame estait dé^n. fort marrie. . elle fus' al 
« Le conseil de Lorraine avoit pitié d'elle, qui avoit quatre beaux 
( ( eufanbs, deux garçons et deux filles, que beau les fesoit veoir. 

( Chronique de Lorraine. ) 






,r>0 DE RlîKÉ D'ANJOU. if>9 

Le peu de troupes éparscs dans les garni- 
sons, ainsi que les soldats échappés à Bulgné- 
ville, furent réunis par Isabelle et Marguerite, 
pour mettre Nancy à l'abri d'un coup de main. 
S'adressant ensuite à leur ennemi lui-même, 
elles furent le trouver à Vézelfse , lui peigni- 
rent avec tant d'énergie les malheurs qu'allait 
entraîner une guerre civile en Lorraine, et 
lui adressèrent des supplications si touchantes, 
quelles obtinrent d'Antoine une trêve de trois 
mois, à dater du i. er Août i43i, au i. er Novem- 
bre, et qui fut prolongée jusqu'au 25 janvier. 

Elles durent néanmoins demeurer long-temps 
sans nouvelles de l'infortuné prisonnier, dont 
la défaite avait été annoncée au conseil du duc 
de Bourgogne séant à Dijon, par Jean-Mont, 
chevaucheur d'écurie de Philippe, ei Humble 
Requête (*) 9 poursuivant d'armes de François 
de la Place, seigneur de Va rem bon en Bresse. 

Antoine de Toulongeon, ainsi qu'on l'a vu, 
rejoignit son prisonnier vers le 3 ou le 4 juillet, 
à Châtillon-sur-Saône , petite ville dans la- 



Courte épée. Dictionnaire de Fourgogne. II. P. 509. Paradin. 
Annales de Bourgogne. Fol. 729. Dom Plancher. Tom. IV. P. i5i. 

£*) On donnait à ces apprentis écuyers les nonjs les plus singu- 
liers. Plusieurs s'appelèrent, Plein chemin , Joli cœur, la Verdure , 
Claire voye, Verd luisant, S ans mentir, Dit le vrai, Gaillardet , BeaU- 
semblant, Haut le pied, Bonne querelle, Plus (jue nul, Beau déduit, 
etc. etc. 



ï6o HISTOIRE ,431] 

quelle avait existé jadis un palais des ducs <i»» 
Bourgogne, et ou l'on remarque encore les rui- 
nes du château plus moderne qui le remplaça. 

René dut y passer la nuit du 4 au 5 juillet; 
il en partit ensuite pour être renfermé â Ta- 
lent (3), forteresse alors importante ( à une 
lieue de Dijon ), où les ducs entretenaient qua- 
tre-vingts hommes de garnison. Elle avait été 
réparée environ vingt ans auparavant, par 
Jean-Sans-Feu r qui se proposait d'y tenir sa 
cour par intervalle, ce comme étant le plus beau 
« le plus seigneurial de ses châteaux, si aé <>"- 
« près de V église de ses bien aimés frères U \ 
chartreux. » 

René y passa tristement les premiers jours 
de sa captivitéj car il s'attendait à chaque ins- 
tant à être conduit à Dijon, ainsi qu'il le <lr- 
sirait et qu'on le lui avait annoncé. Mais au 
lieu rie ce changement qui lui promettait une 
captivité moins dure, le maréchal de Ton 1mm- 
geon vint lui signifier l'ordre qu'il recevai 
le transférer sans délai à ifraconsur-Salin \ \ 
et de se porter avec son année vers le^ fron- 
tières de Bourgogne pour s'opposer aux incur- 
sions journalières des troupes français 

Ce fut selon toute apparence, à Antoine, tic 
Bracon, (écuyer surnommé Siznard, alors châ- 
telain de Bracon), que Ton confia l'illustre cap- 



d43i) DE RENÉ D'ANJOU. 1O1 

tif. Mais comme l'état du Donjon, déjà à demi 
ruiné, exigeait quelques réparations, Mené lui 
provisoirement déposé dans la Saulnerw (*), 
où il ne demeura guères que quatre mois , à 
cause d'une maladie contagieuse qui se dé- 
clara à Salins et aux environs. Le conseil de 
Bourgogne , trop intéressé à la conservation du 
duc pour l'exposer aux ravages d'une pareille 
épidémie, se crut alors obligé de l'envoyer 
chercher, et le fit conduire vers Dijon. 

Il paraît aussi que la crainte des entrepri- 
ses formées à la fois sur plusieurs points pour 
délivrer le prince, ne contribua pas moins 
puissamment àcet te détermination subite, dont 
la date précise est même ignorée. Il est seu- 
lement positif qu'au i3 Novembre i43i, une 
nouvelle tentative d'évasion qui venait d'être 
découverte , avait inquiété assez fortement 
Charles évêque de Langres, eï les gens du con- 
seil de Bourgogne qu'il présidait, pour les 
engagera écrire pendant la nuit, à Gérard 
de Bourbon, bailly de Châlons, auquel était 
confiée en ce moment la haute surveillance 
sur René (5). 

Robert de BeaudricourL, cherchant vrai- 



Histoire de h ville de Salins. Iil e partie. P. 73. 
(*) I.a Saline. 
TOME 1. I I 



ifo HISTOIRE »43i 

sembla blement à faire oublier sa conduite à 
la journée de Bulgnévilie, étaitparvenu à ras- 
sembler dans la pe ti te ville de Gondrecourt 
un assez grand nombre de soldats dévoués au 
duc de Lorraine, et résolus comme leur < li< i 
à exposer leur vie pour l'arracher à sa prison. 
Toutes les dispositions en lurent arrêtées dans 
le plus grand secret: un allemand, prisonnier 
à Bulgnéville, et qui avait obtenu sa liberté 
depuis peu, était même parvenu jusqu'à la 
personne de René, quand ou le conduisait de la 
saline au château de Bracon; il avait pu l'ins- 
truire adroitement du plan concerté pour sa 
délivrance • niais tous ces projets se trouvé cent 
déjoués par la transl.it ion du prisonnier au 
château de Roehefort, situé à une lieue nord- 
est de la ville de Dôle. René ne fit que se re- 
poser quelques jours dans celle nouvelle rési- 
dence qui avait appartenu autrefois aux sires 
de ChAlons j il arriva ensuite à Dijon, où la 
sévérité des mesures que Ton prit pour sa ga rde 
lui annonça qu'il fallait renoncer à tout espoir 
de s'échapper, en même temps qu'on cherchait 
par les attentions les plus délicates à rendre 
sa captivité moins amère (*). 

(*) « Si Pont mené à Piion, de lui pourestre bien assenré. Kn 
« une bonne maison l'ont léaus logé. Tous le» jours la Seigneurie 




Jjt/A de _Lan&6ut/, 

Vcu eue /// (ou/ ae < *>«>' a y s/rtif! 



( 1 45 1 ) DE RENÉ D'ANJOU. i63 

La présence de l'évêquc de Metz , son com- 
père, d'Èrard du Cliâtelet (G), du brave Ro- 
demack , du fidèle Vitallis (*) et de quelques 
autres tombés avec lui au pouvoir des Bour- 
guignons, dut également contribuer à adou- 
cir la position du jeune prisonnier. Mais in- 
capable de se livrer h un seul mouvement d'é- 
goïsme, il s'empressa de garantir une partie 
de la rançon qu'on exigeait de ses compagnons 
d'infortune, et ayant ainsi facilité leur retour 
en Lorraine, il resta seul enfermé dans la tour 
de Bar (7). 

V. Ln des premiers soins de ce religieux 
prince , après la bataille de Buîgnéville avait 
été de fonder au chapitre de Notre-Dame de 
Vaucouleurs une messe perpétuelle pour l'âme 
de Barbazan , ainsi que pour tous ceux qui 

avaient péri en combattant sous lui Ne se 

bornant pas à cet acte de pieuse reconnais- 
sance, René, peu de temps après son arrivée 
à Dijon, employa la première somme dont il 
put disposer , à faire bâtir une chapelle au 



<■ Talloit visiter, et tous ensemble p\is:eurs esbatlements faisoient 
« pour temps passer » 

(* ) Vitally ou Vitallis de Vitaliy, d'une nob'e maison génoise 
établie en Bourgogne, fut fait prisonnier, sous les yeux de René qui 
paya sa rançon. 

(Histoire héroïque de la noblesse provençale. Tom. II. Courte- 
épée. Tom. II. P. 1 17 ). 

II* 



1^4 HISTOIRE (,4-,: 

enté droit du chœur de l'église du palais (*), 
sous l'invocation de Notre-Dame, et de St. René, 
son pal ion. 

Mais après l'accomplissement de ces devoir- 
sacrés, que de pénibles réflexions et de tardif 
regrets ne durent-ils pas Passa illir dans l'en- 
ceinte de celte tour à laquelle il a laissé son 
nom!... Une seule imprudence lui coûtait l'é- 
lite de ses troupes, sa liberté, pent-éire ses 
états; le séparait de sa famille, de tousses amis 
et faisait évanouir à jamais comme un vain 
songe, toutes ses illusions de gloire et ses pro- 
jets pour le bonheur de la Lorraine ! 

Les précautions excessives qu'on prenait 
pour s'assurer de sa personne, ne lui faisant 
que trop sentir l'importance que Philippe atta- 
chait à sa liberté, (**) il ne put s'empr< -lier de 
prévoir dès-lors combien cette Iriste récbisi 11 . 
prélude d'une l'unie d'adversités, de\ ail millier 

(*") « Et la feist, dit un historien, eu remerciaient de ce que de 
« Ja dicte bataille < stoit esenappe, et fust ta dicte chapelle , no- 
« table et moult bien fondée en I 1 honneur de Notre-ttain<! i 
« lleiic, son patron, » 

(**) Le duc de Bourgogne fut si charmé de la vi< l« ire de Bulgné- 
ville qu'il récompensa la plupart de ceux qui s 1 y étaient trouvés. 
Tou'ongeon, Thibaut, sire de Ncuf-( '.iiàtt 1. Floriinond. David et 
Jacques de Brimen, Jean de \ er c j . eutr'autres . reçureut le collier Je 
la toison cVor. 

Anselme, llist. des grands officiers I.° r F iL 555. Il-id. U. 1 ol. 
n5o. Moréri. III. 1 oL 456.IV. 79 ; . Jean d'Aûcy, I . i>t . manuscrite 
de Lorraine. 



d45i) DE RENÉ D'ANJOU. i@5 

sur son avenir. Aussi, quoique traité avec les 
égaras bienveillants dus à son infortune, à 
son rang et à ses qualités personnelles , un 
profond chagrin s'empara de son cœur; il 
tomba insensiblement dans une sombre mé- 
lancolie, que le souvenir de son épouse et de 
ses quatre enfants augmentait chaque jour en- 
core, lïien ne pouvait l'en arracher, dit-on; 
les distractions mêmes qu'on lui offrait lui 
devenaient importunes, et la solitude la plus 
absolue avait seule quelque douceur pour lui. 

Ce fut alors, que pour échapper à l'ennui 
qui le dévorait, et à tant de réflexions cruelles 
qui consistaient son âme, Iiené eut recours 
au charme entraînant des beaux arts qu'il n'a- 
vait pas cessé de cultiver. On doit donc re- 
garder cette douloureuse époque de sa vie 
comme celle où il s'appliqua avec une cons- 
tante assiduité à l'étude de la peinture, de la 
musique et de la poésie, qui firent ensuite les 
délices de sa jeunesse, ou consolèrent ses vieux 
ans, après avoir calmé ses premières peines. 

On aime à voir ce prince, toujours guidé 
par une touchante |iéié (8), consacrer les pré- 
mices de son talent pour la peinture, à décorer 
des armes de Bar, la chapelle qu'il venait de 
faire construire dans l'église du palais. Celle 
dont il ordonna la fondation dans l'église des 



i66 HISTOIRE '.4 r )i 

chartreux de Dijon (*) , reçut également le^ 
mêmes ornements de sa main. 

Mené, peignit ensuite son propre portrait 
sur un des vitraux de la chapelle des ducs, 
où , deux ans après, furent placées les armes 
blazonnées de dix-neuf chevaliers de la loi- 
son d'or, qui assistèrent au chapitre tenu en 
i433. L'image du duc de Lorraine se trouva 
donc ainsi entourée des nombreux écossons 
de la plupart des capitaines qui Pavaient com- 
battu a Bulgnéville. 

Ce ne fut pas seulement à ces témoignages 
de reconnaissance envers le ciel , à des d 
sements agréables, ou à de frivoles travaux, 
que René employa les loisirs dont il était quel- 
quefois accablé dans sa prison. Les inéditalions 
que la solitude fait naître mûrirent à la lois 
son esprit et sa raison; il sentit tout le prix 
de l'étude de l'histoire qui devance pour d 
lis leçons de l'expérience; ii s'àpplicfua sérieu- 
sement à la science dlffiçifc de fadminUtta- 
tion; il étudia l'art de la guerre, dont il ve- 
nait défaire un si funeste apprenti S3açé 3 il sut 
mettre enfin à profit cette école du malheur. 



(*)» Et pouvce que il cstoit ni^veillousemcnt expert dans l'art 
« de ta peinture, lui-même paignit sumptucusemeut la dicle clia- 
« j)clle des armes de Barroys. » 

( Wassebourg) 



( 1 43 1 ) DE RENÉ D'ANJOU. 167 

si instructive surtout pour les princes, quand 
ils veulent en écouter les salutaires leçons! 

Comme la riche bibliothèque du duc Philippe 
était placée non loin de la tour habitée par 
René, on doit penser qu'il fut permis à l'il- 
lustre prisonnier de puiser sans réserve dans 
ces trésors littéraires, et que cette heureuse 
ressource, entretenant sa résignation, ne con- 
tribua pas peu à l'engager à utiliser le temps 
que lui laissait une vie aussi solitaire. 

VI. Cependant, la duchesse Isabelle et Mar- 
guerite de Bavière, infatigables dans leur 
zèle, avaient multiplié leurs démarches pour 
obtenir le retour de René. Voyant leurs es- 
pérances d'enlèvement détruites par la trans- 
lation de ce Prince à Dijon, elles firent agir 
auprès de l'empereur Sigismond, leur parent, 
et envoyèrent en même temps une ambassade 
au duc de Bourgogne. Ce fut Érard du Châtelet 
( à peine racheté lui-même des mains du sire 
de Vergy ), qu'elles chargèrent de demander 
à Philippe l'élargissement du prisonnier, n'im- 
porte à quel prix. Les deux princesses ne né- 
gligeant rien pour assurer le succès de cette 
tentative, avaient conclu auparavant un traité 

Dom Plancher. Tarn. IV. P ', 7 . 



lt>8 HISTOIRE (i45i) 

avec le seigneur de Yer^y, tout puissant aloi ■. 
à la cour de Philippe, et le conseil séant à 
Dijon en avait lui-même redire les articles 

Mais par une de ces Fatalités-inouïes qui font 
échouer tout-à-coup les combinaisons les mieux 
arrêtées, la bienveillante protection de Sigis- 
mond,qui s'était déclaré en laveur de Hené dès 
l'origine des prétentions du comte de Vaiulc- 
mont , rendit en! ièrernent nulle succès de l'an*. 
b;;ssade d'Erard du Chàlelet. Apprenant que 
l 1 Empereur avait reconnu son prisonnier com- 
me duc de Lorraine, Philippe s"éle\ a avec hau- 
teur contre le droit qu'il prétendait s'arroger,ef 
protesta qu'ayant seul celui de disposer du soi ! 
de René, il n'obéirait jamais aux ordres qu'il 
pourrait recevoir de Sigismond à son sujet 

Cette réponse décourageante détermina alors 
Marguerite de Bavière à recourir elle-même 
à la médiation du ttoi de Fiance. Accomp .- 
gnée d'Henri de A ille, évêque de Toul, et de 



(*) « Sçivoir Taisons que nous Isabelle etc., considérant Prtftal et 
« danger, où est a présent la personne de nostre dict seigneur el ma- 
« ri, et a nous aydier de nos dictes affaires de tons pal 
<( et bienveillants de Monseigneur; ayant re-art que de tout temps 
<( G3ulx de Thostel de Vergy ont avmr Phostei de Bar et grandement 
« servy, etc. » 

retraité rédigé le a Décembre i.pi fui appVou é le •; p 
fr.elfe. 

Doan Pla.npher^Tom.IV, P. i j&, 



(i45i-i43a) DE RENÉ D'ANJOU. t6g 

Conrad Bayer, évéque de MctZj, elle partit 
pour Lyon, on se trouvaient le comte de Ge- 
nève, ( bean-frère du due de Bourgogne ), 
ainsi que le due de Savoie son père, qu'elle 
espérait intéresser l'un et l'autre à la déli- 
vrance de ïiené; puis, elle alla rejoindre Char- 
les Y II qui parcourait en ce moment une par- 
tie du Dauphiné.On croit qu'ïsabelle de Lor- 
raine ne pouvant surmonter son impatient 
désir de connaître les intentions du roi, se 
rendit également près de lui (9), suivie de plu- 
sieurs gentilshommes et dames de sa cour. 

Il faudrait donc assigner à ce voyage l'ori- 
gine de la célèbre passion inspirée à Charles 
VII par cette aimable Agnès Sorel (10) connue 
d'abord sous le nom de la Damoiselle de Fro- 
ment eau ( village qui la vit naîtrej(*), et bien- 
tôt après, sous celui de la belle des belles. 

Placée à la fleur de l'âge auprès d'Isabelle 
de Lorraine, Agnès, douée de toutes les grâces 
de l'esprit et de tons les charmes de la figure, 
avait reçu dans le palais de sa bienfaitrice, et 



Hist. de Metz. Tom. II. P. 63 1. 

(*) « EJle estoit tenue, dit Bcurdigné, pour Ja plus belie femme 
« qui fust vivante, et pour la venusté et élégance de l'orme, fust 
« nommée toute sa vie ia Damoiselle de beauté' Et l'avoist nourrie 
« la Pioyne de SeciJe dès sa jeunesse; et si fort Taymoist, qu'elle iuy 
« avoist donné plusieurs biens , en meubles et héritages, tant qu'elle 
« Unoist estât comme princesse. » 



17° HISTOIRE 'ip. 

sous ses propres yeux, une éducation des pins 
soignées, ainsi que l'exemple de iou'.es les ver- 
tus. Mais séduite par les illusions d'une bril- 
lante célébrité, trompée par de perfides con- 
seils, entraînée peut-être par le sentiment plus 
excusable d'un amour véritable, elle eut la 
faiblesse de sacrifier son honneur et sa répu- 
talion au dangereux orgueil de passer pour la 
maîtresse de son Roi. 

Parvenue au rang de favorite déclarée, elle 
usa sans doute du magique ascendant que lui 
donnait la supériorité de son caractère et de 
sa beauté, pour éveiller de nobles pensées dans 
le cœur d'un monarque naturellement poiié 
à l'indolence; mais peut-on, comme on la bit 
généralement jusqu'à ce jour , attribuer à \ 
seule, le généreux élan qui porta Charles Ail 
à repousser les Anglais hors du royaume? 
Cette gloire si pure appartient tout entière ï 
Marie d'Anjou, et Ton a pu s'en convaincre 
par sa conduite héroïque au milieu des cala- 
mités qui pesaient à la fois sur la France et sur 
son époux. 

Il faut également rejeter parmi les traditions 
mensongères, l'ingénieux artifice d'Agnès So- 
rel, feignant, dit-on, d'être prête à abandonner 
la cour de Charles VII, pour se rendre auprès 
du roi d'Angleterre, et l'intervention d'un as- 



(ifti) DE RENÉ D'ANJOU. 1 7 I 

trologue, entre elle et son royal amant. Hen- 
ri V était mort en 1422, laissant un fils au 
berceau; plus tard, lorsque les évènemenls de 
la guerre eurent Forcé Charles Vil à se montrer 
de nouveau à la tête de ses armées, Henri VI 
venait d'épouser Marguerite d'Anjou, et Agnès 
Sorel était âgée de près de /\o ans. 

Le prestige qui entoure les réputations usur- 
pées, ne peut donc quelquefois résister au plus 
léger examen ? 

Peu de temps avant l'arrivée de la duchesse 
de Lorraine à la cour de France, René, qui 
ignorait probablement cette démarche, avait 
envoyé de pleins pouvoirs à Charles d'Hausson- 
\iile son sénéchal, à Charles d'Haraucourt,et 
à Ferry deParroye, bailli de Nancy, pour com- 
paraître en son nom devant le duc de Bourgo- 
gne, alors en Flandre, et à soutenir ses intérêts 
contre Antoine de Vaudémont. Mais dans cet 
intervalle, Philippe, parti de Lille le 19 Jan- 
vier 1422, parcourait quelques unes de ses 
provinces, et vint lui-même àîDijon, le 16 Fé- 
vrier, accompagné des comtes de Réthel et de 
Nevers ses neveux. 

On rapporte que son impatience de voir René 
était telle, que sans se donner le temps de pren- 
dre quelque repos dans les appartements de 
son palais, il se lit aussitôt conduire à la tour 
de Bar. 



17 2 HISTOIRE i 

Ce fut donc dans l'enceinte étroite d'une 
prison que se virent, pour la première foi>, 
ces arrières petits fils du roi Jean, dont l'un 
parvenu an plus haut degré de la puissance, 
était appelé le grand duc d'Occident et lé- 
gal de rois; et l'autre ne paraissait devant 
lui, que déchu du rang suprême et son captif! 
Ces deux princes, désunis seulement par les 
querelles de leurs familles, mais dont les bril- 
lantes qualités et les goûts offraientylus.d*un 
rapport, éprouvèrent, dit-on, beaucoup (Je 
joie d'être ensemble. Philippe surtout serra 
tendrement René dans ses bras, voulut qiùui 
les laissât seuls sur le champ, et eût avec lui 
un long et affectueux entretien. 

Au moment ou ils allaient se séparer, Mené 
surprit agréablement son cousin , en lui of- 
frant son propre portrait, qu'il avait copie 
sur un verre, ainsi que celui de Jean-Sans- 
Peur, dont les traits étaient également rendus 
avec une grande fidélité. Touché de cette in- 
nocente coquetterie , Philippe ordonna que 
ces témoignages du talent et de la captivité 
de René fussent immédiatement plaeés à fu- 
ne des fenêtres gothiques de l'église des Char- 
treux, fondée par son aïeul Philippe-'e-llardi, 
pour être la sépulture de sa race. 



045?) DE EENÉ D'ANJOU. 173 

Ces vitraux précieux excitèrent long-temps la 
curiosilé des voyageurs qui parcouraient l'anti- 
que Chartreuse^ mais ces monuments de l'élal 
desarisau XY. C siècle, s'ils n'ont été détruits 
sans reïour, sont du moins entièrement perdus 
pour la France. 

Le motif qui conduisit le duc de Bour- 
gogne à Dijon, n'avait eu aucun rapport à Ile 
né, malgré l'empressement qu'il montra pour 
le voir. Le but de ce voyage d'apparat était de 
présider avec toute la pompe usitée dans ces 
sortes de solennités, un chapitre de l'ordre de 
ia toison d'or, institué le 10 janvier i43o, à 
l'occasion du second mariage de Philippe. On 
doit présumer qu'Isabelle de Portugal s'y trou- 
vait, avec son époux, et que tous deux permi- 
rent à leur prisonnier d'assister a une céré- 
monie si analogue à ses goûts. 

Charmé de plus en plus de l'esprit aimable 
de René, de la douceur et de la grâce de ses 
manières, Philippe sentit s'évanouir en sa pré- 
sence les préventions qu'on lui avait inspirées 
contre ce prince. Il le vit plusieurs fois, l'in- 
vita fréquemment à assister à ses banquets, 
et ne se bornant pas à ces témoignages d'inté- 
rêt, il indiqua au i. er Avril, les conférences 
dans lesquelles on devait traiter des conditions 
exigées pour son élargissement et en fixer Té- 



ï?4 HISTOIRE (145*] 

poque. Il paraît même que René put se re- 
garder comme libre dès le i. or de mars (*.). 

La première séance s'étant ouverte sans 
différer, Nicolas Roli.n de Poligny, chance- 
lier du duc(**) y lut les principaux arlicles de 
ce traité provisoire rédigé par lui-même ; ils 
furent acceptes à la seconde réunion convo- 
quée le 6 Avril suivant. René y mentionne 
« en détail , les obligations qu'il a aux a 
« tueuses prières de sa belle-mère et des autres 
« princes du sang; il reconnaît la douceur 
« et courtoisie du duc de Bourgogne; se sou- 
« met pour garantie de sa parole, à donner 
« en otage ses deux jeunes fils, Jean et Louis 
k d'Anjou; il cèle en outre, au duc Philippe, 
* les châteaux de Germon t on Argonne , de 
« Chatillon , de Bourmont et de Charmes, eu 
« consentant a payer la solde deà troupes bour- 
« guignones qui en formeront la garnison. ■ 



(*) «Le premier jour de Mars î^Zi, eut son premier re«pit R n 
« duc de Bar, rov de Sicile. el 'c dit jour i'po . rentra le o\ 
« gneur en prison au dict lieu de Dijon en Bourgogne, a 

(Heures manuscrites du roi René. ) 

(**) Le chancelier Rolin avait épousé avanteette époque. ^mgonne 
des Salins. Il fit bâtir sur la fin de sa vie un magnifique hôpital à 
Beaune. Louis XT a qui on rapportait ce trait de b':cnf .isance. dit 
alors: « Il a tant fait de pauvres, qu'il est bien juste qu'il leur donne 
<( un hôpital >» 

( Ilist. de la ville de Salins. 3« partie. P. 7 5 

(Gilles Corroset. Propos mémorables. P. 41 



ifë?) DE RENÉ D'ANJOU. 1.7? 

Pour plus de sûreté encore , le 16 du mê- 
me mois, trente gentilshommes lorrains dé- 
voués aliéné, et qui pour la plupart s ? étaient 
trouvés à l'affaire de Bulgnéville, s'engagèrent 
par serment à ce que « ce prince retourne- 
« rait(n)dans la tour de Bar le i er Mai i433; 
« à son défaut, ils devaient aîler'se constituer 
« eux-mêmes prisonniers à Dijon , un mois 
« après le délai expiré. » 

Telles furent les clauses du traité ( non com- 
pris la^rancon pécuniaire qui devait être sti- 
pulée plus tard, et sur laquelle on exigeait 
d'avance vingt mille saluts d'or, joints à dix- 
huit mille florins réclamés parie maréchal de 
Touloiigeon, comme rançon du sire de Rode- 
maek ), René souscrivit à tout sans hésiter, 
afin d'être lihre de se rendre en Lorraine, 
d'y veiller lui-même au gouvernement de ses 
étals et d'apporter par sa présence quelque sou- 
lagement aux maux extrêmes qui pesaient sur 
ses peuples. Mais une condition plus doulou- 
reuse exigée impérieusement par le comte de 
Vaucjémont, vint ajouter encore à la rigueur 
dont on usait à son égard. 

Antoine de Lorraine ayant repris les armes, 
et se trouvant alors à la tête de sept mille sol- 
dats, menaçait hautement de s'emparer de vive 
force du duché dont on lui refusait l'investi- 



176 HISTOIRE 

iure. Apprenant les négociations entamées à 
Dijon , il invoqua de nouveau son droit, fil 
agir activement auprès de Philippe, et ne 
consentit à demeurer en paix, en attendant 
une décision ultérieure, qu'autant que René 
lui promettrait la main d'Yolande sa fille aî- 
née, pour Fbrry son fds. 

René paraît avoir d'abord rejeté cette de- 
mande ; mais des motifs d'intérêt général 
triomphèrent d'une répugnance trop légil ime. 
1.1 soumit cette question à son conseil, cl tfen 
rapporta ensuite, ainsi qu'Antoine, au juge- 
ment du duc de Bourgogne pour stipuler lés 
conditions du futur mariage. Il fut convenu 
qu'on donnerait en dot à Yolande « dix huit 
« mille florins du Rhin, dont la moitié sérail 
« employée à Tachât d'un domaine pdur 1rs 
« deux époux. On demeura également d'accord 
« de célébrer les fiançailles le »4 Juin de la 
« même année, après quoi la jeune prino ss 
« conduite dans la ville de JNcul-Cliàtel . <1 - 
« vait être confiée au comte Antoine jusq 
« jour de la conclusion du mariage (*). » 

Baleicourl. P. 189. Chronique de ! rovence. Fol. G "o. Art dU \e- 
rifier les dates — Paradin. Fol. ;3i. — Moostrdet. 1 oJ. y3. — 

Benoit de To«l. 

(*) « Par ce moyen, dit Paradin ,les deux princes sepa 
« ce qu'ils pouvoienl estre uiesfaict enlr'eux . à Ja grant jojre il - uu- 
h solation du peuple. » 



(i43î) DE RENÉ D'ANJOU. 177 

Les considérations qui portèrent René à 
se soumettre à tout ce qu'on exigeait de lui, 
se trouvent exprimées dans une lettre qu'il 
adressa alors à la régence de Lorraine, en 
l'invitant à lui envoyer ses deux fils : 

« Les malheurs et les divisions causés dans 
« mes états par ma détention, me font une 
« loi, dit-il , d'employer le plus tôt possible 
« tous les moyens qui sont en ma puissance 
« pour y mettre promptement un terme. » 
Jean de Fénestranges, grand maréchal de Lor- 
raine, Gérard de Haraucourt sénéchal, Jac- 
ques de Iiaraucourt bailli de Nancy, Philippe 
de Lenoncourt , etc. , conduisirent Jean et 
Louis d'Anjou à Langres et ensuite à Dijon • 
ils y arrivèrent le 28 Avril, en même temps 
que leur sœur Yolande se séparait de sa mère 
pour se rendre auprès de la comtesse de Vau- 
démont. 

Singulière destinée de ces jeunes princes 
que la fortune appelait au trône, et qui com- 
mençaient par porfer des fers (*) ! 



Archives de Bourgogne. Layette 80. Notes manuscrites de Dom 
Calmet. 

(*) Au moment où Antoine de Vaudémont demandait la main 
cVYolande ci 1 Anjou pour soufiis, Marguerite d'Anjou venait égale- 
ment d'être promise à Pierre de Luxembourg, comte de St.-Paul, 
dont Técuyer avait fa ; t René prisonnier. 

(Notes manuscrites de Dom Calmet ). 

TOME I. 12 



178 HISTOIRE ''■!"' 

VII. Libre enfin après tant de sacrifices, 
René, parti de Dijon leî5 Avril, fitson entrée 
à Bar le i<=' Mai; delà, son premier soin fui 
d'aller remercier Dieu de sa délivrance, dan- 
l'Église de St. Nicolas-de-Port,el d'accomplir 
le vœu d'un pèlerinage à l'abbaye de -Notre- 
Dame de Bouxières, ( l'un des quatre chapi- 
tres nobles de Lorraine, l'onde au X. e «jècle 
par St. Gauzelin , évêque de Toul ). 

Il était attendu à cette abbaye par Isabelle 
de Lorraine et Marguerite de Bavière, ans- 
quelles s'était joint le comte de Yaudémont 
lui-même. Tous ensemble revinrent à Nan- 
cy, où des témoignages d'une joie wm 
cère qu'unanime éclatèrent à lavnc de Unie. 
Ce prince passa le reste de l'année tfil 
dans cette ville, soit à Bar, jouissant avec 
transport du bonheur de revoir son éponse, 
ses amis, ses sujets, s'occupant sans relâche de 
ramener la paix en Lorrain.-, de réparer les 
désordres survenus dans l'administration ! 
dant son absence, de se procurer l'ai 
nécessaire pour sa rançon, et de conclnre 
divers traités avec quelques seigneurs qai 
s'étaient permis des agressions contre ses 
états. ( On cite entr'autres Charles de < - 
voles, seigneur d'Estrepf). René s:- transporta 
aussi h Remiremont, vers la fin-de i +■'"'• ainsi 



(i45a) DE RENE D'ANJOU. 179 

que le prouve un acte passé devant la porte 
dite Lux ânes , « près de la chapelle St. Lau- 
« rent, dans lequel il promet sa protection 
« au chapitre. » 

Quelques nouveaux différends étant surve- 
nus entre René et le comte Antoine , ces 
princes se rendirent en Flandre, le 26 Janvier 
de Tannée suivante, afin de prendre le duc 
de Bourgogne pour leur arbitre, et de signer 
le traité définitif qui devait confirmer celui 
du 6 Avril i34^. Mais Philippe en ajourna 
encore le moment, se réservant de prononcer 
plus tard sur la question principale, relative 
à la souveraineté de la Lorraine ; il ordonna 
seulement que les titres des parties intéressées 
lui fussent remis pour en délibérer avec con- 
naissance de cause. Le voyage de René et 
d'Antoine n'eut donc d'autre résultat qu'une 
convention provisoire à peu près semblable à 
celle du 6 Avril; cet acte ayant été agréé le 
i3 Février, à Bruxelles, fut publié dans les 
états du duc de Lorraine et du comte de Vau- 
démorit, aussitôt après leur retour. 

Cette négociation ne répondit point, comme 
on voit, aux espérances qu'en avaient conçues 
les deux princes. René se trouvait encore sé- 
paré pour long-temps de ses fils et de sa fille 

R chai d de Wassebourg. P. 48j. 



180 HISTOIRE iT 

aînée, sans autre compensation qu'une liberté 
passagère. De son côté, Antoine qui avait cru 
retirer un plus grand avantage de la détention 
de son compétiteur, ne voyait point ses droits 
sur la Lorraine plus assurés par le mariage 
de Ferry son fils avec Yolande d'Anjou. Mais 
n'osant appeler de la décision du tout-puissant 
Philippe fia,), ils se soumirent alors sans ob- 
servations à la volonté qu'il leur manifesta. 

René profita cependant de l'autorisation ta- 
cite de ne pas retourner encore en prison , 
pour conclure un traité de paix avec les com- 
tes de Lignyet de St.-Paul, qui, depuis la prise 
de Guise en i4^o, s'étaient presque constam- 
ment déclarés contre lui. Incertain du sort qui 
lui était réservé, n'ayant rien plus à cœur 
que d'épargner de nouvelles guerres à ses peu- 
ples, René oubliait tous ses sujets de ressen- 
timent, pour consolider la bonne intelligence 
entre ses états et ses anciens ennemis (*). 

Dès qu'il fut revenu du château Bohaing 



(*) « En cest an iust aussi traie lé ! a paix entre les du< 
« les comtes de St.-Paul et de Lignj frères, à cante de I i gu 
h havne qui par ung long-temps avoit esté entre eulx par fois. De 
« laquelle toute la comté de Guise ja pier/a, prise par monseigneur 
« Jehan de Luxembourg lui demoura par le dicl traicté. Et pour 
« sûreté René luy donna le château de Bohaing. Il fust grandement 
« et honorablement reçu dans iceluv chaste au de Bohamg. et *e dr- 
« partit de là. très bien content, comme il raonstpoit semblant, et 
« s'en retourna en sa duchée de Lorraine. fc ( Monslrclet \ 



(i453) DE RENÉ D'ANJOU. 18 i 

où leur traité s'élait conclu, René alla de nou- 
veau à St. Nicolas, et y passa trois jours avec 
le comte de Vau démont. Le besoin de répri- 
mer les excès continuels que les brigands com- 
mettaient chaque jour dans les domaines de 
ces princes , rétablissant quelque union en- 
tr'eux, les avait portés à se liguer et à se prê- 
ter un mutuel appui. Ils se trouvèrent encore 
l'un et l'autre à Bar le 1er Juillet i433 , et 
Antoine s'engagea par un acte authentique à 
« avantager exclusivement son fils Ferry, en 
« considération de son futur mariage avec 
« Yolande d'Anjou. » 

Peu de temps après ( le 4 Août ), René lit 
alliance pour six ans avec la ville de Metz. Le 
18 Septembre, ce prince ne balança pas à se 
rendre à Vézelise, auprès du comte de Vaudé- 
mont, que leDamoiselde Commercy menaçait 
d'attaquer; ils se promirent d'unir leurs trou- 
pes pour repousser ce voisin dangereux. 

Le 27 du même mois , René se ligua éga- 
lement avec l'évêque de Metz, afin d'exter- 
miner les vagabonds qui ne cessaient de ra- 
vager la Lorraine et de détrousser les voya- 
geurs. Mais il ne paraît pas qu'ils aient eu 
besoin de marcher en personne contre ces 
aventuriers dont il fut fait, dit la chronique, 
« merveilleuse boucherie. » 



182 HISTOIRE (1433.14: 

Le 7 Décembre, René se trouvait sans doule 
absent de ses états , puisque la duchesse Isa- 
belle signa une trêve avec Robert de Sarre- 
bruche. On ignore où était alors ce prince; 
on sait seulement que le duc de Bourgogne 
s'étant rendu à Châlons, les premiers jours de 
Panée i434?Reué y arriva lui-même au com- 
mencement de Février, et qu'il en partit avec 
Philippe pour assister au mariage de Lnui^ 
de Savoie, comte de Genève (*), avec Jeanne 
de Lusignan , fille de Janus, roi de Chypre el 
de Charlotte de Bourbon. 

Les comtes de Neversel de Clèves, le mar- 
quis de Fribourg, Louis de Châlons, prince 
d'Orange, et près de deux cents gentilshotames, 
escortèrent Philippe et René jusqu'à Genève*, 
ou des fêtes magnifiques les attendaient. 

Aîné VIII duc de Savoie qui , s'apprêtant 
déjà à goûter les douceurs de la vie privée, ne 
prévoyait pas sans doute que la tiare dût un 
jour ceindre sa fête, accueillit avec les plus 
grands égards le prisonnier de sou beaU-frère le 
duc de Bourgogne. Ce fut dans celte cour, où 

Monstrelet. Tora. III. Fol. 79. — Chronique de P. 280. 

Dom Plaucher. IV. P. 180. 

(*) Louis de Savoie était frère de Marie, duchesse de Milan, et de 
Marguerite, reine de Sicile, épouse de Louis III d'Anjou Jeanne 
de Lusignan mourut le 11 Novembre 1462. 

Art de vérifier ieà dates. Fol. 8j8. 



i434) DE RENÉ D'ANJOU. i83 

régnaient un luxe royal et une politesse ex- 
quise, que René vit, pour la première et der- 
nière fois, Marguerite de Savoie qui se prépa- 
rait à aller rejoindre Louis III d'Anjou Ci 3), 
son époux. 

Resplendissante de beauté , de jeunesse et 
de grâces, cette princesse fit l'ornement du 
banquet nuptial, où René fut placé auprès de 
la mariée (*), et auquel succédèrent toutes 
sortes de divertissements. 

Aussitôt après ces fêtes , Marguerite partit 
pour l'Italie avec une nombreuse suite ; Phi- 
lippe et René quittèrent Genève, et ne se sépa- 
rèrent qu'à Châlons où, par un acte du 26 Fé- 
vrier, le duc de Bourgogne mit le comble à 
ces procédés généreux envers son prisonnier, 
en prolongeant sa liberté et permettant que 
ses deux fils allassent le retrouver à Nancy. 

VIII. Dans l'intervalle de ce voyage à la 
cour de Savoie, le roi de France, Marie d'An- 
jou , Charles d'Anjou et le duc de Bourbon , 



(*) « Tous trois au droict et lez, rapporte Monstrelet, au milieu 
« de la table, étoit assise Jeanne de Lusignan, et après elle le duc 
« de Bàr et le comte de Nevers; et dura ceste feste trois jours , moult 
« plantureuse et solemnelle , durant lesquelsTurent faictes de grandes 
a joyeulsetés, et aultres esbattemens et passe-temps, après lesquels 
« le duc de Bourgogne fit présenta l'espousée d'une bague et d'un 
« fermait ( petit coffret ) estimé trois mille ducats. » 

Wassebourg. Hist. générale de Metz. — Dom Calmet. Tom. II. 
Fol. 777. — Jean le I J aige. Manuscrit. P. 255. 



i84 HISTOIRE 

mécontents du traité de Bruxelles, avaient lait 
des ouvertures à la régence de Lorraine pour 
agir directement et sans l'autorisa lion de Re- 
né, auprès de l'empereur Sigismond. Déjà fa- 
vorablement disposé, ce monarque paraissait 
effectivement le seul arbitre auquel on neput 
contester le droit de décider de la souverai- 
neté delà Lorraine. L'éveque de Metz, et Louis 
d'Haraucourt évéquede Verdun, se chargèrent 
avec empressement d'entamer celte délicate 
négociation qui, appuyée par les ambassadeurs 
de France, eut tout le succès qu'on en esj érait 
En conséquence, René et le comte de \ au- 
démont ne tardèrent pas à être cités à Bâle 
où l'empereur se trouvait, pour y soutenir 
devant lui leurs prétentions respectives. Mais 
on n'avait pas calculé que René, libre seule- 
ment sur sa parole, ne pouvait s'absenl ; 
l'acquiescement du duc de Bourgogne el qu'il 
fallait instruire ce prince de ce qui se passait 
Blessé de ce qu'on agissait ainsi sans sa partici- 
pation au m ornent où lui-même témoignait tant 
de générosité, il se refusa d'abord avec hau- 
teur à ce que René s'éloignât de Nancy. l>e 
nouvelles réflexions, jointes à sa bonté naturel - 



( Dégly. Hist. des rois des deux Si. îles. Tom III. P. ifa, Dom 
Calmet. II. Fol. 780. Hist. d'Allemagne par Je père Rome. loin. 
VII. P. 382. Héraut d'armes de Lorraine. Manuscrit. 1 ol | 






(i 454) DE REINE D'ANJOU. i85 

le, l'y firent cependant consentir; mais il exi- 
gea que, pendant l'absence de leur père, Jean 
et Louis d'Anjou fussent ramenés à la tour de 
Bar; Henri de Ville, évêque de Toul s'em- 
pressa d'exécuter cet ordre. 

Ayant reçu alors les saufs- conduits qui lui 
étaient nécessaires, René quitta la Lorraine, 
suivi de quelques gentilshommes , et arriva à 
Baie le s3 Avril i434,en même temps que le 
comte de Vaudémont. 

J\ons avons déjà dit que Sigismond (i/J.) était 
fils d'une sœur de Louis I er d'Anjou , aïeul de 
René; ainsi les liens du sang autant que la 
justice apparente de sa cause , avaient prévenu 
d'avance l'empereur en faveur de son jeune 
parent. Aussi, quoiqu'il eut reçu les deux illus- 
tres compétiteurs avec les plus grands égards, 
il ne put s'empêcher de témoigner à René une 
bienveillance particulière. Sa cour et son 
conseil la partagèrent trop publiquement pour 
qu'elle échappât au comte de Vaudémont. 

Craignant non sans fondement que cette 
prévention n'influât sur la décision du tri- 
bunal de l'empire, Antoine fit rédiger un acte 
en latin, par lequel il déclarait s'opposer à tout 
jugement, à moins que les titres produits par 
René ne lui fussent préalablement communi- 
qués; et pour s'assurer par lui-même que cet 



i86 HISTOIRE ,434 

écrit serait remis entre les mains de Sifis- 
mond, il accompagna les avocats et les notaires 
chargés de le lui présenter. Il entra avec eux 
dans le cabinet du monarque , et dès que la 
lecture en eut été faite, il prit la parole à son 
tour y mais Sigismond l'interrompant sur le 
champ, lui annonça qu'ayant parfaitement 
compris ses raisons , il en conférerait avec 
son conseil. 

Malgré cette brusque manifestation de la 
volonté impériale, un des avocats du comte de 
Vaudémont « commença un long plaidoyer 
« dans lequel remontant à l'origine de la Lor- 
« raine, il s'attacha à prouver que ce duché 
« étant un fief masculin ne pouvait se trans- 
« mettre par mariage; » il appuya ensuite 
son raisonnement de tant de citations étran- 
gères a la cause, que Sigismond excédé, se 
retira dans ses appartements, laissant entendre 
la fin du discours de l'avocat, à lYvèque de 
Passavv , au comte d'OEtinjjen et à Chieala, 
son conseiller aulique. 

Le lendemain (24 Avril), suivi de tous ses 
principaux officiers , il se rendit en grande 
pompe à la Cathédrale de Notre-Dame de Ba- 
ie, où s'étaient déjà rassemblés une Feule de 
spectateurs , prévenus que l'investiture de [a 
Lorraine devait y être irrévocablement fixée. 



( 1 454) DE RENÉ D'ANJOU. 187 

Chacun s' étant placé selon son rang, Sigts- 
mond s'apprêtait à monter sur le magnifique 
trône qu'on lui avait élevé dans le chœur, lors- 
que le comte de V au démont s' approchant de ce 
prince, lui demandaet obtint la permission de 
faire publiquement plaider sa cause. 

L'avocat d'Antoine prenant donc la parole, 
récapitula tous les faits, et exposa dans les 
plus minutieux détails une discussion connue 
de tous les assistants; son discours, malgré sa 
longueur, fut écouté avec un religieux silence 
et sans la moindre interruption; mais à peine 
s'achevait-il , que Sigismond fit signe à son 
conseiller aulique de se lever et de prononcer 
le jugement. 

Chicala ayant alors réclamé l'attention gé- 
nérale , dit à haute voix « que l'empereur , 
« pleinement instruit de cet important pro- 
« ces; informé des litres respectifs des au- 
« gustes prétendants ; y ayant mûrement ré- 
« fléchi, ainsi que son conseil composé des 
« princes et seigneurs de l'empire, donnait 
« par provision le duché de Lorraine à René 
« d'Anjou , sans préjudice toutefois aux droits 
« futurs du comie de Vaudémont.» — Sigismond 
fit en même temps approcher ie jeune prince, 
reçut son serment de fidélité etle reconnut duc 



1B8 DE RENÉ D'ANJOU. (,4 

de Lorraine , suivant la formule usitée de 
temps immémorial. 

Déconcerté d'une décision aussi prompte 
qu'imprévue, le comte Antoine quitta à l'ins- 
tant l'assemblée, en protestant contre la va- 
lidité du jugement impérial , et , s'éloignant 
de Baie, il ne songea plus qu'à troubler de nou- 
veau latranquillité de son heureux compétiteur. 

Plein de joie et de reconnaissance , René 
empressé de profiter d'une seconde prolon- 
gation de liberté qu'il recevait du duc de 
Bourgogne, en date du i cr . Mai, prit le même 
jour congé de l'empereur. Des transports una- 
nimes d'allégresse lui prouvèrent, a >ou ar- 
rivée à Nancy, le prix que les Lorrains atta- 
chaient à le conserver pour leur souverain . 
et la justice qu'ils rendaient à son affection 
pour eux. Chacun s'en félicitait^ on ne sonj 
plusanx malheurs passés, et l'on cher c bail -m 
tout à les faire oublier à celui qui eu avait le 
plus souffert. 

Profondément touché de ces sentiments, el 
voulant k son tour signaler la satisfaction qii il 
en ressentait, René, ordonna le n du mêm i 
mois les apprêts d'une fête générale à Poni-à- 
Mousson. On y invita les seigneurs des con- 
trées voisines, avec la garantie qu'ils retour- 



(i(5i) DE RENE D'ANJOU. 189 

neraient chez eux en toute sûreté (précaution 
indispensable dans ces temps désastreux, où les 
grandes routes même n'étaient pas sans danger). 

Les joutes, les tournois, les bals et les au- 
tres divertissements auxquels présidèrent René 
et Isabelle de Lorraine, eurent lieu au con- 
tentement général; rien ne troubla l'ordre, la 
gaieté , l'harmonie qui y régnèrent (*). Mais un 
événement, dont les suites pouvaient devenir 
très graves, succéda à ces plaisirs si long-temps 
interrompus. 

Robert de Sarrebruche qu'on n'y avait point 
appelé ( à cause sans doute de sa conduite à 
Bulgnéville ) regarda cet oubli comme un 
affront sanglant. A la tête d'un certain nom- 
bre de soldats, et suivi de quelques serviteurs 
dévoués, il se cacha avec eux dans un bois 
épais que devaient traverser les chevaliers de 
Metz (**). Sortant de son embuscade aussitôt 

Dom Calra t. Toui. II. Fol. '■Sy. Bicais. Hist. manuscrite. Fol. 35. 
Flist. générale de Metz. P. 633. Richard tie Wassebourg. Fol 483* 
Monstrelet. Ton». III. Fo!. 141. Anselme. Tour. II. Fol. i33g. 
(*) Messire Mirol Groigna 

Le prix de la jouxte gaigna... 
Par devant tous les grands seigneurs 
Fuient Les messins grau d honneur. 
( Chron. manuscrite de Metz ). 
{** ) Mais le seigneur de Commercy 
Avoit le cœur faulx et marry... 
Fist au boys grands gens embuscher , 
Pour faire nos gens trésbùcher. 

; ibid ). 



19° HISTOIRE (14- ; 

qu'il les eut reconnus, il fondit à l' improviste 
sur un groupe de gentilshommes, les dispersa, 
et quoiqu'ils lussent escortés de quarante-cinq 
hommes d'armes, il leur lit dix-huit prison- 
niers, qu'il emmena à Commercy avec vingt- 
deux chevaux de selle. 

Indigné d'une pareille audace, René et plu- 
sieurs seigneurs lorrains réunirent un corps 
considérante de troupes et marchèrent \< is 
Commercy , ou le Damoisel s'était renfermé, 
résolu àsedél'endre en désespéré (*); mais in- 
capable de résister long-temps aux efforts de 
René, cet imprudent seigneur allait peut-être 
expier chèrement sa témérité, si le connétable 
Artus de Richemont n'eut abandonné le blocus 
de Ham en Picardie , pour venir à Châlons, 



(*) u Puis monseigneur estant à Châlons, !c Damoiseau rinsJ de- 
ce vers monseigneur le connestahle lui suppliant qu'il lui pleust don- 
« ner secours , et que ]e comte de Vaudémont tenoi>t une I 
a devant Commercy. . Et pour ceste cause mon tlict seigneur en\ov< 
« Poton,La Hire et messire Gilles de St. Sjmon et de ses gensjus- 
u nues au nombre de quatre cents lances. Si prinst la Bastille das- 
« sault. . . A Vilrv vint ce sire de Commercy qui ne vouloit obéir à 
« monseigneur le duc de Bàr. ni tenir ce qu'il avoit promis. . 1 i-t 
« scavoir le duc de Bar à Monseigneur le connestable, et pour celle 
« cause mon dist seigneur le fist arrêter, et le bailla a messire Gilles 
« de St. Symon et a G mt 'Gruel. . Et puis s'eslargist sur sa loi et ju- 
« ra sur la vraye croix, que point ne sortiroit saus Je cougie de mou 
« dict seigneur- » 

Collection universelle de mémoires historique». Tom. A II'. P 
A cette époque Jean de Bassompicive s'obligea pour René contre 
le Damoisel. 



(i434) DE RENÉ D'ANJOU. 191 

et employer sa médiation auprès du duc de 
Lorraine qui lui avait des obligations person- 
nelles. Ces deux princes s'étant donné rendez - 
vous auprès de S te .Menehould, il fut convenu 
entr'eux que le siège de Çommercy serait levé , 
et que Robert irait à Bar, où ils devaient re- 
tourner ensemble. 

Le Damoisel y arriva en effet le 17 Octo- 
bre, se jeta aux pieds de René et d'Artus, 
protesta de son repentir et s'engagea par ser- 
ment à ne jamais combattre le duc de Lor- 
raine, ni les Messins, sous peine de leur payer 
vingt mille couronnes ou écus d'or de France 
( valant vingt deux sols six deniers ). 

Robert fut libre alors de revenir à Çom- 
mercy sur sa simple parole; mais apprenant 
que les troupes lorraines avaient par mégarde 
mis le feu à leur logis, en quittant le siège, 
le Damoisel regarda ce malheur involontaire 
comme une nouvelle insulte, déclara qu'il se 
croyait dégagé de sa promesse et menaça hau- 
tement René. 

Ce Prince, poussé à bout, se disposait à l'at- 
taquer plus vigoureusement; mais le conné- 
table se chargea de le venger. Irrité de la 
conduite du Damoisel, il le fit arrêter, et l'o- 
bi i.crea à souscrire à toutes les conditions exi- 



i9 2 HISTOIRE (,.;- 

gées par le duc de Lorraine (*). Cette réconci- 
liation s'opéra à S fc .-Mihicl, le jour de S e . Lucie. 
Vers la même époque , René eut aussi quelques 
démêlés avec le seigneur de Château-Vilain, 
près la Ferté-sur-Aube, et Ton remarque, 
dans la guerre qui s'en suivit, que Léger de 
Jaucourt, seigneur d'Inteville, quoique cham- 
bellan de Charles Vif, prit parti contre le 
beau-frère de son souverain. Les circonstances 
de ces différends et l'occasion à laquelle ils 
s'élevèrent, sont toutefois ignorées. 

IX. On a vu par les détails précédents que 
René, quoique soumis à rentrer en prison, le 
i er Mai i434, jouissait depuis dieux ans d'une 
liberté pleine et enlière, sans que le duc de 
Bourgogne parût vouloir y mettre un ternir. 

Deux fils en otage auraient d'ailleurs répondu 
de la personne de René, si Philippe n'avait 
eu une juste confiance en sa Loyauté. Ton! 
devait donc faire présumer que ce prince 



(*) « Vint le dict Commercy ung jour que mon dict seigneui 
« jeusnoit. — Et lors mon dict seigneur luy dit qu'il allast souper. — 
« Si dist à Monseigneur, puisqu'il vous plaist avec vostre eong 
« Et sur ce, il avoitung coursier à sa porte et il décampa ... Et quand 
« Monseigneur sceust le tour de mal engin qu'il luy avoit joué . il c !l 
« fust très mal couteut, et feist partir quarante lances pour aJ!er 
« commencer le siège de Commercy. . . Et quand le Damoisel le 
« sceust, il se rendit a monseigneur et au duc de Bàr, et tirant de- 
« vers St. Mihiel la où estoit monseigneur de Bàr, il remplist tout 
« ce qu'il avoist promis. » ( Ib. ) 



(i434) DE REINE D'ANJOU. i q3 

continuerait à user de la même générosité 
envers son captif. 

Mais depuis le jugement solennel rendu à 
Baie par Sigismond, le comte de Van démont, 
plus aigri que jamais contre René, voyait avec 
dépit les profondes racines de rattachement des 
Lorrains pour lui: il ne put se dissimuler que 
sa cause serait perdue sans retour, si son ri- 
val demeurait ainsi en liberté, et avec le pou- 
voir d'un souverain. Renouvelant ses instan- 
ces auprès de Philippe, il demanda qu'on ne 
méconnût pas plus long-temps ses droits, et 
se plaignit hautement de ce qu'on lui eut en- 
levé un prisonnier qui lui appartenait comme 
au seul chef de l'armée victorieuse à Buîgné- 
ville. Il crut devoir même retracer dans un 
long mémoire les circonstances historiques 
de cette journée (i5). 

Antoine terminait l'énumération de ses 
griefs, en suppliant Philippe de le laisser maî- 
tre absolu du sort de René> ou d'obliger du 
moins ce prince à rentrer en captivité. 

Ebranlé par des raisons dont quelques unes 
étaient sans réplique, et vaincu par ces solli- 
citations réitérées , le duc de Bourgogne en- 
voya un de ses hérauts d'armes à la. porte du 
palais de René, en lui enjoignant « de se ren- 
« dre sans délai dans la tour de Bar, con- 

tome i. i3 



if,4 HISTOIRE 1454 

« formément à Farte du 6 Avril i43a,ra- 
« lifié à Bruxelles. » 

Ce fut en Tain qu'Isabelle, (en deuil de sa 
vertueuse mère Marguerite de Bavière ) et le 
conseil de Lorraine consternés, cherchèrent 
à fléchir la volonté de Philippe, ou à éloigner 
du moins l'accomplissement d'un rigoureux 
arrêt. En vain mit-on sous ses yeux le tableau 
des nouveaux malheurs près de fondre sur un 
pays à peine sorti de tant de calamités... Phi- 
lippe demeura inébranlable. 

Esclave de son serment, comme il le fut toute 
sa vie, et se souvenant peut-être alors du mémo- 
rable exemple donné par le roi Jean son bi- 
saïeul, René alla reprendre ses chaînes, disant: 
* qu'il préférait se soumettre au sort qui Pat- 
er tendait, qu'au déshonneur d'avoir manque à 
« sa parole. » De quelle douceur eut été d'ail- 
leurs pour ce prince une ombre de liberté 
que le moindre caprice pouvait faire évanouir, 
et pendant laquelle les verroux de sa prison 
semblaient en quelque sorte toujours prêts à 
se refermer sur lui? 

L'action du duc de Lorraine fut d'autant 
plus noble, qu'appuyé en ce moment par le 
roi de France, par une foule de ses anciens 
compagnons d'armes, et surtout par le dévoue- 
ment de ses sujets, il était en mesure d'op- 



(i434) DE REjSE D'ANJOU. ip5 

poser la force ouverte à Tordre de Philippe. 

(Une loyauté si rare a néanmoins été blâmée 
par quelques ailleurs, qui n'ont vu qu'une 
faiblesse d'esprit ou un défaut de courage dans 
un pareil trait de grandeur d'âme ). 

René fut d'abord conduit à Dijon; mais le 
bruit s'y étant aussitôt répandu qu'on formait 
de tous côtés une ligue formidable pour le déli- 
vrer , il parut imprudent qu'il restât davantage 
dans la tour de Bar (*), et l'on se hâta de le 
transférer au château de Rochcfort. 

Voilà donc ce prince une seconde fois re- 
plongé dans les fers, au plus bel âge de sa vie!. 
Séparé de tout ce qu'il avait de plus cher au 
monde, ayant à peine joui de la puissance de 
faire le bien, ne prévoyant plus désormais 
quand apparaîtrait le jour de sa délivrance, 
quelle source inépuisable de nouvelles médi- 
tations se présenta à son esprit sur la bizar- 
rerie de la fortune qui , constante seulement 
dans ses caprices, se joue si diversement de 

(*) a Les seigneurs bourguignons, dit la chronique lorraine, 
« ayant nouvelles que le roi Charles VII vouloit entreprendre de le 
« jeter hors la ville, vinrent vers lui et lui dirent: Monsieur, ici avez 
« assez démouré. Avec nous fault venir, — dict le duc: Hélasîoù me 
« voulez-vous mener? dirent: Ne vous soulciez, en bon lieu vous me- 
« nerons, ferons bonne chère, avec vous demourerons. — Us des- 
« logèrent le duc hors Dijon, en la comté dedans Bracon, si font me- 
« né. Deux ans y fus t. » 

Chronique de Lorraine. — Jean le Paige. Manuscrit. 

i3* 



îC)6 HISTOIRE ', .;- 

nos vains projets!... Qui plus que René dut 
réfléchir tristement sur la chaîne d'événe- 
ments dont se compose la destinée humaine, 
lorsqu'au milieu des murs épais qui le ren- 
fermaient , un royaume s'offrit en perspec- 
tive à l'illustre prisonnier! Mais hélas! la cou- 
couronneqni l'attendait était entourée de som- 
bres ciprès, et René n'apprit qu'il était destiné 
à un trône, qu'en pleurant un frère tendre- 
ment aimé. 

Louis !II, ce monarque auquel ses ennemis 
même donnèrent des larmes, atteignait sa tren- 
tième année, quand la mort vint l'enlever aux 
douceurs de l'hymen, et à l'amour de ses peu- 
ples, le vinçt-quaire Octobre ità\. 

La Reine de IN a pies, Jeanne II, qui l'avait 
adopté pour son successeur, parut surtout in- 
consolable de la perte de ce prince, renommé 
dans l'histoire comme l'un des plus grands 
capitaines de son siècle. 

Balthazar de Gérente (16), baron de Monl- 
clar, gentilhomme provençal , chargé «l'an- 
noncer cette nouvelle à René, l'était égale- 
ment de le prévenir dès intentions favorables 
de la reine Jeanne et du dévouement des 
Provençaux. 

Le bruit de ce changement inattendu dans 
l'avenir de René, se répandit à peine à Dijon, 



( 1 434) DE RElNÉ D'ANJOU. 197 

que le conseil de Bourgogne, devenu plus sur- 
veillant encore, jugea à propos de ne pas lais- 
ser son prisonnier à Rochefort où on ne le 
croyait pas assez à l'abri d'un coup de main. 
En conséquence , le chancelier Rolin,Giraud 
Rolin, Bailly de Màcon , et Pierre de Beau- 
f remont sire de Charny (*), eurent la mission 
de se rendre auprès du prince, et de le con- 
duire à Bracon; ce qu'ils exécutèrent dans le 
courant du mois de Février i435. 

René s'y trouvait transféré depuis environ 
trois semaines, lorsqu'un autre gentilhomme 
de Provence, nommé Vidal de Cabanis (17), 
et maître rational de la cour suprême de jus- 
tice, arriva à Bracon, le i5 Mars i435, pour 
informer son maître de la mort de la reine 
Jeanne II (*) et de l'adoption qu'elle avait 
faite de lui, le même jour 1 Février. 

Témoins des derniers moments de cette 
princesse, unique rejeton de la maison de 

Bicais. Eist. manuscrite. Fol. 37. — Le père l'Enfant. Hist. du 
concile de Bâle. I er P. /pi. < — Moréri II» Fol. 80. 

(*) Pierre de Beaufremont, sire de Charny, épousa le 3o Sep 
tembre 1 44^? Marie, légitimée de Philippe duc de Bourgogne. Il 
était seigneur de Beaufremont ou Mont-du-Beff'roy , à cause de la 
cloche d^larme qui était dans ce château. 

(*) Jeanne mourut âgée de soixante-cinq ans. On avait fait ces vers 
sur elle: 

De Duras la dernière royne, 
Sera du sceptre la ruyne. 



198 HISTOIRE 

Duras-Anjou , Vidal était parti précipitam- 
ment de ]\ a pies, afin d'instruire René de tous 
les détails qui pouvaient l'intéresser, et lui 
peindre surtout l'affection des Napolitains en- 
vers sa famille: juste et touchant hommage 
rendu à la mémoire de son père, comme à 
celle du malheureux Louis III! 

Attendri à ce témoignage de dévouement 
que lui donnait Vidal de Cabanis, René l'em- 
brassa avec bonté , l'appela sou lovai servi- 
teur, versa 'de nouvelles larmes sur la perle 
de son frère, déplora celle de Jeanne. <l 
chercha àsebien pénétrer, avec le fidèle am- 
bassadeur, de la situation actuelle du royaume 
de Naples. 

Bannissant de son cœur ses anciennes pré- 
sentions contre une fami lie rivale de la su une , 
la sœur de Ladislas avait depuis quelques an- 
nées accordé une telle confiance à Louis III, 
que le sénéchal JeandeCarraccioli, ayant cher- 
ché à ourdir une intrigue en faveur du roi 
d'Aragon , l'impérieuse reine l'avait fait poi- 
gnarder dans son propre palais. Tous ses ef- 
forts avaient tendu dès-lors à assurer Tadop- 



Burigny. Hist. des deux Siciles. P. 3 18. Ilist. de France. Tom 

XV. P. aag - Dom Plancher. IV. P. ig;. Archives de Bourprgnc. 

Compte X. P. 71D. Chronique de Provence. Fol. v'pv — (-auiridi. 
Fol 3oi. — Pittou. Ili>t. dWix. Fol. aw. — Gianone |H. I 



.435) DE RENE D'ANJOU. 199 

tion du prince angevin dont la fin prématurée 
ne changea rien aux projets de Jeanne, qui 
laissa en mourant un trésor de cinq cent mille 
ducats destinés à entretenir le royaume de Na- 
ples dans sa fidélité envers René; elle avait en 
même temps choisi pour prendre les rênes du 
gouvernement, jusqu'à l'arrivée de ce nouveau 
souverain, seize seigneurs, connus par l'affec- 
tion qu'ils portaient à la maison d'Anjou. (On 
comptait parmi eux, le comte de Nola y Ray 
mond Orsine , B aldassar de la Rat , comte de 
Caserte, Georges de Lamagne comte de SuL 
cino , O thon Car raccioli, comte de Nicastro, 
grand chancelier, Gauthier et Ciarletto Car- 
raccioli' 9 le grand sénéchal Enrico d'Anna, 
Perdicasso Barilo comte de Monte-Dorosî , 
etc. etc. ) Un grand nombre d'autres person- 
nages non moins puissants avaient embrassé 
la cause du roi d'Aragon. 

Il était assez difficile de calculer au juste 
quel parti la cour de Rome prendrait dans 
cette conjoncture j elle avait à ménager à la 
fois, Charles VII , dont l'intérêt pour René 
n'était point douteux, et Alphonse V, com- 
pétiteur du nouveau roi: de plus, le pape 

Burigny. Tom. II. P. 3x8. — L'Enfant. Hist. du concile de Bàle 
Tom.Ier. P. 44 _>. — Papon. Hist.de Provence. Tom. III. P. 347'. — 
£om Flancher IV. P. r rj,$. 



2 0O HISTOIRE 'if 

nourrissait lui-même de seerètes prétentions 
sur le royaume de Naples, et il pouvait profi- 
ter de l'interrègne pour les faire valoir. Mais 
si l'appui du souverain pontife était encore un 
problème, René devait naturellement comp- 
ter sur le duc de Milan doublement son pa- 
rent, à cause de Valentine, duchesse d'Or- 
léans, et de Marguerite de Savoie, dont il avait 
épousé la sœur aînée. Toutefois, il était de la 
plus haute importance de ne pas laisser in- 
fluencer d'avance Philippe Visconti, et il fal- 
lait également se montrer en personne en 
Italie pour ne pas donner le temps au zèl< <1 - 
Napolitains de se ralentir. 

A ce tableau, tracé par un serviteur dé- 
voué, René n'entrevit que trop ce qu'allait 
lui coûter en ce moment la perte de la liber- 
té'; mais il n'avait aucune espérance <lr flé- 
chir le duc de Bourgogne et il pensa, avec 
Cabanis, que le seul moyen de ne pas être dé- 
pouillé de la couronne, était que la Duchesse 
Isabelle partit promptement pour la Tro\ ence, 
et même pour Naples, avec les pouvoirs illi- 
mités delieutenante-géuéralc. L'ambassadeur 
se chargea lui-même d'aller feu prévenir, et 
quitta le fort Bracon où il laissait sou maître 
en proie à toute sorte d'anxiétés. 

Dans l'intervalle du voyage de Cabanis vers 



ipV DE RENÉ D'ANJOU. 201 

llené et Isabelle, le pape Eugène IV (*) fut 
instruit de la nouvelle détention du roi titu- 
laire de Naples, On le vit prendre alors une 
détermination qui changea totalement la face 
des aflaires, et qu'on n'aurait point attendu 
de son caractère plein de prudence. Il décla- 
ra que le royaume de Naples appartenait au 
S^-Siége, par l'extinction de la postérité de 
Charles I er d'Anjou, frère de St. Louis, et y 
délégua comme vice-roi le patriarche d'A- 
lexandrie, Jean Witelleschi, évêque de Ra- 
canati , homme ambitieux, entreprenant, et 
que les obstacles étaient loin d'intimider; mais 
ce prélat crut cependant devoir se contenter 
de signifier aux seize seigneurs nommés par 
la feue reine, de s'abstenir d'aucune élection 
jusqu'à ce que le pape en eût décidé lui- 
même. 

Il ne paraît pas présumable, en effet, que 
l'intention d'Eugène IV fut véritablement de 
réunir la couronne de Naples aux états de 
l'Eglise. On doit penser plutôt que son but, en 
se réservant le droit d'en disposer, était de 
s'assurer dans le prince qu'il y appellerait, 



(*) Eugène IV. ( Gabriel Condolrae'ro ) était de Tordre des Céfes- 
tins, et portait ui:e louve dans ses armes. Aussi, es!-il appelé Louve 
Célcstiue, dans la révélation de St. Malachie expliquée. 



202 HISTOIRE (xfc-, 

un puissant appui contre les prétentions tou- 
jours croissantes du Concile de Baie. 

Quoiqu'il en soit, ni les menaces de Wittel- 
leschi , ni ses raisons pour démontrer les droits 
que la mort de Jeanne rendait au Saint-Sj 
ne produisirent aucune impression sur les 
Napolitains: loin de là, instruits des prépara- 
tifs d'invasion du roi Alphonse, le conseil 
des Seize s'assembla et désigna, à la pluralité 
des voix, trois ambassadeurs charges d'offrir 
la couronne à René. L'évcquede Racanati re- 
tourna alors à Rome sans avoir retiré le moin- 
dre fruit de sa courte mission. 

Les députés napolitains étant annoncés en 
France, et la forteresse où languissait leur 
jeune roi n'offrant probablement pas de local 
convenable pour les recevoir, le chancelier 
de Bourgogne et le sire de Beauf remont , ac- 
compagnés d'une nombreuse escorte, se ren- 
dirent à Bracon, d'où ils ramenèrent leur 
prisonnier à la tour de Bar. 

Ce fut là que René accueillit les envoyég 
de son nouveau royaume, et "S idal, qui sa 
trouvait présent à cette entrevue, redoubla 
ses instances, afin que René investit la reine 
son épouse du titre de lieutenante -générale; 
il paraîî même qu'il lui en porta les lettres* 
patentes vers le 4 Juin i43S. 



(i455) DE RENÉ D'ANJOU. -2o3 

Cependant la situ a lion des affaires se com- 
pliquait de plus en plus à JNaples, ou le duc 
de Sessa, à la tête d'un parti puissant, s'é- 
tait déclaré pour le roi d'Aragon qu'il avait 
engagé à tenter la conquête de cet état en 
profitant de l'absence de son rival. Alphonse 
commença aussitôt le sié^e de Gaëte , place 
forte, regardée comme la clef du royaume. 
Mais Eugène, auquel Charles VII et René 
venaient d'adresser des reproches assez vifs sur 
ce qu'il paraissait hésiter à reconnaître pour 
roi de Naples le successeur que Jeanne de Du- 
ras s'était choisi , enjoignit au roi d'Aragon 
de discontinuer les hostilités, s'il ne voulait 
encourir les foudres de l'Eglise. Il fit part en 
même temps de sa conduite à la cour de 
France. 

Peu habitué à reculer devant des obstacles 
de cette nature, Alphonse ne répondit à la 
sommation du souverain ponîife qu'en pous- 
sant avec plus de vigueur le siège de Gaëte, 

Réduite à la dernière extrémité, ne recevant 
aucun secours, renfermant dans son sein un 
foyer de sédition , cette ville aurait infailli- 
blement succombé , si , par un bonheur dont 
la vie de René n'offre que de rares exem- 
ples, la république de Gènes et le duc de Mi- 
lan n'eussent formé la résolu lion de s'opposer 



204 HISTOIRE 1435 

aux projets du roi d'Aragon leur commun en- 
nemi. Ils équipèrent donc en toute hâte une 
flotte considérable, dont ils confièrent le com- 
mandement au brave Gaêtto Biagio d'Assere- 
to, qui se mit en mer le i. ei Août. 

Averti du départ de l'escadre combinée, Al- 
phonse n'hésite point a voler en personne à sa 
rencontre. Il fait appareiller ses vaisseaux qui 
croisaient sur la mer de Sicile j l'élite de ses 
chevaliers veut le suivre; ses trois frères, 
Henri, roi de Navarre , Henri , grand maître de 
l'ordre de St. Jaques , l'infant Don Pierre s'em - 
barquent avec lui, et la flotte aragonaise s'a- 
vancant à pleines voiles, se trouve en peu de 
temps en vue de l'Ile Ponciaou Ponza, auprès 
de laquelle se ralliaient la croix rouge de 
Gènes et le pavillon milanais. 

Le même jour, 4 Août, les vai»< iu\ s'étanf 
approchés le plus près possible les uns des au- 
tres, le combat s'engagea vivement et bientôt 
la fortune se déclara pour les Génois, maigre 
tons les efforts d'Alphonse qui avait couru lui- 
même les plus imminents dangers. Le grand 
mât de la galère qu'il montait avait failli à l'é- 
craser en tombant à coté de lui 3 un boulet 
passa également si près de ce prince qu'il eu 

Fabert. îlist. des ducs de Bourgogne. Toiii. I. P. 16 9. 



(,435) DE REJNE D'ANJOU. 2CO 

lut renversé, et dans le même instant on 
s'aperçut que la nef royale (percée dii-on par 
un fameux plongeur génois ), faisait eau de 
toute part et menaçait de sombrer. Dans un 
tel péril , les Aragonais tremblant pour la 
vie de leur souverain, le supplièrent de faire 
cesser le combat et d'amener son pavillon. La 
nécessité Py força, et l'ambitieux Alphonse, 
qui avait compté sur la captivité de René pour 
s'emparer de son royaume, se vit réduit à subir 
îa loi du vainqueur. Ce fut, dit-on, à Jacques 
Justiniani, gouverneur de File de Chio, qu'il 
remit son épée, en déclarant qu'il se regar- 
dait comme prisonnier du duc de Milan, et 
non des Génois. 

Ce combat naval fut si violent, qu'un seul 
vaisseau aragonais pût s'échapper : tous les 
princes tombèrent au pouvoir des alliés, ex- 
cepté l'infant Don Pierre qui, s'étant jeté dans 
une autre galère à la faveur de la nuit , se sau- 
va comme par miracle sur les côtes de la Si- 
cile. 

La nouvelle de celte mémorable victoire 
ayant été prompîement transmise au duc de 
Milan (*) (qui prenait le titre de lieutenant-gé- 
néral du Concile de Kâle en Italie ), ce prince 

(*) Philippe Visconti n'eut qu'une fille qui épousa François Sfor- 
ce devenu duc de Milan. ( Sforce étaitfils naturel de Jacques Sforee, 



2o6 HISTOIRE (14; 

s'empressa de la communiquer, le 20 Août sui- 
vant, aux prélats rassemblés qui, à leur tour, 
durent en instruire René qu'elle intéressait 
plus particulièrement. 

En effet, on ne forma plus aucun doute en 
Lorraine comme à Naples que la détention du 
roi d'Aragon ne fût le signal de la délivrance 
du prisonnier de Bracon , d'autant plus que 
le souverain pontife joignait ses instances à 
celles de Charles VIF, et des princes du sang. 
Tous leurs ministres étaient en ce moment 
auprès du duc du Bourgogne pour accélérer 
le traité définitif qui devait se conclure à 
Arras. 

La plus vive allégresse succéda alors en Pro- 
vence, en Anjou, et en Lorraine, aux alarmes 
qu'avait fait concevoir Tordre sévère de Phi- 
lippe. On proclamait dans cette dernière pro- 
vince l'arrivée prochaine de René; cm y oubliait 
les malheurs passés -l'avenir se présentait avec 
toutes ses illusions... De quelle cruelle surprise 
ne fut-on pas frappé, en apprenant que le duc 
de Bourgogne, donnant sa sanction au traité 

un des plus grands capitaines de TEurope. II naquit le ai Juillet 
.401). 

Philippe, était, dit-on, toujours entouré de médecins et d'astro- 
logues. 

(Voyez sa vie par Pier Candido Dccembris. Hist. littéraire d'Ita, 
lie. Ginguené. Tom I II. P. 58a. 



(î455) DE RENE D'ANJOU. 207 

crArras,{ le 21 Seplembre, en présence d'un 
grand nombre de princes et des ambassadeurs 
de toute la Chrétienté ), excluait nominative- 
ment René de la paix générale?... En vain une 
foule de réclamations émanées des personna- 
ges du plus haut rang s'éïevèrent-elles en sa 
faveur. En vain chercha- t-on à adoucir la ri- 
gueur avec laquelle Philippe s'était prononcé... 
Soit que le titre de roi accordé à René eût 
excité tout-à-coup sa jalousie, soit que le 
comte de Vau démont , ou Alphonse lui-même 
eussent reçu sa parole, ce prince demeurant 
inflexible persista dans sa déclaration et la fit 
promulguer par le chancelier Rolin. 

On le vit depuis ce moment changer totale- 
ment de conduite envers René , et voulant , 
dit Paradin, « en obtenir une meilleure rançon, 
« il poussa la dureté, jusqu'à le faire transférer 
« de nouveau au fort Bracon, où il était encore 
« plus tristement qu'à la tour de Bar. » 

Cette détermination parut alors d'autant plus 
étrange, qu'elle n'avait aucun prétexte appa- 
rent; qu'elle blessait à la fois l'empereur Sigis- 
mond , le pape , le roi de France , et qu'elle 
ne pouvait s'expliquer que par une basse en- 



Dom I lancher.Tom. IV. P. aïo.Hist de Naples. Tom. III, P. ;j5^ 
Papon. Tom. III. 34;. 



'loti HISTOIRE '• ..." 

vie ou une avidité également contraires au < a- 
ractère reconnu de Philippe. « — Cette action, 
« dit Gianone, donna matière à discourir, >i la 
« sottise de René de s'être livré à son ennemi en 
« de telles circonstances, était plus grande que 
« la malhonnêteté du duc qui le fit arrêter. » 
On regarda aussi comme une observation < Mi- 
rieuse, qu'Alphonse et René, tous deux rois, 
lussent en même temps au pouvoir de deux 
ducs, du nom de Philippe. 

« Mais la conduite du Bourguignon, ajoute 
« Gianone, fut trouvée d'autant plus blâmable 
« et inhumaine, qu'elle avait lieu au moment 
« où Visconti se conduisait avec tant de no- 
« blesse envers Alphonse, qu'il traitait plutôt 
« comme son hôte que comme son prison- 
« nier (*). » 

En effet, à peine ce royal captif arrivait- iJ 
à Milan, que Philippe Visconti courut au- 
devant de lui, l'embrassa avec tendresse, lui 
donna un appartement dans son propre palais, 
et le rassura sur ses intentions. Cherchant 
ensuite à le distraire, il lui fit présent de ses 
meilleurs chiens, ainsi que de plusieurs pi- 
seaux bien dressés; l'accompagna lui-même à 

(*)« Le roi dArragon, trouva L'Italien plus aiuv et plus gracieux 
« que V Angevin n'expérimenta le Bourguignon, dit un entre vieil 

« historien. — » 



(*2p5) DE RENÉ D'ANJOU. 209 

la chasse dans son pare; enfin, sa conclu ite fut 
tellement affable et pleine de courtoisie , que 
le monarque aragonais , au lieu des rigueurs 
d'une prison ne rencontra que l'accueil de la 
plus généreuse amitié. 

XI. Désespérant de fléchir le duc de Bour- 
gogne, et décidée à soutenir les droits de son 
époux, Isabelle de Lorraine résolut de hâter 
aussi elle-même l'instant de la liberté de René 
en comblant les vœux des Provençaux et des 
Napolitains. 

Parmi le grand nombre de princesses célè- 
bres au XV e siècle, on ne peut se défendre 
d'une vive admiration pour la noble compa- 
gne de René, eu la voyant déployer cet esprit 
supérieur, ce mâle courage éprouvé par l'ad- 
versité, et ces véritables talents politiques aux- 
quels tous les historiens se sont accordés à dé- 
cerner le plus pur hommage. Une éloquence 
persuasive, un extérieur à la fois affable et im- 
posant, beaucoup de vivacité et d'ardeur, con- 
couraient encore à rendre Isabelle de Lorraine 
capable de tenter une vaste entreprise, de bra- 
ver les périls qui l'accompagnaient, de vaincre 



Bouche. Hist.de Provence. Tom. II. Fol. 454- Louvet. Abrégé 
de l'histoire de Provence. Tom. I« r . P. 242. Ib. Tom. IL P. 5o. 
liufii. Bût de Marseille. lom.L loi. '2(39. Papou. Tom. Ili. p. 347. 

TOME I. l4 



2io HISTOIRE ' 1 450 

les obstacles et de séduire ceux des Napolitains 
qui balançaient à embrasser sa cause. 

Cette princesse quitta donc Nancy, et se di- 
rigea vers la Provence, avec Louis Marquis de 
Pont-à-Mousson,son second fils, et Marguerite 
sa fille cadette, laissant le gouvernement des 
duchés de Lorraine et de Bar, aux évêquesde 
Metz et de Verdun. Une foule de seigneurs 
briguèrent l'honneur de suivre la reine. 

(On sait qu'Yolande d'Anjou, l'aînée descs 
filles, demeurait auprès de la comtesse de Yau- 
démont. Quant au prince Jean, devenu duc de 
Calabre, (titre du fils aîné du roi de Map! 
il partageait à Bracon la captivité de son père 
on ignore si c'était un nouvel acte de sévérité 
ou une faveur du duc de Bourgogne ). 

Arrivée à Aix, où elle fut reçue avec transpoi ts, 
Isabelle convoqua une assemblée générale d< - 
états; elle y jura de maintenir à jamais les 
privilèges de cette capitale et delà 1'roveurr. 
et reçut en même temps les hommages et les 
serments de fidélité de tous les corps et des 
principales villes du comté (* ;. 



(*) Une histoire manuscrite de la ville d'Api, dit que Jean de Co- 
raze rint complimenter la nouvelle reiue au nom de ses coucitoieus . 
et qu'on y convoqua les états généraux pour y choyer une ambas- 
sade à llené. 

Hist. manuscrite d'Àpt. P. 79. 



fi435) DE RENÉ D'ANJOU. 211 

La reine qui devait s'embarquer à Marseille, 
parut extrêmement touchée des réjouissances 
publiques qui y signalèrent son entrée. 

Malgré le peu de temps qu'elle eut à passer 
en Provence, sa prudente conduite, sa fermeté, 
l'aménité de ses paroles gagnèrent tellement 
le cœur des Provençaux que, bien qu'épuisés 
par le double fléau d'une peste récente et 
d'une guerre aussi longue que désastreuse, ils 
s'empressèrent à l'envi de fournir à leur nou- 
velle souveraine des hommes, de l'argent et 
des vaisseaux. 

Le premier soin d'Isabelle , qui savait com- 
bien les partis étaient divisés à Naples, fut 
d'abord de s'assurer des dispositions de ses 
alliés; en conséquence, elle avait envoyé l'ar- 
chevêque d'Àix , Ammo Nicolaï, en ambassade 
vers le duc de Milan, (celui d'entr'eux qu'il im- 
portait le plus de ménager ). Trois autres dépu- 
tés, entièrement dévoués au feu roi Louis IIÏ, 
(Vidal de Cabanis, Louis de Bouliers, vicomte 
de Reillanne (*), et Charles de Castillon (18), 
devaient accompagner le vénérable prélat, et 

(*) Louis de Bouliers avait épousé Eléonore de Saluées; il mourut 
en i45o , laissant un fils nommé Jean qui se maria a Louise de Laval 

Loné. 

( Louvet. add. et ill. sur la Provence. Tom. I. P.^58 a 365. Robert 
État de la noblesse provençale. Tom. I. P.^. Papon. ÏII.P. 606. 

14* 



2 12 HISTOIRE 

apporter la réponse de Philippe Visconti à 11 
reine, qui n'attendait que leur retour pour 
mettre à la voile. 

Au milieu de ces mesures politiques et des 
hauts intérêts qui absorbaient l'esprit et les 
moments d'Isabelle, il est touchant de voir cette 
princesse s'occuper aussi de ce qui pouvait 
distraire son malheureux époux. 

Frappée de l'aspect pittoresque du château 
deTarascon(iQ) (terminé par Louis II d'An- 
jou en i^oo), elle en fit prendre une vue 
exacte par un habile peintre qu'elle chargea 
d'aller présenter son ouvrage à l'illustre pi i 

son nier (*). 

Une peste violente (20) dont les symptô- 
mes s'étaient manifestés à Aix, obligea Isabelle 
de se réfugier pendant quelque temps dans la 
ville de ïarascon que le lUiône sépare du 
Languedoc, et où la présence de cette pi in- 
cesse et de ses enfants excita une joie in< 



(*) « Elle fit pourtraire, dit C. Nostradamus, le dessin de ceste 

place par un peintre architecte, très excellent a .ht de Salon. et 






André de S le . Marie , el renvoya au roj son mari . pe 
k qu'il y preudrô'it un singulier plaisir. Le peintre fusl porteur de 
a son ouvrage h qui tout aussitost que le rov Peusl parcouru de, 
« yeux, sa majesté, fist inconiinent délivrer la somme 
« ducats. » 

Hist. de la ville de Fréjus par Girardin. P. M7. ChronV 
Provence Fol ^94 60 . 



^ 435) DE RENÉ D'ANJOU. 21 3 

niable (*), comme dans tous les lieux qu'ils par 
rou raient. 

Isabelle ne voyant point reparaître ses am- 
bassadeurs, ne jugea pas à propos de les at- 
tendre davantage. Impatiente de se montrer à 
à Naples, elle chargea Guillaume des Baux, 
seigneur de Maiilaneetle seigneur de St. Val- 
lier de visiter, pendant son absence, tous les 
postes et les fortifications des côtes de la Pro- 
vence qu'il fallait mettre à l'abri des incur- 
sions des Catalans. Elle s'éloigna ensuite, ex- 
primant aux Provençaux sa douleur de se sé- 
parer d'eux, en laissant le roi et son fils aîné 
dans une obscure prison: ses adieux furent, 
dit-on, tellement touchants, que ses nouveaux 
sujets votèrent par acclamation une somme de 
vingt- cinq mille florins destinés à la rançon 
du duc de Calabre. 

La flotte d'Isabelle, qui consistait en cinq 
galères armées et équipées à Marseille, ayant 
mouilié en vue de Fréjus, vers les premiers 
jours d'Octobre, la reine prit à son bord l'évê- 



(*) « On admiroit son fils et sa fiîie comme s'ils eussent esté deux 
« anges de divers sexes, descendus du palais céleste. On ne vo^oit 
« que monter et flamber feux de joje ; que chants et publiques allé 
« gresses par les rues, couvertes de festons, de guirlandes et de 
« fleurs ; que musiques et cantiques aux temples, et que générales 
« et continues bénédictions. » 

( Chronique de Provence]. 



2i4 HISTOIRE 

que de cette ville. Ce prélat, nommé Jean Uc- 
naud, avait été ambassadeur de Charles VII au 
Concile de liâle où il s'était distingué par re- 
tendue de ses lumières et par ses vertus. 

Au moment où cette princesse s'éloignait à 
pleines voiles des côtes de Fréjus, ses députés 
arrivant de Milan chargés des nouvelles les 
plus satisfaisantes, débarquèrent eux-mêmes 
à Marseille, et repartirent sur le champ pour 
Naples. 

Après une heureuse traversée, Isabelle parut 
à Gaëte, ville située sur la pointe occidentale 
du golie de ce nom, et y fut reçue en sou\< - 
raine; mais instruite que beaucoup de parti- 
sans d'Alphonse s'y étaient réfugiés, la reine, 
guidée par de perfides ou imprudents conseils, 
crut devoir en révoquer le gouverneur, Oltolin 
Zuppo, que le duc de Milan y avait placé lui- 
même. 

Isabelle ignorait sans doute cette circons- 
tance, ou du moins, était loin de prévoir les 
suites d'un tel acte d'autorité, car eile quitta 
Gaëte pleine de confiance et alla débarquera 
IXaples, le 18 Octobre. Conduite au château 
Capouan, ancienne résidence des princes de 



Burigoy. Toiu. Il- P. 026. — De'gty. loin. 111. P. 150. — L 
des Flamands, Jean de Ferreras. Hist. d* Espagne p. 4 2 °- 



(,435) DE RENE D'ANJOU. 2i5 

la maison d'Anjou , Isabelle traversa la ville 
sous un magnifique poêle de velours brodé 
d'or , et fut complimentée par le comte de 
Nola à la tête des seize seigneurs désignés par 
Jeanne II -, aussitôt après, tous prêtèrent ser- 
ment de fidélité et d'obéissance, et à leur 
exemple , une foule de barons , de même que les 
députations de toutes les classes du peuple, 
proclamèrent la nouvelle reine de Naples. 

Quoique cette princesse eut pris possession 
de sa couronne au milieu des élans d'une joie 
générale, elle était loin de se dissimuler les 
nombreuses difficultés qui devaient réclamer 
toutes les ressources de son génie. 

Ce royaume si florissant naguères , était 
alors sans troupes, sans finances et sans chei 
véritablement influent. La plupart des géné- 
raux napolitains ne sachant point à qui ils ap- 
partiendraient , changeaient de parti suivant 
leur intérêt ou même selon leur seul caprice 
et ne reconnaissant plus aucun souverain légi- 
time avaient fini par s'arroger une autorité in- 
dépendante. 

Le pape Eugène, qui aurait pu être d'un 
si grand secours à Isabelle, se trouvait dans 
l'imposibilité d'agir en"sa faveur. Forcé d'aban- 

Journal de Naples. Fol. 1102, 



216 HISTOIRE , 

donner Fa unie, menacé des foudres du Con- 
cile de Bâ!e, il avais été obligé de chercher 
un asile à Florence où son autorité était même 
contestée. Sentant d'ailleurs chanceler la tiare 
sur sa tête, son propre intérêt rendait son opi- 
nion variable et très incertaine. 

Réduite à un petit nombre de «api tain - 
d'une fidélité éprouvée, n'étant encore recon- 
nue reine que dans la capitale, une princesse 
douée d'une âme moins forte que celle d'Isa- 
belle, eût été découragée à l'aspect du sort qui 
l'attendait. Sa fermeté, sa modération , sa honte. 
sa prudence, ne tardèrent pas à la mettre à la 
tête d'un puissant parti, et à fortifier le 
vouement de la noblesse dont elle était déjà 
devenue l'idole (*). 

Il paraît même hors de doute , iju<' si la for- 
tune ne se fût attachée à favoriser Alphonse en 
suscitant continuellement des traverses impré- 
vuesàRené, la conduite courageuse el éclairée 
d'Isabelle aurait assuré à jamais la couronne d • 
Naples au roi son époux el à sa postérité. Cesl 
le témoignage que tous les historiens impar- 
tiaux s'accordent à lui rendre. 

(*) « Aussi, dit Es tienne Pasquier , cestc vraje Amaxonue qui 
« dans un cœur de femme porloit un cœur fThomirie, iist tant d ai - 
« tes généreux pendant la prison de René, que Ceste pièce do:st estre 
« enchâssée en leltrt'S d'or, dedans les annales de la Lorraine. 

( Recherches, loi. 65-.' 



(.455) DE RENÉ D'AKJOU. 217 

Mais, ainsi qu'on a pu le prévoir, la révo- 
cation du gouverneur de Gaête servit de pré- 
texte à la faction aragonaise pour y semer l'in- 
quiétude, les soupçons et la division: ses agents, 
devenus plus audacieux depuis le départ d'Isa- 
belle, appelèrent l'infant Don Pierre (réfugié 
en Sicile depuis le combat du 4 Août ), le firent 
débarquer avec ses troupes, et ce prince ayant 
pris possession de Gaëte sans résistance, en 
instruisit sur le champ son frère. 

Alphonse n'avait pas attendu cet événement 
pour indisposer contre Isabelle, Visconti , prince 
généreux , affable , mais faible , dont il avait 
bientôt su pénétrer le caractère. Déjà il avait 
aggravé à ses yeux l'affront dont la reine s'é- 
tait rendue coupable envers lui ; se voyant 
maître de Gaëte, il se prononça avec plus de 
force encore contre la maison d'Anjou, et em- 
ploya toutes les ressources de son esprit afin 
de prouver au duc de Milan que son propre 
intérêt lui défendait de soutenir René. 

« S'il est une fois reconnu souverain du 
« royaume que la sœur du dernier descendant 
« de Charles d'Anjou lui a légué, au mépris 
« de toutes ses promesses , vous ne tarderez pas , 
« dit-il 9 à voir ce prince se liguer contre 

Hist. des papes. Tom. IV. P. 110. — Burjgny. Tom. II. P. 32x. 



21-8 HISTOIRE [i435 

« vous avec l'ambitieux Charles Vil, qu'eni- 
« vrent ses succès. Les Alpes ne seront pas 
« une barrière suffisante pour vous garantir. 
« L'Italie toute entière deviendra l'objet de 
« ses efforts j et le Milanais sera sans doute le 
« premier envahi ; Vous n'ignorez pas que 
« la cour de France, a déjà agité si, même de 
« votre vivant, elle ne ferait pas valoir sur 
« cette principauté, les droits transmis par 
« Valentine de Milan... Souvenez-vous que les 
« liens du sang ne sont qu'un vain fantôme 
« que l'intérêt ou l'ambition fait évanouir et 
« n'oubliez point que le duc Galéas votre père 
« ( dont la sœur avait épousé le propre frère 
« de Charles VI ) ne craignait rien tant que 
« les Français. Philippe croit-il avoir moias 
« à les redouter?... » 

Ce tableau, développé par un prince aussi 
éloquent qu'Alphonse, produisit une telle im- 
pression sur Visconti, qu'adoptant sans résen e 
les vues de son captif, il le déclara libre à 
la fin d'Octobre, sans rançon, ni aucune autre 
condition, et ne se sépara de lui qu'après avoir 
signé un traité d'alliance. Alphonse était si 
bien parvenu à lui fasciner les yeux, que Phi- 



Hist. du concile de Bàle. Tom. II. P. 44^ • — Trésor. Chronolo 
oique Tom. 111. P. 3i8. 



i455) DE RENE D'ANJOU. 219 

lippe ne consulta pas même les Génois pour 
accorder la liberté à ce monarque. 

S'étant hâté de quitter Milan, le roi d'Ara- 
gon , après un séjour très court en Espagne , 
arriva à Gaè'te le 1 Février i436. Ainsi qu'il 
s'y attendait, sa présence ranima le zèle de 
ses partisans, et attira dans leurs rangs une 
foule d'hommes jusque-là indécis. Plusieurs 
villes environnantes ne tardèrent pas à lui en- 
voyer des députés, à arborer ses étendards, et 
dès-lors il put espérer de balancer la fortune 
de son compétiteur. 

Alphonse avait cependant commis une faute 
bien impolitique dans son traité avec Visconti, 
en signalant Eugène IV comme l'un des sou- 
verains que le duc de Milan et lui devaient 
compter parmi leurs ennemis. Ce pontife qui 
penchait naturellement pour René, se décida 
alors à le reconnaître roi de Naples , et 
envoya à Isabelle, qui avait besoin de troupes, 
ce même Witteleschi (*) auquel il avait déjà 

(*) « On Ta appelé grand scélérat dans un siècle corrompu: 
« Cet homme devenu cardinal et archevêque de Florence , dit Dom 
« Romuald, se comporta infidèlement envers la royne Isabelle, et 
<( s'étant rendu odieux au parti Angevin, il sortit de Naples avec op- 
te probre. — Dans la suite convaiucu d'intelligence avec le duc de 
a Milan, il fut pris, percé de coups , empoisonné et enterré sans ob- 
« sèques. » 

Dom Romuald.TomlII. P.3i8. — Hist.du Concile deBâle.Tom, 

II.P.444. 

Dégly. TomJII.P. i 7 3. 



2 20 HISTOIRE (t/p 

confié la mission de s'emparer du royaume au 
nom de l'Église. 

Le patriarche d'Alexandrie marcha aussitôt 
au secours de la reine à la tête de quatre mille 
fantassins et de cinq mille chevaux ; il an i\.i 
dans le courant d'Avril sur le terriloire de 
Naples, emporta d'assaut plusieurs forteresses, 
rencontra Jean des Ursins, prince de Tan 
chef du parti d'Aragon, le mit en déroute cl 
les efforts d'Alphonse se trouvèrent tout-à-coup 
paralysés. 

Isabelle profita de cette salutaire diversion 
pour chasser de quelques places fortes les capi- 
taines séditieux qui s y étaient maintenus jus- 
qu'alors; elle envoya ensuite le brave Mïckei 
Atlendelo , avec le jeune prince Louis, sou- 
mettre la Calabre; et bientôt, grâce à sa 
activités le peuple se prononça entièrement en 
sa faveur. Ces premiers succès, ainsi que l'al- 
liance qu'elle cherchait à consolider avec Eu- 
gène IV, furent célébrés h JNaples par les 
démonstrations de la joie la plus vive. Elle se 
manifesta pendant plusieurs jours par de bril- 
lants tournois ouverts en l'honneur de la reine 
par des joutes, des bals et tous les diverti 
ments en usage dans ce siècle (*). 

(*) « On fîst pour Iaroyne plusieurs esbattemens, joustes et t"iu- 
« noys. Les dames dansèrent pour ia res jouir; niais tousious avo\t le 
« regret de soe tuarit. » 



(,435) DE RENE D'ANJOU. 221 

Toujours préoccupée de la position de René 
et de la Lorraine, Isabelle se montra, dit-on, 
peu sens i 1)1 c à ces Têtes multipliées. Appelant 
de tous ses vœux comme de tous ses moyens 
la prompte délivrance de son époux, elle sup- 
plia Eugène IV, dont la bienveillance ne se 
démentait point, de s'intéresser à ce que sa 
liberté lui lut immédiatement accordée, car il 
fallait un chef pour contenir Farinée dans l'u- 
nion et la discipline. Le souverain pontife tou- 
ché de la tendre sollicitude de la reine, adressa 
alors au duc de Bourgogne un nouveau mes- 
sage, en cherchant à émouvoir sa générosité 
par le rare exemple de désintéressement du 
duc deMilan.il finissait sa lettre par les prières 
les plus instantes « afin que René fût prompte- 
« ment rendu à sa famille et à ses peuples. » 

XII. Ce vœu, devenu général enFrancecomme 
en Italie, s'exprimait chaque jour avec plus 
d'énergie. 

Déjà l'année précédente (le 19 Septembre), 
pendant le voyage d'Isabelle en Provence, les 
évêques de Metz et de Verdun, ainsi que l'an- 
cienne chevalerie, s'étaient réunis à JXancy, 

'Notes manuscrites de Dora Calmet. — Hist. de Lorraine. Toni, 
II. Fol. -jq^. — TÏÏcais. Ilist manuscrite. P. 62. — BoucLe avocat. 
Essai sur l'histoire de Provence. Tom. I. P. 4 02 - — Honoré Bouche, 
Tom.II. Fol. 453. Hist. d'Aix. Pitton. FoJ. 222. Chronique de Pro- 
vence ). 



222 HISTOIRE (i435-i4 

en s'engageant à tous les sacrifices pour sou- 
tenir leur ducdanslaconquêtede son royaume, 
et pour obtenir son élargissement. La noblesse 
du Barrois et de la Lorraine se rassembla de 
nouveau en Novembre, dans l'intention de 
s'employer corps et biens à la délivrance de 
René, et ces détails touchants parvinrent jus- 
qu'à la prison de l'infortuné captif. 

Il crut devoir faire alors un appel au dé- 
vouement et à la générosité de tous ses sujets, 
ce qui excita un nouvel élan d'affection, roui 
répondre à cette noble confiance , chacun se 
taxant à l'envi , voulut contribuer selon ses 
moyens à la rançon de son souverain, ou se 
rendre sa caution. De toute part la régence 
recevait des offrandes ondes propositions pa- 
reilles, et unchevalier, en tr'au très, dont l'his- 
toire aurait dû conserver le nom, peu satisfait 
d'avoir versé une somme de dix-huit mille 
salutz d'or (*), engagea sans exception tous ses 
fiefs et les domaines qu'il possédai l. 

Ces irrécusables témoignages d'affection 
furent transmis au duc de Bourgogne , en 
même temps que les supplications du chef de 
l'Église; mais devenu toujours plus intraita- 
ble envers René, il voulut qu'on dérobât à ce 

{*) Le salut valait environ vingt-cinq sols. 



(435-i436) DE RENÉ D'ANJOU. 223 

prince les constantes preuves d'attachement 
que ses sujets ainsi que ses amis s'empres- 
saient de lui donner. Il paraît du moins qu'on 
intercepta toute communication entr'eux, la 
reine Isabelle, et le malheureux prisonnier; 
de sorte que plus il éprouvait le besoin de voir 
briser ses fers, plus ils étaient resserrés , et 
plus le jour de la liber ïé semblait s'éloigner de 
lui. 

Séquestré en quelque sorte du commerce des 
hommes, privé des nouvelles de tout ce qu'il 
chérissait, et n'obtenant aucun secours appa- 
rent de ses nombreux alliés, « il s'en crut alors 
« du tout oublié, » dit Duhaillan, et cherchant 
à exprimer une douleur muette mais éloquente, 
« il peignit fort , proprement des oblies d'or 
« en la chambre ou il tenait prison (*). » 

La tradition de ces peintures s'est conser- 
vée à Salins où quelques curieux ont gardé 



Hist. de France. Duhaillan. Liy. 53. Fol. 997. — Paradin. Àr- 
nales de Bourgogre. Fol. 729. — Doin Fjanclier. Toni. IV. P. 157. 

(*) « Ace témoignage, C. Nosfradarnus ajoute, que René peignit 
« d'un art merveilleusement cultivé, des oblies ou cornets d'or 
« contre les murs de sa chambre, disposés par belles mesures, ou es - 
« paces inégaux; comme s'il eust voulu par ceste gentille invention 
« signifier que ses gens Pavoient entièrement mis en oubli. . . Pein- 
te tures et galanteries royales qui se peuvent encore par cejourd'hui 
« (1610) contempler en ce chasteau, et qui tesmoignent exquisé- 
« ment l'exceileuce'de sa main et les exercices de ce bon roy. (Chro- 
« nique de Provence). » 



2 24 HISTOIRE 

long-temps avec respect des verres arn 
sur lesquels on a cru que René les avait ex< < n 
tées. On ajoute que ce prince ne sachant corn 
ment échapper à l'ennui qui le consumait pei 
#nit aussi plusieurs autres compositions sur 
ces murs épais qui le séparaient du monde 
entier, et y traça une foule de sentences ou 
pensées morales en harmonie avec la situa- 
tion mélancolique de son esprit ; exempte 
que Louis Sforce, successeur du dur de Milan, 
imita plus tard, pendant sa détention an châ- 
teau de Loches (*): avec plus de sincérité que 
lui, René pouvait graver ces paroles que 
l'histoire a recueillies: 

« Les services qu'on m'a rendus seront 

« réputés héritage ». 

On était loin, cependant, en Lorraine d'ou- 
blier le prisonnier de Bracon, et de m' laisseï 
décourager par les relus hautain? du duc «I 
Bourgogne. La régence, réunie à la cour de 
France, ne mettait que plus d'actii îté dan- 
sollicitations, et déjà René en avait éprouvé 
des eftets, ayant eu la l'acuité de se concerter 
avec ses ministres et de conclure un nouveau 
traité de paix avec le Damoisel de Commerce 



(*) IJ était surnommé le l/ôre, par illusion au mûrier qui G 

sa devise. On a recueilli quelques-unes des maxini 

les murs de son cachot à Loches, entr'autres celle citée plus 



i45G) DE RENÉ D'ANJOU. ii$ 

(le 28 Mars i^3G ); ce fut vers ce temps qu'il 
apprit la mort de l'évêque de Toul, Henry de 
Ville, perte également sensible à René et à la 
Lorraine. 

Le moment était enfin arrivé où ce prince 
allait recueillir le fruit de sa courageuse rési- 
gnation. Ébranlé partant de prières, Philippe 
parut s'adoucir, et, le 11 Avril i436, René put 
voir du haut des tours de Bracon, entrer dans 
cette forteresse, le chancelier Rolin, et Jean 
deFribourg, gouverneur de Bourgogne, char- 
gés d'arrêter avec lui les conditions de sa dé- 
livrance définitive. Pierre de Charny, sire de 
Beaufremont, les rejoignit peu de jours après, 
et envoya Ton de ses poursuivants d'armes à 
son souverain, alors en Hollande, pour l'ins- 
truire des intentions de René. 

La réponse de Philippe ne tarda pas à être 
transmise à Bracon; mais elle renfermait des 
demandes tellement exagérées, que le conseil 
de Lorraine auquel elles avaient été soumises, 
crut devoir, les rejeter. 

Informé de cette détermination qui le re- 
plongeait dans les mêmes incertitudes, René 
écrivit à la régence « qu'elle avait mérité son 



Archives de Bourgogne. Compte X. Fol. ^o5. 707. 
DomCalmet-Tom. II- Fol. 793. Notes manuscrites du même. 

TOME I. l5 



1 î6 HISTOLRE i 

« estime, en se refusant à sanctionner un traité 
« déshonorant; que jamais il ne l'aurait signé 
« lui-même et qu'il préférait demeurer toute sa 
« vie prisonnier que d'acheter sa liberté à d< s 
« conditions aussi onéreuses pour ses peuples. 
« Au reste, ajoutait-il, si je meurs dans cette 
« cruelle captivité, celui qui m'y retient, n'y 
« gagfaera que la honte d'avoir traité ainsi un 
« princequi n'est pas d'ailleurs son propre pri- 
« sonnier. Je remets, au surplus, ma confiance 
« dans le ciel et dans mon bon droit. » 

Après tant d'espérances déçues, au milieu 
de ces nuages qui semblaient s'amoncelci 
chaque jour sur la tête de Hené; quand tout 
enfin annonçait une explosion prochaine, ec 
prince fit l'expérience que la vn lu ne perd 
jamais son empire sur les cœurs généceu? 
Venant de protester avec une si noble dignité 
contre un acte qu'il regardait comme fouette 
à ses états, il s'attendait sans doute à de nouvel- 
les rigueurs; mais son Courage avait désarmé 
Philippe et produisit peut-être plus d'impres- 
sion sur son esprit, que, les instances du pape, 
du Concile de Haie, de Charles VII et de tous 
les princes du sang, qui s'étaient réunis poui 
tenter un dernier effort. 

Chronique de iîerry, héraut d'armes F. 5g& Hist de Char!* 
VII. P. 89. 



i436) DE RENE D'ANJOU. I27 

Toutefois, en se décidant à rendre René à 
la liberté, le due de Bourgogne ne fit que de 
légers sacrifiées à ses prétentions. 

X travers l'obscurité qui règne dans une 
foule d'écrits contradictoires de cette époque, 
on serait porté à penser que René avait quitté 
le for!: Bracon pour être conduit à la tour de 
Bar, et de là dans un château de Lille, puis- 
que au mois de Novembre, le due de Bourgo- 
gne l'autorisa à sortir de cette dernière pri- 
son, sous les conditions suivantes; 

« i Q . De prêter serment entre les mains du 
« chancelier Rolin, d'être de retour le lende- 
« main de la Noël; 

« 2 . De remettre son fils aîné en otage, et 
« de fournil' en même temps la caution de plu- 
ie sieurs de ses grands vassaux 3 

« 3°. Enfin, de donner pour garantie, la ville 
« de Neufchâtel, le donjon de Clermont en Ar^ 
« gonne, et le château de Gondrecourt, qui 
« seraient rendus quinze jours après la rentrée 
« de René dans sa prison de Lille. 

Malgré des détails aussi précis, nous adop- 
terons cependant comme plus vraisemblable? 
le témoignage des historiens qui ont fixé à Dijon 
l'entrevue des deux princes. Il paraît du moins 

Archives de Bourgogne. Tom. X. P. 707. — Charlier. Hist. de 
Charles VII. P. 89- — Papon. Tom. III. P. 34;. 



228 HISTOIRE (1456 

certain que le duc de Bourgogne se trouvait 
dans cette ville le 4 Novembre i436, et qu'il 
en partii pour se rendre à Àrras, laissant René 
gardé par trente gendarmes au château de Ta- 
lent. 

Pendant ce séjour à Dijon, Philippe reprit 
ses manières bienveillantes envers son jeune 
cousin; il lui témoigna beaucoup de joie de le 
revoir, l'admit souvent a sa table avec le chan- 
celier RoIin,et dans leurs fréquents entretiens, 
les principaux points de son élargisse nu ut tu- 
rent arrêtés. Nicolas Rolin, qui ai ail pris René 
en affection*, lui offrit son appui, aussitôt après 
le départ de son maître. 

Le traité commencé à Dijon dans le courant 
de Novembre, ne se termina cependant qu'a 
Bruxelles le 28 Janvier i/j 37. Si René se décida 
« à le conclure, dit Chartier, ce fut a des cou- 
rt ditions telles , qu!ilpajra plus pour échapper 
« des mains de Philippe, qu'il n'eût fait des 
« Anglors. 

Cette rançon fixée à deux cent mille florins 
d'or (*), se composait, en outre, dr la cession 
de plusieurs places, entr'autres des seigneurie - 
de Cassel et de la flotte -aux-Kois qui . Conti- 



ez) Ou quatre cent mille éeus d'or h soixante par mare, à vingt, 
quatre karals cPaloi ( environ deux millions de notre rnolUO 
Baleicourt. P. i"Q. 



0456) DE REKÉ D'ANJOU. 229 

gtiës et enclavées dans la Flandre et l'Artois, 
avaient été réunies au duché de Bar comme 
dot d'une princesse de Flandre. 

René s'obligeait à payer cent mille écus au 
mois de Mai 14^7 ; cent mille à Dijon l'année 
suivante, et les deux cent mille restants, à 
l'époque où il serait entièrement en possession 
du royaume de Sicile. Il donnait pour sûreté de 
ces payements, le sceau de vingt seigneurs de 
Lorraine ou du Barrois, dix d'Anjou ou du 
Maine et dix de Provence; ces gentilshommes 
s'engageaient à se constituer prisonniers eux- 
mêmes dans un des forts de Besancon, de 
Dijon, ou de Salins, si René manquait à sa 
parole. 

On insista vainement pour que les autres 
articles du traité pussent être adoucis, car- 
Philippe demandait encore : 

— « i°. Que René restât dorénavant neu- 
« tre entre les Français, les Bourguignons et 
*< les Anglais; 

« 2°. Que pour cimenter la paix entre ces 
« puissances, Marguerite d'Anjou, deuxième 
« fille de René, épousât le jeune Roi d'Angle- 
« terre, sans préjudice du mariage arrêté entre 
« Yolande d'Anjou et Ferry de Yaudémont 
« (pour lequel le pape avait déjà envoyé une 
« dispense de parenté, le 3 Avril 1 435). » 



'i3o HISTOIRE r 4 " < , 

« 3°. Enfin, le duc de Bourgogne exigeait, 
« que dans le cas où les fils de René mour- 
« raient sans enfants mâles, la Lorraine fût dé- 
« volue à Yolande ou à sa postérité, el qu'en 
* attendant, cette princesse recevrait pour don 
« nuptial une somme d'argent d'une grande 
« valeur. » 

Pendant que des arbitres nommés de pari el 
d'autre discutaient ces amendements au traité 
de Bruxelles, Ilené avait été de nouveau trans- 
féré au fort Bracon, laissant son fils le duc «lr 
Calabre gardé à vue dans la tour de Bar. Mais 
les modifications qif il espérait obtenir , furent 
écartées par l'adresse du comte de\ an démont, 
qui avait su engager le duc de Bourgogne à 
choisir pour conseiller Tbibaud VIII de \eul- 
chatel, chevalier delà toison d'or, son parent 
et son ami. Ce seigneur prenant avec chaleur 
les intérêts d'Antoine, entrava la bonne ¥©- 
lonté du chancelier Rolin, et fit échouer ses 
efforts. ( Thibaud eut lui-même dans la suite 
de violents démêlés avec René, Jean et Nico- 
las d'Anjou ). 

Les tentatives de la régence, soutenues pai 
le chancelier de Bourgogne, ayant été infruc. 

Le père Anselme. Tom. II. Fol. i iSo. — Mathieu de ( ou, v. !h-. 
de Charles VII. Belleforest, Fol. 366. Gaufridi. Lir. VIII. Fol. io-- 
Champier. Chron. tT Australie. V. 71. 



;i456) DE RENÉ D'ANJOU. ^3i 

tueuses, René surmonta sa répugnance person- 
nelle à souscrire aux conditions imposées, 
d'autant plus que les nouvelles d'Italie le for- 
çaient à précipiter la conclusion du traité. Il 
y donna donc son plein assentiment, et le due 
de Bourgogne le déclara libre sur sa simple 
parole, le n Février i{36, en attendant qu'il 
eût le temps de remplir les premières clauses 
de sa rançon (*). 

Mais si René profita de cette autorisation 
pendant quelques mois , il dut rentrer mo- 
mentanément en captivité, puisque le duc de 
Bourbon , le maréchal de la Fayette, Christophe 
de Harcourt, le connétable de Richemont (**) 
et le comte de Vendôme , se rendirent eux- 
mêmes à Rheims, le 18 Octobre, pour se réiir 
nir à Parchevêque Renaud de Chartres, et 
aller ensemble faire ouvrir à ï\ené les portes 
du fort Bracon. Ils arrivèrent à Salins les pre- 
miers jours de Novembre. 

(*) Le ii Février i436, monseigneur de Bourgogne quitte sa foy 
au roi René en V Isle en Flandre. ( Heures manuscrites de René ). 

(**) Le connétable étoit au siège de Criel, ( commencé le premier 
Mai avec Dunois, Poton, La Hire, Lisle-Adam, etc.) quand il 
« reçut Tordre du roi d'aller devers monseigneur de Bourgogne pour 
« lefaict du roy de Secile, lequel estoit compagnon d'armes de 
« monseigneur le connestable; et pour sa délivrance laissa le siège et 
« se hâta de tirer devers monseigneur le duc, qui alloit faire le 
« siège de Calais, et le trouva a St. Omer, et fict tout ce qu'il put 
« pour le rôy de Secile. » 

Mémoires sur l'histoire de France. Tom. VIII. P. 49^. 



3 32 HISTOIBE 

Le 7 du même mois, le chancelier Ptoijjj 
qui les y avait devancés, rédigea et fit signer 
à tous les illustres témoins, l'acte qui déclarai! 
la mise en liberté de René. Comme il élait 
matériellement impossible que ce prince put 
réaliser sur le champ la somme énorme que 
demandait Philippe, une foule de gentilshom- 
mes lorrains s'pffril de nouveau à s'enfermer 
comme otages dans une des tours de Besan- 
con, avec quatre chevaliers chacun, un noifi 
après l'expiration de l'échéance des terme* 
en retard. L'intérêt qu'inspirait René était 
si grand, on était tellement touché de sa j 
tion, que malgré l'embarras de ses finances, 
Charles VII lui envoya vingt mille florins, 
l'évêque de Verdun, huit mille, le prince 
d'Orange, quinze mille ; de simples partie». 
liers de ses états voulurent aussi concourir 
aux premiers frais de sa rançon. 

La joie de René, en s'éloignanfl des monta- 
gnes du Jura, ne fut pas toutefois sans mé- 
lange: il laissait le jeune duc de Calabre, son 
fils, encore détenu jusqu'à nouvel ordre dans 
la tour de Bar. Mais du moins il pouvail se 
livrera l'espérance de le revoir bientôt, et 
étant parti de Bracon le a5 Novembre, il ar- 
riva a Pont-a-Mousson le jour deS.te Catherine, 
accompagné du chancelier Rotin: les primes 



,450) DE REINE D'ANJOU. â33 

de France étaient retournés auprès de Char- 
les VII. 

Après un séjour très court à Pont-à-Mous- 
son, René, le comte de Van démont, l'évêque 
de Metz et Henri de Bar ( fil s naturel du duc 
de Bar ) se rendirent à Lille et furent pré- 
sentés an duc de Bourgogne , le i5 Décembre. 
Le duc de Bourbon, Artus de Richemont et 
plusieurs seigneurs français ne tardèrent pas 
à les y suivre pour ratifier le traité solennel 
de la délivrance du prisonnier royal. René 
retira un heureux fruit de cet honorable con- 
cours ', car le premier Janvier suivant, ayant 
été saluer Philippe et lui offrir ses compli- 
ments de bonne année, ce prince lui remit 
pour étrennes la quittance de deux cent mille 
salutz d'or. 

Philippe voulut profiter de la réunion si 
brillante qu'offrait sa cour en ce moment, pour 
se montrer à ses illustres hôtes dans toute sa 
magnificence. Il les conduisit à Arras , ville 
qu'il affectionnait particulièrement, et y fit 
une entrée pompeuse, entouré des princes de 
France , de René , des ducs de Clèves et de 
Nassau, des comtes du Luxembourg, de Ligny 



Pom Calmet. Totn II. Fol. 79g. 800. Hist. générale de Mel/> 
ÎSoles manuscrites de Dom Calmet. 



'-*34 HISTOIRE [1436 

de St.-Paul , et de plusieurs prélats, parmi les- 
quels l'évêque de Liège parut, dit-on, avec 
deux cents chevaux à sa suite (*). 

Au milieu des fêtes multipliées (**) , Aans 
lesquelles Philippe déployant un luxe inconnu 
aux rois de son siècle , cherchait à faire oublier 
à René les tristes jours de sa détention, ce 
prince en reçut une nouvelle marque d'intérêt 
et de générosité bien propre à le toucher. Kn 
effet, le duc de Bourgogne lui offrit, pour le 
jeune duc de Calabre, la main de Marie de 
Bourbon sa nièce, fdle du duc Charles (21), et 
plein de joie de l'empressement avee lequel 
René acceptait cette alliance, il lui lit eneorc 
la remise de cent mille salutz d'or. {***) 

Ce fut à Pont-à-Mousson que se réunit la 
noblesse de Bar et de Lorraine après le retour 
de René, Ce prince y arriva le 28 Février , 



(*) Dom Plancher place cette entrée le 3i Juillet i43j; m 
lie peut être qu'une erreur. 

(Hist. de Bourgogne, Tom. IV. P. 201 ). 

(**)« A rassemblée de iceulx nobles princes fust monta 
« signe d'amour et d'amitié les uugs les aultres. Le duc Philippe les 
« festoya très honorablement. » 

Monstrelel. Fol. 88. 

(***) Un héraut du duc de Bourgogne nommé FranchccomV -, tut 
alors chargé d'annoncer la paix définitive qui venoit de se conclure , 
« et pour icelle paix, dit Olivier de Lamarche. se firent des feux et 
« danses et les caroles parmy les villes.. Et par les esglises se chau - 
a toit le Te Deum, Laudamus. •> 



(i436) DE REISÉ D'ANJOU. a35 

« afin, ait un vieux titre, et avoir aide de ses 
« estais et adviser de sa rançon et de plusieurs 
« besoignes, » 

Pendant les délibérations de cette assem- 
blée, René fut lui-même chercher son fils à 
Dijon et le ramena en Lorraine. Puis, aussitôt 
que sa nouvelle position lui eût permis de 
satisfaire aux besoins de sa reconnaissance, il 
s'empressa de la signaler envers ceux qui l'a- 
vaient servi avec fidélité et dévouement. 

Philibert et Érard du Châtelet reçurent près 
de douze mille florins du Rhin, soit en argent, 
soit sur les salines de Dieuze. Vinchelin de La 
Tour obtint cinq cents écus d'or, et Henri de 
Bar, la seigneurie de Rosières-en-Haye. René 
acheva aussi de solder la rançon de Jean sire 
de Rodemack; il combla de biens et d'honneurs 
Jean de Thomassin de la ville de Yesoul, qui 
lui avait rendu d'importante services durant 
sa captivité (*). Plein du souvenir de l'intérêt 
que les habitants de Salins lui avaient témoi- 
gné, René leur accorda le privilège de tra- 
verser tous ses états sans être assujettis à 
aucun des péages qui y existaient, ou qui pour- 



Hist. de la ville cle Salins. Tom. II. P. 8- Dora Couderet- Manus- 
crit sur Yesoul. Uoin Calmet. JI. Fol. ^g3 à 853. 

{*) René se l'attacha et l'engagea k le suivre en Provence où il s'é-» 
tablit, 



2 36 HISTOIRE (,456) 

raient y être établis à l'avenir. ( Parmi les 
aulres seigneurs qui obtinrent des grâces ou 
des récompenses, on cile encore Baltliazar de 
Gérente, baron de Moritclar, nommé maître- 
d'hôtel du palais, et le baron de Grasse, cham- 
bellan). 

Pressé de remplir ses engagements, et en- 
traîné par sa générosité naturelle, René n<* put 
se résoudre à réserver comme une ressource 
personnelle, l'argent qu'on lui prétait de toute 
part. Se montrant noble et désintéressé même 
envers ses ennemis, il accorda sans rançon la 
liberté au Damoisel de Commercy, qui tou- 
jours infidèle à ses traités, avait été pris Les 
armes à la main , en Août i436,parla régence, 

Ayant ajouté à ces divers bienfaits une foule 
d'établissements pour 1 indigence (*), el consa- 
cré tous ses moments à donner une mai' lie 
uniforme et stable à L'administration de la 
Lorraine, René, impatient d'offrir au ro 



(*) René avait confirmé le uS Février i.pG. les p 
Tordre de St. Jean de Jérusalem dans tous ses états. Le a8 Juin 
1437, il prit sous sa protection spéciale , les hôpitaux et maisons de 
léproserie et maladeries , avec sa loyale Jenvne la 
chesse. 

IJ régla ensuite cette même année, ce qui concernait ces divers 
établissements, leur assigna des fonds, et ordonna entre autres, 
qu'on veillât au choix d'un bon gouverneur pour H.opitalSt. Julien 
de Nancy, destiné à servir d'asile aux pauvres vieillards iDfirmes. 

( Manuscrit de M. Noëk 



(.,430) DE RENÉ D'ANJOU. &*] 

France le jus le tribut de sa gratitude , se déroba 
aux magnifiques fêtes préparées en Lorraine à 
l'occasion de son retour, (entr'autres celle an- 
noncée à Metz pour le 3 Juillet ). Suivi de la 
fleur de ses chevaliers, il quitta Nancy vers la 
fin de l'hiver et se rendit à Tours où Charles 
VII se trouvait alors. 

Peu de temps après 5 prenant congé de ce 
monarque, René continua sa route et arriva à 
Angers où l'attendaient de nouveaux témoi- 
gnages d'intérêt et d'allégresse, qui s'augmen- 
tèrent par une circonstance doublement heu- 
reuse. 

Malgré les contradictions des historiens du 
temps , il paraît que les fiançailles de Jean 
d'Anjou et de Marie de Bourbon (*) furent cé- 
lébrées en cette ville, dans le courant du mois 
d'Avril. (22). 

Le duc de Calabre, alors âgé d'environ dix 
ans, avait , ainsi que son père, annoncé une ap- 
titude tellement précoce, que déjà tout faisait 
présager en lui les vertus et les rares talents 
qui le rendirent céîèbre. Henri de V ilîe avait 



(*) Chartier prétend que ce fat à Moulins. 

« Si voulust le duc Philippe que le dict duc René, mariast sou 
aisné le duc de Calabre à la fille du duc de Bourbon, et en fureut. 
« faictes les nopces a Moulins en Bourbonnoys, et là y eut moult 
« grandes festes et y estoit le roy de Secile en personne. » — On a 
écrit aussi que ce mariage eut lieu à Nancy. 



a38 HISTOIRE 1456] 

le premier présidé à son éducation , niais ce 
prélat étant mort pendant la détention de son 
jeune pupille à la tour de Bar, René choisit 
pour lui succéder Jean Manget, prêtre savant 
et d'une vie exemplaire (23). Plus tard, il lui 
adjoignit, en qualité de gouverneurs, Nicolas 
d'Haraueourtfqui, chanoine de Metz et dcToul, 
jouissait d'une réputation qu'il ne sut pas con- 
server dans l'épiscopat)- Jean deLalande 
jurisconsulte provençal très éclairé; Antoine 
de La Salle (ingénieux auteur du naïf Roman 
du petit Jean de Saintré, et d'un ouvrage 
intitulé la Sallade qu'il dédia à son élcVe 
enfin, l'illustre Palamêde de Forbin, qui dès 
sa jeunesse s'était attaché au duc de Calibre. 
René passa quelquejours auprès de sa mère, 
( dont la résidence habituelle était Le château 
de Tucé près de Saumur ); il visita ensuite 
les principales villes de l'Anjou, y recul Leur 
serment de fidélité, rétablit partout Faction du 
gouvernement et demeura jusqu'au mois de 
Novembre dans cette riche portion de ses états ; 
il aurait peut-être memecédé aux vœux que lui 
exprimaient les Angevins de 1} posséder plus 
long-temps , si sa présence à Naplcs n'avait 

(Chartier. P. 194. — BelleforesL loi. 36G. — Ansa , 
3o5. — RufFi.IIist. des coiulcs de Provence: Abri . ;< 
Lorraine. loin. II. ) 



(1457) DE RENÉ D'ANJOU. ^9 

été impérieusement réclamée, surtout depuis 
la prise de Gaéte par le roi d'Aragon. 

Les premiers sucées de Witteleschi avaient 
promis à Isabelle un défenseur loyal et intré- 
pide , et pleine de confiance dans ses intentions , 
elle l'avait initié à tous les secrels de l'étal ; 
mais, au moment où elle comptait le plus sur 
lui, ce perfide l'abandonna lâchement, et lui 
fit perdre par sa défection des avantages ob- 
tenus avec tant de lenteur, d'efforts et de 
difficultés. Naples devint bientôt la seule ville 
où cetle Princesse put espérer de se défendre; 
aussi redoublait-elle ses instances afin que René 
ne tardât pas à l'y joindre. 

Ce Prince résolut alors de se rendre en Pro- 
vence, sans repasser par la Lorraine dont il 
confia le gouvernement aux évêques de Metz 
et de Verdun, et à Érard du Châtelet. 

Il était loin sans doute de prévoir l'effet 
d'une mesure qui devait souverainement dé- 
plaire au comte de Vaudémont. Antoine s'était 
flatté que son fils Ferry serait proclamé régent 
de Lorraine pendant l'absence illimitée de 
René , et qu'il aurait lui-même la direction de 
toutes les affaires. Regardant comme une nou- 
velle atteinte à ses droits la décision qui l'en 
éloignait, ses anciens ressentiments se réveil- 
lèrent; il ne pardonna pas à René ce manque 



240 HISTOIRE ',- : 

de confiance, et ne rêva plus qu'aux moyens de 
se venger, d'exciter des dissentions civiles, 
ou d'entraver les actes des dépositaires du 
pouvoir. 

Ce fut au milieu de cet état de fermentation 
dont on lui cacha probablement la cause, qno 
René s'éloigna du berceau de ses jeunes années , 
se sépara de ?es amis et de cette France «jni 
lui était si chère, pour confier à dt nouveau* 
hasards une carrière déjà signalée par tant 
d'agitations, de malheurs et de vicissitudes 



FIN m LIVRE SECOND 



(1457) DE RENÉ D'ANJOU. 24 1 



LIVRE TROISIEME. 

Depuis l'arrivée de René en Provence, jusqu'à son 
retour de Naples et au mariage de Marguerite 
«l'Anjou. 

De 1437 à 1446. 



ia«.-<c>®<e 



I. Trop de vœux appelaient René depuis trois 
ans entiers, dans une contrée dont il devait 
être l'idole un jour; il savait trop lui-même 
combien la Provence élait chère et dévouée à 
la maison d'Anjou, pour que ses premiers pas, 
en s'éloignant du centre de la France, ne fus- 
sent pas dirigés vers des nouveaux sujets, dont 
le ravissement tint presque du délire à la 
seule annonce de sa prochaine arrivée. 

Dès que ce prince ( qu'on suppose s'être 
embarqué sur le Pihône avec toute sa suite), 
eût abordé le territoire d'Arles, l'imagi- 
nation expansive des habitants du Midi s'ex- 
halta à la vue d'un souverain à la fleur de 
l'âge, dont la bonté si connue, le caractère 
chevaleresque, le goût pour les arts, l'exté- 
rieur affable, noble et gracieux, présageaient 
le règne le plus fortuné. René était d'ailleurs 

TO^ÎE I. l6 



•ifa HISTOIRE 

frère d'un monarque qu'on pleurait encoi 
On savait qu'il était père de quatre enfants de 
la plus belle espérance.. On le voyait à peine 
échappé aux dures épreuves d'une longue 
captivité... Que de motifs pour faire naître cel 
enthousiasme dont les provençaux sont peut- 
être pl*us susceptibles qu'aucun autre peuple'.. 
« Aussi, dit un de leurs écrivains du M 11 
« siècle, les rayons du jour naissant n'ouvrent 
« pas si doucement le sein des fleurs, que 
« le premier aspect de cet astre hienfaisml 
« fit épanouir les affections de nos âmes. » 

Débarqué à Arles le 7 Décembre i43?j Ré- 
né y fit son entrée le même jour et fut 
conduit au palais des anciens comtes, (bâti, 
dit-on, sur les débris de celui «les empereurs 
d'Orient), au» milieu d'une affluence < 
ordinaire de peuple, et entoure ' 5 che- 

valiers lorrains ou angevins dévoués h sa for- 
tune. On retrouvait parmi eux des Lenoocourt, 
Beauvau, Haraucourt , Thomassin , Valori , 
Remerville, les trois frères, Eustachc, Louis 
et Jean du Bellay (*). 

La ville favorite de Constantin et des Ro- 

Chvonique de Provence. Fol. 600. 6ox — Gaufriili. Ici. 3oS. - 
Honoré Bouche. Tom. II. Fol. 445. - Bonchc avocat. Tom. I». P 
^ 3. _ Arcs triomphaux. P. 4;- 

(*-)« S'il fallait s'en rapporter à C. Nostradauus , Kcr.c >c sciait 
« d'abord arrêté à Tarascon avec son fils Jean d'Anjou et Marie <1> 



, ,> DE RENÉ D'ANJOU. 2^3 

mains, (*) ( à laquelle René accorda une am- 
nistie générale pour les excès auxquels ses 
habitants s'étaient portés envers les commis- 
saires conservateurs des Juifs ), vit bientôt ar- 
river dans ses murs, « une si grande quantité 
« de provençaux, affamés de voir leur souve- 
rain 9 » dit Galaup de Chasteuil, que René 
ni son fils ne pouvaient se montrer sans être 
presque étouffés par la foule qui se précipitait 
sur leur passage. Oubliant que le prince dont 
ils célébraient le retour, était accablé de det- 
tes énormes , et allaite ire obligé de conquérir 
son royaume les armes à la main, les Arlésiens 
cessant toute espèce de travaux, dépensèrent 
alors en fêtes de tout genre, un argent qu'ils 
auraient pu sans doute employer d'une ma- 
nière plus utile, si l'excès de la joie permet- 
tait quelque réflexion. Pendant plusieurs 



a Bourbon. Là, tous les gentilshommes, barons et prélats de Pro- 
« vence, dit l'historien, se trouvèrent en très bel ordre, et en fort 
a riches équipages pour le recevoir condignement, et leur offrir 
« toute sorte d'obéissance et de service. » 

« Mais ce témoignage est démenti par tous les autres historiens. 

(*) Le 9 de Décembre, Michel Demandolx, notaire et secrétaire 
royal, reçut dans le pa'ais archiépiscopal d'Arles le serment de René 
et de Bertrand d'Arpazon ( grand prieur de St. Gilles), d'observer 
la transaction passée le vendredi après la fête de la Madelaine 1262, 
entre Charles d'Anjou et Guillaume de Barras , grand commandeur, 
touchant les privilèges et droits de l'ordre de St. Jean de Jérusa- 
lem. Guillaume de Videcomis, archevêque d'Aix, et Bertrand de St. 
Martin, évêque de Fréjus y furent présents. 

l6* 



s>-44 HISTOIRE . 

jours, « on ne vit, dit-on, k Arles, que dan- 
« ses, festins et mystères, tandis qu'on y en- 
ce tendait sans discontinuer des décharges d'ar- 
ec tillerie , confondues avec le son des clo- 
« ches et une musique perpétuelle. » Il est vrai- 
semblable qu'on y donna aussi k René une re- 
présentation d'un combat de taureaux , sorte 
de spectacle qui atteste encore l'ancien séjour 
des Romains (*). 

Le clergé ne se montra pas le dernier à 
signaler l'allégresse répandue dans tou> les 
cœurs. Le vénérable archevêque d'Arles, Louis 
d'Allemant(**) cardinal de S. le Lucie, ordonna 
une procession générale qui parcourut toute 
la ville en portant les reliques de ses pre- 
miers éveques, St. Césaire et St. Honorât. 
Cène fut pas toutefois à de stériles arclama- 



Fitton. Annales cTAix. — Fapon. Tlist de Provence. Tom. III 
P. 43 9 . — Rufli. Ilist. de Marseille. Fol. -\. 

(*) Il paraît que les combats d'animaux étaient un dos spectacle- 
les plus communs de ce temps. Louis II les aimait beaucoup, et L'année 
de son mariage (le 27 Mai 1 joo) il lit battre un liou ,-nec un taureau, 
dans la cour de l'archevêché d'Arles. I e 10 Août \\«\. se trouvai t 
encore à Arles, il voulut voir aux prises le môme lio n contre un b, - 
Mer. Celui-ci fit fuir son redoutable adversaire, après lui av> 
né plusieurs coups de cornes, et en faveur de cet c\ploit. 1er i 
]e fit porter au palais pour Vy nourrir. 

L'usage d'élever toujours un lion a Arles aux dépens du roi. exis- 
tait encore dans cette ville en i^53. ( Ou sait que ses armes sont un 
lion ). 

(,**) Il avait été nommé archevêque d'Arles on 1+21, et il moanl 
en odeur de sainteté k Salon, le 16 Septembre 14J0. 



G45 7 ) DE REINE D'ANJOU. 'M^ 

lions, à des réjouissances pieuses et profanes, 
que se bornèrent alors les Provençaux. Malgré 
la misère, l'épuisement de toutes les classes, 
et les dépenses auxquelles on venait de se li- 
vrer, une somme de cent mille florins d'or 
( environ neuf cent mille francs de notre 
monnaie ), tïit offerte au prince comme un 
gage de l'affection de ses peuples du Midi, 
jaloux de contribuer à la fois aux frais de sa 
rançon, et au recouvrement du royaume de 
Nâples. 

En quittant les riches plaines que le Rhône 
fertilise , René se rendit à Aix où il arriv ' /A le 1 3 
Décembre. 11 reçut aussitôt les états du comté, 
convoqués dans le grand Tinel (*) du palais, 
et fut supplié d'accepter en monnaie courante 
la somme de cent mille florins votée à Arles, et 
qu'on venait d'emprunter à divers marchands 
ou particuliers, afin de la réaliser plus vite. 
Ayant promis de revenir au bout de trois jours, 
le roi partit, le i5 Décembre, pour Marseille' 
où son entrée dans cette florissante cité fut 
un véritable triomphé.* 

Charles de Poitiers, gouverneur de Pro- 
vence, l'accompagna à l'abbaye de St. Victor, 
que Louis II d'Anjou habitait ordinairement 

(*) Grande salle qui servait de réfectoire. On appelait aussi Tine 
lacour Pleniére tenue par le prince. 



24^ HISTOIRE (i43 7 ) 

pendant son séjour à Marseille; il s'assit alors 
sur le trône qu'on lui avait préparé dans une 
des vastes salles de cet antique édifice, ef 
devant les prélats, les barons et les princi- 
paux habitants, il jura, sur les évangiles, 
d'observer religieusement les privilèges de la 
ville. Il fît ensuite approcher les syndics qui, 
tête nue, et en grand costume , prêtèrent le 
serment de foi et de fidélité. 

Un immense concours de peuple pénétrant 
dans la salle des états, exprima aussitôt à 
grands cris, le désir de participer à la même 
favt 4r. Surpris à. l'aspect de cette nombreuse 
population qui se pressait pour le voir, et touché 
surtout de la manifestation de ses sentiments, 
René donna l'ordre que chacun eût à l< \< i 
la main droite en signe d'hommage... La - 
acclamations redoublèrent, tous les assistants 
confondirent à la fois leurs voeux, leurs pro- 
messes, et le monarque put juger avec 
abandon les Marseillais se livraient à lui. 

Des fêtes magnifiques suivirent cette mén 
rable journée. 

L'accueil qui attendait René dans la ville 



Robert, État de U noblesse Je Provence, loin. III, 1 
tionnaire des hommes illustres de Provence, Tom. II. Bouche 
Tom. I e '-. Fol, 40 |. Ruffi. Ilisl. de Marseille. Fol. a6c>. Archives 
de rhôLel de ville, loi. 53. DégIy,Tom. III. P. iS» 



1 43 7 ) DE RENÉ D'ANJOU. 2^7 

de Sextius, où, selon sa promesse, on le revit 
le 17 Décembre, présenta une particularité 
assez curieuse: au milieu des diyertissemenïs 
de tous genres qui s'y succédaient, le chapitre 
de la métropole d'Aix , par une galanterie 
en harmonie avec les mœurs du XV e siècle, 
offrit à son souverain l'insigne titre de cha- 
noine d'honneur. René l'ayant accepté, la 
cérémonie de la réception eut lieu le même 
jour à la basilique de St. Sauveur (*). 

Amé ou Ammo de Nicolaï , archevêque 
d'Aix, y officia pontifïcalement en présence 
de Raymond d' Agonit, comte de Sault ( l'un 
des plus fidèles partis ans de Louis II ) , 
d'Arnaud de Villeneuve (1), baron de Trans, 
dit le grand capilaine, armé chevalier par 
Louis III d'Anjou , sur le champ de bataille 
d'Aquila) , de Bertrand de Grasse, sire de Bar, 
(2) gouverneur ou viguier de Marseille, ( le 
même qui , à la tête de dix bandes provença J 
les, avait marché contre le rebelle Raymond 



(*) Cet usage singulier se retrouve de temps immémorial dans nos 
annales, et les princes les plus puissants, les rois mêmes, n'avaient 
pas dédaigne une pareil'c distinction. 

On sait que les ducs de Bourgogne étaient chaiipines d'honneur 
de St. Martin de Tours. Hugues IV, l'un d'eux, âgé de six ans, en 
12 18 , n'ayant pu être encore reçu, Alix de Vergy , sa mère e t sa tu- 
trice fut admise a le représenter, et revêtue de L'habit, elle donna le 
baiser de réception à lout le chapitre. 



2 4$ HISTOIRE .-, ;> 

de Turenne ), de Balthazar de Gérente, de 
Bertrand deBeauvau, grand maître de l'hôtel , 
et de beaucoup d'autres chevaliers. 

Introduit dans le chœur de l'antique ca- 
thédrale, René déposa son épée, couvrit sa 
cotte d'armes du surplis de chanoine, endossa 
Faumusse et jura sur les livres saints de veil- 
ler à la conservation des privilèges de cette 
église et de les défendre toute sa vie (*). 

Le reste du séjour de René à Aix fut signale 
par l'arrivée d'une foule de députât ions des 
villes voisines (**), qu'il accueillit avec une 
rare bonté, en leur accordant les diverses 
demandes qu'elles lui présentèrent. Il rendit 
aussi à cette époque, un grand nombre d'or- 
donnances dont le souvenir s'est perpétué en 
Provence comme un témoignage irrécusable 
de son amour pour ses peuples, et de la pé- 
nétration de son esprit qui savait embrassa 
tous les détails. 

On retrouve également dans ses actes ad- 
ministratifs, dont la justice faisait la base, une 

(*) « Une délibération du chapitre , porte que le G du i 
« jour où Ton bénissait les raisins , le noble chanoine d'honneur Reiu 
sera régalé tics meilleurs qu'on pourra trouver. » 

(**) Pendant son séjour h Aix, René reçut le serment de : 
des dérutés de la ville d'Api, qui lui l'uivnl pn se 
gneur de Sault. Il leur accorda la permission de Iransf) 1 1 
franclie de St. Michel , au jour de ta fêle de St. Klitrar de Sabrau dont 
ils possèdent les reliques. 



( 1 458) DE RENÉ D'ANJOU. a4o 

nouvelle preuve du penchant de René vers 
cette clémence sans bornes qu'il eut occa- 
sion de montrer peu de temps après son re- 
tour à Marseille. 

Un jeune juif nommé Asturge Léon ( le 
même dont il sera encore question et qui pé- 
rit tragiquement en i^S ), fut accusé par la 
voix publique et par un grand nombre de té- 
moins, d'avoir vomi d'atroces blasphèmes con- 
tre la mère du Sauveur; arrêté aussitôt après 
ce crime, livré entre les mains de la justice, 
lui-même s'attendait à un châtiment exem- 
plaire; néanmoins le tribunal suprême d'Aix 
devant lequel Asturge comparut, crut devoir 
user d'indulgence, sans doute en considération 
de l'âge du coupable, et ne le condamna qu'à 
cent livres d'amende. 

Un jugement aussi peu proportionné à un 
délit alors en horreur, produisit une telle ru- 
meur chez les habitants de la ville et surtout 
parmi le peuple, que traitant de prévarication 
l'arrêt rendu par la cour souveraine, ils an- 
noncèrent le projet de sacrifier, sans pitié, 
tous les juifs à leur indignation. Epouvantés 
de cette menace que l'eifet devait suivre de 
près, ces malheureux s'enfuirent précipitam- 
ment à Pertuis, petite ville sur les bords de la 
Durance , où ils possédaient une Sinagogue. 



i5o HISTOIRE 

Mais on les y poursuivit avec un tel achar- 
nement, que les sindies eurent besoin d'em- 
ployer tous leurs efforts pour empêcher un 
massacre général. Pendant ce temps le reste 
du peuple d'Aix , pillant les- maisons juives 
en brisait les meubles, y mettait le feu, et 
se livrait aux plus coupables excès. 

Ce fut avec un profond chagrin que René 
apprit cette émeute qui pouvait produire 
un soulèvement en Provence. Aussi, ^em- 
pressant de détruire le mal dans sa source . 
il transféra à Marseille le conseil éniineni 
qui résidait à Aix, et infligea ainsi une pu- 
nition éclatante à ses habitants: Son amour 
pour la justice le guida bien plus sans doute 
dans cette mesure de vigueur, que tes sollici- 
tations intéressées de son médecin qui, dit-on . 
était juif. 

En enlevant à Aix le tribunal suprême (3 , 
que Louis III y avait institué en i4 2 1 ? comme 
une récompense de l'honorable conduite de sa 
capitale, René proclama une amnistie pleine < I 
entière pour les habitants qui s'étaient lais* - 
entraîner dans la sédition ; la tranquillité lut 
aussitôt rétablie. 

Ce prince revenu à Aix le 8 Janvier i .{38 ,pul 
juger du salutaire effet de cet acte de 9é>< 
qu'il révoqua après son départ de Provence 






(,438) DE RENE D'ANJOU. a5i 

Informé aussi qu'un grand nombre d'abus 
s'étaient glissés durant l'absence de son frère 
et depuis sa mort, il annula tout ce que ses 
ministres avaient décidé de contraire aux li- 
bertés et aux privilèges de cette province. 

Pendant son séjour à Marseille, René accorda 
à cette intéressante ville, plusieurs droits im- 
portants, entr'autres celui de la franchise 
illimitée de son commerce. Il voulut égale- 
ment récompenser les Provençaux dont la 
fidélité et l'attachement envers sa personne 
avaient éclaté d'une manière plus particulière. 
( On cite parmi eux Louis de Bouliers, au- 
quel il donna la terre de Beaumont; Vidal de 
Cabanis, qui obtint la baronnie de Puyricard, 
et les frères Antoine et Monet Fabri ( de la 
ville d'Hières ), auxquels René était redeva- 
ble, il est vrai, de plusieurs sommes considé- 
rables ). 

II. Au milieu de tant de soins bienveillants, 
René reçut à Marseille les ambassadeurs du 
pape Eugène IV et du Doge de Gènes, qui 
l'envoyaient féliciter sur sa sortie de prison, 
Ce dernier, en l'engageant a s'arrêter dans ses 
états avec son fils, quand il se rendrait à Na- 



Bouchc. Tom II. Fol. 456. Chronique de Provence. Fol. 71 



232 HISTOIRE 

pies, lai offrait en même temps des vaisseaux 
pour l'y transporter. 

La république de Gènes était alors gouver- 
née par Thomas de Campo-Frégoze (ou de I k 
goze ) (4), qui s'étant déclaré en faveur du 
roi Louis III, en 1420, avait repoussé l'entre- 
prise d'Alphonse d'Aragon contre l'Ile de Corse- 
Devenu dans la suite l'ennemi du duc de Mi- 
lan, qui défit son armée, Frégoze abdiqua la 
suprême magistrature. 

La république ayant accepté la protection 
de Philippe Visconti, agit pendant quelques 
années d'après l'impulsion de ce prince, ainsi 
qu'on a pu le voir par les secours qu'elle 
donna aux partisans de la maison d'Anjou. 
Mais la conduite du duc de Milan à l'égard du 
roi Alphonse, son prisonnier, blessant L'amoui 
propre et la fierté des nobles Génois ils rap- 
pelèrent l'illustre Frégoze et le réélurent par 
acclamation, en i436, au moment où René 
venait de recouvrer la liberté. 

Exprimant sa reconnaissance aux amba 
deurs de la cour de Home, le prince angevin 
chargea les députés du Doge d'assurer leur 
maître de son désir de le connaître , et de 
l'informer qu'il acceptait de grand cœur set- 
offres obligeantes. 



(i458) DE RENÉ D'ANJOU. ^53 

Feu de temps après, ( vers le i er . Avril Q), 
une flotte génoise de sept galères, entra dans 
le port de Marseille, et René, laissant en 
Provence Marie de Bourbon et Marguerite 
d'Anjou, s'embarqua avec le duc de Calabre 
à la vue de tout un peuple qui lui prodiguait 
des témoignages irrécusables d'affection et de 
regrets : la nef royale était commandée par 
Jean de BaussetfSj: le reste de l'escadre com- 
posé de douze vaisseaux, mit également à la 
voile, le même jour, pour Gènes, où elle arriva 
par le vent le plus favorable. 

René descendit au palais de Lamba, et les 
bonneurs dont on l'y combla lui prouvèrent 
le prix que les Génois attachaient à son al- 
liance. 

Des fêtes multipliées ayant retenu ce prince 
quinze jours entiers dans cette cité, justement 
nommée la superbe, il y contracta avec Thomas 
de Frégoze une liaison intime, fondée bien plus 
encore sur des rapports de goût, de caractère 



(*) On dit aussi le 8 ; le 1 3 ou même le i5. 

( Dégly III. P. 457. Bouche. Fol. 456. Tom. II. Gaufridi. Fol. 
3o8. Chronique de Provence. Fol. 610. ) 

( Hist. d^spagne. Jean de Ferreras. Tom. VI. P. 44 2 - Id. P al 
le père Mariana. P. 33o. Art de vérifier les dates. Fol. 8;5 Hist. du 
royaume de Naples. Tom. III. P. 457. Dom Calmet. Tom. II. Fol. 
826. Gaufridi. Fol. 3o8. ) 



2&4 HISTOIRE (1458 

cf d'esprit, que sur des vues d'ambition, ou de 
politique (*). 

S'étant remis en mer à la fin d'Avril, René 
aborda en vue de INaples, le Lundi , 9 Mai i438 . 
avec douze galères , quatre galiotes et deux 
forigantins. 

Le Jeudi suivant, (12 Mai, ou le 19, selon 
Mariana), vers le milieu du jour, mon lé sur un 
destrier blanc richement caparaçonné, revêtu 
de ses habits royaux, portant la couronne sur 
sa tête et le sceptre d'or à la main, Le roi de 
Sicile entra dans sa capitale au milieu d'une 
population entière qui faisait retentir l'air de 
mille cris de joie ; mais rien n'égala les ac- 
clamations dont les Napolitains saluèrent ce 
prince, le même soir, en le voyant à cheval, 
avec ses deux fils, parcourir lentement les prin- 
cipales places de la ville, adressant à chacun 



(*) Dom Calraet prétend toutefois, que René éprouva des dillicul 
tés pour pouvoir sortir de Gènes, et que Je i3 Avril i |3S ,il fut obli_ 
gé de confirmer les privilèges^ et les libertés de cette république. 
Nous ignorons sur quel fondement s'appuie le savant bénédictin, 
et ce qui aurait pu occasioner une pareille demande de la part de- 
Génois. Mais il paraît certain que René fut comblé d'égards et «le 
prévenances pendant tout son séjour parmi eux, et uneharn. 
parfaite régnait entre ce prince et Thomas de Fregoze. que ce di 1- 
nier lui donna son propre frère pour raccompagner dans son 
dition. 

Hist. de Lorraine. Tom. II. Fol. ScS. 



(,458) T)E RENÉ D'ANJOU. a55 

des paroles de bonté, et témoignant la satis- 
faction intérieure qu'il ressentait (*). 

Dans cette journée mémorable, où Ton 
s'abandonnait aux plus douces espérances , le 
nouveau monarque donna, de sa main, l'ordre 
de la chevalerie à vingt-six seigneurs choisis 
parmi les plus illustres par leur naissance, et 
par leur fidélité a la maison d'Anjou. 

René, au sein d'une ville où l'éloge de 
Louis III , de son père et surtout d'Isabelle 
son épouse, était encore dans toutes les bou- 
ches, aurait pu croire ne s'être point éloigné 
de la Provence, de l'Anjou ni de la Lorraine. 
Il y vérifiait d'après lui-même une de ses 
maximes favorites, « que l'amour envers les 
« bons princes, est le plus sûr héritage pour 
« leurs descendants. » 

On n'ignorait point non plus, àNaples, la 
haute valeur déployée par René dans la guerre 
contre les Anglais; plusieurs chevaliers na- 
politains qui l'accompagnèrent avaient rap- 
porté fidèlement ce qu'ils connaissaient de sa 
justice et de sa loyauté. La douceur des ma- 
nières de René, l'affabilité de ses paroles ache- 
vèrent tellement de lui gagner tous les cœurs, 



(*) Une foule immense le suivoit^ dit un vieil historien, avec inH- 
« nis sons, des incroyables applaudissemens et des démonstrations 
a singulières d^un exquis et merveilleux contentement. » 



^56 HISTOIRE i ;v 

qu'on « le regardait, disent les historiens, comme 
» un ange descendu du ciel. » 

De son côté, combien devait être chère aux 
yeux d'un prince nourri de l'étude de l'his- 
toire et de l'antiquité , sensible au charme des 
merveilleux effets de la nature, la capitale 
d'un royaume où tous les souvenirs d'une grande 
nation se pressent pour ainsi dire à chaque 
pas? Avec quelles délices, réuni à la reine el ;| 
ses enfants, devait-il parcourir des lieux em- 
bellis à la fois par une terre féconde, un ciel 
enchanteur et la magie de tant de traditions 
fabuleuses ou historiques? Là, c'était l'heureuse 
Campanie , ( la Campagne ttoilée des an- 
ciens), dont les regards de René embrassaient 
la vaste plaine et les riants coteaux. Ici, le roi 
Robert (l'un de ses prédécesseurs dont il Mue- 
rait le plus la mémoire), accueillit Pétrarque 
écoula la lecture du poème de l'Afrique, et 
assis auprès du tombeau de Virgile, sous l'om- 
brage du laurier planté par l'amant de Laine- 
se dépouilla de son manteau royal pour en 
décorer le poète que la couronne attendait au 
Capitole.... A chaque nouvel objet qui frappait 
sa vue, dans les églises, les palais et les rues 
de Naples, René retrouvait aussi des souvenirs 
chers à sa famille : le nom du frère de St. Lou is . 
( le vainqueur sévère de Maiiïfroi et de Con- 




l/ue> du uOsUUà deé i) raiceJ cl\Astiou a //t 



( doô te J cdais de la Heure Jeanne .) 



<//< 



Li/A. de Lancj/um.e 



(i438) DE RENÉ D'ANJOU. o^*j 

radin, dont le tombeau existait en eettc ville) 
y était surtout rappelé par unetbule de monu- 
ments précieux. Noble destinée de la France 
qui se glorifie d'avoir donné des souverains à 
la plupart des contrées de l'Europe, depuis 
Byzance, Jérusalem', et Chypre, jusqu'à Rome, 
Naples et l'Espagne!.. 

Quel plus imposant tableau pouvait émou- 
voir l'imagination de René, que celui du palais 
de la reine Jeanne, rempli d'images tragiques 
dans l'intérieur, mais d'où l'on découvrait en 
entier la ville appelée noble et gentille entre 
toutes les capitales, et dont le nom de Parthé- 
nope ou Syrène n'exprime qu'imparfaitement 
encore tous les enchantements!... délicieuse con- 
trée, où. l'air voluptueux et parfumé qui anime 
la poésie et les arts, porte à l'indolence un 
peuple que le travail rendrait malheureux , 
mais auquel la nature déroule avec profusion 
ses trésors!.. Au milieu des campagnes en ruine 
des anciens romains , où tant de sta(ues de 
marbre attestent à tous les âges leur opulence, 
leur luxe et leur goût, les yeux errent tour à 
tour sur la mer paisible de la molle lonie, et 
vers cette montagne d'où s'élancent des gerbes 
de feu, des torrents de fumée, des ruisseaux 
de lave, objet d'admiration pour les voyageurs , 

sans en être un d'effroi pour ses tranquille $ 
tome i. 17 



^5« HISTOIRE i458] 

voisins. Là , le Cygne de Mantoue repose auprès 
des lieux dont il a immortalisé le nom... Ici, 
Pline a été consume par les flammes, comme 
une noble victime delà science... Plus loin, la 
Tour de la Patrie indique le tombeau de Sci- 
pion , et les bords de Misène rapellent à la 
fois les pleurs d'Agrippinesur la mort de Ger- 
manicus , et le deuil de l'illustre veine de 
Pompée!.. 

Mais, ni cetle mollesse contagieuse que le 
climat de Naples communique à ses habitant-. 
ni les distractions séduisantes de ce séjour , 
n'empêchèrent René de se livrer aux travaux 
qui lui étaient imposés. Jaloux d'affermir son 
autorité et d'accroître une renommée dont il se 
sentait digne, il s'entoura de la plupart des per- 
sonnes dont les talents lui furent signalés, et 
particulièrement des vieux guerriers qui de- 
vaient le guider dans les expéditions auxquelles 
il se préparait. Il s'attacha surtout le valeureux 
Jacques Caldofa, ( nommé duc de H.urv pai 
Louis III ), le capitaine Micheloito , qui luj 
amena mil le chevaux, et Michel Alteudelo quj 
avait déjà rendu d'importants services a la 
reine. 



Hist. du royaume de Naples. Tom.WII. P. jfrç. Dom ( nlmcf 
I. Fol. 8 6. Art de vérifier les dates. Fol 90 \. 



Y438) DE T\ENË D'ANJOU. a5(J 

Ce fut avec le premier de ces habiles chefs 
que René médita le plan de sa prochaine cam- 
pagne. Il le consulta sur l'esprit des diverses 
provinces, sur leurs ressources, et sur les 
positions militaires qu'elles offraient; puis, il 
réunit ses troupes à Naples, en fit la revue 
exacte, pourvut à leurs besoins et exigea d'elles 
la plus sévère discipline; il exerçait en même 
temps chaque jour, en personne, la jeunesse 
napolitaine au maniement des armes. 

Ilf. Cette vigilance et cette activité étaient 
d'autant plus nécessaires qu'il paraissait daus 
la destinée de René d'avoir toujours pour com- 
pétiteurs des princes puissants, courageux et 
pleins d'expérience. On l'a déjà vu lutter avec 
infériorité contre le vaillant Antoine de Lor- 
raine; subir ensuite la volonté absolue du dre 
de Bourgogne; enfin , à Naples , le nouveau rivai 
que la fortune lui opposait semblait précisément 
celui qui pouvait le plus balancer les avantages 
de sa position, et l'attachement des Napolitain* 
à sa famille. (6) 

Justement célèbre par la supériorité de son 
esprit, par sa valeur, et par sa rare instruction, 
Alphonse avait les manières les plus sédui- 
santes ; son éloquence subjuguait ses enne- 
mis mêmes, et excepté la franchise, il était 
orné des qualités attachantes qu'on aimait à 



2Ô0 HJSTOIIŒ 

trouver dans René. Mais si le prince angevin 
n'avait d'autres guides que la droiture el la 
loyauté, tous les moyens convenaient à l'ara- 
gonais pour parvenir à son but. Adversaire 
d'autant plus dangereux qu'il n'eût pas craint 
d'employer la mauvaise foi, lorsque René, rou- 
gissant à l'idée de la fraude, eût sacriiié laiw 
balancer ses droits légitimes , plutôt que de 
commettre une action incompatible avec l'hou- 
neur. 

L'histoire a montré Alphonse caressant ou 
excusant tour à tour les caprices, les erreurs, 
l'inconduile de Jeanne II, et payant ensuite sa 
bienfaitrice d'une noire ingratitude aussitiH 
qu'il n'eut plus d'inlérét k la ménager. Posses- 
seur de vastes états; surnommé le jage à came 
de sa circonspection, et le t&agruwitne j om 
son penchant à une générosité qu'il pomail 
satisfaire sans épuiser ses trésors j habile à saisi i 
les fils les plus déliés de l'intrigue, ce prince 
répétait souvent: « qu'on ne réussis-ait jajnais 
« que par la diligence et la diversion. ■ Per- 
suadé « que les espions sont les yeux et les 
« oreilles d'un général d'armée, » il enavai; 
pour ainsi dire une légion à sa solde .et dai. 
sa prudente temporisation, il se plaisait aussi 
à redire: « que se mettre k l'abri d'être vaincu . 
« c'est commencer à vaincre: » 



(,458) DE RENÉ D'ANJOU. 281 

Le peuple de JNaples ne s'était cependant 
jamais habitué à voir son souverain dans le 
roi d'Aragon: la haute noblesse de cette ville, 
affectionnée à Louis II et à Louis III, n'avait 
également subi qu'avec répugnance le joug du 
favori de Jeanne ; aussi, la crainte de retomber 
sous sa domination attachait plus fortement 
encore les Napolitains à René, prince vertueux, 
tout entier à ses devoirs , et qui annonçait la 
Terme résolution de défendre les droits com- 
muns , les armes à la main. 

Parmi la foule de gentilshommes qui se 
dévouèrent à sa cause, René distingua quatre 
jeunes frères (Othon, Octave, Trajan et Ciar- 
letto Carraccioli, dont le premier avait prêté 
généreusement trois mille écus d'or à la reine 
Isabelle). Le monarque leur accorda une con- 
fiance particulière, et se plut tellement dans 
leur intimité, qu'il ne leur permettait guères 
de s'éloigner de sa personne. 

Ce prince, pour se délasser de ses prépara- 
tifs de guerre, avait quitté momentanément le 
palais des rois de Sicile, pour fixer sa rési- 
dence au château de l'Œuf (*) (autrefois maison 



(*) Ce fut dans ce château .(nommé ainsi à cause de la forme ovale 
du rocher sur lequel il est bâti), que Jeanne P rc fut assiégée et étouf- 
fée entre deux mate as. Il est situé au bord d'un môta dans une 
petite île nommée Mégare, où Lucullus possédait un jardin. 



o&% HISTOIRE r 4585 

de plaisance deGuillaume I er , duc de la Fouille, 
qui la fit bâtir sur les anciens jardins de Lu- 
eullus). René y attira une cour nombreuse, 
des savants, des artistes, et s'y livra souvent 
à l'exercice de la chasse. ( Ce fut de cette 
habitation royale , qu'il envoya dans ses élat> 
d'outre mer fie ^4 Juillet), Jacques de Sierk, 
chancelier de Sicile, afin de se procurer le 
plus d'argent qu'il pourrait. L'emploi en était 
spécialement destiné à acquitter le reste de sa 
rançon ). 

René se trouvait encore au château de 
l'OEuf le 5 Août, et y signa la cession du duché 
de Melphe à Isabelle son épouse , comme 
un témoignage de sa tendre reconnaissance 
Mais, malgré l'ardeur d'un été brûlant, il 
s'arracha au;, douceurs de cette vie animée 
par tous les plaisirs, pour se mettre à la tète 
de ses guerriers et tenter de nouveau les ha- 
sards des combats. 

Ses dispositions étant prises, et ayant envoyé 
Caldora assiéger Sulmone (*) , René quitta le 



Un dessin grandes monuments de ]a monarchie française repré- 
sente cette ancienne forteresse, avec six tours miarrées ,deux rondes 
ci nue chapelle gothique. 

( Chasteau de TOEuf enchanté du merveilleux péril , dictai les an- 
ciens romans). 

Papon.Tom. III. P. a53. Moutfaucou. II Fol. 53a, II. Ll\ 

(*) Patrie d'Chidr. 



(i438) DE RENÉ D'ANJOU. %G3 

château de l'OEuf, le 9 Août, monta à cheval, 
rassembla la noblesse napolitaine, et, sortant 
de ÎVaples , eut bientôt rejoint son armée 
composée de dix-huit mille soldats. Plein de 
confiance dans le ciel, son bon droit, son 
épée, et la valeur de ses troupes, il se di- 
rigea vers l'Abbi uzze (l'ancien pays des Sam- 
nites ) , après avoir chassé des environs de sa 
capitale divers détachements aragonais qui y 
étaient campés (*). 

Le principal corps d'Alphonse était alors 
réuni auprès de Castelviezo; ce monarque qui 
le commandait en personne, ignorant sans 
doute la marche précipitée de son compéti- 
teur, revenait d'une partie de chasse dans les 
forets de l'Abbruzze avec le prince de Tarenle 
et l'infant Don Pèdre, lorsque ses espions lui 
annoncèrent l'arrivée de René dont l'avant- 
garde déployait déjà les étendards d'Anjou. 

Le roi d'Aragon, au lieu d'assaillir sur le 
champsonrival et de déconcerter ainsi ses me- 
sures, annonça au contraire le désir d'éviter 
un combat décisif, et de profiter des fautes 
auxquelles René pourrait se laisser entraîner 
par trop d'impétuosité. 11 se fortifia donc dans 



Mathieu Turpin. Hist. de Naples et de Sicile. 
(*) «Mis au large, dit Pasquier, René et Alphonse, commencé^ 
*■. veut à jouer des cousteauîx a qui mieulx mieulx. » 



2&Î HISTOIRE >458j 

une vallée resserrée, où il se munit de vive t, 
et à l'abri de toute attaque générale, il obser\a 
les mouvements de son adversaire. 

Averti par une trop funeste épreuve, du dan- 
ger de provoquer une armée dans ses retran- 
chements, René, de son cûté,se borna à de lé- 
gères tentatives pour attirer Alphonse dans une 
autre position. Mais si le rai artère se modiiie 
par le raisonnement et la réflexion, il est rare 
qu'il se maîtrise au point de ne pas nous en- 
traîner quelquefois malgré nous-mêmes. Ainsi, 
le prince angevin se Irouvant en face d Al- 
phonse , eut assez d'empire sur son esprit 
pour ne pas en venir immédiatement aux 
mains; néanmoins, il ne put vaincre le désir 
de se mesurer seul à seul avec lui. L'idée d'é- 
pargner le sang de ses soldais, et d'éviter* les 
maux inséparables d'une longue guerre , le 
séduisit tellement alors, que, le o.x Septembre, 
donnant son gantelet de fer à i'un de m hé- 
rauts d'armes, il le chargea de le porter an roi 
d'Aragon comme gage du combat singulier 
auquel il l'appelait. 

Hist. de Naples par Caraila. Liv. VIII. Papon. Hist. générale de 
Provence. Manuscrit. P. '.'-46. ^'ulsou de la Colombiens. Thrâfre 
d'honneur. Tom. II. Pasqaier recherches. Liv. VII P. (>"»j. 1V_I\ 
III. P. 18I. 187. Mathieu Turpiu. P. »3, Doni C.al.ml II 
80;. Jean de Ferreras. Hist. d'Espagne. Tom VI. P. 44 > Manama 
Hist. d'Espagne. P. 33o. 






,43S) DE RENÉ D'ANJOU. a65 

Un demi-siècle auparavant, son aïeul Louis 
L e * avait agi de même à l'égard de Charles 
de Duras, qui lui disputait également le Irône 
de Naples. Ce dernier ayant agréé le cartel 
de dix de ses chevaliers contre dix gentils- 
hommes angevins, « saigna du nez, dit la 
« chronique, et ne voulust plus en ouïr par- 
a 1er. » 

Alphonse était incapable d'une telle lâche- 
té. Cependant, sa bravoure n'ayant rien de 
chevaleresque comme celle de René, et pré- 
férant confier à son habileté plutôt qu'à sa' 
force physique, l'issue de toute une campagne, 
« il déclara d'abord qu'étant roi, il ne pou- 
« vait accepter le défi d'un prince auquel il 
« n'accordait que le titre de duc et qu'il re- 
« gardait comme son inférieur. » Il demanda 
pourtant, après quelques réflexions, « si c'é- 
« tait corps à corps, ou avec son armée en - 
« tière que René désirait combattre. — Avec 
« toute l'armée, répondit le héraut angevin,» 
( dont les instructions portaient, sans doute, 
de forcer Alphonse à s'expliquer sans dé- 
tour ). — « Dites au duc d'Anjou , reprit le 
« roi d'Aragon , que j'accepte son gantelet. 
« Toutefois, puisque l'usage donne à celui qui 
« reçoit un cartel , le droit de choisir le lieu 
« du combat, annoncez à votre maître que j** 



a 66 HISTOIRE (i4M 

« l'attends dans huit jours, entre Noie (*) et 
« Acerra ( presque sous les murs de Nâples, 
« et en faee du Vésuve ). » 

Mécontent de cette réponse, et croyant au 
contraire que la désignation du champ de ba- 
taille lui appartenait, René renvoya, en toute 
hâte, le même héraut déclarer à Alphonse qoe 
c'était à Castelviezo, qu'il irait le chercher. 
Il donna aussitôt Tordre de marcher en avant ; 
mais pendant la nuit, les troupes artgonaiscs 
franchirent les défilés qui les séparaient, et 
s'éloignèrent rapidement. On regarda générale- 
ment alors la conduite du roi d'Aragon comme 
un prétexte pour éviter tout engagement , et 
persister dans son système d'affaiblir peu à 
peu son ennemi. 

Quelques-uns de ses partisans, blessés des 
bruits fâcheux répandus à ce sujet, imaginè- 
rent de les rejeter sur René, et prétendirent 
que les seigneurs angevins redoutant d'cxposeï 
aux hasards d'une seule journée leur surete 
personnelle, leur fortune et toutes leurs espé- 
rances avaient détourné le roi de Sicile de 
paraître au lieu du rendez -vous assigné pai 
Alphonse. 



(*)Ccst devant Noie que Marcellus battit Annibal. Auguste mou- 
lut dans cette ville Je tg Août, Tan 14 de J. C. 



,458) DE RENÉ D'ANJOU. 267 

Les historiens se sont bornés à répéter cette 
allégation , sans y ajouter beaucoup de foi. 
Quoiqu'il en soit , nous devons rapporter 
comme un trait, honorable à Alphonse que, 
Vers cette même époque, une poignée de 
misérables aventuriers lui ayant proposé de 
se défaire de René par un assassinat, cette 
pensée le fit frémir d'horreur... Chassant ces 
lâches meurtriers de sa présence, il poussa 
la générosité jusqu'à faire avertir son rival 
de se tenir désormais sur ses gardes. 

Tandis que ce prince se rapprochait de 
Gaè'ie et de ses vaisseaux, René se dirigeant 
vers l'Abbruzze ultérieure, s'empara de plu- 
sieurs places loi tes, entr'autres d'Aquila, où, 
dix ans auparavant Louis, III d'Anjou son frère 
avait cueilli une ample moisson de lauriers. 
L'entrée de René dans cette ville fut un vé- 
ritable triomphe ; il songeait à y cantonner 
une partie de son armée, lorsqu'apprenant le 
nouveau mouvement des troupes aragonaises 
vers Naples il revint brusquement sur ses pas, 
reconnut les drapeaux d'Alphonse sous les 
murs de Noie, fondit sur ses escadrons, et les 
tailla en pièces. 



PomCaluiet. Tom. II. Fol 807. Hist. de Scanderberg. Lir. X» 
Y. ti 9 8. 



268 HISTOIRE r {3G 

Après cette première victoire, René renon- 
çant pour le moment à pénétrer plus a\;ml 
dans TAbruzze, résolut d'emporter de vive 
force le Château-Neuf, ou Caslel-JNuovo (*}, 
qu'il s'était contenté de tenir bloqué depuis 
son arrivée à Naples. 

Cette forteresse entourée de fusses profonds, 
flanquée de quatre tours élevées d'un 1res 
beau travail , avait été bâtie par Charles I er . 
d'Anjou , sur les bords de la mer, en même 
temps que la tour Saint Vincent. Elle était un 
des points les plus importants pour la défense 
de Naples, et René , disent les historiens. 
« avait annoncé sa résolution de périr plu 
« tôt que de ne pas s'en rendre maître, ainsi 
« que des autres places voisines de la capi- 
« taie. » 

Il chargea donc Baptiste de Ffégose d'aller, 
à la tête de quatre galères, ressetfisr le blocus 
du Château-Neuf, tandis qif il l'attaquerai pan 



(*) Le Chàteau-Neuf ou Castel-Nuovo, l'une des prinr 
resses de Naples, possède encore des tours bâties an \ II ■ - 
d'un travail admirable. Ce fut dans la salle d'armes du Cbât«au-N« ni 
<ju abdiqua le pape St. Célcslin VIII . en faveur de Benoit Gaétan si 
coanu sous le nom de Boniface VIII . L'escalier da pstU foi 
était très beau et décoré de statues antiques. On ^ it long-ti 
l'entrée, Parc-de- triomphe en marbre érigée Alphonse d \i 
C'est dans l'église du Château Neuf, qu'on conservait le prem 
blêau à rimilc peinl pai Jean de Bruges et envoyé auroi Al, 
V. il représentait l'adoration des Mages 



(i458) DE RENÉ D'ANJOU. 'J.Gg 

terre. La garnison résista d'abord courageu- 
sement; mais Rinaldo Sancio qui la comman- 
dait, et qui manquait absolument de vivres 
et de munitions, se rendit sans attendre l' as- 
saut général qui se préparait (*), René permit 
à chaque soldat d'emporter hors des murs 
tout ce qui lui appartenait, et avec le Château- 
Neuf , tombèrent les citadelles occupées jus- 
ques là par Alphonse (**)< 

Rentré dans sa capitale après une campa- 
gne aussi rapide que glorieuse, et ayant placé 
ses troupes en quartier d'hiver, René désira 
que l'instant de son retour fût celui des fêtes 
après lesquelles la jeunesse napolitaine sou- 
pirait depuis si long- temps. Aussitôt, l'appa- 
reil des armes fit place à celui des spectacles 

(*) « Ce fust chose très pitoyable à veoir ceulx de ceste misérable 
« compagnie tous noirs , sales, maigres et exténuez. Le frère de Ri- 
« naldo qui tenoist le chasteau de ZOo,se rendit aussi par fa- 
rt mine. » 

Jean d'Aucy. Manuscrit. 

("*)« Durantles attaques de René, dit Jean d'Aucy, Perluigi 4uxi- 
u gl/'a, gentilhomme napolitain et maître-d'hôtel du roi de Secxîe, 
« dressoit chaque jour quelque escarmouche aux Catalans. . .Teilo- 
« ment qu'Alphonse esmerveillé. fist crier a son de trompe, que pej - 
« sonne ne fust si hardy, sous peine d'avoir les deux poings coupez, 
« de tirer contre Perluigi coups d arquebuze , d'arbaleste ou d'arc , 
« mais seulement de lance ou d'espée, ne vou'ant pas quunlasche 
« ostàt la vie a si vaillant chevalier le plus gentil compaignon du 
« monde. » 

Epi tome des ducs de Lorraine. 

( Manuscrit de la collection de M' Noël. ) 



270 HISTOIRE 

el des jeux; au son bruyant des trompettes, 
succéda la douce harmonie des ménétriers, el 
au lieu des machines de guerre qu'on rencon- 
trait à chaque pas, s'élevèrent divers théâ- 
tres, ou des lices pour les joutes , genre d'a- 
musement naturalisé en Italie par les Fran- 
çais. 

Parmi les divertissements qui marquèrent 
presque tous les jours du carnaval, on a 
conservé à INaples le souvenir du magnifique 
tournois que lit célébrer Othon Carraccioli, 
le lundi gras , de Tannée i/[38. Le château 
St. Elme fut choisi pour cette mémorable 
réunion à laquelle assistèrent René, Isabelle, 
leschevaliers angevins, lorrainset provençaux, 
et toute la noblesse de la capitale. 

Les détails de ce Pas d'armes ne nous 
sont point parvenus, mais on sait que Bffié 
avait assigné deux; prix d'une très grande 
valeur, pour exciler l'adresse et la bravoure 
des combattants. Le premier de ces prix, 
composé d'une rose et d'une aigrette de dia- 
mants, fut offert par la reine elle-même i 
Othon Carraccioli, proclamé unanimement 
le plus digne de le recevoir. 

Le second, qu'on nommait prix d'amour, 

Hist. du royaume de INaples. III. P. 461. 



i4"8: DE RENÉ D'ANJOU, aji 

et qui consislait dans une bague de pierres 
précieuses, avait été remis à Béatrix de St. 
Severin, jeune veuve de dix -neuf ans que l'é- 
clat de ses charmes faisait appeler le Soleil 
des beautés napolitaines. Cette recoin p nse 
qui devait être si vivement disputée, le fut en 
effet avec tant d'ardeur, qu'on ignore lequel 
des assaillants put l'obtenir des mains de 
Béatrix. Elle la donna, dit-on, aux cheva- 
lier d'Othon Carraccioli qui remporta tout 
l'honneur du tournois, 

IV. Le retour du printemps ayant donné le 
signal de reprendre les hostilités, René brû- 
lant d'impatience de poursuivre la conquêfe 
de l'Àbbruzze extérieure, nomma Isabelle vice- 
régente du royaume , établit un conseil de 
guerre et d'administration auprès d'elle, puis 
se dirigea de nouveau vers une province où 
il savait qu'un grand nombre de places im- 
portantes n'attendaient que son arrivée pour 
abandonner le parti du roi d'Aragon. 

La plupart se rendirent à la première som- 
mation ; quelques autres nécessitèrent un 
siège, mais ne tardèrent pas à ouvrir leurs 
portes, et bientôt René vit cette contrée en- 
tièrement soumise à sa domination. 

Pendant que ce prince faisait ainsi recon- 
naître son autorité , gagnait l'affection des 



272 HISTOIRE , j5g 

habitants, soumettait les rebelles et s'occupait 
à fortifier les places dont il s'emparait, le roi 
d'Aragon, évitant sa rencontre , employait 
lontes sortes d'intrigues pour lui enlever des 
partisans ou se procurer des intelligences jus- 
que dans son propre camp. Toujours maître 
de Gaête dont une flotte nombreuse lui garan- 
tissait la possession, il jugea que l'absence de 
René favorisait son projet de tenter une coup 
de main sur la capitale. Il le laissa donc -en- 
foncer dans l'intérieur de l'Abruzze, se munit 
d'une foule de bâtiments légers propres à un 
débarquement, rallia une escadre de sept jros 
vaisseaux et de quatre galères pour le soute- 
nir, rassembla toutes ses t ion pes, en fit place i 
une grande partie sur mer, et s'éfant mi^ à la 
tête du resie, il arriva lui-même sous les murs 
de Napies, le 22 Septembre. 

Bientôt Mathieu d'Acquaviva, duc d\\ti i . le 
comte de Noie, Jean de Vintiinille comte de 
Géra ce, Pierre de Cardon ne et les autre* 1 
vinrent le joindre, ce qui forma âne armée 
de quinze mille hommes, dont les lignes s '< 
dant auîour de la ville, la cernèrent étroite- 



Hist. du royaume de Mayloo. Tom. III. P. |(>i. Dom Ronmali 
Tréscr clironi. ilî. Fol. 3i8. Gaufrédi. Fol. 5o8 Dégly. III 
189. ( bromique de Provence. FoJ. 6o4- Burigny. Tom. If. P I 
toiic d'Espagne. Mariana P. 33o. 34°- 



,,5ç)) DE RENÉ D'ANJOU. 1^3 

ment et parvinrent à s'emparer du château de 
l'OEuf. 

Décidée à braver mille lois tous les dangers, 
plutôt que de laisser pénétrer Alphonse dans 
la capitale, Isabelle de Lorraine redoubla d'ac- 
tivité pour déjouer les efforts d'un ennemi 
loin de s'attendre à une pareille résistance. Il 
se flattait même qu'en interceptant toute com- 
munication entre la reine, René et les provin- 
ces , les partisans qui lui restaient encore à 
Naples parviendraient à lui en faire ouvrir les 
portes. Mais présente à tout, veillant aux moin- 
dres détails de la sûreté générale, cette prin- 
cesse ordonna plusieurs sorties qui annoncè- 
rent aux assaillants avec quel courage elle 
saurait se défendre. 

Un événement bien extraordinaire, rappor- 
té par divers historiens, vint alors donner une 
nouvelle confiance aux troupes d'Isabelle, en 
frappant de stupeur le camp du roi d'Aragon. 

L'Infant Don Pèdre ( le même qui s'était 
sauvé avec tant de bonheur au combat naval 
du 4 Août i435 ), commandait en personne 
une des batteries dirigées contre la grosse tour 
des Carmes, bâtie à côté de la place du marché, 
la plus ancienne de Naples. Le hasard voulut 
qu'un boulet entré dans l'église pendant que 
les religieux y priaient, de grand matin, em- 

TOIVIE I. l8 



2^4 HISTOIRE '-, lh 

portât la chevelure d'un crucifix placé sur 
l'Autel, sans endommager la tête en aucune 
manière. Frappes de ce prodige, les Loris moi- 
nes crièrent au miracle , appelèrent les fidè- 
les, et le boulet lut suspendu aux voûtes de 
l'antique édifice qui recèle encore les cendres 
de l'infortuné Conradin. Quelle fut la sur- 
prise des Carmes, quand le lendemain , ( 27 
Octobre ) à pareille heure, l'artillerie placée 
sur les terrasses delà même tour, lança un 
boulet, qui , tombant d'abord à terre, fit 
trois bonds sans toucher personne, et, du qua- 
trième, étendit roi de mort l'infortuné Don 
Pèdre en lui enlevant toute la chevelure !..(*) 
Le roi d'Aragon entendait la messe dans le 
couvent de S ,c . Madeleine, lorsqu'une vive 
rumeur et des cris de désespoir l'instruisirent 
du tragique événement qui venait de se pas- 
ser^ Malgré sa douleur, ce monarque demeure 
toujours à genoux et en prières. Mais aussitol 
que le saint sacrifice est achevé, Alphonse se- 
lance sur le corps de l'infant, le serre dans 
ses bras, l'arrose de larmes et s'écrie en san- 
glottant. « mon frère Lô mon ami! nous per- 



Mariana.Hisl. d'Espagne. P. 535. Jean de Ferreras. T. M .F » . 
(*) On ajoute même que sa tête vola dans la nier et ta fut jamais 
retrouvée. 






(i45 9 ) DE RENÉ D'ANJOU. 275 

« dons en toi la fleur de la chevalerie ! le 
« plus digne ornement de l'Espagne! que Dieu 
« veuille le faire jouir d'un repos éternel! pour 
« nous, ^faisons pleurer ta mort à nos enne- 
« mis. » 

Surmontant sa juste affliction , Alphonse 
déposa le corps de Don Pèdre dans un simple 
cercueil de bois, le conduisit lui-même au châ- 
teau de l'OEuf , et ajourna les obsèques au mo- 
ment où il serait entièrement maître de Naples. 

Quoique le trépas de l'Infant privât les Ara- 
gonais d'un de leurs plus vaillants soutiens, ce 
ne fut point sans une douleur mêlée de pitié 
qu'Isabelle apprit la fin déplorable d'un prince 
à peine âgé de vingt-sept ans. Ne voyant plus 
dans Alphonse qu'un frère malheureux, elle 
lui envoya un de ses officiers, pour le compli- 
menter sur cette cruelle perte. Elle ajouta à 
ce témoignage d'égards et de sensibilité, l'offre 
de suspendre les hostilités pendant quelques 
jours , et de permettre l'inhumation de Don 
Pèdre dans l'église de Naplesquele roi d'Aragon 
désignerait, en l'assurant que « tout le clergé 
« de la capitale tiendrait à honneur d'assister 
« à cette pompe funèbre ». 

Alphonse ne daigna pas répondre à l'envoyé 
de la reine - 7 s'adressant seulement aux capi- 
taines qui l'entouraient: « C'est bien mon in- 

18* 



9.7G HISTOIRE ,;- 

« tention, dit-il, que mon frère soit enseveli ;i 
« Naples; mais je saurai m'en faire ouvrir les 
« portes. » Cependant, comme l'ambassadeur 
d'Isabelle était demeuré, le monarque le pria 
de remercier celle qui l'envoyait , essuyé 
larmes, et ne songea plus qu à tirer une écla- 
tante vengeance de la mort de Tintant. 

Déployant les ressources d'un génie habitué 
aux succès, Alphonse donna alors un nouvel 
élan à son armée, serra tapies de plus près, 
parvint à s'emparer de quelques points impor- 
tants, çt allait même tenter un assaut générai , 
lorsque des pluies excessives qui durèrent 
près de quarante jours, le forcèrent <1. 
replier sur Capoue, et delà vers G acte. 

Devenue libre de communiquer avec René, 
la reine instruisit aussitôt ce prince de la 
position critique de sa capitale, dont les murs 
offraient déjà une large brèche causée par l'a- 
bondance des eaux ; il quitta donc Y \bbru//e 
où, partout vainqueur , il avait pacifié dekt rou- 
bles suscités parles agents de son compétiteur, 
et s'empressa de venir ranimer par sa présen- 
ce, l'esprit des Napolitains que la crainte d'une 
dernière attaque commençait à décourager. 

Prévenu que René devait traverser nu dé- 
filé très étroit entre Montefascolo et Arpaïa , le 
roi d'Aragon y envoya Jean de A intimille 



(i459J DE RENÉ 'D'AN JOU. 277 

avec un nombreux escadron d'Italiens, en lui 
recommandant de garder ce passage, ce qui 
forcerait le roi de Sicile à rétrograder , et per- 
mettrait de recommencer les opérations du siè- 
ge. Mais sans paraître surpris de cette embusca- 
de , René attaqua lui-même, le premier, le 
détachement du comte de Gérace, « le rompit 
« furieusement avec son épée , dit un historien , 
« le contraignit de se réfugier à Nole,ets'em- 
« para du château de l'OEuf, dont le roi d'Ara- 
« gon avait confié le commandement au capi- 
« taine Arnaud Saaz. * 

Déconcerté de la marche rapide de son rival, 
Alphonse ne songeant plus à continuer le blocus 
de Naples, fit attaquer la ville de Caivano et 
s'en rendit maître. Ainsi, vainqueurs ou dé- 
faits tour-à-tour, ces deux princes balançaient 
mutuellement leurs pertes et leurs avantages. 

Mais peu de jours avant sa rentrée dans les 
remparts de sa capitale , René avait perdu un de 
ces hommes rares dont la haute capacité, l'in- 
fluence et la droiture doublent pour ainsi dire 
les forces d'une armée entière , et dont la. mort 
semble l'annonce prochaine des plus grands 
malheurs. Soutien de la monarchie légitime, 
plein encore de vigueur comme d'activité et 
de zèle, Jacques deCaldora venait de terminer 
subitement sa glorieuse carrière, à l'âge de 



278 HISTOIRE (1459 

soixante ans, emportant les regrets universels 
et surtout ceux de son souverain. (*) 

Jaloux de reconnaître les services et d'ho- 
norer la mémoire de ce vaillant capitaine, 
René transmit à son fils unique, le titre de 
duc de Barry, en lui accordant une confiance 
aussi entière qu'à son père. 

Malheureusement Antoine Caldora n'avait 
hérité que de sa bravoure, et de Y affection 
des troupes , qu'il avait commandées pendant 
tant d'années. Voilant sous l'apparence de la 
franchise et d'une aveugle soumission des in- 
tentions cruellement perfides, l'ambitieux cour- 
tisan accessible aux promesses du roi d'Ara- 
gon, tramait déjà sourdement la perle de René 
et songeait à le précipiter du trône, au montent 
même où ce prince l'accablai! de bienfaits. 

Tout semblait d'ailleurs concourir à secon- 
der ses lâches complots. En enlevant à René 
un homme aussi influent sur l'armée, la mort 



Jean de Ferreras. Hist. cT£spagne: Tom. \h P. 4 "S- liuium 
Tom. If. P. 329. Ilist. in royaume de Napks. Tom. III. P. fôi. Dé- 
gly. Tom. III. P. 202. 204. Mariana. Hist d'Espagne. P. 

(*) Dégly dit qu'il mourut d'un coup de sang le ij Ot 
»f sentant aussi plein de courage et de force (pie s":! n'avait qui 
<« trente ans . » 

Caldora avait pris pour devise ce verset de David: ( 'œfa 
Domino , etc. Il le portait sur ses arçons ; pendant qu'il était <..: 
pagne. 

( Dégly. III. P. 202. Chronique de Provence. 1 ol. 6 



0459) DE RENÉ D'ANJOU. 279 

de Caldora y avait produit une sensation 
d'autant plus pénible, que le choix de son 
successeur, n'était pas fait pour dissiper les 
craintes. Une foule de ces hommes que leur 
seul intérêt attachait à René, ne rougirent 
pas de l'abandonner dès qu'ils le virent privé 
de son plus ferme appui, ou qu'ils purent soup- 
çonner les vues d'Antoine. 

Toujours basée sur les mêmes principes de 
justice, de courage et de modération, la con- 
duite de René n'avait cependant pas varié un 
moment. Ses talents militaires, son activité, sa 
valeur, s'éfaient montrés avec tout leur éclat 
dans sa dernière campagne ; mais son étoile 
avait pâli: l'enthousiasme qu'il avait excité 
d'abord , ( sentiment trop peu durable de sa 
nature , chez les peuples qui s'y livrent sur- 
tout sans réflexion ), s'était insensiblement 
refroidi; l'impatiente avidité des barons qui 
s'attendaient à voir répandre sur eux les 
dignités et les richesses, n'avait point encore 
été satisfaite; chacun alors tourna ses regards 
vers celui qui possédait les moyens de récom- 
penser ou de séduire (*). 



(*) « Quand on vit, dit Muratori, que ce prince étoit pauvre , et 
« que sa bourse ne distiloit pas cette rosée d'or à laquelle on s'at- 
« tendoit, et qu'il n'apportoit que son courage et ses talens militai- 
" rcs, le zèle des Napolitains ne tarda pas a s'aiFoiblir. » 



280 HISTOIRE ,459 

Serait-il donc vrai que, dans tous les siècles, 
comme chez tous les peuples, l'intérêt per- 
sonnel étouffant les sentiments de la recon- 
naissance, dût paraliser tout élan généreux 
qui sauverait une nation, et jeter dans l'ou- 
bli, les efforts, les sacrifices , les travaux que 
le succès n'a point couronnés? 

Trop clairvoyant pour ne pas s'apercevoii 
du changement opéré pendant son absence. 
le roi de Sicile ne recevant aucun secours; el 
ayant épuisé toutes ses ressources, réfléchit 
douloureusement sur sa position au milieu 
d'une nation inconstante, qu'on cherchait à sou- 
lever , et qu' il n'avait aucun moyen «le soumet- 
tre par J a force. Aussi, apprit-il avec joie que 
Charles VII envoyait une ambassade au roi 
d'Aragon pour lui offrir d'être le médiateur 
de leur querelle. René crut devoir de son 
coté proposera Alphonse de cesser, les. hos- 
tilités pendant un au. 

Mais ce prince venait d'obtenir un véritable 
triomphe politique, en décidant le pape Eu- 
gène IV à demeurer neutre entre lui et son 
rival. Ses agents, en outre, lui rapportaient 
des nouvelles de plus en plus encourageantes. 
Se regardant désormais comme souverain de 
Naples, sa réponse aux ambassadeurs français, 
fut de nature à ne laisser aucun espoir d'accomr 
modemenU 



,459) BE RENÉ D'AJNJOU. 281 

V. Réduit à l'alternative de tenter un der- 
nier eflbrf, ou de renoneer à la couronne, 
René rassembla son conseil aussitôt après le 
retour des ministres du roi son beau-frère, 
leur exposa sa situation et demanda ensuite à 
Caldera, quel était son avis sur les moyens 
de s'opposer aux progrès d'une sédition qui 
avait éclaté déjà sur plusieurs points. « Sire, 
« répondit le duc de Barry , ( qui ne cher- 
« chait qu'un prétexte pour l'éloigner encore 
«c une fois de Naples ) , l'intérêt de l'état 
« exige que Votre Majesté ne demeure pas 
« davantage dans une capitale dont les chefs 
« lui sont dévoués ; où de nombreuses for- 
« leresses ne permettent aucune surprise, et 
« où d'ailleurs vous pouvez laisser votre con- 
te rageuse épouse pour la défendre. Il est plus 
« important d'aller parcourir les provinces 
« qui tiennent encore ouvertement pour vous, 
« afin de les affermir dans leur fidélité, ou 
« d'en obtenir par votre présence des subsides 
« en argent et en vivres, d'une indispensable 
« nécessité. Laissez une garnison suffisante à 
« Naples, mais concentrez sur un autre lieu 
« le reste de vos troupes disséminées jusqu'ici 
« en plusieurs détachements. » 

Ce plan, quoique médité par un traître, of- 
frait cependant des avantages qui ne pou- 



282 HISTOIRE ',; 

vaient échapper à René. Les munitions, les 
vivres, Tardent même, qui avaienttari partout, 
présentaient dans l'Àbbruzze des ressource - 
qu'il aurait vainement cherchées parmi le> 
autres provinces Dans le cas où une insurrec- 
tion éclaterait à Naples, c'était au milieu de 
ces montagnards dévoués que le prince pou- 
vait conduire la reine et ses entants, rassem- 
bler ses soldats, et se mettre en mesure de 
reprendre l'offensive. L'opinion générale était 
si bien formée sur la nécessité de ce voyage, 
qu'il n'eût pas été besoin de l'avis d'un capi- 
taine aussi influent que Caldorapour entrai i ici 
tous les autres. René devait donc l'approuver; 
mais avant de le mettre à exécution, et voulant 
se convaincre de l'affection que \c< seigneurs 
et le peuple napolitains lui conservaient en- 
core , il indiqua (sans avoir communiqué 
son dessein à personne) une réunion générale 
près de l'église St.-Sauveur, sur cette 1 mente 
place du marché où le malheureux Conradin 
avait été décapité près de deux siècles aupa- 
ravant. Vne immense foule y accourant sur 
l'heure le prince déclare « qu'il n'a déjà que 
« trop souffert des maux sans nom lue qui 
« depuis son arrivée à Naples pèsent sur lanl 
« de fidèles sujets ; qu'il est temps de les - 
« traire aux calamités d'une guerre qui peut 



(i 459) DE RENÉ D'ANJOU. ^83 

« se prolonger indéfiniment, et que ne tron- 
« vant pas d'autre moyen , il se décide, de sa 
« pleine et entière liberté , à renoncer à un 
« trône, surtout cher à son cœur, par le bien 
« qu'il espérait répandre sur ses peuples ; qu'il 
« est donc prêt à retourner immédiatement en 
« France avec la reine et les princes ses fils; 
« qu'en conséquence, déliant tous les Napoli- 
« tains de leur serment, chacun doit se regar- 
« der comme libre de suivre ses véritables 
« intérêts. » 

En achevant ce discours qui porta l'émotion 
dans tous les cœurs, René se tournant vers ses 
officiers , leur ordonne avec le plus grand 
calme, de faire embarquer sans délai ses trou- 
pes, ses équipages et ses munitions; puis, il 
montre à la population entière qui ne perd 
pas un de ses mouvements, la flotte française 
prête à appareiller 

On ne lui permet pas d'exprimer la pensée 
d'un adieu: les cris de « vive liené! nous 
« mourrons tous pour lui! vive notre roilpé- 
« risse l'Aragonais ! » se font entendre de toute 
part, et des acclamations universelles couvrent 
la voix du prince qui n'échappe aux hon- 
neurs d'un triomphe, qu'en s'éloignant rapi- 
dement. 

Quoique vivement touché de ces démons» 



*84 HISTOIRE 

tra lions, et satisfait du succès de son épreuve . 
René n'avait point cherché à rassurer pleine- 
ment les Napolitains, afin que les agents d'Al- 
phonse lussent persuadés qu'il allait effective- 
ment repasser en France. Il laisse donc le peu- 
ple et même toute la noblesse incertain- <!< 
événements qui se préparent. Mais à Feutrée de 
la nuit, il fait annoncer aux principaux sei- 
gneurs qu'il a un projet important à leur com- 
muniquer. Tous accourent avec empressement, 
arrivent dans la vaste cour du palais, et à la 
lueur des flambeaux reconnaissent lem roi 
armé de la tête aux pieds, l'épée nue à la main 
et entouré d'environ quarante chevaliers Iran- 
rais, angevins ou provençaux, dont plusieurs 
portaient les bannières déploj ées. Dès que René 
aperçoit les barons napolitains, il s 7 élance sur 
son cheval de bataille. qu'un page tenait auprès 
de lui, et de sou épée lait signe qu'il va parler. 
Les regards se fixent sur lui; chacun garde un 
religieux silence ; le prince prononce alors 
ces paroles d'une voix assurée. « Amis, ne 
« croyez pas que votre roi ait dégénéré «le la 
« vertu de ses ancêtres. Comme eux. il n'es! 
« point de périls que je n'atïronte pour con- 
« server une couronne nu»i glorieuse . uu 
« royaume aussi florissant, et surloni tmpei - 
« pie si dévoué: niais je ne vous quitte un 



(t43o) DE RENÉ D'AIN JOU. 285 

« moment que pour mieux vous servir. L'in- 
« téfêt du troue, m'assure-t-on , exi^e ma 
« présence dans les provinces voisines. Je 
« pars sans hésiter. J'espère être bientôt de 
« retour parmi vous, mais en attendant, mon 
« cœur vous confie ce qu'il a de plus cher.. 
« Votre fidélité me répond de ma capitale... 
« Votre amour veillera sur la reine et sur mes 
« enfants ; je vous les recommande en les iais- 
« sant entre vos mains. » 

A ces mots , les spectateurs électrisés font 
retentir les airs des cris de vive le Roi! Tous 
adressent à leur prince le serment de se sa- 
crifier pour sa défense... Ils s'en approchent, 
le pressent, le conjurent de demeurer au mi- 
lieu d'eux... Mais René donnant des éperons 
à son destrier, franchit le seuil de la cour, et 
accompagné des vœux de tout ce qui l'entou- 
re disparaît avec une telle rapidité, que ses 
chevaliers ont de la peine aie suivre. 

Entraînés parleur enthousiasme, les gentils- 
hommes napolitains ayant à leur tête Ray- 
mond de Bartelle , n'hésitent pas à aller le re- 
joindre. 



Jean de Ferreras. Ton*. VI. P. 4GG. Papou. III. P. 356. Dégly 
III. P. 207. 



28G histoire ,4-,^ 

Cette mémorable scène se passait à l'entrée 
de l'hiver, qui s'annonçait comme devant être 
extrêmement rigoureux. René dirigea (('pen- 
dant son escorte du coté des Apennins, vers 
l'Abbruzzc ultérieure, pays froid, très mon- 
tagneux, coupé de torrenSs et dont tous 1rs 
abords offraient le plus difficile accès. 

Après avoir voyagé la nuit entière, et sV-hv 
approché plus d'une fois sans s'en douter des 
postes occupés par les Àragonais, le prince et 
sa suite arrivèrent auprès de Noie aux pruniers 
rayons de l'aurore. Devant traverser au grand 
jour la ville de Bayane, ils prirent pour cri 
de guerreiUrsins! Ursins] (iamiWc toute pais- 
sante qui tenait alors, ainsi que Bayane, pour 
le parti d'Alphonse (*).) 

Malgré cette ruse et la promptitude «le la 
marche de René, l'indiscrétion de quelques 
soldats napolitains, ou la pénétration des es- 
pions ennemis, firent soupçonner (pie le roi 
lui-même conduisait cette petite armée. Déjà 
on voyait se former des groupes considérable . 
tout était en rumeur , et l'on s'ameutait particu - 



(*) Celte illustre maison avait embrassé la cause du roi d'Aragon 
René voulait faire présumer qu'il était chef d'au détachement au\ 

ordres du seigneur des Ursins, qui allait s'emparer, de St. Angola d 1 
Scala , baronie possédée par Othon CarraccioH. 



,43 9 ) DE RENÉ D'ANJOU. 287 

lièrement autour d'un pauvre moine de Monte- 
Virginie, appelé le frère Àntoncllo, qui, dé- 
voué à la maison d'Anjou , s'était volontairement 
offert à servir de guide à son souverain. 

Ce eon Ire-temps imprévu forçant René à re- 
noncer à la route la plus directe, qui était par 
Monteforte , l'obligea à se détourner considé- 
rablement 5 et à gravir une montagne voi- 
sine couverte alors de plus de quatre pieds 
de neige. 

Cette résolution ayant été prise, le 28 Dé- 
cembre au soir , il fallut, malgré la nuit la plus 
obscure, se résoudre à marcher pendant plu- 
sieurs heures dans des sentiers étroits, escar- 
pés, couverts de glace et de neige, et tracés 
entre des précipices d'une hauteur effrayante. 
On n'arrivait qu'en tremblant sur la cime de 
ces rochers, dont F affreux silence n'était inter- 
rompu que par le sifflement du vent, ou le bruit 
des avalanches roulant dans les cavités des 
montagnes. 

On parvint toutefois heureusement au som- 
met le plus élevé et René y fit mettre pied à 
terre, autant pour garantir ses soldats d'unfroid 
insupportable, que pour ne pas les exposer à 
être entraînés par les chevaux qui , exténués 
de fatigue, tombaient sur le verglas, ou dispa- 
raissaient tout-à-coup au fond des crevasses. 



9.88 HISTOIRE 143g 

La route était même devenue tellement inabor- 
dable, qu'on lut obligé de s'en frayer une nou- 
velle à travers les pointes à pic dont eette partie 
des Apennins est hérissée. Là, des périls d'une 
autre sorte attendaient l'avant-garde de René. 
car cette entreprise si pénible était en même 
temps si dangereuse, que plusieurs hommes ro- 
bustes y succombèrent, et qu'un grand nombi e 
de mulets périrent dans les gouffres profond^ 
masqués par la neige. 

Durant ce long trajet, au milieu duquel des 
plaintes ou des cris d'alarme s'échappaient par 
intervalle, René conservant presque seul sa 
sérénité ordinaire, marcha constamment à la 
tête de sa troupe découragée. Ranimant tout le 
monde par son exemple, on le vivait adi i 
tour à tour aux simples soldats comme à leurs 
chefs les paroles les plus affectueuses . . ." lies 
« amis, leur répétait-il , m se tournant vers eux 
« d'un air riant, ceux qui partagent mon sert 
« en ce moment, les fidèles compagnons.^ mes 
« dangers, peuvent compter qu'ils Je seront 
« un jour des fruits et des douceurs de la \ ic- 
« toire. » 

Enfin, malgré la pluie glaciale qui tombai' 
par torrents, un orage impétueux et de- obs- 
tacles do tous genres, la petite armée de René, 
après deux nuits entières, se trouva réunie au 



(i43g) DE RENÉ D'ANJOU. 289 

bas de la montagne. Ce prince laissant alors à 
Sulmonte ceux de ses soldats dont les chevaux 
avaient péri ou étaient hors d'état d'aller plus 
loin, continua sa route et ne s'arrêta qu'à St.- 
Angelo-di-Scala , baronnic qui appartenait 
ainsi que Sulmonte à Othon Carraccioli. 

Au bruit des destriers qui galoppent sous les 
murs de la forteresse , le gouverneur se mon- 
tre , reconnaît Carraccioli , ouvre les portes , 
e1 charmé de l'honneur inattendu qu'il reçoit, 
introduit le prince dans l'unique appartement 
du château. Transi de froid, ayant perdu tous 
ses équipages , ne possédant plus , dit-on , 
une seule chemise, René se revêt gaiement 
des habits que lui offre le gouverneur, s'assied 
devant un large foyer où séchaient ses vête- 
ments, et mourant de faim, il se met à faire cuire 
lui-même des œufs pour le souper commun, 
pendant que tout le monde était occupé, soit 
à veiller à ce que les soldats pussent trouver 
un gîte, soit à soigner les malades. 

L'usage des verres à boire était encore peu 
répandu , et la petite ville de St.-Angelo ignorait 
cette espèce de luxe. On ne s'y servait donc 
que de grossières tasses de terre; mais le gou- 
verneur , fier déposséder un hôte tel que René, 
était parvenu, à force de recherches, à se pro- 
curer un verre qu'il présenta au monarque en 

tome 1. 19 



i go HISTOIRE [i43g 

se félicitant de la découverte. « Non, dit alors 
« René en souriant, je ne m'en servirai point; 
« on ne doit jamais déroger aux antiques usa- 



« ges. » 



Après avoir achevé son frugal repas , en 
persistant à boire dans sa tasse, il reprit ses 
habits, et aussitôt que le détachement laissé à 
Sulmonte l'eût rejoint, il remonta à cheval, 
quoique le temps fût aussi horrible que la 
veille. 

Il paraît que des espions étaient parvenus 
à connaître la direction suivie par René, car 
à peine était-il arrivé à peu de distance de 
Pietra-Stortina, lieu sauvage et désert, qu'une 
embuscade de paysans, rassemblés pour l'as- 
sassiner, vint fondre sur lui, chercha opiniâ- 
trement à l'atteindre, et occasions une sorte 
d'alarme qui retarda un moment sa marche. 

Apprenant la cause de ce désordre, René ne 
daigna pas s'arrêter pour combattre ces misé- 
rables. San- témoigner lapins légère émotion, 
il se contenta de donner ordre à un chevalier 
français, nommé Guy, de rester à l'arrière- 
garde avec quelques hommes, et continua pai- 
siblement sa route. 

Malgré la vigilance de Guy, les mentes va- 
gabonds s'étant ralliés dans les rochers voisins, 
reparurent bientôt , annonçant le projet de 



(i43g) DE RENÉ D'ANJOU. 291 

s'emparer de René , mort ou vif. Mais Guy 
les prévint, courut sur eux, en tua plusieurs, 
et fit cinq prisonniers qu'il amena au roi, 
alors campé sous les murs d'un bourg fortifié, 
11 œn m é Hauteville, 

A la vue du monarque, les paysans que les 
soldats furieux menaçaient d'égorger, se jetè- 
rent à ses genoux; puis implorante grands cris 
sa miséricorde , ils cherchèrent à atténuer 
l'horreur de leur criminelle tentative , en as- 
surant qu'ils ne le connaissaient point. 

René, les relevant avec bonté, calma aussitôt 
leur effroi, et leur adressa ces paroles mémo- 
rables: 

« Roi , je veux remplir tous les devoirs 
« que ce titre m'impose. La clémence en est 
« un des premiers et des plus doux. Loin de 
« vouloir faire périr aucun de mes sujets , 
« je ne désire que leur bonheur... Allez , mes 
« enfants, continua-t-ii , allez consoler vos fa- 
« milles alarmées , et devenez à l'avenir , 
« entr'elles et moi , un gage constant de paix 
« et d'amitié. » Puis ordonnant que ces mal- 
heureux fussent mis en liberté, il les renvoya 
en leur distribuant quelque argent. 

Cette scène avait lieu, comme nous l'avons 
dit, sous les antiques remparts d'Hauteville , 
dont les habitants, attirés par la curiosité, 

'9* 



1C)1 HISTOIRE (1459 

avaient pu entendre le pardon de René. Pé- 
nétrés de respect et d'attendrissement , ils fi- 
rent ouvrir les portes delà ville, (quoique 
sujets du comte de Hauleville, zélé partisan 
du roi d'Aragon), et pleins de confiance, ils 
sortirent en foule, apportant à l'envi desra- 
faîchissements à René et à ses troupes. Bien- 
tôt leurs acclamations se mêlèrent à celles des 
soldats, leurs éloges se confondirent, et don- 
nèrent une nouvelle preuve que les hommes 
les plus grossiers et les plus insensibles au 
prestige de la victoire ou delà puissance, sont 
toujours subjugués par la clémence et l'hu- 
manité. 

Poursuivant sa route à travers des che- 
mins resserrés ou presqu'impralirables , René 
passa le Vol tu nie , et n'arriva à Benevent 
qu'à deux heures du matin. Il descendit à lai - 
chevêche, où il comptait séjourner le lende- 
main (à cause de la solennité du Dimanche). Il 
devait d'ailleurs être curieux de visiter rem- 
placement de la célèbre bataille comportée, 
le 10 Août 1268, par Charles d'Anjou surMain- 
froi C). 



(*) La ville Je Eenevent prétendait avoir été fondée par Dion* de 
C'estentre Beneveut et Aveline que Tannée romaine passa sous les 
ourches caudines. 



(i43g) DE RENE D'ANJOU. 29 J 

Au sortir de l'église , où il venait d'enten- 
dre la messe, René aperçoit son fidèle guide le 
moine Antonello, qui s'approche des courtisans 
et des capitaines. Désirant savoir ce qu'il 
leur demande, il s'arrête dans la foule, et en- 
tend le pauvre frère qui les invite humble- 
ment, mais avec vivacité, à accepter un repas 
dans sa modeste chaumière. 

(Ce bon religieux, né à Benevent, était tel- 
lement affectionné à la maison d'Anjou, qu'il 
avait exposé plusieurs fois sa vie dans le trajet 
de Naples au fond de l'Abbruzze). 

Touché de la franche cordialité de son 
offre, René s'avance vers Antonello, et lui dit 
avec enjouement : « J'en suis aussi, et notre 
« ami peut me compter au nombre de sescon- 
« vives. » 

Muet d'étonnement et de joie, Antonello ne 
peut d'abord répondre. « Quoi! s'écrie-t-il en- 
« fin, serait-il possible! Votre Majesté daigne- 
« rait.... » — « Du meilleur de mon cœur , 
« ajoute René en lui serrant affec tu eu sèment 
« la main : Je vous suis trop redevable 
« pour ne pas m'en faire une véritable fête. » 

Au comble du bonheur, frère Antonello 
accourt vers sa maisonnette, l'arrange le plus 

Papon III. P. 356. Journal d'Angers. 9 e année. 9 Mai 1810. 



294 I11STOIJΠ[3g; 

proprement possible, et ne se possède pi> à 
l'idée de recevoir son souverain. 

A l'heure convenue, René arrive, trouve la 
nappe mise auprès d'un large loyer, sur lequel 
tournaient à la fois plusieurs broches chai 
de toutes sortes de viandes, et s'assied sans 
cérémonie parmi les seigneurs qui l'accom- 
pagnent. Le prince fit honneur au repas rus- 
tique, autant par soi appétit que par sa bonne 
humeur; chacun l'imita, même le bon moine, 
et la petite réunion devint une véritable partie 
de plaisir qui se prolongea plusieurs heures. 

« Hé bien! dit le monarque au religieux , 
« en se séparant de lui, notre ami est-il satis- 
« fait ? » Emu jusqu'aux larmes d'une telle 
bonté et d'une simplicité si louchante, « \ ivc 
« Dieu! s'écrie Antonello hors de lui, je suis 
« si content que, si je mourais en ce moment . 
« j'irais tout droit en pa radis. Oui, je regarde 
« le bonheur de recevoir voire Majesté dans 
« ma chétive demeure, comme un gage el un 
« ayant-goût des délices de l'autre vie !... » 

Au récit de semblables traits , n'est-il pas 
besoin de se souvenir qu'il s'agit dé Unie 
d'Anjou, pour ne pas. croire qu'on lit l'histoire 
du bon Henri , conquérant comme lui s, "i 
royaume par la clémence, L'affabilité, et don- 
nant l'exemple du courage et de la franche 



i45 9 ) 13E RENÉ D'ANJOU. 2q5 

gaieté, au milieu des dangers et de toutes lès 
privations ? 

Pardonnons doue à ceux qui ont comparé 
René au meilleur , au plus loyal , au plus 
grand des rois. Le Béarnais n'eût certaine- 
ment pas désavoué cette partie de la vie d'un 
prince du sang de France 3 peut-être l'a-t-il 
entendu rapporter plus d'une fois avec atten- 
drissement. 

Comme notre Henri , le bon René sa- 
vait inspirer cette profonde affection qui en- 
fante des prodiges, et centuple les moyens d'un 
chef d'armée. Les soldats surtout , à la tête 
desquels il était sans cesse pour veiller à leur 
bien-être, le regardaient comme un père; tous 
brûlaient de lui prouver leur dévouement; 
tous s'entretenaient de son extrême simplicité, 
de son zèle pour le maintien de la discipline, 
et jamais ils ne s'adressaient qu'à lui, quand 
ils avaient quelque demande ou des plain- 
tes à former. Il était souvent arrivé que cç 
prince ni son escorte, ne trouvant aucun gîte, 
étaient forcés de passer la nuit sans une seule 
lente . le premier à rire de ce contre-temps, 
René prenait aussitôt son parti, étendait son 
manteau sur la dure, el comme le plus obs^ 
eut de ses soldats ne tardait pas à s'endormir 



icfo HISTOIRE <x\~ 

tranquillement, exposé à toutes les injures d<* 
l'air. 

Ce prince s'apprêtait à quitter la ville de 
Benevent, (agréablement située au confluent 
de trois rivières (*), et où des restes précieux 
d'antiquité, tels que la Porta aurea, et un arc 
de triomphe érigé en l'honneur de Trajan, 
attirent encore les voyageurs ) , lorsqu'il se 
vit tout-à-coup entouré d'un concours im- 
mense de villageois. Au milieu de leurs luu van- 
tes acclamations, il comprit qu'ils accouraient 
pour voir un prince dont les malheurs étaient 
connus jusque dans les plus chétifs hameaux 
de l'Abbruzze. Effectivement, la plupart de ces 
montagnards le supplièrent de leur permettre 
de le suivre, et lui déclarèrent que , malgré 
les dangers qui les attendaient, ils étaient ré- 
solus à se dévouer à sa cause et à L'accom- 
pagner partout. 

Profondément touche d'un témoignage au9si 
liât leur , René se mêla dans les rangs de 
cette multitude, et la remercia de ses offres 
Mais comme un message de la reine lui appre- 
nait que le roi d'Aragon avait reconnu en «v 
le siège de Nâples , il pria les villageois 
d'employer leur bonne volonté à Faire intro- 
ït) Le Sabbatoj le Famaro et Je Calore. 



(1459) BE REINE D'AKJOU. 297 

duire quelques eonvois de vivres dans sa ca- 
pitale. 

Tous se disputèrent alors l'honneur d'exé- 
cuter les intentions du roi, et s'empressèrent 
de conduire leurs troupeaux sur la route de 
Naples. Feignant de les destiner au camp d'Al- 
jmonse, et trompant ainsi la vigilance des senti- 
nelles, ils parvinrent à pénétrer dans les murs 
de la ville , eux, leurs moutons, leurs bœufs 
et une grande quantité de blé. 

René, les ayant quittés précipitamment pour 
voler au secours de la reine, trouva sur le 
chemin de Benevent à Padula un prodigieux 
rassemblement d'habitants des villes et villages 
des environs. Chacun le comblait de bénédic- 
tions, invoquait le ciel pour sa conservation, 
et le succès de ses armes, et lui offrait tout ce 
qu'il possédait. Juste récompense de la conduite 
de cet excellent prince et de la sévère disci- 
pline qu'il faisait observer à son armée! Ces 
simples villageois savaient qu'il avait ordonné 
à chaque soldat de payer sur le champ tout ce 
qu'il achèterait, et peu habitués k de pareils 
ménagements, ils ne trouvaient pas de termes 
pour exprimer leur reconnaissance. Plusieurs 
d'entr'eux s'y attendaient d'autant moins qu'ils 

Dégly. III. P. au. 



'±<fi HISTOIRE (,43g 

étaient reconnus comme partisans déclarés du 
roi d'Aragon. 

Cet enthousiasme se communiquant de pro- 
che en proche, des officiers mêmes d'Alphonse 
se présentèrent à René, en le priant d'accep- 
ter dtèux magnifiques chevaux et six riches tas- 
ses chargent. Ils lui firent proposer ensuite de 
passer dans son camp avec trois cents hom- 
mes d'infanterie et cinquante lances. 

René admit à l'instant ces officiers à sou au- 
dience, les questionna avec affabilité, et avant 
accepté leurs services, les incorpora dans son 
armée en leur témoignant une confiance qui 
les rendit entièrement dévoués. 

V. Le roi d'Aragon, auquel ces détn'il- lurent 
promptement transmis par ses nombreux émis- 
saires, en conçut un dépit d'autant plus vio- 
lent, qu'il comprit toute leur influence sur 
l'esprit des Napolitains. En effel . 1 e\ enû&à leur 
premier sentiment envers un monarque aussi 
magnanime que René, ils annoncèrent la ré- 
solution de se défendre en désespérés, quelle 
que fut d'ailleurs la disette de yivnes et de 
munitions qui commençait à se faire sentir 
parmi eux. Aussi les vit-on combattre dans 
les rangs de la garnison, la suivre dan- ses 
sorties, et ne rentrer qu'avec elle dans les 
murs de la capitale. 



(ttfg-itf») I)E RE]NE D'ANJOU. 299 

Repoussé déjà plusieurs fois , Alphonse ne 
put se dissimuler combien le retour de son 
rival allait ranimer l'ardeur des assiégés. Re- 
gardant comme la plus importante des opé- 
rations d'empêcher le retour de René à Na- 
ples,il quitta le blocus, prit les régiments les 
plus déterminés, et se rendit en personne au 
pont de la Tufara , afin d'en disputer le pas- 
sage. 

René, en quittant Padula, ( non loin des 
fourches Caudines , lieu de sinistre présagej , 
avait été forcé de s'arrêter à Lucera , dans la 
Capitanate,où les subsides demandés devaient 
être versés à la caisse générale du trésor. Mais 
aussitôt que cet argent eut été remis entre les 
mains deCaldora, René, qui venait d'apprendre 
l'arrivée du roi d'Aragon au pont de la Tufara , 
lui envoya son héraut d'armes, en le défiant 
de nouveau à un combat singulier. 

C'était fournir à son compétiteur une occa- 
sion éclatante de se laver du reproche qu'on 
lui avait adressé l'année d'auparavant. Néan- 
moins Alphonse, comptant probablement déjà 
sur le succès de ses intrigues, refusa une se- 
conde fois de se mesurer avec un prince qu'il 
s'obstinait à ne regarder que comme duc de 
Lorraine et comte de Provence; le héraut re- 
partit donc sans réponse. 



300 HISTOIRE ('439-i 440 

Déterminé à forcer le défilé, René rangea 
ses troupes en bataille, donna le signal de se 
diriger en avant, et se trouva bientôt en vue 
du passage que défendaient de fortes lignes 
d'Aragonais. Il s'aperçut alors de l'hésita- 
tion de plusieurs capitaines, et ne put se dis- 
simuler qu'il se tramait quelque perfidie, mais 
ce n'était ni le moment ni le lieu de mon- 
trer ses craintes j aussi se borna-t-il à don- 
ner lui-même l'exemple de fondre sur ses en- 
nemis. 

Entraînés par l'ardeur de leur roi, les lieu- 
tenants mêmes de Caldora s'élancèrent sur ses 
pas, appuyèrent le mouvement vigoureux qui 
le rendait maître de tous les retranchement- . 
et culbutèrent avec lui toute lavant -garde 
d'Alphonse. 

Au bruit de cet engagement, le roi d'Aragon 
( qui, tombé malade la veille, se faisait por- 
ter dans une litière) voulut s'assurer de ce 
qui se passait, et envoya le reste de ses troupes 
soutenir ses premières colonnes. Il ne se trou- 
vait donc plus qu'avec un seul détachement. 
lorsqu'il fut obligé de battre en retraite. La 
victoire de René et la prise de son rival pa- 
raissaient également certaines... La couronne 
deNaplcs allait appartenir désormais à la mai- 
son d'Anjou!.. Redoublant d'ardeur, se preci- 



(i44°) DE RENÉ D'ANJOU. 3oi 

pilant sur un dernier corps d'armée qui 
n'opposant qu'une faible défense commençait 
à plier, René distinguait déjà dans la plaine 
l'ambitieux Alphonse, dont l'étoile semblait 
s'éclipser sans retour. 

Tout-à-coup , une défection inouïe vient 
changer en entier la face des choses, et con- 
damne René à s'arrêter brusquement devant 
un ennemi en déroute... Il atteignait les der- 
niers escadrons des fuyards, lorsque de grands 
cris se font entendre derrière lui... René se 
retourne, se voit presque seul , et aperçoit 
Caldora qui, l'épée de connétable à la main, 
ordonne impérieusement aux soldats de ne 
plus avancer. — « Que faites-vous, duc de Bar- 
« ry? s'écrie vivement René , en accourant 
« vers' lui; ignorez-vous que la victoire n'est 
« plus douteuse? Je pense que vous pouvez 
« affronter les dangers auxquels je m'expose 
« moi-même?» — « Sire, répond Caldora, 
« avec un calme impudent , si ce royaume 
« vous est enlevé, vous conserverez la Pro- 
« vence, ainsi que vos autres états; mais 
« pour moi , si je perds mes troupes , je se- 
« rai réduit à. mendier honteusement ma vie. » 
— Achevant ces mots , il renouvelle de nou- 
veau Tordre de s'arrêter. 



Papon. III. P. 356.- Dégly. III. P. 2^4. 



3o'2 HISTOIRE (,; 

A Ja voix d'un chef qu'ils affectionnent, les 
Napolitains obéissent. L'occasion , mère des 
grands événements, dit Tacite, n'est plus au 
pouvoir de René, et ce prince , demeuré au 
milieu d'un petit cercle de braves, a la douleur 
de voir l'heureux Alphonse s'échapper pour 
ainsi dire de ses mains. 

Plusieurs capitaines de Caldora , aussi indi- 
gnés de la déloyauté de leur chef, que rem- 
plis d'admiration pour l'héroïsme de Hem-, 
vinrent le lendemain le trouver dans son 
camp. Il s'y était retiré sans vouloir parler 
à personne, et son désespoir était tel , qu'il avàil 
passé la nuit entière sans goûter le sommeil 
Il reçut cependant ces officiers qui, s'étant jetés 
à ses pieds , se justifièrent d'avoir obéi au 
connétable, renouvelèrent leur serment de fi- 
délité, et protestèrent d'un dévouement à toute 

épreuve Ils quittaient à peine la tente «le 

René, quand, à son tour, l'orgueilleux Caldorn 
osa paraître devant son maître. Se Ritfanj 
encore d'en imposer sur ses intentions . ou 
comptant plutôt sur l'inépuisable clémence 
du roi, il avoua quelques-uns de des torts, 
et les attribua à un excès de prudence qu'il 
se reprochait amèrement, disait-il. Il s'épuisa 
en promesses , en serments , invoqua le nom 



(i44o) DE RENÉ D'ANJOU. 3ê>3 

vénéré de son père.... An retour de son au- 
dience, on le vit plus fier qu'auparavant, re- 
prendre son rang dans l'armée. 

Ici, on doit l'avouer, René mérite le grave 
reproche d'une longanimité outrée. Jamais on 
n'oublia plus complètement , que la sévérité 
est l'Ame et le nerf de la discipline. On ne 
pouvait sans doute exiger de ce prince cette 
dissimulation qui porte à s'assurer qu'on est 
le plus fort, avant de chercher à punir ou à 
étouffer son ressentiment. Mais il n'était pas 
en situation d'infliger un châtiment exemplaire 
à Caldora, il fallait le bannir : le conserver, 
c'était annoncer trop hautement ou de la fai- 
blesse ou des craintes. 

Quoiqu'il en soit , l'armée s'étant remise 
en marche pour aller secourir Naples , dont 
les nouvelles devenaient chaque jour plu* 
alarmantes, René fit faire halte à ses troupes, et 
réunit à dîner les principaux seigneurs ainsi 
que les officiers de sa suite. ïl n'y avait pro- 
bablement point invité Caldora, puisqu'en le 
voyant se présenter à sa table , il ne put, dit- 
on , s'empêcher de témoigner sa surprise. Trop 
franc pour se contenir davantage , il s'appro- 
cha du duc de Barry , en lui adressant le s 
reproches les plus amers sur sa conduite* 
— « J'étais venu de France , continua-t-il avec 



3o4 HISTOIRE ,440] 

« véhémence , pour porter le sceptre et non 
« pour dépendre de vos volontés. Vous seul 
« m'avez empêché de m 'emparer de la per- 
« sonne du roi d'Aragon ; je devrais vous 
« punir , mais le nom et les services do 
« votre père sont trop profondément gra 

« dans mon cœur Gardez les richesses , 

« gardez les honneurs dont je vous ai < <»m- 
« blé.... Je reprends seulement l'épée de con- 

« néfable Demeurez aux arrêts jusqu'à ce 

« que l'armée ait prêté serment en Ire mes 
« mains. » Caldora sortit la rage dans le 
cœur. 

Nous observerons de nouveau ici que , par 
suite d'une première imprudence , Renié se 
plaçait dans une position plus fausse encore ; 
car s'il avait pensé que son autorité ou le sa- 
lut de l'armée seraient compromis eu sévissant 
contre un chef aussi puissant, devait-il perdre 
de vue les dangers qu'entraîne la désertion 
forcée d'un capitaine expérimenté et maître 
de nos secrets? Une sédition militaire se pro- 
page de proche en proche, comme un incen- 
die, si elle n'est promptement étouffée. René 
s'étant réduit à l'alternative de rendre sa con- 
fiance à un traître , ou de le voir abuser de 
son influence sur des soldats qu'il avait con- 
duits à la victoire , en fit la cruelle épreuve 



(,44o) DE RENÉ D'ANJOU. 3o5 

Une sourde ferai enta tion commença à se ma- 
nifester dans les rangs de l'armée. Gai dora 
y sema à pleines mains l'or du roi d'Aragon: 
le prix d'une première trahison en fit écbore 
de nouvelles , et bientôt l'insubordination 
éclata si vivement de toute part, que les 
troupes se refusèrent au serment qu'on exi~ 
geait d'elles. 

Cependant Raymond Caldora, oncle du con- 
nétable (guerrier aussi loyal que celui-ci l'é- 
tait peu), parvint, après des efforts, des me- 
naces et des promesses multipliés , à obtenir 
que l'armée prêtât serment de fidélité en Ire 
les mains d'Othon Carraccioli. 

Un tel soulèvement, uniquement excité en 
laveur du fauteur de la révolte, aurait dû en- 
gager René à abandonner son imprudent sys- 
tème d'indulgence ; il se contenta toutefois 
encore de donner l'ordre à Caldora de s'éloi- 
gner. Espérant même calmer , par ce moyen, 
l'effervescence des esprits, il fil expédier an 
duc de Barry des lettres de gouverneur de 
TAbbruzze. 

Feignant une sorte de reconnaissance, Cal- 
dora parut obéir avec soumission, et monta 
à cheval sur le champ; mais arrivé au pont 
de la Madelaine (à peu de distance du camp 
de René), il y envoya le pins adroit de ses 

TOME I. 20 



t. ', 



3o6 HISTOIRE 

écuyers pour engager les capitaines à le sou- 
tenir dans sa disgrâce , et à persister à ne 
pas se laisser commander par d'autres que par 
lui. 

Cette seconde perfidie ne réussit que trop. 
Au nom de Caldora, les esprits s'agitèrent de 
nouveau; une émeute plus violente que la pre- 
mière se manifesta dans l'armée qui, se soule- 
vant presque en entier, demanda le connéta- 
ble à grands cris , et se choisit des députés 
pour aller conjurer René de replacer Cal- 
dora à sa tête. 

Raymond Annequin (chargé de porter la 
parole pour les autres capitaines) trouva le 
prince dans une si profonde Indignation, qu'il 
essaya inutilement de l'aborder et d'en obtenir 
un moment d'audience. Ce fut en vain que la 
plupart de ses conseillers voulurent lui repré- 
senter que la rébellion de Caldora pouvant 
ruiner sa cause sans retour, il fallait le gagner 
ou le rappeler à tout prix, puisqu'il n'existait 
aucun autre moyen de satisfaire les troupes. 

« INon, non, répondit-il avec feu, je ne me 
« persuaderai jamais quêtant de braves ;;uer- 
« riers soient capables de fausser ainsi le <er- 
« ment qu'ils ont fait la veille ! » Au reste, fit- 
il dire à Annequin , « peu m'importe que Cal- 
« dora se jette dans le parti d'Alphonse même 



C 1 44<>) DE RENÉ D'ANJOU. 3o>j 

« avec toute l'année..... Je préfère être réduit 
« à la nécessité de composer avec un roi mon 
« égal , que de devenir l'esclave d'un chef 
« aussi vil que parjure. » 

Combien il dut se reprocher alors son in- 
concevable clémence!... mais le mal était pro- 
duit et un funeste exemple d'impunité enhardit 
d'autant plus les traîtres qu'il glace le zèle de 
la fidélité. 

Raymond Annequin ayant rapporté au camp 
les paroles du prince, un désordre inexpri- 
mable y éclata spontanément; on exhala mille 
plaintes contre René', et la plus forte par- 
tie des troupes s'étant séparée de lui, alla 
rejoindre le connétable. Celui-ci dépêcha 
aussitôt un messager au roi d'Aragon, en lui 
rendant compte de sa conduite, et s'oïïrant à 
lui amener tous ses soldats. Peu de jours 
après , sans attendre sa réponse , il fut le 
trouver sous prétexte d'une partie de chasse, 
entre Aviezo et Arpaya. Cependant, quoique 
Alphonse l'eût accueilli avec des démonstra- 
tions de bienveillance proportionnées au 
service qu'il en avait reçu , il existait une 
telle inimitié entre le duc de Barry et le 
prince de Tarente, qu'il n'osa prendre le pre- 
mier à sa solde. D'ailleurs, si l'on consent à 
se servir d'un homme qui a pu trahir son chef, 



20* 



3o8 HISTOIRE ,; 

on le méprise trop pour lui accorder une 
pleine confiance Le roi d'Aragon se borna 
donc à former un Iraité avec Caldora , qui 
engagea alors Sancta Madaloni (*), gouver- 
neur d'Averses ( ville fondée par Robert G uU- 
card ) à remetlre cette forteresse aux Ara- 
gonaisj mais le connétable s'empara des dix 
mille ducats qu'Alphonse donnait pour cette 
capitulation, prétendant qu'ils étaient dus à 
son oncle Raymond auquel la citadelle d'A- 
verses avaitété cédée par René, comme gage 
d'une pareille somme prêtée à ce prince. 

Caldora conduisit ensuite ses troupe- i 
Montesachio, où il les cantonna, ne bissaal 
à son maître que quatre cents chevaux. fLëonel 
Acclocciamera , comte de Ceiano, les com- 
mandait, et, quoique parent du duc de Bar- 
ry, il demeura jusqu'à la fin de la guerre in- 
vioablement attaché à la maison d'Anjou . 

On peut facilement juger de la cruelle 
situation dans laquelle René se trouva pion ;é 
par le lâche abandon de Caldora, don! la prise 
d'Averses avait été la suite. En effet, ee l'ut au 

(*)Mr. de Burigny l'appelle Zanthu?. 

« Ces défections, ajoute-t-il, avant exposé Caldora au me; r 
i. itérai, il se rôtira a Cesi dans la Marche, où il finit M 
« avoir pu recouvrer la moindre considération. » 

Enrigny. II. P. 329. 33 1. 



(t44«-i440 t>E RENÉ D'ANJOU. 3oq 

moment où, dénué d'argent et de tout secours, 
il se voyait pour ainsi dire sans armée, qu'é- 
choua une nouvelle négociation tentée par le 
roi de France: le pape Eugène, touché des 
malheurs de René, envoyait également alors 
une ambassade à Alphonse jjour le ramener 
à des vues plus pacifiques. Mais ébloui de 
ses succès, ce prince était trop ouvertement 
favorisé par le sort, pour se prêter à un ac- 
commodement. « Aussi se refusa-t-il obstiné- 
« ment à accepter l'abdication au trône de 
« Naples que son compétiteur lui offrait , 
« sous la seule condition d'adopter le duc de 
« Ca labre. » 

Le roi d'Aragon ne réfléchissait point qu'il 
avait eu le bonheur d'échapper lui-même à 
un danger récent, et qu'il pouvait vérifier 
de nouveau la maxime du prince des poè- 
tes latins: « Que la fortune se fait un jeu de 
« passer alternativement d'un parti à l'au- 
« tre, et d'affermir ceux qu'elle avait ébran- 
« lés. » O 

Quant à René , s'il proposait à son rival 
de renoncer à la couronne, ce n'était point 
qu'il fut totalement découragé par la défection 



{*) . , ... Multos alterna revisens 

Lusit, et in solitlo rursùs iorluna iocavit. 



3iO HISTOIRE : 1440-1441 

de Caldora; mais il savait que dans une as- 
semblée tenue à IN a pies , on avait agité la ques- 
tion d'entrer à tout prix en accommodement 
avec Alphonse. Cette ouverture avait été ac- 
cueillie; il fallait donc en prévenir l'exécu- 
tion par un sacrifice généreux , et détourner 
toute provocation à la guerre civile. 

René, qui venait de visiter quelques places 
fortes, afin de diviser l'armée ennemie, re- 
nouvela encore l'offre d'abdiquer, par la mé- 
diation des ambassadeurs de Charles A IJ. 
Cette fois, le roi d'Aragon parut ébranlé, les 
négociations s'entamèrent, et elles prenaient 
une sorte de consistance, lorsque les Napoli- 
tains blessés de tant de délais qu'ils regar- 
daient comme un refus tacite, s'opposèrent à 
la continuation des pourparlers. Ils suppliè- 
rent donc llené de revenir au milieu d'eux: 
k sa vue, leur confiance pour lui et la haine 
qu'ils portaient à Alphonse se réveillant à 
la foi*, ils lui jurèrent de s'ensevelir à ses 
cotés, sous les murs de sa capitale, plutôt que 
de reconnaître d'autre roi que ce prince ou 
l'un de ses fils. 

VI. Quoique cette dernière campagne n'eut 
pas répondu aux espérances qu'on avait du en 
concevoir, les Napolitains, que le retour de René 
rendait à la sécurité, lurent assez justes pour 



(i440 UE RENÉ D'ANJOU. 3n 

lui savoir gré de ses efforts, comme si le succès 
les avait couronnés. Tous parurent même ou- 
blier leurs propres malheurs et l'avenir qui 
les menaçait, pour ne songer qu'à la satisfac- 
tion de revoir un prince adoré. 

Les seigneurs de la cour ( dont quel- 
ques-uns avaient été témoins de F héroïque 
valeur de René) , touchés de la courageuse ré- 
signation qu'il montrait en ce moment, réso- 
lurent à leur tour de lui exprimer les senti- 
ments d'admiration dont. ils étaient pénétrés' 
en l'invitanl à assister à la représentation 
d'un spectacle extraordinaire. 

Ce fut dans la cour du Château-Neuf, riche- 
ment décoré à cet effet, que se réunit, le 
3i Décembre I44 1 ? tont ce que Naples ren- 
fermait de personnes d'un rang élevé, de l'un 
el de l'autre sexe , connues par leur dévoue- 
ment à la maison d'Anjou. 

René, Isabelle, le duc de Calabrc, les offi- 
ciers et les dames du palais ne tardèrent pas 
d'y paraître aux cris de vive nos souverains! 
Et dès qu'ils se furent placés sur le Irône et 
sur les estrades, les jeux allégoriques com- 
mencèrent. 

Le dernier ( le seul dont le sujet nous soit 
connu ) , offrait trois des plus célèbres héros 
de l'antiquité (Scipion, Alexandre el Aniii- 



3i2 HISTOIRE fi 441 

bal ) invoquant la décision du sé\ere juge 
des enfers , sur le rang qu'ils devaient occu- 
per dans la postérité, et on les entendit toui - 
à-tour chercher à être placés avant leurs ri- 
vaux, par le récit des actions qui les avaient 
rendus immortels (7). 

Minos les ayant attentivement écoutés, pro- 
nonça son jugement devant la royale assem- 
blée, en déclarant que Scipion méritait la 
palme des vertus héroïques; qu'Alexandre lui 
semblait devoir occuper le second rang, el 
qu'enfin Annibal ne pouvait être regardé que 
comme le dernier des trois. 

Aussitôt un gentilhomme napolilain , nom- 
mé Cyprien de Mer (le même qui venait de re- 
présenter Scipion ), s'avança jusqu'au pied «lu 
trône, en adressant à René un discours dont les 
fréquentes allusions furent applaudies à plu 
sieurs reprises par l'auditoire. 

Sa longueur nous force à n'en extraire que 
les fragments suivants: 

« Sérénissime roi, dit Cyprien de Mer, on 
« aura peut-être lieu d'être surpris, en voyant 
« trois grands hommes auxquels jusqu'à ce 
« jour la nature n'a point donné d'égaux, p la- 
« ces ainsi dans des fêtes, où l'enjouement et 
« la légèreté tiennent lieu de la sagesse et de 
« la raison. Sous ce point de vue. Sire. 110 



ti 440 DE RE1N T É D^ANJOU. 3i3 

« jeux pourraient paraître blâmables ; mais 
« si votre Majesté daigne réfléchir aux leçons 
« qu'ils renferment, elle saura y découvrir 
« des intentions dignes d'éloges. 

« Au lieu des exemples de l'antiquité, exa- 
« minons plutôt ceux que nous offrent les 
« temps présents.... Vous nous en donnez un 
« bien éclatant, Sérénissime prince, dans la 
« guerre que vous soutenez et qui vient de 
« mettre dans tout son jour ce que nous avons 
« dit sur l'injustice de la fortune. 

« Quels rapprochements frappants entre ces 
« événements et ceux qui signalèrent la guerre 
« des Romains et desCarthaginois, commandés 
« par Scipion et Annibal, ( ces célèbres capi- 
« taines représentés en nos jeux allégori- 
« ques!.. ) 

« Annibal commença les hostilités en s'em- 
« parant de la malheureuse Sagonte qu'il 
« inonda de sang.... Votre ennemi, Sire, a 
« annoncé son règne en étendant le meurtre 
« et la désolation sur Valence, reste infortuné 
« des anciens Sagontins. Scipion défendit 
« Rome; vous êtes le bouclier de l'église qui 
« a fixé le centre de sa puissance dans cette 
« ville éternelle.... Comme Annibal, votre en- 
« nemi est vieux, adroit, fourbe, déloyal.... 
_« de même que Scipion, nous vous voyons 



3i4 HISTOIRE , :,, 

« jeune, juste, prudent, ami de la vérité. Al- 
(. phonse, ainsi qu'Annibal,a séduit lesCam- 
« paniensj comme le grand Scipion , vous exer- 
ce cez un pouvoir légitime sur les Napdli- 
« tains. De vains succès remplirent d'orgueil 
« le Carthaginois...; ils enflent aussi le < o 
« du roi d'Aragon.. . Vous, Sire, dans l'aàVer- 
« site, vous reproduisez la bravoure et l'ad- 
« mirable patience de Scipion... Enfin voire 
« ennemi sera chassé et vaincu comme Anni- 
« bal... Et vous, illusfrc prince, vous réj 
« rez au milieu de nous , ceint des lauriers 
« immortels de la victoire. 

« Ranimez donc voire héroïque cour? 
« en continuant à regarder la vertu comme 
« le premier des biens; déployez dans leul 
« son lustre cetle grandeur d'âme que le « i<! 
« vous a départie. Une aussi noble conduite 
« doit être celle des maîtres de la terre, mais 
« plus encore la vôtre, Sire, vou> qui 
« pris jusqu'ici pour modèles, des ancêtres qui 
- préférèrent souffrir la mort même, plul I 
« que de se souiller de la moindre lâche. 

« Soyez assuré, grand roi, qu'en agissant de 
« la sorte, vous régnerez en paix sur vos 
« états... Que tant que Dieu vous permettra 
« d'habiter ce monde, vous y signalerez Fôtro 
« passage par un si grand nombre de i 



(,440 DE RENÉ D'ANJOU. 3i5 

« actions, que votre nom deviendra à jamais 
« célèbre dans l'univers; qu'enfin, après avoir 
« parcouru glorieusement la carrière de la 
« vie, votre Ame regagnant sa première de- 
« meure, sera placée, non aux pieds de Minos, 
« mais parmi les élus et les bienheureux, pour 
« y jouir d'une couronne éternelle... Salut. » 

On ne connaît pas les autres détails de la 
fête du 3i Décembre, ni de celles qui lui 
succédèrent. L'histoire est muette sur ce point ; 
mais elle rapporte que l'affection envers René 
s'était tellement ranimée parmi ses sujets, 
qu'ils eussent affronté avec ardeur toutes sor- 
tes de dangers pour affermir sa dynastie sur 
le trône de Naples. 

Il paraît même hors de doute que , reprenant 
l'offensive, René se serait bientôt vu en mesure 
de dicter des lois à Alphonse, si cet heureux 
rival, qui multipliait ses forces par son adresse 
et son or, lui eût déclaré une guerre franche 
et loyale. La fortune semblait, pour ainsi dire, 
se repentir de ses longues injustices. L'horizon 
redevenait serein, et la médiation de Thomas 
de Frégoze avait déjà obtenu du pape un traité 
d'alliance ratifié le 25 Avril. Lue lueur d'es- 
pérance pouvait donc encore pénétrer dans 
le cœur du prince d'Anjou. 

Mais, comme on l'a déjà vu , la citadelle 



3i6 HISTOIRE 

d'Averses, si néeessaire à la sûreté de Naples, 
avait été lâchement livrée. Acèrre, ville a on 
moins importante pour protéger l'approvision- 
nement de la capitale, avait également arboré 
l'étendard du roi d'Aragon. 

Les trésors de ce monarque, semés dans les 
provinces que René venait de laisser fidèles, 
ébranlaient peu-k-peu leur dévouement. l)<s 
émissaires nombreux les parcouraient sans 
cesse, y répandaient des bruits mensongers. 
et y excitaient à la rébellion. 

Tout conspirait donc contre un prince qui 
n'ayant pour auxiliaires que la justice de sa 
cause, la droiture de son caractère, l'appui de 
quelques amis impuissants , répétait con- 
taminent au milieu de ses infortunes: i La pro- 
ie bité et la vertu devraient se retrouver 
« surtout dans le cœur des rois. » 

René apprit le succès des intrigues d Al- 
phonse au moment où il se livrait à des illu- 
sions de bonheur. Il y lut cependant moins 
sensible qu'à la défection des provinces, don! 
naguères il avait reçu les serments. 

On rapporte que , dévoré d'une profonde 
tristesse , à l'annonce de ces trahisons suc- 
cessives , il épancha les peines de son âme 
dans le secret d'une correspondance intime 
avec u u allié digne de l'entendre. Les Lettres 



(i44a) DE RENÉ D'ANJOU. 3i; 

île René à l'illustre doge de Gènes n'ont 
point été conservées ; mais une réponse de 
Frégoze fournit la preuve des nobles senti- 
ments dont elles devaient être remplies. (8) 
11 y règne une telle vérité, qu'on a besoin de 
se souvenir , en la méditant, que les événe- 
ments dont elle retrace le tableau ont agité 
nos aïeux , il y a près de quatre siècles. 

Frégoze la terminait en assurant René qu'il 
« pouvait compter sur son zèle comme sur 
« celui de la république. » 

VIL II ne tint pas au respectable doge de 
marcher efficacement au secours de son royal 
ami, Par ses soins, une escadre chargée de 
troupes, de munitions de guerres et de vivres, 
fut équipée aux frais des Géno's. Elle allait 
meître à la voile pour Naples, lorsque le com- 
mandement en ayant été donné k Jean de 
Frégoze, ce choix excita une telle mésintelli- 
gence qu'il fallut ajourner indéfiniment le dé- 
part de la flotte. 

Ce contre-temps devint d'autant plus funeste 
à René, qu'à la sollicitation de Thomas de 
Frégoze et du pape , Philippe Visconli s'était 
décidé à abandonner le roi d'Aragon et 
à opérer une heureuse diversion dans son 
armée , en se rendant en personne à Naples 
avec le célèbre Sforce, son f/endre. 



3i8 HISTOIRE 

Toutefois , ces dispositions favorables fu- 
rent tout-à-cOup paralisées par l'ascendant el 
les nouvelles intrigues d'Alphonse qui s'était 
emparé sans combat de l'île de Caprée. Les 
abords de JXaples,du côté de la mer, se trou- 
vaient donc en quelque sorte fermés par le fort 
de cette île ? Gaëte , Averses etAcère. Le roi 
d'Aragon se dirigea ensuite sur Pouzzol qui 
capitula faute de vivres. La Torre del Greco, 
seul poste important qui restât aux Napo- 
litains subit un sort pareil. La flotte arago- 
naise captura en même temps une galère 
française chargée d'argentet de munitions, ce 
qui ruina sans retour toutes les espérances de 
René. 

Alphonse resserra alors toutes ses troupes 
auprès de JNaples, les échelonna de manière 
à ce qu'aucun secours ne pénétrât dans 
celte capitale, et il en commença le siège, se 
promettant que son compétiteur n'en sortirai! 
plus. 

Déterminé à partager le sort de cette mal- 
heureuse ville déjà en proie au plus affreux 
dénûment (*), René ne pouvait se résoudre 



Chronique de Provence. Fo'. 611. 6i3. Dégly. Tom. If T. p. aaf». 
(*) « Selon C. Nostradamus. la famine avec son maigre 
»( et hideux visage, commerçait à \ exercer ses fureurs. » 



(i44*2) DE RENÉ D'ANJOU. 3i9 

à exposer la reine Isabelle et ses enfants (*) 
à un danger inévitable. Aussi , se hâta-t-il de 
les faire transporter en France par une voie 
prompte et sûre , ne gardant avec lui que 
quelques vieux soldats français ou provençaux, 
et environ huit cents arbalétriers Génois. 
( Ces derniers avaient été amenés depuis peu 
par Aaron Cibo (**), capitaine dévoué , que René 
appelait son bon et fidèle compère , et qu'il 
nomma vice-roi de Naples ). 

Ces forces étaient sans doute insuffisanTes; 
mais une grande partie de la jeunesse napo- 



(*) II nomma en même temps, dit Dotn Calmet, son second fils 
Louis, marquis de Pont-à-Mousson, lieutenant-général en Lorraine. 

Suivant ce savant bénédictin, ce jeune prince serait même parti 
avant sa mère, le 12 Mai 1 4^9* L'histoire de Metz donne la preuve 
que Louis d'Anjou était déjà arrivé à Nancy le 4 Octobre i^o. On 
trouve aussi'dans les archives de Metz une lettre adressée à Isabelle 
de Lorraine, en date du 2 1 Novembre i44 T - Mais la différence du 
vieux style au nouveau occasionne souvent ces légères erreurs par- 
mi les compilateurs les plus judicieux. 

Dom Calmet. Hist. de Lorraine. Tom. II. Fol. 620. Hist. de la 
ville de Metz. Tom. V. Preuves. 

(**) Aaron ou Arano Cibo était né à Rhodes en 1377. Alphonse 
d'Aragon, qui conçut beaucoup d'affection pour lui, se l'attacha 
après la prise do Naples , et le nomma régent de son conseil. 

Cibo mourut en 1Z1.57 a Capoue, patrice de Rome, dignité que 
Charles d'Anjou n'avait pas dédaignée.II avait épousé Genêvre Mari; 
Sa devise était: Libertas. 

Son fils né en ifii . et qui fut marié en sa jeunesse, fut sacré pape 
sous le nom d'Innocent VIII le 29 Août 1484* H mourut le 25 Juil- 
et 1)92. 

Moréri, IL Fol. 3o3. Chronique de Provence. Fol. 614 Gén. 
historiques II. p. ^u. 



39 o HISTOIRE 

litaine, animée d'un honorable patriotisme , 
s'arma en faveur de René, qui se vit en peu 
de jours à la tête d'une garnison prête à 
braver tous les dangers et à défendre sesfoj 
jusqu'à la dernière extrémité. 

Malheureusement, une effroyable famine, 
qui moissonna la plupart des habitants d<* \a- 
ples, vint tout-à-coup se déclarer l'auxiliaire 
d'Alphonse, comme la trahison l'était depuis 
long-temps. En vain Caldora, objet continuel 
de la défiance de ce prince, s'était rallié aux 
étendards d'Anjou et cherchait à introduire des 
vivres à Naples- vainement on comptait sur 
l'appui et les secours de François Sforce. La 
flotte aragonaise redoublant de vigilance . 
ne permit à aucun bâtiment d'à pp rocher et 
s'empara de tous les convois , tandis que les 
troupes de terre en faisaient autant de leur côté. 

Pénétré de douleur à la vue de tant <lr 
maux, René parcourait à toutes les heure* du 
jour et de la nuit , les places ou les nus de 
sa capitale, et apportant lui-même de* se- 
cours aux indigents, il ranimait leur courage 
abattu , ou les consolait par des paroles tou- 
chantes. Cet exemple fut suivi par une foule 
de riches seigneurs de la ville, et tous cher- 
chant à seconder l'active bienfaisance du sou- 
verain, cette vertu ingénieuse inventa sansces» 



(i44a) DE RENE D'ANJOU. 3at 

quelque moyen nouveau de soulager !a misère 
générale. 

Mais son pouvoir tu tel aire devint bientôt 
impuissant contre un fléau qui, insatiable de 
victimes, les frappait dans les palais et dans les 
chaumières , menaçant à la fois l'opulent 
et le misérable , l'adolescent et le vieillard , 
le soldat et le citoyen. Le roi lui-même , man- 
quant de l'absolu nécessaire, se vit, malgré 
les sacrifices qu'il s'imposait , dans la dou- 
loureuse nécessité de suspendre tout secours 
public. 

Ce fut , dit-on , au dernier période de cette 
horrible famine qu'une veuve infortunée vint 
implorer la commisération de René, et que ce 
prince se trouva forcé de repousser sa prière. 

Réduite au désespoir, cette femme se rend 
auprès d'un maçon nommé Annello, chargé 
de l'entretien des aqueducs deiNaples, et qui 
passait pour être attaché à la cause du roi 
d'Aragon; elle lui déclare qu'elle embrasse 
désormais avec ardeur le parti de celui qui 
peut seul ramener l'abondance dans leur mal- 
heureuse ville , et lui confie alors qu'une is- 



Gaufridi. Foi. Su. Ruffi. Hist. des comtes de Provence. Fol. 
365. Dégly. III. p. 238. Burigny. II. Mored. fli. Fol. 85. TMaria- 
na. Hist. d'Espagne. 368. 

TOME I, 2 1 



322 HISTOIRE ,44 i/ 

sue secrète conduisait, de sa propre maison , 
à un aqueduc voisin du camp d'Alphonse. 

Transporté de joie , le fontainier court 
se convaincre de la possibilité d'introduire 
des troupes par ce souterrain , remercie la 
veuve, l'assure de la reconnoissance du roi 
d'Aragon dont il exhalte ia libéralité aux 
dépens de René, et sort de INaples, pour al- 
ler instruire de ce qu'il vient d'apprendre 
le prince Ferdinand, fils naturel d'Alphonse. 
Admis auprès de lui, il le conduit à l'ouver- 
ture indiquée , lui démontre la facilité d\ 
faire pénétrer assez de soldats pour s'empa- 
rer de la porte de Capoue, vers laquelle 
aboutissait ce chemin inconnu , et ayant juré 
au prince le plus profond secret , il rentre dans 
la capitale avec une forte récompense, et de> 
promesses plus brillantes encore. 

( D'autres historiens ont rapporté que deux 
maçons prisonniers d'Alphonse lui découvri- 
rent cette issue généralement ignorée, et que 
René, prévenu de la trahison projetée', ainsi 
que de l'existence du sou i erra in , doubla le 
nombre des gardes. On ajoute même qu'il lit 
garnir de barreaux de fer l'ouverture de 
l'aqueduc , auprès duquel il plaça des senti- 
nelles.) 

Il paraît cependant que la première version 



(«{4*0 DE RENÉ D'ANJOU. 3:23 

est la véritable , et que rien n'ayant trans- 
piré de eette perfidie, elle éclata au commen- 
cement du mois de Juin , au moment où tou- 
tes les circonstances se réunissaient pour la 
favoriser. 

Informé de la confidence du fontainier, Al- 
phonse fit appeler Diomède Caraffa , et 
Mathieu Gennaro ( tous deux bannis de 
Naples à cause de leur défection ), et les 
chargea de tenter les hasards de l'entreprise 
à îa tête de deux cent cinquante soldats , for- 
mant dix compagnies d'infanterie. 

Instruit de son coté de ces dispositions, 
Annello se rendit de nouveau au camp du 
roi pour servir de guide au détachement. 

Vers le milieu de la nuit , ils descendent 
tous ensemble dans l'aqueduc , par une large 
excavation située à environ un mille de Naples. 
Armés de sabres, d'arbalètes et de pertuisa- 
nes,ils parcourent silencieusement, à la lueur 
de torches et de lanternes , l'étendue du 
souterrain, sans avoir entendu le moindre 
bruit. Ils arrivent enfin à la file les uns 
des autres , auprès d'un puits à sec , aboutis- 
sant à la maison d'un tailleur , non loin de 
la porte S. te Sophie. 

Quarante des premiers Aragon ais sortant 
alors , montent l'escalier où ils ne rencon- 



21* 



J-ij HISTOIRE ,44-, 

trcnt qu'une femme et une jeune fille que 
leur aspect glace d'effroi. S'emparant de ces 
malheureuses , ils les menacent de les égor- 
ger , s'il leur échappe le moindre cri. 

Au même instant, le tailleur rentrant paisi- 
blement chez lui , trouve sa maison remplie de 
soldats étrangers; mais conservant une rare 
présence d'esprit, il retourne brusquement sur 
ses pas , s'enfuit dans la rue , et bientôt tout 
le quartier répond à ses cris d'alarme. 

Les Aragonais n'hésitent plus à se montrer . 
et courent attaquer la porte de S. te Sophie. 
Les gardes surpris les reçoivent néanmoins 
de pied Terme , et sans se laisser intimider 
à la vue du reste du détachement qui se pré- 
cipite sur eux. La résistance qu'ils leur op- 
posent calme leur audace, suspend leufS pro- 
grès , et bientôt René lui-même arrive au 
secours de ses braves soldats. 

Averti qu'on avaiî vu flotter L'étendard 
d'Alphonse dans la ville, ce prince s'était levé 
à la hâte , avait revêtu son armure, el Relan- 
çant sur son cheval de bataille il accourait 
presque seul. Donnant ses ordres avec un 
admirable sang-froid, il rallie autour de lui 
les officiers et les soldats qui se présentent en 
foule, fond avec eux sur les ennemis, 1< s 
disperse et les force à s'éloigner dans le plus 
grand désordre. 



Ci44*>) £E REINE D'ANJOU. 3u5 

Eu quittant le camp d'Alphonse , Aunello 
avait promis à ce prince de lui indiquer 
par un signal convenu , le moment où l'en- 
treprise aurait eu le succès dont il se fl allait- 
L'arrivée fortuite de René empêcha le fon- 
tainier de tenir sa parole, et Alphonse, placé 
sur une hauteur, attendit en vain la pro- 
messe qu'on lui avait faite. Persuadé de la 
trahison d'Aiinello, il se disposait à revenir 
dans sa tente , lorsque des cris redoublés, un 
bruit confus d'armes et de chevaux l'obligent 
à rassembler quelques escadrons et à marcher 
au secours de Diomède Caraffa qu'il croit pour- 
suivi. 

Ce mouvement provenait d'un nouvel en- 
gagement entre René et les Aragonais qui, 
à la faveur de l'obscurité , étaient parvenus 
à s'introduire dans la tour voisine de la porte 
Sainte-Sophie. Ce prince les en chassa une se- 
conde fois, les poursuivit vigoureusement, et 
les mit en pleine déroute. Pendant ce temps, 
l'alarme était devenue générale dans la ville, 
les bruits les plus sinistres y circulaient, et 
les espions ennemis répandaient une telle 
épouvante, que trois cents Génois , chargés de 
garder la porte Saint-Janvier, s'enfuirent pré- 
cipitamment au Château-Neuf. 

Les escadrons de Mathieu Gciinaro se di- 



3'i6 HISTOIRE ,440 

rigent alors avec impétuosité vers la parte 
abandonnée , en poussant d'horribles < l;t- 
meurs auxquelles répondent les cavaliers 
d r Alphonse qui arrivaient au pied des rem- 
parts. Tous essaient à la fois de surmonter le 
seul obstacle qui s'oppose à leur jonction ; ne 
pouvant y parvenir à cause du terre-plein, 
ils allaient abandonner cette entreprise, lors- 
qu'un gentilhomme de Monlagno, nommé 
Marin Spizzinaso, aidé de quelques traita », 
jette du haut des créneaux un grand nombre de 
cordes , à l'aide desquelles Pierre de Card mnt 
et plusieurs braves parviennent à escalader la 
muraille. Ce capitaine faisant retentir fair 
de» cris : Aragon! Aragon! court au^if '.1 
vers une place où l'on combattait encore. Il 
y rencontre Sarra Brancazzo {\\\\\ des ofii- 
ciers les plus dévoués de René), qui , monte" 
sur un grand palefroi , et armé de foule- 
pièces, demandait à hante voix ce qu'était 
devenu ce prince. 

Voir ce guerrier, s'élancer vers lui, le de- 
sarmer, sans lui donner le temps de se re- 
connaître , fut l'affaire d'un instant pour Pierre 
de Cardonne, cpii s'emparant du destrier de 
Brancazzo, rejoignit son détachement et conti- 
nua de parcourir les rues de iVaples. 

Arrivant près de la tour de Saint- Ja 11 \ 1. 1 . 



(i44*) DE RENÉ D'ANJOU. 3a; 

qu'il sait menacée, René aperçoit l'officier Ara- 
gonais à cheval, et ne peut plus douter que 
les portes de la ville n'aient été enfoncées. 
Cependant , loin d'être effrayé par ce nouveau 
péril, il attaque les soldats de Cardonne , les 
culbute et repousse avec la même intrépidité 
un renfort considérable qui leur succède. 

Au milieu de ces efforts héroïques, dignes 
d'une meilleure fortune, la trahison livre les 
autres portes de Naples aux ennemis, dont le 
nombre s'accroît comme un torrent; des es- 
cadrons entiers apparaissent et l'on voit à leur 
tête trois des plus illustres Aragonais, Loup- 
Ximènés d'Urrea, Raymond Boyle, etXimène 
Perez de Corella. 

Malgré l'épouvante qui se manifeste alors 
autour de lui, René anime encore le reste 
de ses soldats, et se porte sur les points 
les plus exposés. Partout il se signale en 
intrépide guerrier ou donne des ordres 
comme le capitaine le plus habile. Sans cesser 



Dé;ly. Tora. III. p. a3o. 23i. Bum. Hist. des comtes de Pro 
vence. Fol. 367. Gaufridi. Hist. de Provence. Fol. 3 11. Bourdigné. 
146. Collénucii. P. 294. Fereras. Hist. d'Espagne Tom. VI. P. 
497. Bouche. II. Fol. /j^7- Chronique de Proveuce. fol. 6i5- 
Champier. fol. 72. Burigny. IL p. 33i. Hist. du royaume de Ma 
pies. III. 402. Mathieu Turpin. a52. Le Gouvel'o. p. i3. Papon. 
III. p. 36o. 



3*8 HISTOIRE 

de haranguer ou d'exciter ses troupes, il met 
hors de combat, de sa propre main, un grand 
nombre d'assaillants , et son sang-froid , sa 
valeur, produisent un tel effet , que ses en- 
nemis reculent frappés d'admiration et de 
crainte. 

Mais tant de généreux exemples , tant de 
glorieuses actions , ne pourront faire révoquer 
Jarret fatal du destin. Cerné de toute part, 
René voit se grossir- à chaque instant les es- 
cadrons de ses adversaires, el ne pouvant lut- 
ter contre une armée entière, *e résont enfin 
à céder. Ne voulant point cependant tombei 
vivant entre les mains des Àragonais , il s'é- 
lance encore contr'eux lYpée nue, en renverse 
plusieurs, les force à ouvrir leurs rangs, el 
se fraie un passage sur leurs corps (*). 

Un soldat catalan , nommé Spégio, furieux 
de ce qu'une pareille capture >a s'échapper, se 
précipite vers le destrier de René , «n saisit 
les rênes , et menaçant le prince d'un poignard , 
il le somme de se rendre. 

« Retire-toi, dit le roi, sans s'émouvoir. 



( + ) « D une nature ruaginniuie et bouillant . dit un historien, !e 
« roi René se fait alors jour, son espéeà laniaiu. et d une bardies>p 
« merveilleuse qui ne coguoissoit nulle sorte de danger. . . Tenant 
« sa bonn ■ espée au poing, sur eu x ;i \ uourcusement chargea qu I 
« les despartit^ et sefist faire vove par force, et tant en occist qu ou 
« le suivoil àJa trace. » 



,44*; DE RENÉ D'ANJOU. 32g 

« retire-toi , misérable , je te Toi donne. » • — 
Spégio redouble d'efforts pour l'arrêter , il 
appelle d'autres aragonais et la perte de René 

paraît certaine ; mais ce prince assène un 

tel coup d'épée sur le catalan, que son poignet 
sanglant roule sur la poussière (*). Alors , le 
monarque, à côté duquel plusieurs chevaliers 
(entr'autres Aaron Cibo) venaient d'être pris, 
court s'enfermer dans le Château-Neuf (**) , 
seul asile que lui laisse cette funeste nuit du 
Samedi, 3 Juin i^i f **) 

L'histoire remarque qu'environ neuf siècles 
auparavant, Bélisaire s'introduisant à Naples 
par la même issue souterraine , expulsa sans 
retour les Goths du sol de l'Italie. 

Ivre de son succès, Alphonse n'imita point 
l'humanité du célèbre général de Justinien : 
oubliant même sa générosité naturelle, il per- 
mit, trois jours entiers, le pillage d'une mat- 
heureuse cité, encore en proie aux horreurs 

(*) Amputavit manum illiex brachio, gladio vehementer vibrato, 
( Collenucii. ) 

(**) « Puis, dit Bourdigné, quand il veist ses adversaires estre 
« en si grand nombre que proësse n'y avoist mestier, fort et valeu- 
reusement il traversa par Je milieu ses ennemis assembles en la 
« place du marché et se relira au Château-Neuf , dont les Aragonais 
« eurent graud deuil , cognoissant que s'ils l'eussent peu prendre, 
« ils eussent esté au-dessus de leur guerre. » I 

-(***) M. de Buriguy se trompe évidemment en plaçant ces événe- 
ments au 6 Février 144 3. Jl se trouve en contradiction avec presque 
tous les historiens, 



33o HISTOIRE ,:;, 

d'une famine et d'un siège. Il est egalemenl 
à regretter pour la gloire du roi d'Aragon 
que , se livrant à un sentiment de vengeance 
indigne de lui, il ait abandonné à sespartisan^ 
tous les biens des gentilshommes napolitains 
attachés à René. Mais ce système odieux 
de spoliation est ordinairement la base sur 
laquelle les usurpateurs fondent leur empire, 
comme si l'iniquité pouvait jamais former une 
chaîne indivisible d'intérêts entre un despote 
et ses peuples !.... 

Empressé de jouir des fruits de la victoire . 
Alphonse lit son entrée à Naples sur un «haï 
attelé de quatre chevaux blancs. Les princi- 
pales rues étaient parsemées de Heurs; de ri- 
ches tapisseries ornaient toutes les façades 
l'encens et les parfums exquis fumaient mit le 
passage du triomphateur. Toutefois des lames 
coulaient en secret pour celui qu'il dépossé- 
dait du trône; un voile de deuil sembla il cou- 
vrir la ville entière, et un morne silence ré- 
pondait seul aux acclamations brutales de sol- 
dats avides de meurtre et de débauche. 

VIII. Prêt à s'éloigner de Tltalie , René 
sut prouver encore que son infortune ne le 
rendait pas insensible aux maux des autres, 
et le dernier acte de sa puissance fut signale 
par un dernier trait de bonté. 



(i44'2) DE RENÉ D'ANJOU. 33 1 

Jean de Cossa , qui commandait le château 
Capouan , avait juré de s'ensevelir sous ses 
ruines plutôt que d'en ouvrir les portes aux 
Aragonais. La famine y exerçait cependant ses 
fureurs, au point qu'il ne restait plus que quel- 
ques soldats pour sa garnison. 

René ne voulut pas exposer Cossa , qui avait 
auprès de lui sa femme et ses enfants , à de- 
venir victime de sa courageuse fidélité; il se 
hâta de lui envoyer un de ses chevaliers pour 
l'autoriser à livrer la citadelle au roi d'Ara- 
gon, moyennant dix mille pièces d'or. Jean 
de Cossa obéit à son maître, et revint -aussi- 
tôt le rejoindre avec une famille qui lui de- 
vait la vie. 

Deux jours après , des bâtiments Génois 
chargés de vivres entrèrent dans le port de 
Naples. Thomas de Frégoze les envoyait à René 
en l'invitant, en cas de malheur, « à se réfu- 
« gier dans ses états où il trouverait, lui écri- 
« vait-il, de bons loyaux amis et confrères. » 

Alphonse n'ayant pas jugé à propos de 
s'emparer de ce convoi , ( pour faciliter sans 
doute à René les moyens de s'échapper ) le 
malheureux roi de Sicile s'embarqua sur l'une 
des galères, et quitta le Château-Neuf, emme- 
nant avec lui le reste de ses officiers et de ses 
soldats. In petit nombre de seigneurs napoli- 



332 HISTOIRE [,441] 

tains (parmi lesquels se trouvaient Othori Car- 
raccioli, Jean de Cossa, Georges de Lamagna 
et Arieluchc d'Alagonia ), se dé vouèrent alors 
à sa fortune et, renonçant à leur patrie, ue 
voulurent plus se séparer de lui. 

René qui devait une somme considérable 
à Antoine Calvo ( ou le chauve ), capitaine 
Génois , lui confia le commandement de la 
forteresse qu'il abandonnait, en l'autorisant 
à capituler sous peu de jours, s'il obtenait 
d'Alphonse des conditions avantageuses. Mais à 
peine le monarque franchissait-il la porte de 
la citadelle, que la bannière de son heureux 
compétiteur fut arborée sur les crenaux. La 
nef du roi de Sicile, contrariée par un calme 
prolongé, demeura quelques instants station- 
naire dans la rade de Naples, où les pavillons 
d'Aragon flottaient de toute part. 

A l'aspect du magnifique amphithéâtre <ii- 
culaire qui ^e déroulait aux regards de René, 
de ces jardins couverts d'orangers et decitron- 
niers en fleurs, dont la brise lui envoyait les 
suaves parfums, ce prince ne put, dit-on, se 
défendre d'un vil mouvement de sensibilité... 
Admirant la beauté de la cité superbe qu'il 



M.Turpin. P. 25i. Buriguy. II P. 33i. Dcg'j. Itl. P. »3a 
Jlist du royaume de Naples III. P. {fia. 



;i44*) DE RENÉ D'ANJOU. 333 

était obligé de fuir, regrettant la douceur inex- 
primable de son climat , et se plaignant dou- 
loureusement de la fatalité qui le condamnait 
l\ s'en éloigner ainsi, il voulut demeurer sur 
le pont du navire, aussi long- temps que ce 
tableau si cher frapperait sa vue- (*) 

Les yeux constamment fixés sur Naples, il 
lui adressait sans cesse les adieux les plus 
touchants, lorsque ses courtisans vinrent se 
placer en foule devant lui, sur le tillac du 
vaisseau. Cherchant à le distraire de tant de 
pénibles réflexions, ils l'arrachèrent comme 
par force à un spectacle qui brisait son cœur, 
et bientôt un vent favorable ayant secondé les 
efforts des rameurs, les clochers de Naples, ses 
tours élevées, l'antique palais des rois, les 
collines délicieuses de la Campanie, disparu- 
rent à la fois dans les vapeurs légères de l'ho- 
rizon. 

En quittant le golfe de IVaples , René fit 
voile sans s'arrêter jusqu'à Porto-Pisano , où 
il relâcha pour se rendre directement à Flo- 



(*) « Regardant tous jour s ses tours et clochiers, dit C. Nostra- 
« damus, avec souspirs et maudissons contre la noire fortune cpji 
« l\ivoit si malheureusement trahi. — Il voulust, ajoute Mathieu 
« Turpin, estre tousjours sur la poupe pour considérer Naples. V 
« p'oroit'abundamment, disant: adieu, Naples! objet de tous mrs 
« contentemens et désirs! adieu, le plus digue objet de mes affection* 
« adieu, Naples! adieu fout! * 



334 HISTOIRE (144-2) 

rence. Son intention éîait d'avoir une entrevue 
avec le pape Eugène IV qui , déposé par les 
prélats rassemblés à Râle , avait, depuis près 
de trois ans, convoqué un autre concile dans 
la capitale de la Toscane. 

( Jean Paléologue empereur d'Orient , le 
patriarche de Constantinople, et une foule 
d'illustres personnages qui y assistaient , re- 
connurent alors Eugène comme Primat de 
l'église universelle. ) 

Le pontife reçut René avec la plus haute 
distinction et lui donna même solennellement 
l'investiture du royaume auquel il renonçait. 
Mais ce fut en vain qu'Eugène voulut persuader 
au monarque fugitif de ne point abandonner 
l'Italie, et lui promit l'assistance de puissants 
alliés; René annonça sa détermination de 
retourner en France , et comme le pape le 
pressait encore vivement» je reviens en mes 
« états, lui dit-il, afin de ne plus être le jouet 
« de l'infidélité et delà perfidie des capitaines 
« Italiens. » 

De Florence, René se transporta à Gênes, 
où son retour causa d'autant plus de joie, que 
ce prince y avait passé pour mort. (*) 



(*) Il y fust reçu raagni6quctnent, dit la chronique, de toute 1; 
seigneurie. 



fi44-î) t> E R ENÉ D'ANJOU. 335 

Thomas de Frégoze l'accueillit avec l'effu- 
sion du plus tendre intérêt, et chercha sur- 
tout à lui faire oublier la déloyauté d'Antoine 
Calvo, à laquelle René avait élé très sensible. 
Ces deux illustres amis ne se quittèrent point 
pendant le peu de jours que René put passer 
à Gènes au sein de la confiance et de l'affec- 
tion. 

Ils étaient loin de prévoir sans doute alors, 
qu'à côté d'eux, dans l'obscur village de Cu- 
guretto , venait de naître le grand homme 
destiné à conquérir un nouveau monde et à 
produire une sorte de révolution dans les 
idées de l'ancien: Christophe Colomb, voyait 
le jour au moment où un autre phénomène , 
l'imprimerie , allait frapper l'univers d'ad- 
miration , en donnant un essor rapide à 
toutes les connaissances humaines , et les pro- 
pageant comme par enchantement sur toute 
la surface du globe. (*) 

JX. Ayant pris congé du vénérable doge, et 
s'étant remis en mer, René ne tarda pas à re- 
connaître les rivages de cette Provence, dont 
la fidélité éprouvée lui préparait le seul dé- 
dommagement qui put convenir à son cœur. 

(*) Quelques auteurs ont fait naître ce grand homme à Cucarro, 
dans le Mont-Ferrat. Voyez Hist littéraire d'Italie. Ginguené.lonr 



336 histoire ,44*] 

11 débarqua à Marseille les premiers jours de 
Novembre, environ quatre ans et demi après 
son arrivée sur le sol de l'Italie. (*) 

On ne saurait décrire le profond atten- 
drissement qui se peignit sur tous les visages 
à l'aspect de ce prince , paraissant dans une 
voiture d'emprunt, suivi d'un équipage tout 
délabré, offrant sur sa propre personne les 
traces d'un déplorable dénùment, mais conser- 
vant toujours cette sérénité d'esprit, appanage 
des âmes fort es. Les états de Provence s'assem- 
blèrent aussitôt et présentèrent soixante mille 
florins au malheureux monarque ; une somme 
de vingt mille florins fut également donnée an 
duc de Calabrc , et à Marie de Bourbon, per 
los remonlar (**) , dit un manuscrit du temps 

Le premier soin de René, à sou retour en 
Provence , avait été de convoquer les corps de 
l'état, afin d'arrêter les mesures propres à re- 
pousser les troupes catalanes qui menaçaient 
de faire une excursion sur les côtes. La seconde 
pensée de ce prince généreux fut de répandre 
les dons récents de ses peuples sur les fidèles 



(*)M. Chêvrier, toujours exact et impartial suivant sa contunv. 
dit au sujet du retour de René:« Enfin, le roi duc. ayant rero >h 
« toutes les petites idées que sa manie lui suggérait , ra ptw l 
« raine en 144** " 

(**) Pour le conforter. 



(i44-0 HE RFJNÉ D'ANJOU. 33; 

serviteurs qui avaient tout abandonné pour le 
suivre. 

Sentant l'impossibilité de les dédommager 
entièrement, il les réunit dans son palais, 
les remercia de la manière la plus touchante 
des services qu'ils lui avaient rendus, et ter- 
mina son discours en leur témoignant , que 
s'il regrettait la perte de Naples, c'était sur- 
tout parce qu'elle l'empêchait de se livrer à 
L'effusion de sa juste libéralité: puis, il promut 
Jean de Cossa à la dignité de sénéchal, en lui 
donnant les terres de Marignane, de Gignac 
et la riche baronie de Grimaud. Il confirma 
à Jean d'Àrlatan, ( son maître d'hôtel, l'un 
de ses plus braves chevaliers ) la cession de la 
terre de Barbentane, qu'il lui avait faite à Na- 
ples , le 29 Juillet i44o. Georges de Lamagna et 
OthonCarraccioli participèrent également aux 
dons de René , quoiqu'il s n'eussent pasle dessein 
de se fixer pour toujours auprès de lui. Les trois 
frères du Bellay, Vitalis, et plusieurs autres 
seigneurs reeurent aussi des récompenses con- 
sidérables.Enfin,Alagonia, comte dePolicastro, 
fut gratifié du château de Meyrargues , l'un des 
plus importants des domaines du roi. Loin 

Art à? vérifier les dates. Fol. 647. Gaufridi. Fol. 3r3. T.iv. 
Vllt. Trésor Chron. set liist. Tom. III. Fol. 32o. Fotes manus- 
crites de Doni Calmet. 

TO^IE T. 01 



338 HISTOIRE (,4 

d'être offensé des plaintes «PArteluche qui, 
à la vue d'un manoir élevé et percé d'une 
grande quantité de fenêtres, s'écria: « qu'on lui 
* donnait un géliriier ( un gallinero) pour 
« tout ce qu'il laissait à Naples , René ajouta 
à ce présent, celui de quelques autres terres, 
et y réunit dans la suite des droits féodaux, 
dont la famille d'Alagonia a joui jusqu'au com- 
mencement du XVII siècle. 

Ce fut sans doute vers la même époque, 
qu'il céda à la reine Isabelle qui, dit -on, était 
venue le trouver en Provence, les villes de 
Barjols, de Brignoîles et de St .-Rémi, comme 
un nouveau gage de sa constante tendresse. 

(En s'abandonnant à un sentiment si naturel 
de reconnaissance et de générosité, après une 
campagne désastreuse , René consultait bien 
plus son cœur que ses moyens. Aussi, on 
remarque qu'il se vit alors tellement obligé 
d'aliéner ses domaines du duché de Bar , 
qu'ils furent réduits à trois mille florins de 
revenu , au lieu de vingt mille , et ceux de Lor- 
raine à cinq miile florins, quoiqu'ils lui en 
rapportassent cinquante mille auparavant 

Ayant désiré visiter les principales places 
de la Provence, René se trouvait àTarascon 
les premiers jours de Février i4i3, lorsque 
révêque de Verdun, Pierre de Beanfremont, 



i44>-'445) DE RENÉ D'ANJOU. 33q 

et Antoine de Gauchi, secrétaire du due de 
Bourgogne, y arrivèrent eux-mêmes, char- 
gés de négocier l'union de Marguerite d'An- 
jou et de Charles, comte de Nevers. 

René accepta avec empressement cette pro- 
position, et le contrat provisoire du mariage 
fut signé le 4 Février. Mais comme on y 
avait inséré une clause qui excluait de la 
succession du roi de Sicile, les enfants qui 
pourraient naître de Ferry de Van démont 
et d'Yolande d'Anjou, Charles VII ne voulut 
point le ratifier. Il réclama l'exécution des 
articles par lesquels il avait fixé, en i44* , 
les prétentions réciproques d'Antoine et de 
René , et , avant la reprise des négociations , 
les circonstances s'opposèrent à ce qu'on don- 
nât suite au projet du duc de Bourgogne. 

Il paraît que René séjourna le reste de 
l'année, soità Aix soit à Marseille, livré aux 
travaux de l'administration, et prenant sur- 
tout les mesures les plus sévères pour empê- 
cher le débarquement des troupes aragonalses. 

Un manuscrit de l'abbaye de Lerins nous 
fait connaître que ce prince recommandait 
aux moines de cette île, « d'exercer eux-mêmes 
« très exacte garde de jour comme de nuit; 
« de munir la grande tour d'armes, de har- 
« nois, de provisions, etc., puis, de ne laisser 



34o HISTOIRE ,445; 

« pénétrer qu'un seul étranger à la lois dans 
« l'enceinte du monastère, fut-ce à la suite 
« de l'abbé. » 

René envoya en Italie, vers la même épo- 
que, Vîdal de Cabanis et Charles de Castillon. 
abn de s'y ménager des intelligences, et d'en- 
tretenir dans les intérêts de la maison d'An- 
jou, un grand nombre de seigneurs dévoués, 
qui se ilatlnient défaire triompher un jour des 
droits que l'usurpation ne pouvait détruire. 

René commençait à respirer de tant de soin* , 
d'agitations et de vicissitudes, lorsque deux 
pertes irréparables vinrent à peu d'inter- 
valle affliger son cœur de la manière la plus 
sensible (*\ 

Ce fut à Marseille qu'il reçut la nouvelle 
de la mort d'Yolande d'Aragon, reine douai- 
rière de Sicile. Cette princesse avait terminé, 
au château de Saumur, le i4 Décembre 1 j i >. 
une carrière signalée par une foule d'a< tes de 
bienfaisance et de pié'é. La Provence avait pu 
juger de ses vertus et de ses grandes qualités; 
aussi la vit-on s'unir tout entière aux justes 
regrets de René (9). 

Nous ignorons si ce monarque se trouvait 
encore à Marseille, quand il apprit que Louis 

(*) René avait perdu deux ans auparavant la p'us jeune 'c <es 
sœurs, mariée au duc de Brcfaçnc. 



d443) DE REPsE D'ANJOU. 34 1 

d'Anjou, marquis de Pont-à-Mousson, venait de 
descendre au tombeau, au moment où il don- 
nait des preuves d'un courage extraordinaire, 
et d'une prudence que l'âge mûr ne montre 
pas toujours. 

Nommé lieutenant-général du duché de Lor- 
raine, ce jeune prince avait dû y arriver dans 
le temps où cetle province, foyer continuel 
de troubles et de désordres, était également 
déchirée par toutes les horreurs de la guerre 
civile (10). Il serait trop long d'en détailler 
ici les causes et les efléts; û suffit de rappeler 
qu'au départ de René pour Naples, le comte 
de Vau démont, oilénsé de ne point faire par- 
tie du conseil de régence, avait senti accroître 
son mécontentement par les bruits qui circu- 
laient généralement sur la répugnance du roi 
à accorder Yolande d'Anjou à son fils. Crai- 
gnant que cette princesse lui fût enlevée, ou 
plutôt aigri contre les ministres de René, il 
rassembla ses troupes, favorisa les incursions 
des vagabonds, en prit un grand nombre à sa 
solde, commença les hostilités, et entraîna 
dans sa révolte Robert de Sarrebruche, tou- 
jours prêt à fausser ses serments (*). 

(*) Ung homme , en malice commun, 
Sans bie.i, sans raison, sans morcy, 
Estoit seigneur de Commeiw. ... 
(Chion. manuscrite de Metz. 



34 2 HISTOIRE [i443-i444 

Le pillage, l'incendie, des combats meur- 
triers signalèrent cette triste époque, où An- 
toine et la régence, vainqueurs ou repousses 
tour-à-tour, s'attaquèrent avec un tel achar- 
nement, que Charles VII, résolu de terminer 
ces excès déplorables, les somma de compa- 
raître devant lui. Ils semblèrent se soumettre 
d'abord aux conditions imposées par ce mo- 
narque; mais peu de temps après, la guerre 
se ranima avec une nouvelle fureur. 

Louis d'Anjou arriva alors en Lorraine. Il 
atteignait à peine sa douzième année; cependant 
on le vit détendre vigoureusement la ville de 
Bar, en l'aire lever le siège à san oncle, for- 
cer Robert de Sarrcbrucbe de capituler dans 
sa citadelle de Commercy , et couvrir ainsi 
son jeune Iront des glorieux lauriers de la ^s îc- 
toire. Il ne devait pas survivre à ces triom- 
phes précoces, et la tombe s'entrouvrait pour 
engloutir à jamais tant de nobles espérances (*). 
La date précise de la mort de ce prince 
n'est point connue; on sait seulement qu'il ne 
goûta pas le bonheur de revoir son père, et 
qu'il succomba à une courte maladie, au mo- 
ment où René s'apprêtait à venir pacifier lui- 

(*) Le marquis <iePont-h-Mousson vivait encore dans le courant 
de Télé de i443.Il était a St. Mihiei le 17 Mai de cette Minée; on 
croit qu'il mourut en Janvier \\\. 






.444 TE REKÉ D'AEJOC-. 343 

même les troubles qui désolaient encore la 
Lorraine (1 1). 

Mais, soit que la douleur qu'il éprouvait 
leut détourné de ce voyage ? :oit que les pro- 
grès des Anglais dans le Maine lui eussent 
donné des craintes sur l'Anjou, René envoya 
Louis de Beauvau en Lorraine, avec des 
pouvoirs illimités, et partit pour Poitiers où 
l'attendait le roi de France. ( On présume 
que la reine Isabelle se rendit alors directe- 
ment à JNancy. ) 

X. Ayant Lissé la Provence dans un éiat de 
paix profonde , René traversa le Languedoc , 
visita Toulouse le 26 Mars i444> (*) rejoignit 
Charles VII à Poitiers, et ils arrivèrent ensem- 
ble à Tours, à la même époque où Charles 
d'Orléans, ce prince si célèbre par. les grâces 
de son esprit et par ses talents poétiques, re- 
paraissait à la cour de France après tant d'an- 
nées de captivité. 

La tranquillité intérieure dont jouissait le 



(*) René espér il trouver Charles VI î à Toulouse où il avait tenu 
*a cour l'hiver d'auparavant. 

Marie d'Anjou était venu Vy rejoindre. Le jour de sou entrée 
dans cette ville, le Dauphin ia portait en croupe sur un cfoeWl blanc 
superbe, et on la conduisit sous un dais magnifique. La reine étaH 
vêtue d'uie robe bleue doublée d'hermines. Son chapeau de gaze 
blanche, ivlevé des rieur cotés, formait une espèce de croissa* t. 

Essai sur I hisl.de Charles VII , et c. i'eJorl. 1 J . 87. 



3144 HISTOIRE ui y \\. 

royaume, avait été momentanément troublée 
par la ligue nommée Praguerie (*), dans la- 
quelle on s'était justement étonné de comp- 
ter les ducs de Bourbon et d'Alencon, ] Mi- 
nois, La Trémouiile, Chabannes et tant d'au- 
tres capitaines. Mais cette légère révolte 
suscitée par le Dauphin , avait été bientôt 
étouffée... Le roi de Sicile revoyait donc 
Charles Vil, entouré de ses anciens compa- 
gnons d'armes, et se livrant avec eux à des 
l'êtes que l'amour de la gloire avait seul in- 
terrompues. 

La présence de René (**) à Tours y devint 
d'une grande utilité à l'occasion du traité de 
paix qui allait se conclure entre la France, 
la cour de Rome et le roi d'Angleterre. On 
rapporte que, spécialement chargé par Char- 
les, du soin de diriger une aussi importante 
a flaire, le roi de Sicile obtint d'abord une 
trêve de huit mois. Entamant ensuite le fond 
de la négociation, il discuta avec une raie 
habileté les intérêts réciproques, et parvint. 



(*) Ainsi nommée, dl-oi. parce qu'elle ressemblait à celle 
des rebelles de Prague, aussi appelée Brigué, Br*guerie, ou Pi a- 
guérie. 

(**) « De la venue du roi de Cécile fust resjouie toute la court car 
« c'estoit un prince plaio de plaisir et de dedkijçt, et (fui u ktoÛI 
h en sou train que gens d'es, rit et de passe-temps, » 



(i444) DE RENÉ D'AJNJOU. 3 J5 

par sa fermeté et ses lumières, à terminer 
des différends qui pouvaient rallumer une 
nouvelle guerre. 

René et Charles d'Orléans, qui se voyaient 
alors pour la première fois à la cour de 
Charles VII , y contractèrent une étroite liai- 
son, dont la constance répandit beaucoup de 
charmes sur leur vie. 

Un événement (*) qui devait, selon toute 
apparence, changer totalement la position de 
lîené, et lui rendre un trône dont la fortune 
s'obstinait à le repousser, vint tout-à-coup 
surprendre ce prince et Charles Vil. Ils 
étaient encore réunis à Tours, veis la fin 
d'Avril, lorsque le comte de Suftblck, ambas- 
sadeur d'Angleterre, y arriva chargé par son 
maître de demander la main de Marguerite 
d'Anjou. 

On s'attendait d'autant moins à une pa 



Monstrelet. Tom. II. Fol. 170. 172. BelleforesL '$7^. Mezeray. p. 
4*8. Hist. desrévol. d'Angleterre, IL P. 449 
(*) Les roisde France et d'Angleterre 
Afin de toute hayne abattre 
Firent abstinence de guerre. . . 
Et alors le roy de Secile 
Afin de toujours la paix querre, 
Fiança et donna sa fille 
Au feu roy Henri d'Angleterre. 
(Vigiles de Charles VU. ) 

Monstrelet et ttelleforest prétendent qu'où fit ics fiançailles à 
Fours. 



346 HISTOIRE f,4.; 4 , 

reiile démarche, que Henri VI était presque 
fiancé à la fille unique du comte d'Armagnac. 
On jugera facilement de la satisfaction de 
René à la certitude d'une alliance qui, éloi- 
gnant l'ombre même d'une nouvelle disscn- 
tion entre la France et l'Angleterre, plaçait sa 
fille au rang le plus propre à flatter l'ambition 
d'un père... Henri n'exigeait d'autre dot que 
la cession des droits transmis à René par Yo- 
lande d'Aragon sur le royaume de Minorquc , 
et renonçant au reste de sa succession, il res- 
tituait la ville du Mans à Charles d'Anjou, et 
à René, ce qui avait été envahi dans ses do- 
maines. 

Revenu à Angers aussitôt après le départ 
de Suffolck pour Londres, René se proposait 
d'y séjourner jusqu'à la conclusion du mariage 
de sa fiile, lorsqu'il fut rappelé en Lorraine 
par un incident de peu d'importance en lui- 
même, mais dont les suites devaient être fu- 
nestes à la ville de Metz. 

La reine Isabelle ayant , pondant son séjour 
à Nancy, soutenu secrètement Thierry des Ar- 
moises (l'un de ses gentilshommes les plus dé- 
voués) dans une querelle qu'il avait avec les 
Messins, ceux-ci regardèrent comme une (h - 
claration de guerre, la protection donne*- à leur 
ennemi. Ils s'exhalèrent en repro< lies < i ea 



0444) DE REN] É d'ànjou. 347 

menaces contre l'ingratitude de la reine qui 
semblait oublier leurs anciens services, et pa- 
rurent chercher avidement l'occasion de se 
venger 

Peu de temps après, Isabelle se rendit en 
pèlerinage à l'église de Saint-Antoine de Ponl- 
à -Mousson, dans la pieuse intention d'obtenir 
des indulgences que le pape venait d'y accor- 
der, ou peut-être pour y visiter le tombeau 
de Louis son fils. Prévenus de son départ de 
Nancy, les Messins s'embusquèrent en grand 
nombre sur la roule de Pont-à-Mousson, laissè- 
rent passer paisiblement la reine, mais fondant 
sur ses bagages, ils s'emparèrent de tous ses 
joyaux de prix. 

Isabelle réclama aussitôt une prompte et 
éclatante justice auprès des treize jurés de 
Metz. Ces magistrats , encore aigris de 
l'appui accordé au sire des Armoises, préten- 
dirent" que les ducs de Lorraine , auxquels 
René avait succédé , étaient leurs débiteurs 
d'une somme très considérable, et qu'ils ne 
pouvaient livrer les coupables , ni consentir 
à la satisfaction qu'on exigeait d'eux, qu'après 
l'entier acquittement de cette dette. 

Annales, manu c crites de la -ville de Metz. Hist. générale de la ville 
de Melz. II. P. 642. Do m Calmet. Hist. de Lorraine. II. Fol. 83o- 
Chronique de ï orraine. Bourdignë. IV. i/j8.TUuTi. Hist. des com- 
tes de I roveace. 



348 HJSTOl&E 1444] 

Vivement aiï'ectée d'un pareil déni de jus- 
tice (*J, Isabelle vint elle-même instruire sou 
époux de l'outrage qu'elle avait reçu, et sup- 
plier Charles VI ï de l'aider, à en tirer ven- 
geance. 

Mené partageant son ressentiment, résolut 
de punir sévèrement les auteurs du délit, et 
de profiter de cetîe circonstance pour obliger 
la ville de Metz à renoncer à une indépendance 
dont elle Taisait remonter l'origine à Godetroi 
de Bouillon. 

Le roi de France et le dauphin f alors occu- 
pés, dit Monstrelet, au siège du château d'Ar- 
lay cl de Montbclliard), étaient d'aulaut mieux 
disposés à seconder lleué, qu'ils ne savaient 
comment employer activement environ (rente 
mille soldais dont ils redoutaient l'insubordi- 
nation en temps de paix. .N'osant le> licencier, 
épuisant les finances de l'état pour leur en- 
tretien, Charles s'empressa, disent les histo- 



(*J « Isabelle iusl csbahyc et inouit courrouciée, dit la chronique 
« de Lorraine, et manda ceulx du conseil et leur dict: Que vous 
« ble de ceulx de Metz qui lues bahus et garde-robe à Metz out uie- 
<( ue? Le conseii dicl: Madame, ne vous soulciex. . . à ceul.v ci 
« escriprons. — La royne n'obtenant justice, ordonna tous i - 
« cbarriots, dames et demoiselles, et dict: Je m'en veuJx ill 
» Anjou vus le roy mon mari , lui compter Poutraige que ceulx de 
(( Metz m'ont faict- . . monta sur s. s chamois, etc. puis, le roi 
.( Charles ayant ouy sa compLinle , jura iiaff 5t. Le.is qu'il noit biru 
♦. et la »eui;eroû. m 



d444) DE RENÉ D'ANJOU. J49 

riens, de seconder les vues du roi de Sicile, 
« pour faire quelque chose digne de mémoire, 
« et punir à la fois les Messins d'avoir em- 
« brassé le parti du duc de Bourgogne et des 
«Anglais, dans sa première expédition con- 
« IrVux. » 

La guerre ayant donc été résolue, Charles 
VII et René arrivèrent à la fin d'Août en 
Lorraine, où ne tardèrent pas à les joindre, 
Charles d'Anjou, Dunois , le connétable de 
Bichemont, Poton de Saintrailles, Bertrand 
de la Tour d'Auvergne ( îe même qui avait 
défendu Corbeil avec Barbazan ), Pierre de 
Brézé, sénéchal de Normandie, etc,etc. 

Poton de Sainlrailles, choisi pour diriger 
les travaux du siège, voulut cependant ten- 
ter un dernier moyen de conciliation, et se 
rendit en personne à Metz, afin d'engager les 
habitants à reconnaître l'autorité du roi de Si- 
cile. Sa négociation ayant été infructueuse, il 
échelonna treize mille hommes de cavalerie 
sur toutes les routes, intercepta les communica- 
tions, s'empara des convois, ravagea les cam- 
pagnes voisines, et cerna tellement la ville, 
qu'elle fut bientôt réduite à la plus déplorable 
extrémité. Quoique manquant totalement devi- 
vres et de munitions, elle se défendit cepen- 
dant six mois entiers, grâce à la valeur des 



35o HISTOIRE 1444-1 

assiégés et a la courageuse activité des Sept 
de la guerre qui firent même brûler les fau- 
bourgs pour y établir des redoutes. Mais, me- 
nacés d'une destruction prochaine, et ne pou- 
vant prolonger davantage une héroïque dé- 
fense, ils acceptèrent la médiation de Pierre 
de Brézé, et consentirent aux conditions im- 
posées par les deux rois(*). La paix fut signée 
et conclue à Nancy par Charles Vil, le 27 Fé- 
vrier i^45. René la ratifia, le trois Mars, d:ms 
l'église de Pont-à-Mousson, et les hérauls 
d'armes la publièrent aussitôt en Lorraine où 
elle répandit une joie universelle. 

(Outre deux cent mille écus destinés à dé- 
frayer son armée, le roi de France reçut aussi 
une grande quantité de vaisselle de vermeil. 
René se contenta de la renonciation des ha- 
bilants de Metz à une créance de cent mille 
francs, qu'ils prétendaient leur être dus par- 
les ducs de Lorraine (12). 



(*) Aux Messins cousta moult d'argent , 
Ainsy quun loup preud un oy$on 
Et l'estrancle. . . 
( Chron. manuscrite de Metz. ) 

(Duriva!. Tom I. P. 196. Daniel. Hist. de France. Tom VII. 
Ann. manuscrites de Metz. Gaufridi. FoJ. 333. Hist. générale de 
jVeiz. Y. ^6 }. Wassebourg. Fol. 4o4- Journal d'un bourgeois de 
Jaris. P. i 97 . Belleforest. Fol. 07S. 3;g Bouche. H. Fol [58. 
Art de -vérifier les dates. loi. 725 Dictionnaire du département de 
Ja M ose' le ) 

Mémoires d'Artus, de Richemont. VIII. P. 53a. 



(t444-i44 5 ) r 'E RENÉ D'ANJOU. 35 1 

XI. Cette guerre suscitée par l'entêtement 
de que'ques bourgeios, mais soutenue avec une 
rare intrépidité, ayant été ainsi terminée à 
la satisfaction des rois de France et de Sicile, 
ces monarques résolurent de profiter du con- 
cours de tous les princes à Nancy, pour y 
célébrer le mariage de Marguerite d'Anjou. 
( Les articles en avaient été déjà rédigés à 
Chalons-sur-Marne, par Charnières, secré- 
taire de llené) 

Le superbe Suïïblck(*),doiit la faveur avait 
décidé son maître à cette union, arriva alors 
à Nancy, à la tête d'une magnifique ambassa- 
de, pour y recevoir au nom de Henry Vf, 
le serment de là future Reine. L'orgueilleux 
courtisan se flattait, dit-on, d'obtenir sur cette 
princesse le même ascendant qu'il exerçait sur 
son faible époux. D'autres historiens, plus jus- 
tes envers SutTolck , assurent , au contraire, que 
le caractère connu de Marguerite détermi- 
na le choix du favori qui voulut associer à la 
couronne une femme véritablement forte, 



(*) Guillaume de la Pôle duc de Sufïblck avait pris le titre d'ami- 
ral de France eu i^^ I' était encore simple chevalier en i444« 
Mais dans le courant de 1 4 4 '^ ' on ^ e v ^ devoir successivement 
marquis, grand chambellan, grand amiral, enfin duc eu 1 4 4 ? • ^ 
eut la tête tranchée le 2 Mai 1 45 1 . 

Son fil? épousa h sœur du roi Edouard IV. 

Anselu.eToin.il i o!.y^. 



352 HISTOIRE 

douée d'une pénétration extraordinaire, H 
capable de régénérer un royaume. 

« Peu d'hommes, a-t-on dit, égalaient Mai - 
« guerile en courage, et elle surpassait toutes 
« les femmes en beauté. Il semblait même 
« que le ciel l'eût formée à dessein de ce qui 
« manquait à Henri pour devenir un grand 
roi...» 

Quelle destinée plus glorieuse paraissait ré- 
servée à cette princesse! quel avenir plus 
fortuné le sort pouvait-il lui promettre? Gage 
d'une paix durable entre deux nations jus- 
qu'alors rivales- objet d'amour pour 
époux; déjà l'idole de ses nouveaux sujets, 
aurait-on jamais prédit à la fille de René, 
l'épouvantable catastropbe qui devait la pre- 
cipiter de ce trône, où l'Angleterre n'avait pas 
vu de princesse plus digne de l'occupe: • ?.., 
Suiïolck eut-il pu lire dans les pages sanglan- 
tes de l'histoire que Marguerite signerait 
elle-même dans peu d'année*, la sentence qui 
ferait tomber sa tête? 



Vonstrelet. II. loi. 170. i^3. HList de Charles VII. 1 <> 49 "■ 
Jean Bouchet. Annales cl' Acquit ai-, e. Boardigné. Fol. l{8. ( hro- 
ri juede Berry héraut d'armes. Ja6. Art de vérifier Ira oSte*. Fol 
7 8fi- Anselme. Ier.Fot. 7^6. Ib. II. Fol. 9^4. BeUefbresL Pot. : q 

Matthieu TVscouchv. P. 54i. Chron. fie Provence Fol. (ii;. Bouc' « 
Tom. II. Fol. 45q. Gaufridi. Iiv. VIII. Fol. 3i5. Nist. Je 1 
Tom. XV. P. 368. 38 f. Tïist. «les révolutions d'Angleterre, i 



(i445) DE RENÉ D'AJNJOU. 353 

Mais alors, cette union , source de tant de 
larmes, se montrait à René et à sa fille comme 
l'aurore d'une félicité sans mélange, et rien 
ne saurait peindre l'allégresse qu'elle excita 
de toute part (*). 

Quoique les historiens aient varié sur le 
lieu et l'époque où le mariage se célébra, 
(i3) il parait certain que Louis d'Haraucourt , 
évêque de Toul, bénit cette union à Nan- 
cy, vers le commencement du printemps , en 
présence de Charles VII, de Marie d'Anjou, 
du roi René, d'Isabelle de Lorraine, de Char- 



(*)« Et lk , furent les rois réunis et autres, dit Monstrelet, en 
« moult grants et somptueux états, et très riches habillemens*, et 
« tout y fut superbe, ajoute Larrey, habits , festins, tournois, en ud. 
« mot tout ce que Je luxe et la joie ont coutume de déployer en de 
« semblables occasions; et de plus en plus croissoitla feste , la danse 
« et la pompe, continue Olivier de la Marche, et fust en ce temps 
« que les chevaux de parage se vendirent si cher en France, et ne 
« parloit-on de] vendre un cheval de nom , que de cinq cents, 
« mille à douze cents réaux ,et sembloit bien k ung gentilhomme, 
« que s'il se roons troit sur ung bon cheval , il en seroit mieulx co- 
te gneu , querry et recueilli , et d'autre part dames avoyent bruyet 
« en France, » 

« Le roi de Seci'e festoyoit de jour en jour le roi de France et les 
« autres seigneurs, et s 1 esforçoit de rencontrer diverses manières 
« de nouveaux jeux et esbattement. Mêmement il se trouvoit assez 
« souvent eu personne aux joustes, fesant faire merveilleux festins, 
« de danses et tournoys; quand est de banquets _, on y estoit servi 
« de divers et somptueux mets, entant de manières différentes qu'ils 
« estoient inestimables. » 

Mém. d'Olivier de la Marche. Liv. I. er P. i3g. 

TOME T. 23 



354 HISTOIRE 

les d'Orléans, de Jean d'Anjou et Marie de 
Bourbon, des ducs d'Alençon et de Bretagne, 
de sept comtes, douze barons, vingt évêques 
et d'un concours extraordinaire de dames el 
de gentilshommes. 

Passionné pour les tournois et les joules, 
René offrit plusieurs divertissements de ce 
genre à la cour de France, dont le séjour dans 
sa capitale devint un enchantement continuel. 
Les preux guerriers, qui quittaient à peine le 
siège deMejz, se montrèrent, dit-on, aux 
Pas d'armes de Nancy , sur des palefrois ma- 
gnifiques, sorte de luxe qui s'éleva au plus 
haut degré en cette mémorable circonstance. 

On présume que les fêtes chevaleresques 
ordonnées par le roi de Sicile, eurent lien dans 
l'emplacement que forme maintenant la place 
Carrière. 

Charles Vil y parut plus dune fois, et on 
Fy vit entr'autres portant sur son écu les ar- 
mes de la maison deLusignan, reconnaîasables 
au serpent de la fée Mélusine. Par un échange 
usité dans ces exercices , le comte d'Anjou, 
contre lequel jouta le roi de France, avail 
pris le blazon d'Aragon. 

Charles Vil courut aussi une lice avec 
René qui obtint presque toujours l'honneur 
du tournois. 






(ï445) DE RENÉ D'ANJOU. 355 

Ferry de Lorraine, le duc de Calabre, Jean 
de Cossa , Fouquet d'Agoult, Gaston V due 
de Foix, les sires de la Tour, de Bassom- 
pierrè, de Laval, Présent de Coëtivi , P oton 
de Saintrailles, Gilles de Mailly, Pierre de 
Beaufremont , se distinguèrent dans les au- 
tres joutes. Mais Louis de Luxembourg, comte 
de St. -Paul , enleva la palme de l'adresse, de 
la force et de la grâce. Ce jeune seigneur 
remporta plus d'une fois Cet peut-être contre 
Louis XI qui devait un jour le faire exécu- 
ter à mort), le grand prix d'honneur, décerné 
par la reine de France ou Isabelle de Lor- 
raine. 

La ville de Nancy, qui comptait à peine 
trois siècles d'existence, élait loin d'offrir 
alors aux regards des étrangers cet ensemble 
régulier, ces monuments imposants, ni cette 
étendue que lui donnèrent successivement 
les règnes de Charles IIÏ, de Léopold et de 
Stanislas. Néanmoins les avantages de sa si- 
tuation, ses riches plaines, le riant aspect de 
ses coteaux boisés, la faisaient déjà reconnaî- 
tre comme la capitale de l'antique Austrasie, 
La chevalerie lorraine s'y était transportée 
à l'occasion du mariage de Marguerite; toutes 
les châtelaines avaient abandonné leurs go- 

2 3* 



356 HISTOIRE (1445) 

thiques manoirs (*), et Ton assure qu'au mi- 
lieu des tournois dont elles firent l'ornement , 
la plupart des courtisans français, proven- 
çaux ou angevins , éblouis par l'éclat de 
leurs charmes , perdirent sans retour 1cm 
liberté (**). 

Mais il est des hommes appelés à de hau- 
tes destinées, qui, par un contraste frappant 
avec ce qui les entoure, ne se montrent ja- 
mais plus sensibles à la gloire, qu'au centre 
des séductions dont ils sont environnés. 

Ainsi, Pierre d'Aubusson (i4) ,1'un des plus 
aimables seigneurs de la cour voluptueuse 
de Charles VII, conçut, à vingt-deux ans, au 
sein des fêtes de Nancy où il s'était montré avec 
honneur, la noble résolution de venger !<•- 



(*) La feste si dura huit jours 

Tant en dances, déduits, esbats, 

Que aultres gracieulx séjours, 

Et tant que chascun estoit las. 

De seigneurs de France avait moult , 

Barons , chevaliers , escu^ers , 

Seigneurs, dames, et damoiselles, 

Pour faire grant chière a merveilles. . 

Les roynes de France , Cécile , 

La fiancée , la" dauphine , 

Et d'autres dames belles filles, 

Si eu firent devoir coudigne. 
Vigiles de Charle* Vli. 

(**) A-guez Sorel n'assista point aux t'êtes de Nancy. Prête k 
donner a Charles VII un nouveau g âge de sa coupable toi: 
elle n'osa point se ino îtrer à la cour de la reine de Sicile. 



0445) DE RENÉ D'ANJOU. 35? 

victimes de la barbarie musulmane. Naturel- 
lement porté à la guerre, enflammé par le 
récit des exploits récents de Jean Huniade et 
de Scanderberg ;, on le vit quitter la Lorraine, 
accourir k Rhodes , et mériter bientôt le 
titre de bouclier de V Église, et de libérateur 
de la Chrétienté... L'Europe ne tarda pas 
à admirer ce héros, devenu grand maître 
de Si. Jean de Jérusalem, et dont la valeur 
fit tant de fois pâlir l'astre de Mahomet. 

On croit que le mariage de Ferry de Vau- 
demont et d'Yolande d'Anjou , arrêté neuf 
ans auparavant, fut célébré à Nancy en même 
temps que celui de la reine d'Angleterre(i5). 
On a prétendu cependant (nous ignorons sur 
quel fondement), que Ferry, blessé des délais 
successifs apportés à son union, avait enlevé 
sa fiancée, assisté de quelques gentilshommes, 
et causa ainsi à René un chagrin des plus 
cuisants. Mais au lieu d'ajouter foi à un récit 
romanesque , d'autant plus invraisemblable 
que l'action de Ferry aurait eu pour témoin 
l'élite de la France , il est plus naturel de 
penser que le comte de Vaudémont réclama 



Manuscrits de Tordre du Croissant. Bib. royale. Champier. Fol. 
8a. Eouche. II. Fol. 4i3. Anselme. I.e» Fol. 232. Benoit de Toul . 
Suplément a l'hist. de lamaison de Lorraine. P. 117. Jean le Paige. 
Manuscrit. Fol. 2-9. 



358 HISTOIRE ,443; 

alors l'exécution du traité de i43G , dont 
cette alliance était une des principales clauses. 
La loyauté de René est trop connue pour 
croire qu'il eût voulu manquer à sa parole , 
malgré la conduite d'Antoine pendant son ab- 
sence. On sait d'ailieurs qu'il vécut toujours 
dans la plus parfaite harmonie avec Ferry 
devenu son gendre. 

Le départ de Marguerite pour l'Angle- 
terre, (*) plongea dans une telle tristesse, 
la cour de Charles VII et celle de René 
que, si la raison admettait la possibilité des 
pressentiments , on en trouverait un très 



(*) Puis vint le comte de SuflTolck , 
Prendre la royne d'Angleterre, 
Pour Pamener, dont pleurs à forl 
L'eust veuia tuinbtr à terre. . . 



Lors les dames et darnoiselles, 
La vinrent au partir baisier, 
Dont a\oieut douleurs si cri 
Qu'on ne les sçavoit appaisier 
C'estoit grand 1 horreur et pi 
De les veoir ainsi lamenter. 

A tout prinst congié et partit, 
Et les festes qu'on avoit faide, 
Lors eu larmes se convertit.. . 
Las! quelle liesse imparfaite !.• . 
Qu'est-ce de chière et d'appare I. 
De ce monde qui bien y pense?. . 
D'avoir huv feste et demain deuil?. . 
L'un souvent pieure et l'autre dun:>e. 



(i445) DE RENÉ D'ANJOU. 35q 

marqué dans le récit des historiens qui rap- 
portent la séparation du roi de France et de 
sa nièce (*). 

Ce monarque ayant accompagné Margue- 
rite à plus de deux lieues hors de Nancy, la 
serra plusieurs fois dans ses bras, la regar- 
da long-temps sans pouvoir parler et prononça 
enfin ces paroles , les yeux mouillés de pleurs . 
« je fais peu pour vous , ma fille , en vous 
« plaçant sur un des plus grands trônes de 
« l'Europe, puisqu'il n'en est pas de digne 
« de vous posséder. » La douleur ne lui 
permit pas d'en dire davantage.. Les sanglots 
étouffèrent sa voix... La jeune reine lui ré- 
pondit par un torrent de larmes, et ils se sé- 
parèrent pour jamais. 

René ne quitta sa fille qu'à Bar (*); là, il 
la recommanda à Dieu, disent les historiens, 
sans que ni l'un ni l'autre pussent proférer 



(*) Là. le roy dit adieu a la royne sa niepee en larmoyant et plo- 
rant Tung Tautre très piteusement,. . et la baisa eu grand' tris- 
tesse. . . Il retourna à Nancy les yeulx très piteux et très pleureux. 
( Bourdigué et Martial d'Auvergne.) 

Bourdigné. Fol. 148. Charlier. Hist.de Charles ML P. 10 5 
Monstrelel. II. Fol. 170. Hist. de Marguerite d'Anjou. 
(**) « Son père et elle si plorèreul , 

« Quand ce vint à I 1 embrasse meni ; 
« Et à peine ung seuJ mot parlèrent, 
a Tant senloit leur cueur grant tourment. 



36o histoire i',;; 

un seul mot, et Marguerite continua sa 
route, avec le duc de Calabre son frère , et le 
duc d'Alençon, qui la conduisirent jusqu'à 
St. Denis. 

De Nancy, la cour de France se transporta 
à Châlons-sur-Marne, où Charles VII devait 
séjourner tout l'été. Ce monarque, en pas- 
sant à Toul , y abolit la scandaleuse fête des 
fous, dont on lui donna peut-être le spec- 
tacle licencieux (16). 

René demeura quelques jours encore en 
Lorraine, où il fit publier différentes or- 
donnances contre les prétentions de la juri- 
diction ecclésiastique et contre les blasphé- 
mateurs (**). 

Revenu auprès de Charles VII, il s'oc- 
cupa sans relâche avec ce prince des mesures 
les plus propres à diminuer le nombre des 
troupes françaises, et à organiser une véri- 
table armée.... Avant cette époque remarqua- 
ble dans l'histoire de l'art militaire, le sys- 
tème adopté était un mélange incohérent 
d'intérêts divers , d'où naissaient sans cesse 
des guerres civiles, et qui rendant les vas- 



(*) L'amende exigée des blasphémateurs fut proportionnée à h 
condition des coupables et tandis qu'un bourgeois ne pavait que 
soixante sols, un gentilhomme était condamné à la somme de soi- 
xante livres. 



d445) DE RENÉ D'AJSJOU. 36 1 

saux redoutables à leur souverain , deve- 
nait également pour eux un foyer de dis- 
corde. Les chevaliers portant bannière ( les 
plus puissants feudatairesj , accompagnaient 
le roi à Tannée, ayant à leur solde les gens 
d'armes levés dans l'étendue de leurs fiefs, et 
ceux-ci n'obéissaient plus ces chefs indépen- 
dants. 

On conçoit la foule d'abus qui découlait 
d'une pareille organisation, et ce n'est pas 
une gloire médiocre à René d'avoir concouru à 
faire adopter ces grands principes: que les sol- 
dats ne devaient point compter de vils scélérats 
dans leurs rangs , et que les troupes françaises 
ne recevraient d'ordre que de leur roi- Quinze 
compagnies d'ordonnance, chacune de cent 
hommes d'armes , se formèrent alors. Elles fu- 
rent composées de gentilshommes à cheval con- 
duits par des capitaines , des lieutenants et des 
guidons. Chaque gendarme servait avec s;x 
cavaliers. On établit aussi un corps de quatre 
mille archers. 

Le resle de la milice, devenu un fléau 
pour l'état qui supportait impatiemment un 
fardeau aussi inutile qu'onéreux, fut rendu à 
l'agriculture, au commerce, à l'industrie, et 
la peine de mort fut même prononcée contre 
l'individu qui ne se retirerait pas sans délai 
dans son pays. 



362 HISTOIRE (l440 

De ce nouvel ordre de choses, auquel René 
et Je duc de Calabre coopérèrent avec tant 
de succès, naquit une sévère discipline ; une 
subordination uniforme s'observa dans toute 
l'armée; le roi de France eut enfin des troupes 
réglées, et la guerre cessa d'offrir le tableau 
hideux d'un brigandage presque continuel. 

XII. Ce monarque ne pouvait mieux recon- 
naître les services de son beau-frère, surtout 
dans cette dernière circonstance, qu'en cher- 
chant à son tour à terminer toutes les affaires 
relatives à la rançon de René, dont plusieurs 
articles n'étaient réglés que provisoirement 
Charles Vif y mettait un empressemeni d'autant 
plus vif, qu'il avait été témoin lui-même en 
Lorraine, des maux sans nombre occasionés 
par les garnisons étrangères chargéesdela garde 
des places cédées en otage. Il résolut doue d'en 
conférer à l'amiable avec le due de Bout* 
gogne, ou son épouse, à laquelle il avait d'a- 
bord indiqué la ville de IHieims. Mm ee fui 
au château de Sarry, près de Châlons, qu< se 
rendit Isabelle de Portugal, accompagnée de 
ses neveux, Jean II de Bourbon * , et Adol- 
phe "de Clèves. 



(+) «< Moult gnmdemenl accompagnée, dit Olivier de la Marche . 
« principalement de sou beau neveu Jean II de Bourbon, et d'Ado! 



d445) DE RENÉ D'ANJOU. 363 

Charles VII accueillit avec les plus grands 
égards cette princesse , une des plus spiri- 
tuelles de l'Europe; et Marie d'Anjou, par 
une faveur que les reines de France accor- 
daient rarement, la reçut toute droite, lui 
mit une main sur V épaule et V embrassa, ce 
qu'on remarqua, rapporte un témoin oculaire, 
comme le comble de l'honneur. 

Il n'en fut pas ainsi, dit-on, de la reine 
de Sicile , à laquelle la présence de la 
duchesse de Bourgogne rappelait trop amè- 
rement, peut-être, la captivité de René, la 
perte du royaume de Naples et les malheurs 
multipliés qui en avaient été la suite. Elle ne 
se trouva jamais vis-à-vis de cette princesse, 
sans lui témoigner une sorte d'éloignement que 
les prétentions de la duchesse augmentèrent 
encore. Le même témoin présent à leur en- 
trevue, « assure qu'elles ne voulurent se ren- 
« contrer ensemble dans aucune cérémonie, 
« où l'une d'elles aurait été obligée de céder 
« le pas à l'autre (17). » 

René ne démentit pas en cette occasion son 
heureux caractère d'indulgence, de simplicité 
et de courtoisie. Du moins n'est-il point fait 
mention de ce prince dans les légères contes. 

« plie de Clèves, lesquels connneneoient desja a prendre cueur et 
« cstoient bien duyciz et bien adressez. » 



364 HISTOIRE , ; 

tations qui éclatèrent alors au sein de lacoui 
de France , et dont les détails nous ont été 
transmis par Àliénor de Souza,dame d'Isabelle 
de Portugal. On y entrevoit que la reine de 
Sicile chercha d'autant plus à conserver la 
dignité de son rang, à montrer même de la 
hauteur, que la duchesse de Bourgogne vou- 
lait paraître son égale, et que Marie d'Anjou 
la comblait de distinctions flatteuses. 

( On a observé cependant, que durant sept 
semaines environ que la duchesse passa à 
Châlons, elle ne fut pas admise une seule lois 
à la table royale. Les règles de l'étiquette 
étaient vraisemblablement trop sévères et 
trop rigoureusement suivies , car on assure 
qu'Isabelle de Portugal et la reine de France 
ne pouvaient se quitter ). 

Comme rien n'échappe aux yeux des cour- 
tisans, on ne tarda pas à pénétrer que l'inti- 
mité de ces princesses avait sa source dans 
les rapports de leur position mutuelle. L'une 
et l'autre avaient, en effet, uni leur sort à des 
princes aimables, spirituels et bons, qu'elles 
chérissaient avec une sorte de culte ; mais 
elles avaient également à gémir sur leurs fré- 
quentes infidélités (*}. 

(*) « La roync de France, dit Olivier de la Marche, feû 
« Isabelle moult grand honneur et privautc, car foules les doux es- 
« toient desjà princesses âgées et hors de bruyet, et croyez bien 






d44 5 ) DE RENÉ D'ANJOU. 365 

Philippe était sans doute retenu par de nou- 
veaux liens à Bruxelles, à Dijon ou à Bruges, 
et si Agnès Sorel n'avait pas osé figurer aux 
fêtes de Nancy, ni à celles de Châlons, la cause 
de son absence ne rappelait que trop la lon- 
gue passion de Charles VII pour la belle des 
belles (*;. 

Quoiqu'il en soit, les négociations qui 
avaient conduit l'épouse de Philippe en Cham- 
pagne, ne purent être terminées que par l'in- 
tervention constante et l'intérêt de Charles VIL 
René, en présence de tous les princes, s'était 
hautement plaint à Isabelle de la rigueur 
inouïe dont on avait usé à son égard, et il 
était difficile de disconvenir qu'on n'eût étran- 
gement abusé de sa position pour en exiger 
une rançon énorme, Ces reproches , les ré- 



« qu'elles avoient une même douleur et maladie qu'on appelle jalou- 
« sie, et que mainte fois elles se devisèrent de leurs passions secrè- 
« tes, qui estoit cause de leur privauté. . . Aussi, la royne et la du- 
« chesse se rassemblent souvente fois, pour eulx douloir, et com- 
« plaindre Tune a Paultre de leur crève-cœur. » 

(*") « Certes , dit Olivier de la Marche, Agnez estoit une des plus 
« belles femmes que vey oncques et fist en sa qualité beaucoup de 
(( bien au royaulme. 

« En ceste assemblée, sur tous seigneurs du royaulme avait bruict 
« messire Pierre de Brezé, seigneur de la Varenne, sénéchal de 
« Normandie , pour estre grand chevalier, honorable, et Je plus 

« plaisant et gracieulx parleur que Ton peut nulle part trouver 

« Et là , se fièrent joustes et grands festinements. » 



366 HISTOIRE (i4<3 

ponses vives de la duchesse, qui se fit remar- 
quer par une rare présence desprit, répan- 
dirent plus d'une fois de l'aigreur sur ces 
discussions. La plupart des princes déclarè- 
rent même qu'une nouvelle guerre était pré- 
férable à la honte de voir les troupes bour- 
guignones ravager sans ce?seles étals de celui 
qui fournissait leur solde. 

Toutefois, on parvint à s'entendre, et vers la 
fin du mois de Juillet , le roi de Sicile et la du- 
chesse convinrentpar un traité provisoire (*)• 

i°.Que les garnisons étrangères des villesqui 
appartenaient à René seraient définitivement 
retirées. 

2°. Que ce prince céderait à perpétuité au 
duc Philippe la ville de Cassel en Flandre. 

3°. Qu'il en recevrait , pour indemnité, la 
quittance de huit cent mille florins qui lui 
étaient dus encore , et que désormais tout 
serait oublié entre ces «princes au sujet de 
leurs anciennes divisions. 

Cet accord, si impatiemment désiré de ton 

Dom Plancher. IV. P. 260. Trouver. Mathieu Dmcotichy. TIi<t 
de Charles VII. P. 54i. 5} 2. Dom Calmcf. [I. Fol. 8 \ 1 
loi. 17-2. Chartier. P. 167. 

(*) Il paraît qu'un premier traité avait été siune le (1 Juin. '! 
existe la minute d'un ?..'"« (h\ mois ce Jui Jet. Enfin, Je J. n ", qu'on 
peut regarder comme Je dernier, est du ?.S Octobre r \ 5. Il 
ratifié sans doute qu'après Je départ de la duchesse de Pour-. 



d445) DE RENÉ D'ANJOU. 367 

Ses amis de René, semblait avoir ramené k 
Giâlons celte allégresse et cette passion des 
fêtes que le départ de Marguerite d'Anjou 
avait suspendues. Le roi s'y livrait avec un 
nouvel entraînement ; f es tournois, les joutes 
se succédaient chaque jour, lorsqu'un événe- 
ment inattendu vint consterner tout-à-coup 
cette cour brillante. 

Marguerite d'Ecosse, dauphine de France, 
dont les grâces et l'enjouement captivaient 
tous les Français, excepté le seul Louis XI , 
revenait à pied de l'église de Notre-Dame-de- 
l'Epine, au château de Sarry, qu'elle avait 

quitté le matin A peine y est-elle 

arrivée, qu'une pleurésie se déclare, et l'em- 
porte, le 16 Août i445, à l'âge de 23 ans (*)!. 

( Quelques auteurs attribuent sa mort à un 
profond chagrin causé par de perfides im- 
putations faites à sa vertu ). 

La jeunesse de cette princesse , la douceur 
de son caractère, sa rare instruction, la pro- 
tection éclatante qu'elle accordait aux lettres, 
firent répandre des larmes sincères sur sou 
cercueil 

(*) Moréri dit quelle mourut Je 26 Août i/|46, âgée de 26 aus; 
mais il se trompe évidemment. 

Duclos,( Hist. de Louis XI, Tom. î.er P. 85.) donne des détails 
sur les propos indiscrets tenus sur cette princesse, à Nancy, par 
J ametz du Tillay , bailly de Normandie. 

Les derniers mois de Marguerite d'Ecosse furent: « Fi de la vie... 
« qu'on ne m'en pa; le p us. » 



368 HISTOIRE (i445) 

Charles VII, surtout, fut long-temps incon- 
solable du sort de cette infortunée, qu'il re- 
gardait comme sa propre fille. Il ne pouvait, 
dit-on , calmer sa douleur , ni tarir sur les élo- 
ges qu'il prodiguait à sa mémoire. Marie d'An- 
jou, René, tous les princes et princesses 
partagèrent sajuste affliction. Le dauphin seul 
montra une impassibilité effrayante, comme 
si chaque nouvelle circonstance de sa vie dût 
déchirer le masque dont il se couvrait. 

René suivit à Tours le roi son beau-frère, 
qui se hâta de s'éloigner de Châlons aussitôt 
que les obsèques de Marguerite d'Ecosse furent 
célébrées. Là, après avoir envoyé une am- 
bassade (18) au roi d'Angleterre, afin d'entre- 
tenir encore davantage l'harmonie qui régnait 
entre les deux cours, cesprinces se séparèrent. 
René investit alors son fds de la lieutenance- 
générale de la Lorraine, lui céda le marqnisal 
de Pont-à-Monsson, et se mit en route pour 
Angers, résolu dy vivre dorénavant au sein 
du repos, et d'y goûter enfin cette tranquillité 
objet de ses vœux continuels. 

Hainauf. Abr chronologique. Pl.263. Bclleforest. Fol. 3;o. Dom 
Calmet. Tora. IL Duclos. Hist. de Louis XI. Moreri. etc. 

FIN DU TROISIÈME LIVRE ET DU TOIIE PREMIER. 



5Go 



NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES 



(■©v;-^* 



LIVHE 1 



(1) Fils du roi Jean et de Bonne de Luxembourg, 
ro prince, dont les historiens ont parlé si diversement, 
naquit à Vincennes le 23 Juillet 1339. — « il se trouva 
« moult bien jeune, dit Froissart, à la bataille de Poi- 
« tiers (ainsi que ses frères Charles, Philippe, et Jehan 
« deBerry), là oùfeist le roi Jehan de sa main se véant 
« en dur parti, merveilles d'armes et tenoit une hache 
a d'armes dont bien se défendit. » 

Louis qui servait d'otage à son père, s' étant soustrait 
à sa prison, fut en partie cause du retour de ce prince à 
Londres, où il mourut le 8 avril 1364. 

Quatre ans auparavant, Louis avait eu le duché 
d'Anjou en apanage, en épousant, le 7 Juillet 1360, 
Marie de Chatillon (dite la Cloppe ou la boiteuse) fille 
puînée de Charles de Blois et de Jeanne de Bretagne. 

Les annalistes d'Anjou et de France, qui racontent fort 
au long, avec de curieux détails, l'origine de l'inimitié 
qui régna entre Louis et son frère Philippe, et les sin- 
gulières prophéties qui parurent à celle époque, pa- 
raissent croire que Charles V préférait le due de Bour- 
gogne au duc d'Anjou. Ce prince fut cependant nomme 
gouverneur du Languedoc, et Bourdigne assure que« le 
roi de France se noh du tenta lui, à cause de sa » 
a prud'hommie, hardiesse, et bonne chevalerie. » 

« Entr autres, ajoute-t-il, estoient à ses gaiges, Bcr- 
« trand du Guesclin et Olivier de Clisson. N'estoit prince 
« au monde qui plus haultement salariast ung bon servi- 

TOME. I. # 2Z J 



3 7 o NOTES. 

« ce, ne plus large, ne plus abandonné aux gendar- 
u mes. » Nommé régent du royaume en 1300, maL 
grêla concurrence des ducs de Bourgogne et de Bourbon, 
Louis d'Anjou fut adopté, le %\ Juin de la même année, 
par Jeanne d'Anjou., héritière de la seconde tigi 
maison d'Anjou , qui descendait de Charles I er , frère de 
Saint Louis. 

Le pape Clément VII contribua puissamment à de< :ida 
la reine de Naples à ce choix-, mais elle De put voir 
son successeur qui allait se rendre auprès d'elle. Char- 
les de Duras qui prétendait à son héritage, comme ara 
plus proche parent, la fit étrangler ou étouffer entre 
deux matelas, le 22 mai 1382, au moment on Louis 
quittait Avignon à la tête de 15000 chevaux , de 2500 
arbalétriers, et d'un grand nombre de chariots nu de 
mulets chargés d'or , d'argent et de meubles précieux. 

Son entrée en Lombardie eut 1 air d'une marche 
triomphale, à laquelle une foule de seigneurs proven- 
çaux ou napolitains voulurent B'associ 

A peine Louis arrivait- il en Italie que Charles de Du- 
ras Tenvoya délier en champ élus, ce qu'il accepta avec 
joie, en choisissant pour son second, Amé A 1 de Savoie, dit 
le comte verd. Mais Charles ne voulait que gagna du 
temps, éviter une bataille rangée, fatiguer l'armée fran- 
çaise et l'attirer dans un pays demie de ressoun 

Bientôt, en effet, ces richesses que Louis s'étail ap- 
propriées en s'emparaut àforceouvei i> dutrëaor de Me- 
lun, qui s'élevait, dit-on, à un million huit cent mille 
francs, ne purent plus suffire aux besoins des M>l(!al>. 1., 
duc d'Anjou réduit à la plus extrême détresse après uni 
abondance excessive, vendit ses équipages, sa vaisselle, 
sa couronne, même ses vêlements. 11 ne conserva de t;uit 
de joyaux précieux . qu'une cotte d'armes en toile pein- 
te, semée de fleurs de I s 



NOTES. 5 7 î 

Ayant épuisé les sommes que le comte de Savoie e 
d'autres seigneurs lui avaient avancées, Louis envoya 
en France Pierre de Craou,i'uii de ses chambellans, pour 
demander des secours à Marie de Blois. Cette princesse 
« lui bailla, dit-on, grant nombredepocune,maisceche-~ 
« valier infidèle à ses devoirs s'arrêta à Venise, où i 
« prodigua à ses goûts voluptueux, les dernières ressour. 
« ces de son maître. 

Louis voyant périr son armée de faim et de misère, 
ne put résister à la douleur qui le consumait. Il tomba, 
dit Bourdigné, « en griève maladie de desplaisir, dont il 
« mourut le 22 Septembre I38<l,au château de Talesine, 
« ouàBiselia,près Barry,dans la Fouille. » On a prétendu 
aussi,, qu'il fut empoisonné en buvant dans une fontaine*, 
qu'il mourut de la peste le 30 Septembre 1384, ou le 9 
Septembre 1385, ou enfin qu'il succomba aux blessures 
reçues dans un combat singulier contre Albéric, comte de 
Barman. Une dernière tradition honorerait davantage 
la mémoire de ce prince*, elle rapporte qu'il moui ut d'un 
échauffement de sang qu'il se donna en voulant sauver 
Biselia du pillage. 

Quoiqu'il en soit, la date de cet événement est con- 
signée d'une manière certaine par la note suivante, de 
la main de René, dans des heures manuscrites qui lui 
ont appartenu: 

« Trespassale 22 Septembre 1384, Loys père deLoys 
» II, jadis due d'Anjou, et puy roy de Secile. » 

( Pierre de Craon cité en justice par Marie de Blois, 
convaincu de félonie, condamné au bannissement et à 
la restitution de 100,000 ducats d'or, parvint bientôt 
non-seulement à se soustraire à ce jugement, mais à 
obtenir des lettres de rémission). 

Louis I e ' d'Anjou qui se qualifiait dans ses actes, de 
fils de roi, pair de France, fils de la reine de Jérusa- 

24" 



3 7 '2 NOTES. 

lem ? laissa en mourant, la réputation d'un prince rem- 
pli de grandes qualités malheureusement ternies par 
une ambition sans bornes. Il possédait,, dit-on^àun liaut 
degré, le talent de l'éloquence, et tant qu'il ne fut que 
duc d'Anjou ^ il avait su mériter le titre de père du peu- 
ple. Ses exactions sans nombre, les énormes subside 
qu'il leva, le lui firent perdre promptement. 

Charles de Duras porta publiquement son deuil ei lit 
célébrer en son honneur de magnifiques obsèques. 
Le corps de Louis, enfermé dans un cercueil de plomb. 
fut apporté à Angers, dit Bourdigné, par ses « domesti- 
« ques esplourez, et enterré dans l'église de Saint Man- 
« rice à droite du grand autel. » Il avait cependant or- 
donné par son testament qu'on l'inhumât à Paris, dans 
la chapelle basse du palais. 

Louis d'Anjou, dans un hommage du comte de Gler- 
mont à Charles V, est représente- revêtu d'aneeotte «l'a- 
zur fleurdelisée d'or: il porte les cheveux e«m; is cil nil- 
fus, ses traits sont fortement prononce-, mai> 1 expres- 
sion de sa physionomie est plutôt mélancolique ,u, 
guerrière. 

On peut voir dans Montfaucon, la chôvatu \ 
prince, en Gascogne, oùiicrlrand du Gneeclill l 'n.niin. 
pagna. 

Leduc d'Anjou avait donné au roi son tïère. une 
grande croix d'argent garnie de eaina.ruv. de ttpbirs 
et de perles du poids de 13.1 marcs. (*) 

(*) Voyez le père Anselme. Histoire des grands officMn 
couronne, tome IL fol. L»«\, ihicl 227. — Art de vérifier Vm 
fol. 679,689, 265. — Chronique de Froissait, tome I er . f al 
n4, 11 5, —Manuscrit de Froissart, N°. S3qo, représentant la 
bataille de Poitiers. — Papon, Histoire générale de proveuce tome, 
I er . p. 317. in. p. 2^j3. — Bourdigné, Histoire aggrégaline d'An- 
jou, fol. n3, u5, 116. — Anecdotes des reines et récentes de 



NOTES. 5 7 5 

(2) Louis II, né à Toulouse, le 5 Octobre 1377, attei- 
gnait à peine sa 12 e année, lorsque Charles VI voulut 
l'armer chevalier, a insi que son frère le prince dcTaren- 
te. S étant alors rendus L'un et l'antre à Saint Denis, le 2 
Mai 1389, vers le déclin du jour, revêtus d'une longue 
cotte gris-brun, tombant sur leurs talons, ils prirent 
une robe de velours cramoisi doublée de menuvair, 
et assistèrent ainsi au banquet royal, où l'ancienne 
ordonnance exigeait que « le nouveau chevalier ne 
« mangera, ne boira, ne se remuera, ne regardera çà 
« et là, non plus qu'une nouvelle mariée. » 

Après les avoir plongés dans le bain et les avoir laissés 
quelque temps dans l'église pour la veille des armes, 
Charles VI leur ceignit le beaudr ier , et le sire de Chavign y 
les éperons. Ferry de Cassinel, archevêque de Rheims, 
officiait pontificalement. 

Parmi les députés provençaux qui assistèrent à cette 
cérémonie, on vit Jean Tune ou Tenque, consul de Mai - 
tigues, de la même famille que Gérard, premier hos- 
pitalier de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem. 

Un de ces députés écrivit alors à ses compatriotes: 

(( Vous seriez enchantés de la contenance , de la 
« bonne mine, et des reparties du jeune Loys.. C est 
c< bien le plus joli enfant que oneques on ait vu.. Prions 
« Dieu qu'il le conserve et qu'il l'aide. Nous en avons 
«. bien besoin » 

France, tome III, p. 125. — Atlas historique de Lesage. Tableau 
X. — Rufli. Histoire des comtes de Provence , loi, 291. a 3 15. — 
Gianone , Histoire civile du royaume de Naples, III , p. 44^* — ^°~ 
réri, Dictionnaire historique, tome, III, fol. 85o. — Bodin, Re- 
cherches sur l'Anjou, tome I er . p. ^08. — Gaufridi, Histoire de 
Provence, fol. 147. — Dé'g'y) Histoire des rois des deux Siciles. 
Heures manuscrites du roi René. Montfaucon, Monuments de la 
monarchie française, totnelll., fol. i8j, planches, 3i ,34. — Sup- 
plément au catalogue de M r . Gaignat, tome I e »", p. 56. 



5 7 4 NOTES. 

En effet, la Provence était alors dans l'état le plm 
déplorable, tant à cause de la morl prématurée de 
Louis I er qui la laissait sans défenseur, que parla guerre 
que Raymond de Beaufort, vicomte »le Turenne, in- 
nommé le Fléau fie son pays, y suscita à la tête des célè- 
bres brigands appelés Tuchins. 

En vain George de Marie, chancelier et grand séné- 
chal de Marie de Blois, rallia-t-il sous ses étendards un 
grand nombre de fidèles seigneurs provençaux, Hrt\ mond 
était si puissant, ses partisans se battaient ;m< un tel 
acharnement, qu'on se vit réduit à or lonner l'un - 
ou la démolition de Ions les châteaux où l'on ne pou- 
vait se défendre contre les rebelles. 

Enfin, le jeune Charles d'Anjou, prince de Tarente, 
atteignit les troupes du sire de Beaufort, les délit, pour- 
suivit leur chef jusqu'à Tarascon, et le força à se pré- 
cipiterdans les eaux du Rhône où il trouva son tombeau. 
( On prétend cependant qu'il eut la sépulture dans 1 é- 
glise de Saint Martial d'A-vignon ). 

Louis 11 fut couronné à Vvignon, dans l'église de 
Notre-Dame des Dons, le 'Î5 Octobre ou le 2 Novembre 
l'MVJ. Clément VU , qui était venu y recevoir Charles 
VI, en « fust si joyeulx, dit un historien, que plus ne 
« povoil, et lui donna sa bénédiction en le baisant sur 
« la bouche. Le roi témoigna sa satisfaction en clian_ 
(c tant l'évangile à la messe du couronnement » Phi] 
le -Hardi, le duc d'Orléans et le roi d'Arménie 
sistèrent. 

Louis fl revint peu de temps après à Paris, on il fit 
son entrée comme roi de Sicile} « aorne d'en» i i tes i 
« vestements royaulx, dont la bonne royne sa mère, de 
« joyeet de piété, les larmes aux yeulx, remerciait Dieu 
« de tout son cœur... Et fist Loys le banoqoet au 
« risiens... Il leur présentai! plusieurs beaulx dons el 



NOTES. 3 7 5 

« présents , avec une si bonne faconde et bénignité 
« qu'il gaigna tons les cœurs. » 

Rien notait cependant encore décidé sur son avène- 
ment au trône de Naples, que Ladislas de Duras dispu- 
tait au jeune roi. Le doge de Gènes conçut alors le des- 
sein de faire épouser à Louis II, Jeanne, sœur de Ladis- 
\as, qui devait être son héritière, ce prince n'ayant 
point d'enfants 5 mais cet le union qui eut éteint tout 
germe de discussion , fut repoussée par Marie de Blois, 
qui préféra pour son fils la main d'Yolande d'Aragon, 
héritière du roi Jean I er . Quoique Froissart et Bourdigné 
aient rapporté que ce mariage se célébra à Barcelone, 
il est certain que la cérémonie eut lieu à Arles le 2 Dé- 
cembre 1100. Le cardinal Nicolas de Brancas, camérier 
du pape y -officia pon-tificalement. 

Le prince de Tarenle avait été au-devant de l'auguste 
fiancée jusqu'à Perpignan, et Louis lî déguisé en simple 
chevalier, fut l'attendre à Montpellier. Il y arriva inco- 
gnito, vit la princesse dans la foule, la trouva char- 
mante, et revint éperdûinent amoureux d'elle, « car 
« c'est oit, dit Juvénal des Ursins, une des plus belles 
« créatures qu'on put veoir. » 

La joie que ce mariage causa en Provence ne peut 
se décrire, et l'on y inventa des fêtes et des divertisse- 
ments de toute espèce. Les états accordèrent cent mille 
florins aux jeunes époux, et toutes les principales villes 
leur offrirent de riches présents. Quatre ans après, te 19 
Mai 1404, Charles d'Anjou., frère de Louis H, mourut 
à Angers, emportant les regrets universels. Sa mère 
en fut si affligée, qu'elle ne lui survécût que quinze 
jours. 

Cette princesse laissa dansle trésor l'énorme somme de- 
deux millions deux cent mille livres, ce qui l'a fait accuser 
d'avarice et de talents bornés. On ne peut néanmoins 



3 7 6 NOTES. 

qu'applaudir à la conduite qu'elle tint pour pacifier La 
Provence, à la modération pleine de fermeté quelle dé- 
ploya pendant la régence, et à sa tendres e envoi s » 
enfants. « Sachiez, dit Bourdigné, que c'estoit une dame 
« degrantfaict, et de moult grant pourclias, car point 
« ne dormoit en poursuivant ses besognes. » 

Ce ne fut qu'en Ïi09, que Louis Use rendit en Italie, 
où le pape le reconnut pour légitime souverain de \a- 
ples, le créa gonfalonier de L'église., et se déclara en sa 
faveur contre Ladislas de Duras. 

Le duc d'Anjou ainsi appuyé, chassa son rival <le 
Rome, le poursuivit et le délit complètement à /.' 
Secca. a Les Français, dit le moine de Saint Pénis,] me- 
« lièrent leurs ennemis d'une telle vigueur, qu 
« cru qu'ils avoient à dos le feu et les foudres du < i<|. 

Mais n'ayant pas su profiter de la victoire. Louis 
donna à Ladislas le temps de se reconnaître, de s'enfer- 
mer à Naples, d'y réparer ses pertes, et de l'ulil 
son tour à revenir en Provence. 

Cette retraite fut d'autant plus fâcheuse {mur ce 
prince, que son oncle Martin, roi d'Aragon, venait de 
mourir, laissant Yolande sa nièce héritière do seséhtfs, 
et que ne pouvant faire valoir ses droits à la couronne, 
Ferdinand dit le juste, cousin germain de la duc 
d'Anjou, y fut appelé à sa place. 

Louis II obtint de nouveaux succès dans une second 
campagne en Italie, et entra même en triomphée Naples; 
mais pendant qu'il voulait achever la conquête du royau- 
me, la légèreté naturelle auxNapolilaing les porta à em- 
brasser de nouveau le parti de Ladislas. Le roi revint donc 
encore en France, s'y occupa exclusivement du soin d< 
ses états, se fit adorer en Anjou comme en Provence j 
et mourut a Angers le 29 Avril 1 117, àg eut de 

quarante ans, avec la réputation du plus franc, comme 
du plus loyal prince de son temps. 



NOTES. 3 77 

Charles VI, qui l'aimait tendrement, voulut assister 
aux magnifiques obsèques qu'Yolande lui fit célébrer, 
lîardoyn de Beuil, évêque d'Angers, y présida. ( Louis II 
l'avait nommé son exécuteur testamentaire conjoin- 
tement avec Gui de Laval, Pierre de Beauvau, Barthé- 
lémy et Gabriel de Valori ). » 

Bon, généreux,, plein de pieté, juste et éclairé, Louis 
lï était si peu vindicatif, qu'on le voit dans son testa- 
ment exhorter tant qu'il peut, « conseiller et avertir 
(( de faire accord avec le duc de Bourgogne, auquel il 
« pardonne tous les maux qu'il a faits. Il prie le dit sei- 
<( gneur de lui pardonner également ses injures. Il par- 
<( donne aussi au comte de 1 a Marche ( Jacques de 
« Bourbon, mari de Jeanne de Duras sœur de Ladis- 
« las ) quant à Dieu, mais non pas au droit de ses en- 
« fants au royaume de Sicile. » 

Outre Louis ISI^ Marie, René, Charles et Yolande d'An- 
jou, on donne encore à Louis II, une fille légitime qui, 
suivant une charte de son successeur, épousa le comte, 
de Genève. Son nom est resté inconnu. 

Quelques manuscrits rapportent que ce roi laissa aussi 
un fils naturel appelé Louis duMaine, seigneur de Mai- 
zières, et une fille nommée Charlotte, que René fit épou- 
ser en 146 1 au fils de Pierre de Brézé. (Elle devait 
avoir environ 44 ans à cette époque. 

On trouve dans les porte-feuilles de M* de Gaignières, 
un dessin représentant Louis II, dans un costume 
oriental. Une large fraise entoure son col, et une es- 
pèce de turban couvre sa tête. Il est debout, la main 
gauche posée sur un livre placé sur une table. Sa figure 
est aussi douce que régulière. 

On voyait encore à Angers, avant la révolution, dans 
léglise de Saint Maurice, le tombeau de ce prince et 
d'Yolande d'iVragon. Sur le mur contre lequel il était 



5 7 8 NOTES. 

adossé, était peint unguerrier aux armes de Beau vas, 
le genou en terre, et portant un guidon aux armes du 
roi et de la reine. Tous les lundis, ce tombeai devait 
être orné d'un tapis aux mêmes armes. 

Les portraits de Louis et dTolandedécoraienl aui 
vitraux de l'église des Prêcheurs d'Ange 

Louis II possédait un livre d'heures in 4°, orné fc 
belles miniatures en vélin, et qui passa de la ooU< 
Gaignat dans celle delà Vallière. Il était curieux par le* 
« enseignements de monseigneur Sain 1 Louîsel l'histoire 
« moult merveilleuse et horrible des trois morts rivants, i 
Dans une des miniatures, l'église est dessineeootts h 
figure dune femme tenant un étendard dans ses 
Une autre peinture représente un concert oui on distin- 
gue la plupart des instruments en usage au *^ . 

Ce magnifique manuscrit relie en violet et 
ré, fut autrefois orné de pierreries. Charles III. dur de 
Lorraine, auquel il a appartenu, le fit garnir de 
d'argent et de fermoirs d'argent doré, en H» !.. n» 
cru que ce livre d'heures venait de Louis \' r «1 Injoo ; 
mais on lit sous l'une des miniatures: Loy . ! 

On conservait dans les archives deVéglise de ' 
une lettre de Louis I' r . en date du 2G Janvier 1410, qui 
accompagnait 1 envoi à Jean due de Berry, d'unanfe 
d'argent tenant un reliquaire de cristal garni d'or et de 
pierreries, et dune grosse perle au-dessus. Ce reliquaire 
renfermait une partie de la main de Saint Louis de 
Marseille. (*) 



(*) Voyez sur Louis II, Le père Anselme, Histoire Jet 
tomeï«r. 23o. — Art de vérifier les dates, fol. 690. — SaiuK- 
Essaissur Paris, tome 1er. 365. — Papou, tome III, p. a6g 
3o5, 3io. — Bourdigné, fol. 126, 128, 129, i3i. — Henp 
nuscritesde Reué. — Froissait, tome III, fol. i3:». — Gaufridi .t. I 
371, 285. — Bouche , Histoire de Provence . tome II. foi 



NOTES. 3 79 

(3)Les tours du château d'Angers, ruinées maintenant 
jusqu'à la hauteur de la plate-forme, sont entourées pour 
la plupart à l'extérieur d'un lierre énorme. Du coté de 
l'ouest, il en existe deux pareilles nommées les jumelles. 
La terrasse en demi-lune qu'elles forment offre un point 
de vue magnifique qui se prolonge sur le cours de la 
Mayenne. 

Les rochers et les murs des toursqui subsistent encore, 
ont environ cent vingt-cinq pieds d'élévation. Les fossés 
en ont quatre-vingt-dix de large et trente trois de pro- 
fondeur. 

Le gothique donjon quarré où René vint au inonde, 
et qui formait l'habitation des ducs d'Anjou, existe 
presqu'en entier. C'est un petit pavillon régulier avec 
quatre tourelles inégales, placé vers le milieu de la 
plate- forme, et entouré d'un jardin étroit. Son escalier 
tournant est assez curieux, mais rien n'y rappelle la 
splendeur des souverains qui l'habitèrent. Par une de 
ces vicissitudes devenues si fréquentes de nos jours, ce 
pavillon et ses dépendances servent de maison de déten- 
tion pour de vils criminels. 

Auprès du donjon on voit l'église de Sainte Geneviève 
parfaitement conservée. Les armes de René y sont sculp- 
tées sur la voûte. 

Au-dessus d'une des tours du pont levis, on montre 
encore une espèce de guérite ou tourelle en maçonnerie 



4a4- —Manuscrit de Bertrand Boisset d'Arles. — Alain Chartier , fol 
io. — Chronique de Provence, fol. 482. — Moreri, tome III, fol. 
681. IV. fol. 120, 173.— Dégly, tome IL p. 483, 489. — Ruffi. 
Histoire de Marseille , tome I er , fol. 267. — Montfaucon , tome 
III, fol. 181, pi. 26. — Manuscrit provençal de P. Rouhaut, p. 
78. — Catalogue delà Vallière, tome I er . première partie, N°. 284 » 
p. i3. — Supplément au catalogue de Gaignat, tome I er . p. 56,— 
ÎSotes manuscrites d'Arles , etc. etc. 



580 NOTES. 

qui servait, dit-on, d oratoire à René, et où ce prince 
allait prier tous les matins. 

Quelques auteurs ont prétendu que son tombeau et 
celui d'Isabelle de Lorraine farent placés dans m 
tredes tours. On a aussi écrit qu'on y con«ervait une 
ca ff e en fer, où un roi de Sicile avait fait enfermer sa 
femme,pour avoir fait réparer trop magnifiquement l'é- 
glise de Saint Maurice; et la tradition ajoutait que 
princesse était 1 épouse du bon roi René. 

On ignore ce qui a pu accréditer ces contes populaires 
si faciles à détruire. (*) 

(4) Après la mort de Tliiepbaine arrivée le 13 mars 
I 458, René lui fit élever un tombeau dans régi 
Notre-Dame de Nantille à Sauniur. La vieille nom 
était représentée couchée et tenant dan : , deux 

jeunes enfants (René et Marie d'Anjou). 

Ce monument de reconnaissance a disparu en V 
mais Fépitaphe en vers, composée aussi, dit-on, par René 
lui-même, se voit encore sur un des pili, 
On en doit la découverte à M. Bodin (auteur dea i 
historiques sur Saumur, etc.), qui fit enlever IV 
couche de chaux qui la cachait. Elle esl gravée m m, 
table de pierre en caractères gothiques: n rofei telle que 
nous l'avons copiée: 

Cy gisl la nourrice / hiephaim 
La-magine, qui ot granl pain 

A nourrie de le! en enfance. 
Marie d Anjou, royne de Frana 
Et après, son frère René. 
IHic d Anjou, et depuis nommé, 



(*) J iganiol de la Force, tome V? p. i5-2. - DExpiilj . ! ■.• . 
uaire des Gaules, p. 182. 



NOTES. 38i 

Comme encores roy de Secile, 
Qui a voulu en eeste ville, 
Pour grand amour de nourriture, 
Faire faire la sépulture, 
De la nourrice dessus dicte, 
Qui à Dieu rendit l'âme quitte, 
Pour avoir grâce et tout déduict. 

MCCCLVIII. 

Du moys de Mars treizième jour. 
Je vous pry tous, par bon amour, 
Affin quelle ait ung pou du vostre, 
Donnez-luy une patenostre. (*) 

(5)Louis de France, duc de Guienne et dauphin, né à 
l'hôtel Saint Paul le Lundi 22 Janvier 1396, épousa 
très jeune Marguerite de Bourgogne, fille aînée de Jean- 
Sans-Peur (qui se remaria le 10 Octobre 1423 à Àrtusde 
Richemont et mourut à Paris., hôtel du Porc-Épic,le 30 
Janvier I4&Ï). 

« Louis ( dit le registre du parlement, ) estoit bel de 
« visaige, suffisant, grand et gros, de corps pesant, 
(( tardif, peu agile, volontaire et moult curieux et ma- 
« gnifique d'habits et joyaulx, désirant grade d'honneur 
a de par-dehors , et grant despensier à ornements de sa 
« chapelle privée ; qui moult grant plaisir avoit à son 
« d'orgues, lesquels entre les autres obligations mon- 
« daines, hantoit diligemment... Si avoit-il musiciens de 
« bouche et de voix et pour ce avoit chapelle de grant 
« nombre de jeunes gens. Et si avoit bon entendement 



{*) Voyez Liodin, Essais historiques sur Saumur, Piganioi de la 
Force, tome V, p. yo8. Voyageur français, tome XXXV, p. 3i6, 
etc. 



38-2 NOTES. 

« tant en latin qu'en français, mais Pemployoit peu, car 
« sa condition estoit d'employer la nuict à veiller et à peu 
« faire et le jour à dormir: dînoit à trois ou quatre heures 
« après midi, et soupoit à minuit, et alloit coucher au 
« point du jour ou au soleil levant souvent, et pour ce, 
« estoit aventure qu'il vesquît longuement. » 

Jean de France, son frère, né à L'hôtel Saint Paul, 
mourut, dit-on, de poison à Compiègne. Il avait épousé 
Jacqueline de Bavière, fille de Guillaume IV comte de 
Hainaut. 

(6) Quatrième fils de Robert duc de Bar et de Marie de 
France, sœur de Louis I er d'Anjou, Louis de Bar se trou- 
vait grand-oncle de René par sa sœur Yolande, reine 
d'Aragon, aïeule de ce prince. 

Destiné à l'église dès son bas âgej nommé admioif 
leur perpétuel du diocèse de Poitiers en 131) I , il obtint 
deux ans après Févèché de Langres. Le 'Il Décembre 
1397, le pape Benoit XIII le créa cardinal sous le titre de 
Sainte Agathe. 

11 venait de publier en 1101- des statuts synodaux 
qu'il fit exécuter avec une grande sévérité, Lorsqu'il fat 
appelé à Paris pour assister à L'assemblée des princes . dont 
le but était de faire cesser Lés scandaleuses diviskm des 
maisons d'Orléans etdePxmrgogne.il s y employa tou- 
jours avec un zèle extrême. 

Ambassadeur de Charles VI au conciledePise, en I W9, 
le pape Alexandre V mit Louis de Bar au rang An car- 
dinaux prêtres, et changea son titre en celui desDanze 
Apôtres. 11 fui ensuite nomme légal en France et en \lle- 
mague pour faire cesser le schisme qui désolait 1 < 

Ses deux frères étant morts àAzincourl, le cardinal 
Louis se trouva duc souverain de Bar en 1415, et c'est 
alors qu'il forma le projet d'adopter René d'Anjou, mal- 
gré les prétentions d'Yolande de Bar, sa sœur 



NOTES. 385 

Ce prince assista au concile de Constance où il con- 
courut à l'élection de Martin V. Il a même laissé des 
mémoires sur cette époque de sa carrière. Vers la tin de 
sa vie , il était devenu ? dit-on,, fort triste, en prévoyant les 
malheurs que devaient occasionner les démêlés de René 
et du comte de Vaudémont après la mort de Charles H, 
«lue de Lorraine. On rapporte que deux étoiles brillantes et 
inconnues ayant paru alors sur le firmament, il les re- 
garda comme un signe certain de sa fin prochaine. 

On a écrit que le cardinal de Bar mourut à Varennes, 
et « qu'il y fut enseveli avec pleurs et lamentations du 
« peuple. » 11 paraît cependant qu'on transporta son corps 
à Verdun dont il était évèque , ayant permuté avec Jean 
de Sarrebruche. On l'y inhuma dans la chapelle Sainte 
Elisabeth de la cathédrale. Son épitaphe commence ainsi: 

Hic situsest, fulgens Ludovicus,laude perreni, etc. 

11 mourut le 23 Juin 1430. Louis d'Haraucourl lui 
succéda. (*) 

(7) Ces deux frères qu'on regarde généralement 
comme les fondateurs de l'école flamande, naquirent à 
Masseick-sur-iUeuse, (ou à Vesols,pays de Gueldres.)lls 
travaillaient ordinairement leurs tableaux en commun , 
et ils en exécutèrent plusieurs pour le duc de Bourgogne. 
Jean peignit le portrait de Philippe qui a été donné à l'a- 
cadémie de Dijon, en 1779, par M. Houin. 

Hubert mourut en 1426. Jean le cadet, cherchant un 



(*) Voyez le père Anselme, Histoire de gr. off. de la couronne, 
tome IL fol. 208. — Simphorim Champier, Chroniques d'Austra- 
sie, fol. 170. — Moréri, tome I er . fol. 619. — André Duchesne, 
Histoire delà maison de Bar. — Art de vérifier les dates, foi. 644- — 
Antiquités de la Gaule Belgique. ( Wassebourg )foi. 447* 47 3. — 
Histoire de la ville de Verdun, p. 370, 3y5. — Chronique des ducs 
de Bar par Jean le Paige, p. 222. — Histoire de la ville de Saint 
Mihiel. p. 172. 



384 NOTES, 

vernis pour donner plus «1 éclat et de force à 
Idéaux, découvrit (ou plutôt perfectionna et mil en 
usage) la manière de mélanger les couleurs avec d< 
l'huile. 11 employa ce procédé nouveau dans nue i 
compositions dont il fit présent à Alphonse roi de Naples 
Jean de llruges fournit ensuite de ses tableaux a l'huile 
à la plupart des souverains de l'Europe. 

Cet homme célèbre, (([ui avait formé en France un 
grand nombre d'élèves , parmi lesquels feu 1 !• 
président de Saint Vincens comptait René) termina 
sa laborieuse carrière en 1450. 

Une planche des monuments de la monarchie fran- 
çaise, gravée d'après une peinture de Tan [375, i 
sente Jean de Bruges offrant un livre au roi Charles 

v. o 

(8) Filleul de Charles V,fils de Jean duc de"Lorraine cl 

de Sophie de Wurtemberg, Charles 11. dit le Hardi, na- 
quit à Toul en 1361, succéda à son père en 1392, el 
épousa Vannée suivante Marguerite de Bavière, l 'il.- 
d'Elisabeth de Nuremberg cl de l'empereur Robert, élu 
le 13 Août B08, (mort le 10 Mai 1 110. ) 

Attache dès sa plus tendre jeunesse ii lMiilippe-le -Hardi 
duc de î Bourgogne, il assista en 1382 à L'affaire de Bose- 
bcch,ct sa vie en lie re offre un enchaînement continuel 
de guerreson d'aventures périlleuses. 

L'empereur Venceslaa ayant voulu détrôner son beau 
père Robert avec l'appui du ducLpuis d'Orléans, 1 
les se déclara avec d autant plus de chaleur dan 
démêlés qu'il îallail combattre un ennemi du due de 



(*) Dictionnaire des arts. p. 065.- Moreïi. tomeI rr . fol. qo3. — 
Mémoires et notices de M 1 ', "de Saint Vincens , p. 33. — I S 
Kilt retien sur la vie des peintres, tome I*. p. 5hj. — Heotfauco . 
tome III, p« C5. etc. Observations sur le voyage de MiUin, 



NOTES. 5S5 

Bourgogne. 11 accepta avec joie le défi d'une bataille 
rangée presque sous les murs de Nancy, remporta la 
victoire de Champigneulle, et y iit prisonniers, entre au- 
tres chefs, le maréchal de Luxembourg. 

« Pendant ce mémorable combat, disent les clironi- 
n ques lorraines, la duchesse Marguerite assistait pieds 
« nuds aux processions, et apparut aux ennemis avec 
(de visage en feu, si terrible et si éclatant, qu'ils se 
« mirent en déroute. » 

( Le confesseur de cette princesse qui passait pour 
Sainte, assurait qu'étant un jour au moment de lui don- 
ner la communion, 1 hostie se porta d elle-même vers 
Marguerite ). 

Peu de temps avant que le duc d'Orléaas tombât sous 
le fer des agents de Jean-sans-Peur, Charles de Lorraine 
était revenu d'Afrique avec le duc de Bourbon. Ils 
avaient ensemble assiégé Tunis, délivré les prisonniers 
français, etl'épée de connétable fut remise au duc de 
Lorraine par Charles VI. Mais la terrible vengeance 
exercée par ce prince sur les habitants de Neufchâleau 
qu'il accusait de la mort de son père 5 la témérité avec 
laquelle il osa traîner dans la poussière les armes de 
France-, enfin sa désobéissance formelle au roi, le firent 
citer au parlement de Paris , et condamner à mort 
comme contumace. 

La protection du duc de Bourgogne et les troubles qui 
déchiraient le royaume lui obtinrent l'impunité de ces 
délits, et, rentré en ^râce, il se trouva en personne à 
la bataille d'Azincourt. 

\ers la fin de sa vie, toujours entraîné par sa pas- 
sion pour la guerre ou pour les plaisirs, Charles ren- 
dit ses sujets peu heureux, et n'eut pas pour son épouse 
le respect, les égards même que méritaient ses vertus. 
Il vécut publiquement, dit-on , avec la fille d'une fruitière 

TOME I. 2 5 



3S6 NOTES. 

aomnié. la belle Alizon du May. dont il eutplusiean 
enfants. 

(Il habitait alors une maison bourgeois f j ans 

la jrande rue). Cette conduite lui avant alién 
ùm\ des Lorrains, Charles mourut sans êl 
&3 ou le 25 Janvier M3I. On assure même 
de Nancy insulta à sa mémoire en accablant Alizon o> 
mauvais traitements, ou en la faisant mourir. 

Marguerite survécut à son époux jusqu'au 'J(> 

nu. 

ils avaient eu, dil-on, trois fils, Charles. Ferrt 
ftoberl(ou deux seulement nommés Louis et Rodolphe.) 
mais qui étaient morts avant 141 9. 

Marie, l'aînée de leurs filles, épousa Enguerrand de 
Coucy et mourut sans postérité. 

Catherine, la seconde, fut mariée ei Jacques, 

marquis de Bade, au quel elle était fiance ion-;- 

lemps^elle avait renonce'' à la succession de la < 
d'autres ont aussi prétendu qu'Isabell 
princesses. Simphorin Champier assure même qu 
eîait fille unique. 

Chai les de Lorraine fut inhum 
de Saint Georges de Nancy, où l'on voyait son poi 
ainsi que celui de Marguerite, <i:m^ un 'n 
sentant l'adoration des .Mages. Leurs liU Kodak 
Louis avaient leurs effigies sans inscription, auprès de 
l'autel Saint Michel. 

Voici des vers composés sur la mort de Charles de 
Lorraine, que nous avons retrouvés da is une note 
manuscrite de Dom Calmet: 

L'an mil quatre cent et trente ans, 
Le mardi, lendemain de ia Saint- Vincent, 
En commençant à faire moult grand bru. t. 
Que e'estoit la plus grande merve 



NOTES- "S; 

Qu'oncqncs on n'eu vit la pareille, 

Et en même jour et propre heure, 

Car en peu d'heures Dieu lat.eurc, 

Charles, nostreduc de Lorraine, 

Commença sa dernière haleine, 

A laisser et à prendre fin 5 

Car le mercredi bien matin, 

De eelaii sièele trespassa , 

Et de celui jour ne laissa, 

De Taire le plus grand moleste 

De foudre, de vent, et tempeste, 

Que les tuiles, écaillent, abattent.. 

Tellement, à si grand brandon, 

Qu'on n'osoit issir des maisons. 

Jusques au jeudi bien matin, 

Que de Saint Paul fut lendemain, 

Et ce, vous ai dit tout le vray. 

Prions Dieu, le tout-parfait, 

Que son àme, cum omnibus sanctis? 

Veuille loger en paradis, 
Amen ( + ). 
(9) Le préambule de cet acte qui est très long et très dé- 
taillé, commence ainsi: 
a St.-Mihiel, 13 Août 1419. 

« Ayant égard à la grant proximité de lignage, dont 
« nous atteint, tant par père que de par mère, nostre 

( Hist. de la ville de Nancy Tora. 1er, P. 96. — M or ri Tom. 
III P. 861. Art. de vérifier les dates. Fol. 6^5 — Champier. 
Chroniques daustrasie Fol. 65. — Abrégé chronologique de Niist. 
de Lorraine , tome [e r . p. 184. — DomCalmet, histoire de Lor- 
raine, tome IL fol. 655 a 704. — Biographie universelle, tome 
VIII. p. 1 44- — Hist. d^llemagne, tome VII p. 99. — Belleforest, 
annales de France, p. 36 1. — Baleicourt, origine delà maison de 
Lorraine, ete. etc. 

s 5* 



3$8 NOTES. 

« très daier et très am« nepveu messira René eomte de 
« Guise, filz de feu nostre seigneur et cousin, le roi de 
« Séeile, et est isseu de hault rang et lignage royal dei 
u couronne de France, de Séciie et d'Aragon; encor de 
« deux costez du sang impérial... Puis, plusieurs attitrés 
« grandes causes, justes et raisonnables à ce nous mou- 
« vant, etc., etc. » 

Le mélange de cuivre et d'argent dans les mon- 
naies de Lorraine ne remonte pas au-delà de III 9. oui 
fut aussi, dit-on , l'époque où le duc Charles l'attacha 
à Alizon du May, 

Devenu tuteur de René, ce prince admit dam i ï 
états la monnaie noire ou de bas-billon, en usage dans 
le duché de Bar, et les barbeaux accoles aux alérions de 
Lorraine f parurent également alo 

Le cardinal permit à René de porter t'ocuamn d'An- 
jou sur les armes pleines de Bar. 

Le traite, ratifié par Yolande d' dragon . an sujet du 
douaire d Isabelle de Lorraine, e si conçu: 

Louis, etc., salut... 

a Le bien de la paix est le plus excellent de tous 
« biens, baye, le prophète, le démon Ire en ses prophé- 
( ( ties, où il appelé \.S. J. C. pour lors à venir, prince de 
u paix, en la nativité duquel ia compaig 
« chantent gloire au ciel et paix en terre.. » 

« Désirant de tout nostre cuear icelle paîx 3 et pour 
« ee que es duchés, pays et seigneuries de Bar i 
« Lorraine qui sont joignant, enclaves et marchi 
« Tun et l'aultre, en plusieurs parties d'ieeux, comme 
« chascun sait du temps passe, par plusieaj 
« longuement 3 par hayne, niéfaictset autrement, pai 
« l'instigation de l'esprit malin, effusion . feu 

k bouttezet aultres maux innombrables se sont entrais; 
« et semblablement se pourraient enrair de jour en 



SOTES. 38xj 

« jour si remède n'y estoit mis pour à ce obvier, ré- 
« sister, eî entretenir les dits deux pays et seigneuries 
« en bon amour, accord, paix, unité et tranquillité, 
« avons appointa le mariage de René d'Anjou et d'isa- 
« belle de Lorraine , etc. etc. » 

René devait avoir Pont-à-Mousson et d'autres terres 
pour l'entretien de sa maison. On assigna comme 
douaire à Isabelle une somme de cinq mille francs 
de rente, réductibles à quatre mille, si le duc de Lor- 
raine avait un fils. Plus quarante mille francs une 
fois payes (*)» 

(10) Henri de Ville ( Valla-sor-Ulon, ou Ville-sur- 
Mon ) était allié aux maisons de Lorraine et de Bour- 
gogne par un de ses aïeux , Êrard de Ville, régent de 
Lorraine sous Thiebaut I. er et marié à Élizabeth de 
Bourgogne. Montagu-Raoul, duc de Lorraine, dans un 
acte de 13 13, appelle Jean ïfl de Ville son cousin , el 
Charles II nommait de même cousins et parents, Phi- 
lippe et Henri, évêques de Toul. 

Ce dernier, qui suceéda à son frère en 1409, était le 
dernier enfant de Jean, sire de Ville, et de Hurnberte 
de Parrois. 

Elevé avec le plus grand soin auprès de sa vertueuse 
sœur Phiilipe, doyenne de Remiremont, le jeune Hen- 
ri lit de si rapides progrès clans ses études, que le duc 
de Lorraine demanda pour lui , quoiqu'il fût encore 
très jeune, un canonieat et la dignité de trésorier de 
l'église de Toul. Le chapitre l'ayant dispensé de son 
stage , lui fit une pension de quarante florins d'or. 

Henri se trouvait clerc de chambre u pape Benoit 

(*) Hi&t. de la ville de St. Mihiel, foj. 170. — Archives de Lorrai- 
ne, La jette, Bar. Jérôme A . iguier, véritable origine de l'a maison de 
Lorraine, p. 17 '. 



3go NOTES. 

XII, lorsque son frère mourut à Perpignan. ( e 
rain pontife seconda aussitôt le désir manifesté par le 
duc de Lorraine , de voir Henri occuper le 
Toul; il lui donna une dispense d'âge, et lui fit « 
dierses bulles où il est dit, «nue le jeune prélat tiraii 
« son extraction d'une famille fort illustre alli< »• 
« les de Bourgogne et de Lorraine. » 

Sacré le 20 Mars IWJ, à Perpignan, devant le p 
et toute sa cour, Henri arriva à Toul au moi 
et peu de temps après, par des motifs qui nous sont in- 
connus, il se brouilla avec le •' mine. M • 
cardinal de Bar les avait réconciliés avant le 
de René, et depuis ils furent pleins d'attachement l'un 
pour Vautre. 

Ce fut Henri de Ville qui vint présider aux 
de Charles, en 1 IU0. 

Après la bataille de ïîulgnéville, ce pré! l1 
rien pour obtenir la liberté de René. Quoique 
commode de son excessif embonpoint, il alla le voir 
à Dijon, partit pour Lyon où se trouvait le 
et fut aussi membre de la deputation en 

Ce fut lui qui baptisa Marguerite d'Anjou à î'ont-à- 
Mousson. 

Nommé prince de l'empire par i 
moud, (ainsi que l'avaient été ses pr< 
Henri obtint du pape et lit approuver par le concile de 
Constance, une bulle ordonnant qu'on ne pourrai! être 
reeu chanoine de la cathédrale de Toul, m 1 
prouvait quatre degrés de noblesse., à moins qu'on ne 
lut docteur, ou bachelier en théologie et en droit. 

Ce vénérable prélat mourut le 1 1 
son château de Livcrdun, entre Toul et V. 
corps d'abord dépose en l'église de cette petite ville, 
fui transfère a l'abbaye de St. Mamuv. et enfin 



NOTES. 



àai 



le 18 Mars à Toul , où L'on érigea son tombeau 
dans le chœur de la Cathédrale 3 avec nue longue épi- 
taphe. 

Henri avait légué à son église un tiers de son patri- 
moinej (soixante florins d'or), un tiers aux pauvres , 
le reste à ses parents. 

Les armes de Ville sont de gueules à la croix d'or (*')• 

(II) Antoine de Vaiidémont épousa, en III 7, Marie 
d'Harcourt , comtesse d'Aumale . , dame dElheul* 
lirionnc, Lisle-Bonne, Mayenne, etc. 

(( Suraommé l'entrepreneur, « ee prince, dit Cham- 
« pier, estoit hardy et preux, que c'estoit chose mer - 
<( veilleuse, car en guerre il ressémhloit ung aullre 
« Them 'stades athénien. 

Antoine qui s'était trouve à huit halaiilcs rangées ^ 
et avait eu le rare bonheur- de n'être jamais battu, était 
dune riche et haute taille, d'un port grave, ni ajedueux, 
et s'élait endurci de bonne heure aux travaux de la 
guerre. « Ami de justice et de droiture, ajoutent les hi«- 
« loriens, il esîoit sensible aux misères des pauvres. » 

Mort en 1117, il fut inhumé daus. un caveau du chœur 
de L'ancienne collégiale de Vaudemmil. 

Marie d'Harcourt, sa veuve, (née en 1398, et qui lui 
survécut jusques au II) Avril 1 176 )^ avait pris une part 
active aux expéditions guerrières d'Antoine. On raconte 
que nouvellement relevée de couches, elle monta à che- 
val, arma plusieurs seigneurs et contraignit les enne- 
mis à lever le siège de Vaiidémont. 

Comblée d'honneur et de gloire, Marie d'Harcourt 
mourut avec le beau titre de mère des pauvres. 

C)Ilist. delà ville de Ton!. 5i3, — Antiquités de Ja Gaule. Belgique , 
fol. 4$o. — Doib Calmet,hist. de Lorraine, lotnell. loi. r f \>" >4'7' 
— iii^t. ecclésiastique de Toul parle père Eer.oit, p. 5oi..32ij eic. 



5 t>* NOTES. 

Le caveau dans lequel elle avait été ensevelie au prà 

de son époux, ne fut point fouillé lois do la démolition 
des murs de la collégiale; mais un eijo. dément le mit 
à découvert, et l'on vit les deux corps poses sur la 
même planche. Les habitants de Yaudéniont 
dèrent avec une religieuse vénération, et 1 un deux avant 
voulu s'emparer d'un des ossements, on Tohli^ea a le 
replacer sur le champ, et le caveau fut comblé (*). 

(12) « Le duc Philippe ayant appris que Charles de 
« Lorraine était en marche pour lui rendre visite, en- 
« voya devant liiijus;qu'à\eufchâteau,^//7ièj5ow/^eo/> 
« et delVoidant, son trésorier, pour le recevoir et lede- 
« irayer. 11 ordonna en même lemps à (iérard de lioui - 
« bon, bailly de Châlon, de lui remettre tous les bar- 
re nois et ornements des joutes, afin qu'il pût faire une 
« entrée plus brillante à Dijon. A son arrivée, Philippe 
« fut à sa renoontre, l'accueillit avec toute sorte de 
« politesse, et fit célébrer de grandes f, tes pei 
« séjour. )> 

« Dans un tournois qui eut lien ;. cette occasion, le 
« duc de Bourgogne parut habille de ta{leta> vert, avec 
« cette devise: Pour la servir. Il portait un antre 

«sursesvêlemensijTis et blancs, ces mot- :/?o) ,/ ; Gond.* 
Le duc Charles fut si satisfait de cette réception, que 

dans des lettres du 3 Mai 1421, il promit de servir 

Charles Ylet le roi d'Angleterre, qaoïquil n'y lut point 

tenu par son duché etc. etc. (*) 
( 13 ) Le bâtard de Vaurus ou \auru, gouverneur 

(*) Hist. géa. des maisons souveraines de l'Europe. M. Viio», 
tome II. — Le père Anselme, hist. des gr. ofli. [I. fol. iaGi. Mo' 
réri , kmïelo, fol. i5a. - Id. III. fol. i3i. $56. Soo-hist. de la 
maison d'Hareourt . tome II. p. 453. 

(**•) Don Plancher, histoire de Bourgogne tome P .p.5t, — lu» 
ves P. XX. 



NOTES. 5g5 

de Meaux, pour Charles VH, guerrier sombre et féroce, se 
signala surtout par ses cruautés. 11 faisait suspendre se* 
victimes à un orme qui perpétua pendant plusieurs an- 
nées le souvenir de sa barbarie, dit M. Lebrun desChar- 
înettes. 

Ce monstre reçut enfin le sort qu'il méritait. 

« Le 5 Mai 1431^ fust le bastard de Vàuïu, traîné 
« par toute la ville, et puis la teste copée„ et son corps 
« pendu à un gros orme, (le même qui portait son nom). » 
« Tout auprès de luy fust pendu ung larron murdrier 
« (meurtrier ) appelé Denis Yauru, lequel se noimnoit 
« son cousin, par la grant cruaulté dont il estoit plein :, 
« . car on n'ouist jamais oneques parler de plus cruel 
« chrestien. » 

Le père Montfaucon dit que le roi d'Angleterre lit 
couper la tête au bâtard de Yauru et à son frère Pierron 
de Lupy, gouverneur de Meaux,puis pendre leurs corps 
à un arbre. Mais selon le savant Bénédictin., cet acte de 
justice aurait eu lieu en I422.(*) 

(14) Née en 1404, Marie d'Anjou promise à Jean de 
Baux, prince deTarenle,à l'âge de cinq ans, fut fiancée 
en 141 3 à Charles Y II, alors comte de Ponîaieu, qui l'é- 
pousa eu 1422. 

On conaît les services que rendit a son époux et à la 
France j cette reine au-dessus de tout éloge, mais qui 
ne fut point heureuse dans son intérieur. Supportant 
cependant avec une rare patience et une dignité non 
moins admirable, la froideur de Charles Y II, poussée au 
ooiiit quelquefois de ne pas lui adresser la parole, ja- 
mais on ne vit Marie d'Anjou s'en plaindre ni en mur- 
murer. Sa conduite trompa toujours les coupables espè- 
ce ( Hist. de Jeanne d'Arc, tome U?, P. 62. — Journal d'un bour- 
geois de Paris, p. 8^.— Monuments de la monarchie, £■•■„ III i'o'. 1 78^ 



3(,4 NOTES. 

rancesdu dauphin et des mécontents qui voulaient lui 
fane quitter la cour. Adorant Charles, in de de 

ba perte, elle ne passa pas un juur de so; 
aller pleurer sur sa tombe. 

Modèle des épouses et des reines, femme ' 
mère des pauvres et des infortunés, elle jouit ton' 
vie de eelte vénération que la malignité ne jieul arra- 
cher aux nobles vertus. 

Après avoir fondé deux hôpitaux et un collège à Bour- 
ges, Marie d'Anjou eut le désir de visiter inage 
l'église de St. Jacques de Composteile. A sou i 
tomba malade dans l'abbaye de Châteliers en Poito 
y mourut le 29 Octobre Iio3. Elle fut ens 
dans la chapelle de Chai' les \ . 

Un dessin grave dans les monuments de la monar- 
chie française j (d'après un original app 
de Mautour) représente Marie d 

blanche, maigre*, a le grands Irai a de 

cheveux. ( M. d Aigrcfeuilir, président . 
possédait le poème manuscrit des douze/ 
présente à la reine en 1458, par messireCI 
verneur du duc de Berry 4 son (ils. Un voil cetl 
se assise sur son troue, dans une des mi de ce 

manuscrit ). 

On a prétendu qu'elle eU.it non 

d'Argine^ ou Régina., de La n 
jeux de caries devenus fort à la 

de Charles VI. Agnès Sorel était., dit-on., La dame d^ 
carreau, Isabelle de Bavière La dame de cœur, J 

(Hist. gc'n. de la maison de Franoe.Le père Anselme, t 
117 — ■ Dreux du Radier, A.necdotc> des nu. * ,111. 

P. 173. — ilist. de France, tome, M il , P. i5. — Heures m— mni- 
esduroi René. Sle. Palaye tome. III. — Honneurs de i.i ^ u 
ioix . essais sur l'avis. Montfaucon, touie, il., loi. 180 p < 



NOTES. 39.5 

d'Arc, la dame de pique, Charles MI, la Hircj Bunois^ 
Hector de Galard elc. les rois el les valets ). 

Marie d'Anjou avait pour grand maître d'hôtel, liar~ 
tloin de failli, et pour grand pannetier, écuyer décu- 
rie, Jacques Odon de Maulevrierque René aimait beau- 
coup. En 1156, son écuyer tranchant était messire Fran- 
çois Ihiplessis, seigneur de Richelieu. 

Charlotte Bourgoing et Anne de Beauvau lurent ses. 
daines d'honneur. La première épousa Jean Soi eau ou 
Sorel, frère de la célèhre Agnès ; la seconde, Philippe 
de la Rochefoucault. 

(13) Sa mère étant enceinte de lui, avait séjourné 
quelque temps à Erignolie où les comtes de Provence 
possédaient un palais; mais elle accoucha à Angers le 
'25 Septembre 1403. 

Fiancé successivement à Catherine de Bourgogne, à 
Isabelle de Bretagne, fille du duc Jean VI, ci à Margue- 
rite de Savoie , il épousa cette dernière princesse par 
procuration, le 31 Août 1431., elfut représenté par fier* 
ti and de Beauvau. 

Il mourut dans la disgrâce de Jeanne II, reine de 
Naples, pour lui avoir parlé avec une rare franchise sur 
ses dérèglements. Elle le pleura cependant, et se repro- 
cha les chagrins qu'elle avait pu lui eccasioner. Ce fut 
le 15 (ou 24 Novembre 1434 ), que Louis 111 mourut 
à Cosence en Caîabre, d'une lièvre pourprée, ou selon 
d'autres auteurs, de la grande chaleur qu'il avait ressen- 
tie dans ses voyages. On attribue aussi sa mort à un 
excès d'amour pour la reine son épouse. Jeanne ne 
voulut point que le corps de ce prince fût transporté 
hors du royaume , et la noblesse d'Anjou n'obtint 
qu'avec peine que son cœur serait envoyé à Angers. 

Dans son testament en date du 13 Novembre 1433, 
Louis III veut que « tout honneur soit porté à Margue- 



5 9<5 VOTES. 

« rite de Savoie, jusqu'à ce qu'il lui plaise de retenr- 
« ner chez le duc son père, n 

( Peu d'années après elle,se remaria avecUmblVde 
Bavière, et en 1452 elle épousa Llric \ Bien 

Aimé, comte de Wurtemberg Elle mourut à Sm 
le 30 Novembre 1469. ) 

11 existait à Aix dan, le cabinet de feu M. le prësidenf 

^«•Vmcens^nmanuscritin-folio^nlituléi^^riii» 
iMdon* III, ou recueil des lois et lettres émanées de 
t autorité de ce prince. 11 emmenée ù Rome le 10 \oût 
VUS, et finit le 6 Septembre 1434. 

U devise de Louis ffl était un bras sortant d'un 
nuage, et tenant une balance. On lisait ers mot. , . 
sous: Shqua durant sempsr. 

Dans un dessein publié parle père Montfaucwi, le 
prince est assis sur une chaise d'une forme 
en robe longue, le front ceint du bandeau royal el 
tenant ses gante à la main. Le fonds du tableau e 
azur semé de fleurs de lys. 

Marguerite de Savoie était représentée sur Ion 
côtés du tombeau de son père,! 
gogne. Ses vêtements ressemblent a ceux des prino 
d Orient. Elle porte comme elles un turban entouré d'un 
voile attaché sous le menton, et un grand mantekta 
marches ouvertes (*). 

(16) Jean IV (ou VI), dit le Bon et le Sage, époux 

(*)(Lepère Anselme tome K fol 2 fc . !tr,.r«m ai »u S cr tes de ÏW 
Bouche, histoire ^Provence, tome II. fol. 45i._Oaufridi.hUt ,1c 
Provence, fol. 397, Liv. VIL Pitton, hist.de la rifle dAix. fol >ai 
- Papon, liist. gén. de Provence terne HT. P. 3i | , Moreri to 
fol. 558. -Burxgny.hist. des deux Siciles II. P. 3i6 -Martini 
«m, UI. fol. ^8. r. anche XXX fig. a .fcJ fe 



NOTES. 3 97 

de Jeanne de France* fille de Charles VII, mourut en 
1442. 

L'aîné de ses fils, François I er , avait épousé en 1410 
Yolande, saur de René; mais étant mort le Vendredi 
I" Juillet 1450, Pierre II, son frère cadet lui succéda. 
Celui-ci étant également mort sans enfants, le 22 Sep- 
tembre lia?, Arias, comte de R.ichemont, le troi- 
sième des enfants de Jean IV, hérita du duché de 
Bretagne. 11 était encore alors connétable de France, 
el ses barons cherchant à lui remontrer que ce titre 
était au-dessous de son rang: — Je veux, répondit 
Artus, « honorer dans ma vieillesse, une charge dont 
« j'ai fait gloire pendant mes jeunes année?. » 

Artus mourut le 20 Décembre 1458, ne laissant 
point d'enfants de ses trois femmes, Marguerite de 
Bourgogne ( veuve du dauphin Louis de France), qu'il 
avait épousée en 1423; de Jeanne d'Albret, en 1442, 
et de Catherine de Luxembourg, en 1445. 

François II, fils de Richard, comte d'Eîanipes, qua- 
trième fils de Jean II, succéda à Artus. Ce prince avait 
épousé sa cousine germaine, fille du duc François i er , 
et d'Isabelle Stuart sa seconde femme. ïl se maria en 
secondes noces à Marguerite de Foix, diteSein-de-Lys, 
dont il eut Anne de Bretagne. 

11 mourut le 21 Août (ou le 9 Septembre) 1488, 
ayant pris part à toutes les guerres comme à toutes 
les intrigues de son temps (*). 

(17) « Fust icelle pucelîe baillée à la royse de Si- 
(( ciîe, mère de la royne nostre souveraine, el à cer- 
(( taine dames y estant avec elle, dont estoient les da- 
te mes de Gaucourt, de Fiennes et de Trêves, (selon 
« Jehan PasquerelleV » 

(*) (Anselme feist. des gr. off. tome ï LM .foI /,.");. — Art de vérifier 
Us dates, foi. no i. — Moiéri. Kl. fol. 8i5. 



3 9 8 NOTES. 

Le seigneur de Villars, sénéchal de Beanca ire, df ; - 
eiare dans sa déposition « que la susdite dame de Sicile 
f( rapporta sur sa foi et conscience que la vertu de 
« Jeanne n'avoit souiîert aucune atteinte, et estoit 
« présent le seigneur qui dépose quand la royne 
« le rapport. » 

Scba^esp'éar, sans doute d'après quelque tradition 
contemporaine , fait jouer à René d'Anjou 
na^e de Charles VII, lorsque Jeanne 
ce monarque qui avait voulu se déguiser afin de 
snrer de la réalité de sa mission. 

Dans la tragédie de la Pucelle d'Orléans par Schiller, 
il est aussi souvent question de René; mais le poète 
germanique n'en parle que comme d'un 
occupé à garder ;< i aux et à envi 

leurs à Charles VIL 

Au reste, cet anachronisme n'est pas ce qui doi 
frapper le plus dans une pièce on l'héroïne meurt au 
milieu d'un combat (*). 

(18) Voici la teneur de ee traité: 

« Henri, par la gpràce de Dieu, etc., savoir, fan 
« que par considération de ce que noslre «hier et 1res 
u amé cousin, le cardinal de Bar, tant pour lui. et 
« pour ses terres et seigneuries qu'il tient de n 
« royaume de France, comme pour et au nom de 
« tre chier cousin et amé le due de Bar, u. «I 

« des terres et seigneuries qu'il tient de nous au die! 
« duché de Far, par vertu du pouvoir donne en 
a partie par lettres d'icelui noslre cousin, le duc de 
« nous a aujourd'hui (es mains de oestre très 

(*jHist. defrance,tome 14. p. 3;8. — BeDeforest foL l<y 
de Jeanne d'Arc, 1 er . p. 4 1 * • 

( Voyez Théâtre de Schakespëar Henri VI . !« partie. — OEui n s 
de Schiller, tome. III. Acte II scène II. p. - » H 9 V trarkirt'on de 
M- de Barante. ) 



NOTES. ~>09 

,v et très amé oncle Jehan, régent rrostre royaume de 
« France, duc de Betford), faiet la foi et hommage 
« que ïceulx nos cousins estoient tenus de nous faire 
« comme leurs prédécesseurs ont iicooustumé de faire 
« ez temps passes, à nos prédécesseurs les roys de 
« France.... 

« Accordons, et permettons par ces présentes, bonnes 
« amitiés, union, voisinage, concorde, et communica- 
a tion estre et demourer dorénavant entre nos subjects 
h aux royaulme de France, et iceuîx desdicts pays de 
« Farroys, non comprises en ce, les consentants et les 
« coulpables de la mort de feu nostre cousin, le duc 
« de Bourgogne dernièrement trespassé (*). 
5 Mai 1425. 

(19) Arnaud ou Renaud., baron de Barbazan en Bi- 
gorre, était fils de Meinaud, sire de Barbazan, et de 
Rose de Menas. Attaché de bonne heure à Charles Yï, 
Arnaud se signala le 4 mai 1404 dans un combat sin- 
gulier de sept Français contre sept Anglais devant 
Alontendre en Saintonge, où le chevalier de l'Escale, 
chef des Anglais, fut étendu par terre d'un coup de 
lance de Barbazan. 

Le I er Janvier 1414, ce guerrier fut choisi par Jean 
de Bourbon , comte de Germon t, pour l'un des seize 
chevaliers français qui devaient répondre avec lui au 
cartel de seize Anglais, « afin, dit le défi, d'eschever 
« oysiveié, explecter sa personne, et la grâce de la 
« très belle dame dont on est serviteur. » 

« Les ^ aincus devaient porter à la jambe sen estre un 
a fer de prisonnier, pendant à une chaîne d'or ou 
a d'argent, chaque dimanche, et l'espace de deux ans 
« entiers,à moins qu'ils ne trouvent pareil nombre de. 

(*) Trésor des ebartres, archives du royaume, tome, TU:. K°. 27.0 



4<o NOTES. 

« chevaliers de nom et d'armes sans reproche, qu'ils 
a déeoniissent à oultrance, et avec lesquels ils cschau- 
« geront les fers contre un bracelet d'or ou d'agent. 

La bataille d'Âzincourt où périt Jean de Bourbon 
avec la plupart des chevaliers désignes, empéciià 1 exé- 
cution de ce défi. 

Membre du conseil de Charles VJ4, alors dauphin, 
Barbazan avait été, dit-on^ présent à la moi l de Jean- 
sans-Peur à laquelle il ne prit aucune part. En 1420, 
il défendit \lelun avec iiertrand de la Ton r-d' Au ver- 
gue, contre le due de ne, et pi 
avec le duc de Bourbon. Réduit àladerniè eextr mite, 
n'ayant plus de trompettes, il faisait sooaej I 
de la ville, donnait l'ordre de la chevalerie 
ciers pour les encourager, et combatl :i avec » nx dans 
des eonlremines. Il se rendit enfui, à condition d'avoir 
la vie sauve et la liberté sai 

d'Angleterre, faussant sa promesse, fit la garnison pri- 
sonnière et jeta Barbazan dans un di de la for- 
teresse de Château-Gaillard. 11 y demeura neuf are. dit 
Martial d'Auvergne : 

Et là fut trouvé enfei 
Dans une fosse, Barbazan, 
Où neuf ans a, oit demoui 

Par lettres patentes de Charles VII i. pro- 

clamé le restaurateur de la couronnes eut le droit de 
porter les armes pleines de France au li< 
qui étaient d'azur à la croix d'or. Cel illustre cap 
avait épouse Sibille de ! entant. Leur fille unique Odine 
(ou Oudiae) s'étant mariée à Louis de Faudoas dont 
les ancêtres se disaient les premiers barons deGa 
gne ), Charles VD permit à ce dernier 3 
d éearteler ses armes de relta de France sans Lr 



NOTES. 401 

Beraud de Fodoas fut ainsi que sou père Louis, sé- 
néchal d'Agenais et d'Armagnac (*). 

(20) Voici la teneur de la déclaration de René. 

« Hault et puissant prince, duc de Iletford, je René, 
<( fils du roi de Jérusalem et de Sicile, duc de Car, 
« marquis de Pont, comte de Guise, vous fais assavoir, 
« que comme très révérend père en Dieu, mon très 
« chier et très aimé oncle, le cardinal de Bar, se 
« soie depuis peu de temps en çà, soj en sa personne, 
« transporté par devers vous, pour plusieurs besoi- 
« gnes et affaires, et entre autres choses ait par moy 
« et en mon nom et par vertu de certaines mes let- 
« très de procuration par moi à lui données, fait en 
« vos mains, comme vous disant régent le royaulme de 
« France, foi et hommaige des terres, et seigneuries 
« que je t'ens en fiefz de la couronne de France , et de 
« ce, vous ayt promis obéissance, comme mes prédé- 
« cesseurs ont accoustumé faire au temps passé au roys 
« de France, ainsi que mon dit oncle, m'a de ces cho- 
« ses certifié par ses lettres closes, ( et que depuis ces 
« choses ainsi faictes, aye tout ce que en ceste partie a 
a été faict par mon dict oncle au regard de ce que dict 
« est, confirmé, ratifié et approuvé par mes lettres pa- 
« tentes, à vous sur ce envoyées), Je, pour certaines 
« causes gui ad ce mont meu et émeuvent , aj dès 
« maintenant et pour lors renoncé et renonce, par 
« les présentes , pleinement et absolument à tous les 

(*)(VojezMoréri,tome, I er . fol 6^4 , ibvIII , fol 16, IV, fol. 826.— 
Méthode de blason p. 3i.— Essais historiques sur Paris, II . p. 322.-— 
Art de vérifier les dates, fol 725. — Monstrelet, III. fol. o3. — 
Alai" Chartier hist. de Charles VII , p. 4- — hist. de Jeanne d'Arc, 
tome. It, p. 72, tome II. p. 382. — André Duchesne hist. de la maison 
de Richelieu.— Octavien de St. Gelais-séjour d'honneur, — Dict his_ 
torique, tome II, p. 228. Cln\ de St. Deni^ Vigiles de Charles VII etc. 

TOME I. 26 



4 oit NOTES. 

« fiefs, terres et seigneuries dont mon d/ct oncle n et 
« pour r oit avoir reprins de vous comme ré gepU et 
« à tous hamuiaiges, foy, serments, et />!<,,. 
« quelconques J <pi 'il pourrait avoir faut pour moj et 
« en mon nom, en tant comme à moj pour r oit tou 
« cher à vous comme régent du royaume de / / 
« et pareillement d'abondant, renonce à toutes />r> 
a messes et choses quelconques par moj fki : 
a passées par nos dites lettres patentes, asou^ cn- 
« vayées, et quelque manière que ce sait, ou ptttst 
<( être et à toutes les circonstaiiccs et dépendant < 
« et parmj ces présentes renonciatures et la k 

« de ces présentes lettres, veuil el entends de ce j 

« en avant, par moy estre et demoure quicte et déchai 
« gé de tons lyens de foy, hommaiges ej prom 
« quelconques, que mon dicl onde peurroitavoir fait en 
« vos mains, comme régent, pour moy e\ m am nom 
« et par vertu de mes dictes lettres de procurât»* :i lui 
h données, et aultrement, el moi pai nus dictes lettres 
« patentes, a vous sur ce envoyées, < i ces choses roua 
( ( signifie- je, et vous escripl par ces pré entes scellées 
« de mon scëel, pour y saulvcr v\ garder mon hon- 
« ncur. *> 

Données le tiers d'Août, l'an 1429 ' . 

(21) 'Voici quelques nouveaux détails sur cette • 
dition de René. 

Antoine de Toulongeon rassemblait a la hât< 
gendarmes à Montbard, Lorsqu'appreiiaul qu'un renfoi i 
arrivait à René du cote de la Loin', il euvo] 
«les coureurs pour lv reconnaître les 19 et 20 de No- 
vembre. 11 fil également prévenir le seigneui de Tin- 
teville, commandant de Bar-sur- Seine, et le bailli de 
Mortagne, gouverneur de Chatillon, de se tenu sur 

(*) Trésor des Chartes, toine VII. p. 565. N Q . 33. 



NOTES. 4o3 

leurs gardes, en l'avertissant de tout ee qu'ils découvri- 
raient des projets du duc de Bar. 

Le 21 , il apprit que Barbazan tenait toujours Chappes 
étroitement bloquée, et que René, après s'être absenté 
quelque temps, était en marche pour venir le rejoindre. 

Toulo/jgeon se mit alors lui-même en route, arriva 
à Ckatillon le 23, et envoya Jean de Guinguerre à Di« 
jon,avec ordre défaire avancer tous les seigneurs bour- 
guignons. 

Le 27, il sut par ses espions qu'au lieu de se diriger 
sur Chappes, René se disposait à surprendre la ville de 
Chaumont, à la tète de quatre mille Lorrains , Barrois 
ou Allemands. 

Le maréchal envoya sur le champ le bâtard de Chas_ 
tellux, s'assurer des dispositions du prince. 

Le I er Décembre, il dépêcha un message à Jacques 
d'Aumont, en le prévenant que sous peu de jours il se- 
rait secouru. Le lendemain il partit de Montbard où il 
était re\enu, afin de faire pénétrer des troupes dans la 
forteresse de Chappes en même-temps qu'il empêche- 
rait le duc de Bar d'opérer sa jonction avec Barbazan. 
Cinquante «à soixante gendarmes qu'il détacha en avant- 
garde, avant trompe la vigilance de ce guerrier et étant 
parvenus à s'introduire dans la place, Antoine, ne for- 
mant plus de doute sur le succès de son plan de cam- 
pagne, fit attaquer René qui campait à Vandes > par 
Guyot de Grammont. L'activité et la valeur de ce prin- 
ce, déconcertèrent toutes ses mesures, et les Lorrains se 
réunirent à Barbazan. 

Trompé dans ses espérances, mais comptant sur la 
supériorité numérique de ses troupes, Toulongeon fit 
offrir plusieurs fois une bataille générale à René. Mais 
Barbazan qui attendait de nouveaux renforts dissuada 
le duc de Bar de s'exposer à l'issue incertaine d'une 
seule action. 26* 



4o4 KOTES. 

Le 9 du morne mois, instruit que Rolérl <]c Peaudrî- 
court, arrivait de Vitry pour se réunir aux assiégeants, 
le maréchal envoya encore., le 12 Décembre, sou hé- 
raut d'armes offrir le combat à René. 11 fut refu 
nouveau, et se décida alors à une attaque [*). 

(22) Louis de Châlons, prince d'Orange, était fi 
Jean III, chambellan de France, qui épousa à Avignon 
en 1389, devant Clément VII, oncle de celte prrn< 
Marie des Baux, fille unique de Raymond IV prince 
d'Orange et de Jeanne de Genève! 

Jean de Châlons avait suivi le parti du due de Bour- 
gogne qui le nomma successivement lieatenant-g. 
de ses états, chambellan de France en 1115, cl gouver- 
neur du Languedoc en 1 117. Il mourut de la peste en 
1418. 

Louis, surnommé le Bon, son fils aine, prince très 
courageux, hérita de sa principauté et de son deveue- 
ment au duc de Bourgogne Philippe, qui le ri- 
de Tordre de la toison d'or. Ayanl abandonné le parti 
anglais, il rentra dans les bonnes grâce-, de Charles \ i! . 
et prêta à René, pour sa rançon, la somme de quinze 
mille livres de monnaie blanche (environ quarante- 
deux mille cent Irenle-trois francs, en 103(1). Le due de 
Bar lui fit cession alors de tout hommage., jusqu'au 
paiement de sa deile. 

On assure que le cheval qui sauva le prince d'O- 
range, fut toujours gardé et nourri par son ordre dans 
cette ville. 

Louis de Châlons épousa en premières noces Jeanne 
de Montbelliard, et ensuite Lléonore., fille de Jean IV, 
comte d'Armagnac. 



(*)Dom Plarcher, tome IV, p. 1^2. — Registre manuscrit de 
ÎJijon. 



NOTES. 4o5 

Il mourut le 10 Décembre 1163, âgé de soixante 
quinze aus(*). 

(23) La coutume de laisser aux cbanoines de Saint 
Georges le cheval sur lequel les ducs de Lorraine fai- 
saient leur entrée a Nancy, remonte au duc Raoul ., fon- 
dateur de ce chapitre en 1339. 

Le chapitre attendait le souverain à une ancienne 
croix dite Polluyon* « auquel lieu il descendait, baisa t 
« les reliques „ et remontait à clieval jusqu'à la porte 
« St.-Nicolas 5 là, il mettait pied à terre, donnait le 
<( destrier à vénérables personnes, le prévôt et le eba- 
« pitre comme à iceulx acquis 5 un des ebanoines mon- 
« tait alors dessus, et remmenait devant tout le peuple.» 

Le duc entrait alors dans la ville, précédé du ebapi- 
tre portant la croix et le cuissard St. Georges* et. ac- 
compagné d une grande quantité de chevaliers et peu- 
ple entonnant le Veni Creator». 

Arrivés dans l'église Saint-Georges, le duc se plaçait 
devant le grand autel, prêtait serment à genoux sur le- 
nt issel, et par sa part du paradis. On lui demandait au- 
paravant: « Mon très redoublé seigneur et souverain, 
(( vous pLiît-il de faire le serment et devoirs que vos 
« prédécesseurs ducs de Lorraine ont accoutumé de prê- 
« ter,, et faire de toute ancienneté à leur nouvelle ré- 
« ception en ceste duebée de Lorraine, et à leur pre- 
« mière entrée en ceste ville de Nancy? 

Le duc répondait : volontiers. 

Puis on lui lisait la formule du serment, et interro- 
gé s'il le prêtait. Oui, vraiment, disait-il. (**) 

(*)Mezerai,tomeIII,p. ^.--Ilist de Bavard.— Hist- delaviJIe 
et principauté d'Orange, p. 35i , 383. — Le père Anselme ['ei^fol. 
116. Ibid. III, loi. 1229. — Moréri, tome JI, fol. 188. Ibid. IV, 
loi 457. — Jean de Serres, 227. «— Art de vérifier les dates , fol. 764. 

(**) Archives de Lorraine: liber omnium, fol. 2. Vovez serment 
des ducs iNicoîus d'Anjou et René II, _, 



NOTES ET PIECES JUSTIFICATIVES 



LIVRE II. 

(I) Bulleinvilie, Bleinville,Boullainvil!e, Bulle^neville- 
aux-Chastelet, (Eellemale, dit Martial d'Auvergne), ou 
plutôt Bulgné ville, est un petit village agréablement situ»' 
non loin de la Meuse et dans l'ancien diocèse de Tonl. 
(département des Vosges). La seigneurie eu a succes- 
sivement appartenu aux familles de Beaufremont, du 
Châtelet et deLudres. Elle fut érigée en marquisat, l'an 
1708, en faveur de Louis de Salles., bailli de Pont-à- 
Moussoiij dont le quatrième aïeul commandait quatre 
cents lances sous les ordres du sire de la Trémouille en- 
voyé par Louis XI au secours de René IL 

Une tour crénelée de l'ancien château existe eue 
le moderne appartenait à la famille de Ludi 

Le village de Saulxures dominé par un bois considé- 
rable, nest qu'à vingt minutes de Bnlgnéville. Du coté 
opposé, on voit au loin s élever sur l'horizon la vieille 
tour de Beaufremont (ou Beffroymont) distant d'envi- 
ron une lieue. Toutes les collines qui couronnent la 
plaine circulaire de Bnlgnéville sont entièrement boisées, 
e t l'on y découvre les ruines de la forteresse de la Hotte. 
Sandrecourt, etc. (*) 

[*) Voyez snr Bnlgnéville et cette bataille 

Abrégé chronique de Lorraine, tome II, p. j5. — Vo>ageur fian- 
çais, tome 38. p. i^3. — Monstrekt , tome II, fol. 62. — Bouche 
hist. de Provence, tome II, loi. ^53. — Chronique de Provence, 
ol. D77. — Art de vérifier les dates, fol. 6;5. — Bourdig ne . icA 
i4i- Belleforest, 3(io. — Tablettes historiques, tome V, j». 107 
Ruffi, — hist. des comtes de Provence, ici. 354 "" Gaufridi . fol, 
3oi. — Fabert. lfist. des ducs de Bourgogne, tome F« p »p. — 



notes. 407 

(1) a Voici, cl i i Monstrejet uuc. rimaille faicte au su 
« jet de celte journée. » 

Deux jours après le mois de Juin,, 

Entra Saulxure et Peauiïremonl, 
Vnloine comte de Vaudémont 

Avec le maréchal de Bourgogne, 

Gagnèrent la dure besongne » 

Où le bon due René fust pris, 

Avec plusieurs de ses ainys. 

Plusieurs furent morts sur la place; 

Je prie Dieu leur faire grâce, 

Mais chascun devrait bien maudire 

Ceux qui laschement s'enfuirent... 

Car pour eulx endurons grant paine., 

En Barroys et en Lorraine, 

Dont le noble duc estoit sire. 

Qu'aux prisonniers doint délivrance, 

Et aux trespassés allégeance 

Et aux escliappés bon couraige, 

De rempirer le dommaige. 
(3) Talent ou Talant, village sur les hauteurs qui 
environnent Dijon, était dominé par un château très fort. 

Près Dijon, valant maint Talent, 

Est le château nommé Talent, 

Lequel est quasi imprenable, 
dit L'auteur des blasons. 

Ce château qui fut réparé en 1416 par le duc Jean- 
sans-Peur, avait été habité par le roi Jean dont plu- 
sieurs lettres sont datées de Talent en 1361. 

Philippe- le-Bon y construisit deux tours en I1!W. 
et en fit consacrer l'église, le 7 Juillet ÏÎ30. 

Oegly , hist des rois des deux Siciles . tome III , p. i58< — Olivier , 
de la Marche, p. 5o. — Paradin. fol. 810. — DomCalmèi, notices 
au là Lorraine, tome I loi. 182, 745. — Montfaucon, tome 111> 

fol -"Or. 



4o8 BOTES. 

Lorsque le duc Jean fut exhumé et conduit à Dijon 
en 1420, (« le visage couvert de son bonnet, velu de 
« son pourpoint, et ses houzeaux ou bottines aux jam- 
« bes), » le maire de Talent fui obligé de fournir six 
queues de vin au prieur des Chartreux^ le jour des ob- 
sèques du prince. 

François I er . dîna au château de Talent, le Mardi 2 G 
Février 1521, en allant à Dijon. 

La garnison de Talent, occupée par les ligueurs, et 
commandée par le vicomte de Tavannes, osa tirer sur 
Henri IV, en 1595, quand ce prince fit son entrée à 
Dijon. Tavannes exigea mille écus pour la reddition du 
château de Talent que le roi fit démolir en ICO". Il oen 
reste plus de ruines. 

Tout auprès de Talent, dit André Favin, était le 
manoir des Druides; la fontaine et le four des Fées, son* 
aussi dans les environs (*). 

(4) Bracon, cbàteau fort près de Salins, parait dans 
l'origine avoir été bàli pour protéger les salin 
celte ville, maison ne connaît pas l'époque certaine 
de sa fondation. Le titre le plus ancien où il en mil 
question,, et une donation faite par Sigîsmond, roi de 
Bourgogne en 515, à L'abbaye d'Argonne. ( Si Maurice 
eu Valais ), où parmi les nombreux domaines dont ce 
prince enrichit ce monastère, ontrome^a Saiinum 
a Cura castra Bracon. »Ce château fut ensuite îaféodé 
à Albérie de Narbonne, comte de Maçon, dont le fiîs ca- 
det devint sire de Salins. 

Celui-ci ayant épousé Christine de Bourgogne, quitta 
le séjour de bracon, où ses successeurs ne vinrent plus 
que rarement. 

( Dictionnaire de Bourgogne. — Courte- F.péc, tome II. y. Sg ). — 
Binons, p. ô6±. — Uom J lanelier I\ . îO. — Favin, théâtre «F hou* 
ncur, [). 35 1 . 



NOTES. 409 

ta décadence de celle forteresse remonte au Xlïï c 
siècle, sous Jean de Chalons, mort en 1269. Elle ne fut 
plus alors qu'une prison. Une procédure de Fan 139 1, 
prouve qu'on y faisait subir des interrogatoires aux cri- 
minels d'état et qu'on les y mettait à la question dans 
une « chambre de costé le grand palais. » 

En 1 431, ce château était assez bien conservé pour 
y enfermer des prisonniers. Il fut détruit et rasé en 
1192, après la bataille de Doriion. îl s'en allait tout en 
ruines, en 1592, dit Gollut, un des plus anciens histo- 
riens de la province. Toutefois,, à l'époque de la guerre 
des Suédois en IG36, on en voyait encore une partie. À 
peine y trouve-t-on maintenant quelques pans de murs* 

La ville de Salins ayant été incendiée à plusieurs re- 
prises, le plus vieux registre des délibérations ne re- 
monte qu'à Tannée 1452., et les archives n'offrent rien 
de relatif au séjour de René à Bracon. 

Ce châleau était situé sur un plateau qui domine la 
vallée de la Furieuse en avant de Salins. 

St. Claude naquit, dit-on, sur la montagne où futbàti 
le Tort Bracon. L'abbé d'Olivet était de Salins (*). 

(5) Lettre du conseil de Bourgogne séant à Dijon ,, 
contenant la garde du duc de Bar au château de 
Bracon: 

« Très cher et spécial amy, tantost ce soir, environ 
« neuf heures de nuict, sont venus nouvelles par per- 
« sonne seure et subjette de Monsieur ( Philippe ) qui 
« vient devers liar-le-Duc, et a parlé à un homme por- 
« tant la potence ( bannière ) de monseigneur St. Ân- 
« thoyne, comme messager d'ieelle religion, qui ayme 
« bien Monsieur, et lui dict: qu'il avoit sceupour cer- 

(*) Notice manuscrite sur Bracon. — Gollut, hist. de Bourgogne, 
p. 96. — Hist. de Salins, tome II, p. 9. — 1 iganiol de Ja Force., 
tome XIII, p. u5; . 



i'° NOTES. 

« tain, que ung Allemant qui fcisl prisono « di 
« marchai à la bataille de Bar, avoif esté h >. \ 
« avoit veu monsieur de Bar, quand on le irul.ii de ! i 
« saulnerie pour le mener à Bracon.. lequel Alternant 
« disait et se ventbit, que s'il povoil finer de huit bom- 
« mes d'armes, qu'il ne feroit point d*doubte qu'il m 
« trahît ( sortit) M r . de Bar du diet Bracon, et qu'il ne 
« le rendît dans la ville de Bar, veu la garde qu'on \ 
« faisoit.. et disoit, celui qui a apporté i non. 

« velles, cjue desjà, W. Hubert de lieaudri. 
« assemblé au lieu de Goudrecuurt rent quinze bom- 
« mes d'armes, et disoit que le d ici Allem uit avoit raid 
« deux à trois bâtons, cbascun d'iinj; pied et demi de 
« long-, du gros d'une lance... et lesquels 
a veïopaij par petites liesses de parchemin ou de papier 
« enroulées autour de iceuk bâtons. Ainsi couverte. 
« e^crivoit dessus L'entreprise qu'en vouloil l'an. 
« pois l'on délioil les dicls bâtons, cl m envoyoit-Ofl le* 
« liesses escriptes, comme diet est) la où 1 ■ 
« et par ce moyen, n'est homme qui pot savoir ce 
« auroit escript ez liesses, se il u'avoM le pareil b 
«comme celui sur qui seroient esté escriptes icellasl* 
« et faict moult doubjer, que inondicl seigneur de Rai 
« n'ait ce pareil bâton, et qu'il ne lie nifn 

« prise. » 

« Pour ce, nous nous Taisons sçavoir ces ckoset, alin 
« que vous soyiez advisé du faict : de lai' garde 

« et bon guet, du diet duc de Bar ri de la lia.'... telle 
u que vous scavez qu'il appartient, afin Que Dieu m 
- veuille, leur maulvaise entreprise ne yiepue 
h estai, et que inconvénient trè s'en puis» i :i suivn 
a et se le diet monseigneur de liai- auroil point <•<• |»;i 
«rail bâton que dessus est diet, en tenant • 



NOTES. 4 1 « 

« lière la plus secretle que vous pourrez, et uous signl- 
(( liant de la réception de ceste. » 

« Chose ensemble vous plaist, que nous puissions, el 
« nous le ferons de bon cœur. Cher et speial amy,N. 
« S. , soit garde de vous. » 

« Escript à Dijon le dernier Novembre 1431, environ 
« neuf heures de nuyclj Charles, évésque de Langres ei 
ce les aultres gens du conseil. » 

« Au dos: A nostre très chier et spécial amy, Gérard 
« de Bourbon , bailly et maistre des foires de Chàlons, el 
(( en son absence, à ceulx qui ont la garde de la personne 
« de M. de Bar (*). » 

(6) Érard du Chàtelet, maréchal de Lorraine, fait 
prisonnier à Rulgnéville par les sires de Vergy, com- 
posa ensuite pour sa rançon moyennant douze mille 
florins du Rhin. Mais n'ayant pu en payer que le tiers, 
même avec le secours de René, il se rendit lui et toute 
sa postérité^ homme vassal et sujet des sires de Vergy , 
promettant de les honorer en hauteur et noblesse- 

L'acte est du 21 Mars 1432. 

a Érard, dit la chronique, trespassa en Aoust 1431) 
« (ou le 29 Octobre), garny très catholiquement de 
« tous ses derniers sacrements, et fina si doulcement, 
« et en si grande mémoire de son benoît Créateur, 
« qu'il sembloîst qu'il s endormist. » 

Son tombeau se voyait aux Cordeliers de Neufclsà- 
teau CL 

(7) Le palais des ducs de Bourgogne, qui s'appelait 
aussi le Logis , offre encore deux tours parfaitement 
conservées. La première, nommée la grande ïouv, laça- 
raffe ou la terrasse, fut commencée par Philippe-le- 

• 

(*) Dom Plauchcr,IV. Preuves. G17. 

(**)Hist. de Ja maison de Vergy. André Duchesne, p= 2^9 — 
Hist de la maison du Chàtelet, loi. 4°« 



4 12 NOTES. 

Hardi en I3G7. Jean-sans-Peur la continua et y fit 
sculpter son rabot, lorsque le duc d'Orléans prit pour 
devise un bâton noueux. 

Philîppe-Ie-Bon, qui acheva la grande tour, fit de- 
ver ensuite celle où René d'Anjou fut enfermé. Elle 
changea son nom de Brandon en celui de tour de Bar 
en 1131. 

Dom Calmetapenséquele trépied eu fer qu'on voyait 
sur la cheminée de celte tour, ainsi que les grillages 
placés sur les degrés, avaient été ordonnes pour l;i sû- 
reté du prisonnier. Ils existaient déjà en 1 118, et pour 
empêcher, dit-on, les cygognes de pénétrer dans le 
palais. La tour de Bar, continue à l'ancienne babil 
des ducs, est de forme quarrée à trois étapes, et »! 
flanquée aux angles du sud-est, de deux tourelles iné- 
gales, ayant chacune un escalier tournant dans 1 inté- 
rieur. L'appartement de René qui fut enferme dans le 
premier étage, consistait en une seule pièce de trente- 
cinq pieds de long, sur environ vingt-cinq de large. Vu 
milieu était placée une grande elieiniiiee soutenu 
deux colonnes; en face étaient trois larges fenêtres 
treillissées de fer. La seconde et la troisième s.illr au- 
dessus, servaient aux gentilshommes laits prisonniers 
et à ses gardes. Ses domestiques logeaient dans un ga- 
letas obscur où l'on montait par une échelle. 

Les fenêtres par lesquelles René voyait le jour, don- 
naient sur l'ancienne Ste.-Charelle de Dijon, et sur l'é- 
glise gothique de Saint-Michel. Il e>t probable que le 
prince entendait la messe dans une petite chapelle 
tre qui existe encore dans l'intérieur de la cour. 

La tour de Bar est maintenant habitée par quelques 
particuliers de Dijon. 

(8) Pour donner un échantillon de la houne foi de 
M. Chcvrier (auteur de l'hist. littéraire de Lorraine , 



KOTES. 4,3 

dont nous aurons plus dune fois occasion de relever 
l'animos'ité contre René,) nous rapporterons ici ses pro- 
pres paroles : 

« René s'abaissa jusqu'à demander la vie... les ex- 
« pressions humiliantes dont il se servit pour implorer 
k une grâce 'dont il devait être sûr , ternissent autant 
« sa vie que les fondations ridicules qu'on lui reproche. 
« Le faible René employait à faire ces fondations un 
« argent qu'il aurait dû ménager pour sa rançon. La 
« Sainte-Chapelle est son ouvrage. » 

Tvl. Chevrier ignorait apparemment que ce monument 
de piété fut fonde en 1 172 par Hugues lïl, duc de Bour- 
gogne, qui fit vœu de le consacrer à la Vierge pendant 
une affreuse tempête qui l'assaillit en se rendant à Jé- 
rusalem. 

C'était son fils Eudes ïïï, qui commandait l'avant- 
garde à la bataille de Bouvines. il avait pour cri de 
guerre : Montjoje nu noble duc! (*) 

(9) Nous ignorons si c'est de cette princesse ou d'Yo- 
lande d'Àrragon sa belle-mère, dont parle Marti al d'Au- 
vergne, à l'occasion du séjour de Charles Vil à Vienne 
en Dauphiné (Mai 1432). 

Aussi vint en icelîe ville, 

Accompaignée de damoiselles, 

La noble royne de S'cile, 

A qui l'on fist chière à merveilles, 

A cause d'iceile venue, 

Chascun après souper danea.... 
On sait que les anciens historiens ont presque tou- 
jours appelé Isabelle royne de Sicile, du vivant même 
de la reine douairière 3 et notre supposition s'accor- 
derait parfaitement avec le rapport de ceux qui ont 

(*) Chevrier, hist. de Lorraine lomell, p. 2^5. — lhi 1 288. 



4 ' 4 NOTES. 

placé on 1432 l'arrivée de la duchesse de Loi 
pour y solliciter L'appui de Charles VII. 

(10) Fille de Jean de Surel,Sureau, Sore] ou plu- 
tôt Surelle écuyer, et de Catherine île Magnelaii dite 
Tristan, Agnès naquit à Fromentcau près Loches m 
Touraine, vers l'an 1409. 

Elle était a-jée d'environ vingl-deu\ à vingt-trois ans, 
lorsqu'elle accompagna Isabelle de Lorraine à la 
de France, alors à Vienne en Dauphine, etses pri. , 
contribuèrent pas peu à décider Charles \ II à embras- 
ser avec chaleur la cause de René. Oq a dit que 
d'Anjou, en fut tellement charmée, qu'elle pria elle-même 
sa belle-sœur de la lui céder et de ne pas l'anii uer eu Si- 
cile. 31. Delort rapporte (pie Charles VII l'avail déjà \ Ue 
en Tourraine dans son extrême jeunesse unie 

M' 1 ", de Magneïais. 

a El pareeque Ton voyait, dit Bellefores! . que ':-• n.\ 
« estoit fort pensif et imàginâtif et p< i 
« qu'il estoit expédient lie lesjouir, par la délibérât* n 
a du conseil fust dict à la royne, qu'il e&loil i 
« dieulquele dict seigneur fist bonuechière à La diçle 
a damoiselle, et qu'elle ne montrasl aucun semblant 
« d'en estre mal contente... ce que la bonne femme fisi 
« et dissimula, combien qu'il luy (jrevasl beann 
« etpource que la dicte Agnès, (ajoute donstrelet 
« este au service de la royne par i'esp i 
« Mion, où quel avoit eu toutes s< - plaisances monda i- 
u nés, comme de porter grans et excessifs atours, de ro- 
o bes fourrées, de colliers d'or et de pierres precieu si 
a que le roy le véoit volontiers, il fat commune renom - 
« mée que la roy le maintenoil en maulvaisecondm 

Le père don Romuatd sVst vivement eleyé contre 
cette opinion, et il assure que « beaucoup d'auteurs on! 
a écrit que Charles VII aima chastement la damoiselle 



NOTES. 4 ' ? 

( dv Fromenteau, encore que la beaullé de «on corps 
u lust bien telle qu'on la tenoit pourmiraeledu monde, 
a en qui toutes grâces estoienl aaseniWéesj afin d'eston- 
u ner les hommes par son esprit et les élever à la cou- 
rt templation des puissances de La terre. » 

Malheureusement pour le bon père, trois fil'cs d'A- 
zurs Sorel reconnues par Charles, viennent démentir 
ses bienveillantes assertions. Charlotte de France, la 
première, épousa en 1464 Jacques de Brézé, comte de 
Aïaulevrier. Surprise en adultère parsmi mari, elle en 
fut poignardée en 1177. (Leur fils Louis de ïîrczé épou- 
sa Diane de Poitiers). 

Marguerite sœur de Charlotte, fut mariée en 14.18 à 
Olivier de Coëtivi, et mourut en !473. Jeanne, la troi- 
sième fille d'Agnès, fut unie à Antoine de Beuil, comte 
de Sancerre, qui reçut de Charles VII quarante mille 
écus pour sa dot. 

Objet des malignes railleries^ el des mauvais trai- 
tements de Louis XI alors Dauphin, Agnes ne vécu! 
pas toujours heureuse à la cour de son maître. On as- 
sure que Louis s'emporta un jour eontrelle au point de 
lui donner un soufflet. On fa accusé de lavoir faite em- 
poisonner. 

Elie avait été trouver Charles VII à Hon fleur, en Dé- 
cembre 1449, pour lui découvrir une conspiration j ou 
se plaindre à lui des propos qu'on tenait sur elle... 

a Elle en print si grant courroux, dit Jehan Bouchet, 
« qu'elle en eust la fièvre continue, de laquelle mala- 
<( die meslée avec un flux de ventre, trespassa le 9 Fé- 
i( vrier 1450 à onze heures du soir à son chasteau du 
« Mesnil-la-Belle, près de l'abbaye de Jugnièges. «(Elle 
venait de mettre au monde une fille qui ne lui survécut 
«[ne six mois.) Elle mourut, assure le père don Romu- 
aïd, grandement contrite et repentante, invoquant sou- 



4 id NOTES. 

vent Sainte Madelainc. Sa tante Antoinette de Ville- 
qnler, était auprès d'elle: « Dieu, ajoute-il, la fit mou. 
« rir jeune afin qu'elle fut toujours belle. » 

Etienne Chevalier, trésorier du roi, pas-a pour avoir 
été son amant. Il st: fil peindre avec un i ouleau sur le- 
quel était peint ee rébus: 

Tant (aile d'oiseau) vaut ( une selle ) pour qui je 
(un mors) 

« Tant elle vaut celle pour qui je meursl >' 

On voyait aussi dans la maison de ce très nier, rue 
de la verrerie, ces mots qui, dit-on, se rapportent a 
Agnès. 

Bien sur L (Surel) ri a regard. 

M'. Delort a réfuté avec sagacité des conjecturai ba- 
sées sur de si légers fondements. On peut consulter à 
cet égard l'ouvrage intitulé: Essai critique sur 1 "histoire 
de Charles VII, d'Agnès Surelle. etc. 

On sait qu'elle eut pour ami le célèbre Jacques Co i ur. 

Ce fut cbez Arthur de Goullier, son ancien gouvu- 
neur, et grand maître de France, que François I er . 
composa son joli quatrain en l'honneur de gentille 
Apuès. Ce prince s'amusait à feuilleter le portefeuille 
de madame de Boissy (née d Ilan-est) qui avait deaâne 
les portraits d'une foule de personnages historique : il 
composa des vers pour la plupart, et Ici écrivit de ta 
propre main en dessous des portraits. (*) 

Le tombeau d'Agnès est encore con>e: ve dans ui.r 
des tours du château de Loches, hors de son exhuma- 
tion, ses cheveux blonds se trouvèrent près pien enter 
et d'une longueur surprenante. Ouelques pei 
gardèrent. In témoin oculaire qui se trouva. t à L-. bes 

[*) Ce quatrain a été imprimé parmi les poésies de Mclin de Si. 
G ilais. 



NOTES. 417 

en ce moment, a vn les ossemenls d'Agnès Sorel dépo- 
sés pendant plusieurs jours dans un grossier vase de 
terre. (*) 

(II) Voici leur déclaration: 

(Rodolphe comte deLinange et de Riehecourt, Simon 
comte de Salin, Ariiould de Siergues, Philibert etÉrard 
du Châtelct. Jean d'Autel, sire d'Aspremont, Ferry 
de Chambley, Jean et Jacques d'Haussonville, Char, 
les et Gérard de ïlaraucourt, Ferry de Parroye, Ferry 
de Ludres, Plullibert de Rrissey, Philippe de Cou- 
flans, Jean de St. Loup, Guillaume de Lignéville, 
Ferry de Savigny, Jean de Paligny, Thiedric Bayer, 
Simon des Armoises, Arnould de Ville , d'Espinaulx, 
Colard de Saulin, Guillaume de Dommartin, Wari de 
Fléville, Philippe de Lenoncourt, Henry Haze, et Ro- 
bert de Harroniclr, ) 

a Nous qui ne faisons aucun double que mon dict 
« seigneur de Bar ne vueille et ne doye loyaument te- 
« nir et acquitter sa foy et accomplir sa dict promesse, 
« comme il a offert , avons d'abondant, de nostre li- 
« bérale et franche volonté, promis et juré, et jurons 
a loyaument, que monseigneur de Bar rentrera en pri- 
« son. S .1 advenoit le contraire., nous nous rendrons 
« prisonniers. 

«16 Avril. Avec le sçel de tous les seigneurs susnom- 
més.» (**) 

(12) Philippe, dit le Bon, fils de Jean -sans- Peur et de 

(*)Moréri,tome,VI,fo1. 647, — DomRomua'd, trésor chr. tome 
III, fol 298.336,— M onstrclet, II, fol. 10. — Dreux du Radier, anec- 
dotes des reines de France, tome, III, p. 181. — Bourdigué. 
Belleforest. fol, 38. — Le père Daniel , hist de France, tome VII 
p. 56, — Annales d'Acquitaine, fol, 116. — Mézeray, tome, III, 
p. 419.— Le père Anselme, hist. des grands officiers de la couronne» 
fol, i435-— Mémoires sur Tanc. chevalerie, III, p. io8. 

(**) Don Plancher f tome IV. — Preuves XIV. 

tome I. 27 



4.8 NpTES. 

Marguerite de Bavière, (troisième fille d'Albert, eoinlf 
de Hainaut), naquit à Dijon le 3 Juin K196, et lui 
sous les yeu\ de sa mère jusqu'à l'âge de huit ans. 

Il éloit déjà marié à Michelle de France. filiede Char- 
les VI, lorsque Jean-sans-Peur périt à Uonteream, et en 
voyant arriver cette princesse auprès de lui: % Ma chère 
« épouse, s'écria-t-il, votre frère vient d'à ; mou 

« père! "Philippe se remaria à Bonne d'Art*» et ensuite, 
en 1&29, à Isabelle de Portugal. Ce fui pour elle qu il 
institua l'ordre de la toison d'or et prit la devise: aultre 
n'aurai, qu'il fit peindre, broder ou gravir sur tous 
ses meubles, tapisseries et bâtiments; on la voyait jus- 
ques dans l'église des Chartreux et à la Sainte Chapelle 
de Dijon , où elle était conçue en ces termes: 

Aultre u aurai toute ma vie, dame Isabelle! 

Peu de princes ont joui d'autant de puissance que 
Philippe. 11 fut appelé le grand due d'Occident., et le 
concile de Bàle lui donna le premier rangaprèslesroi 
En effet, il surpassait la plupart d'entre eux en magni 
licence et en générosité. 

Protecteur des lettres qu'il cultivaîl avec mcès, en 
courageant les arts, fondant des universités, appelant 
autour de lui les poètes et les savants, Philippe rendait 
a iissi ses sujets riches et heureux, « car il n'\ avait si 
a petite maison, dit St. Julien de lialeure, qui, grâce au 
u bon duc, ne but en vaisselle d'argent.* On regratte au 
milieu des traits nombreux qui honorent sa carrière 
que, malade et porte dans une chaise, il ait voulu as- 
sister lui-même à 1 horrible vengeance qu'il crut de- 
voir tirer des habitants de Dînant 

\insi que nous venons de le dire, Philippe encoura- 
geait les lettres et cultivait la poésie. Ce fut par ses 
ordres que Guy (H d'Angerans écrivit le roman de Gérard 
comte de \evers. ( superbe manuscrit en vélin exécute 
en 14-50, et qui contient cinquante-cinq miniatures pai 



NOTES. 4» 9 

faitenient conservées ). Philippe possédait également le 
livredes chasses, de Phœbus deFoix, manuscrit de 1387. 

Charles, duc d'Orléans, entretint avec ce prince une 
correspondance poétique commencée pendant sa déten- 
tion à Londres. Philippe répondit à Tune de ses balla- 
des par une autre dont le refrain était le même. 

Philippe mourut à Bruges le 15 Juillet 1467. Isabelle 
de Portugal, qui lui survécut avait une cellule à la Char- 
treuse de Champ-Mol, près de Dijon , et elle allait la visi- 
ter tous les Lundis des quatre temps. Elle y pétrissait alors 
elle-même des pains au lait, et y faisait des pâtés de 
poissons qu'on distribuait aux religieux. Elle légua des 
fonds en mourant, afin qu'on pût donner à pareil jour, 
à chaque chartreux, un pain au lait, et un pâté qui s'ap- 
pela depuis pâté à la duchesse. 

On conserve au musée de Dijon quelques objets cu- 
rieux qui ont appartenu à cette princesse. 

Un portrait colorié de la collection de trente-huit 
princes de la maison de Bourgogne ( possédée par M. de 
la Mézangère, homme de lettres à Paris) représente Phi- 
lippe vêtu d'une tunique rouge et or. Son bonnet et le 
voile qui y est suspendu, sont de la même couleur. Sa 
physionomie est mélancolique, et son visage maigre et 
long, comme dans le dessin de M. de Gaignières. 

Les historiens rapportent cependant « qu'il était d'une 
« taille robuste, d'un air guerrier et majestueux, l'as- 
« pect civil et bénin, le teint entre blanc et bazanné, 
« les cheveux et la barbe châtains-blanc, et le menton 
« raz. » 

Nous croyons qu'à la suite de cette notice, on ne lira 
pas sans intérêt les circonstances peu connues de l'exhu- 
mation des ducs de Bourgogne en 1 79 1, lorsque la 
Chartreuse de Champ- Mol fut vendue par suite de la sup- 
pression des corps monastiques. 

27* 



4'io NOTES. 

Pliilippe-le-Hardi fut un des premiers dont on transpor- 
ta le cercueil sous les deux tours du portail de St. Benoit. 
Fondateur de la Chartreuse, ce prince avait désiré 5 
être enseveli, « ne voulant, dit-il, dans son testament 
« du 13 Septembre I3B6, user de la sépulture des ducs 
« de la première race, qui estoitàCiteaux. "Tombe ma- 
lade à Bruxelles, il se fit conduire sur les bras de ses 
domestiques dans la ville de Halles où il mourut le 
27 Avril I40X. » Comme il avait laissé ses états obé- 
rés, Marguerite de Flandres, sa veuve, renonçant a la 
communauté de biens, vint, suivant l'usage, déposée sa 
ceinture, ses clefs et sa bourse sur la tombe du duc 

On s'occupa alors d'embaumer ce prince, et pourrett»- 
opération , Jean Pise demeurant à bruxelles, fournil les 
aromates nécessaires, consistant en aloès, muscis, colo- 
phane, safran , mirrhe, lavande , garpois, Heurs de lau- 
rier et girofle. Ensuite le corps et les entrailles Cure;, tenve. 
loppés de trois cuirs de vache ainsi que de trente aunes de 
toile cirée 5 puis on le revêtit d'un habit de religieux tout 
neuf, acheté six écus à un moine d'un couvent voisin 
Le cercueil de plomb pesant sept cents livres 3 lut couvert 
d'un drap brodé de six aunes de velours, et placé sui 
un chariot décore aux angles d'une bannière bleue 
aux armes du duc. 

Soixante hommes vêtus de voiles et chapeaux noirs. 
garnis de cent cinquante ecussons de Bourgogne, por- 
tant une torche à la main, fermaient le cortège qui 
s'arrêta dans douze églises en venant à Dijon. 

Philippe avait laisse six mille florins dor pour faire 
dire des messes, et deux cents écus dor «pie l'on 
distribuer aux pauvres, le t<mi pour Pavaiicem m du 
salut de son âme. 

Toute la dépense du convoi coûta deux mille deux 
cent cinquante écus. 



NOTES. 4?.i 

Les caveaux où ce prince et ses descendants furent 
inhumés, étaient au nombre de trois, communiquant 
ensemble. A l' époque de l 'exhumation, ils contenaient 
huit grands coffres de plomb, et celui d'un enfant. En 
différents temps la curiosité avait porté à ouvrir ces sou- 
terrains \ et lorsque M. Baudot (auteur de ces notes qu'il 
a bien voulu nous communiquer ) y descendit le 5 Mai 
1791, il s'aperçut que les tombes avaient été dégradées- 
Le 6 Mai 1671, la reine Marie Thérèse d'Autriche par- 
courut ces sombres demeures avec une nombreuse suite, 
et tous les corps qu'on lui montra étaient absolument 
secs, tandis que quarante-cinq ans auparavant ils trem- 
paient dans un baume liquide. Le prince de Condé vi- 
sita ces lieux en 1745 et 1763. On les monstra aussi 
en 1766. En 1789, au rapport des Chartreux, un ou- 
vrier s'y introduisit, fit un trou à la bierre du duc Jean, 
et y trouva le corps nageant dans une liqueur aromatisée 
qui se répandit au dehors. Le cercueil de Philippe-le 
Hardi offrait encore , le 5 Mai 1791, Aes restes de ce 
baume liquéfié. Il était ouvert du côté de la tête, ainsi 
que ceux de Jean-Sans-Peur, de Philippe-le-Bon, de 
Bonne d'Artois et d'Isabelle de Portugal. Mais depuis le 
7 Mai jusqu'à la fin du mois, les curieux ayant pu pé- 
nétrer dans ces tombeaux , ils furent tellement re- 
mues, qu'ils se brisèrent, et qu'on n'y distingua plus 
qu'un amas informe d'ossements. Le cercueil de Phi- 
lippe-le-Hardi résista seul. Celui de sa fille Catherine 
morte au berceau, fut perdu ou volé dans la translation. 
Les monuments qui couvraient ces souverains, avaient 
cependant été conservés avec le plus grand soin, et déjà 
le 23 Juillet, la statue de Philippe I er , celle de Jean- 
Sans-Peur et de son épouse, étaient replacées dans l'é- 
glise de St. Bénigne. Le 19 Août de l'année suivante 
(1792), un dimanche, ces précieux chefs-d'œuvre furent 



4*3 NOTES. 

mis en pièces. On n'en sauva que quelques fragments 
faits pour ajouter aux regrets des amis des arts. 

On sait que le prieur des Chartreux montrant a Fran- 
çois 1er Pénorme blessure faite à la tête de Jean-Sam- 
Peur, lui dit: « Sire, c'est par là que les Anglais itnl 
« entrés en France. » 

La main de ce prince est conservée à Dijon dans le 
cabinet d'un curieux. Elle est remarquable par la lon- 
gueur de ses ongles (*). 

(13) « L'an 1434, fust le roy de France à Vienne \ 
« tenant les estats;et là vindrent vers luy, les cardi- 
u naulx de Chyppre et d'Arles, de par le concile, pour 
« le bien de la paix, et les vyst le roi moult bien vu- 
« lontiers et leur bailla doulce et bonne response. Puis 
« se partirent , et s'en allèrent à Basle ou se lennit le 
« dict concile.. Et au dict lieu, vinrent aussi devers le 
« roy, le comte de Llermont J ( le iils du duc de Sour- 
ce bon ), le comte Jehan de Foix, le comte Vrtus fa Ki- 
« chemonl, le comte de Commingesel Llunois.. Et ami 
« y vint la roynede Sicile, fille du duc de Sawye, femme 
« du roy Louis d'Anjou, laquelle estoit grandement ac- 
te compagnée de chevaliers, escuyers, dames et damoi- 
« selles, et l'accompagnèrent le marquis de Saluées et 
« le comte de Yillars, S gr de la Boche.. Le roy lny 11 t 
« grant chière, et vint après souper: et après que la 

Registre de la chambre des comptes de Dijon. Notes manuscrites 
de M. Baudot , homme de lettres. 

(*)Debure bihl. instructive, tome II.p. i58. — Mezeray. tome III, 
p-4o4> — Le pèreAnsehne, tome I ,foI. 237. — Moréri. tome IV, 
fol. 2y. — Courte-e'pée, abr.chr.de Bourgogne, tomel. p 1 -. 
— ib. dictionnaire de Bourgogne , tome II.p. .5 *>. — Gaule poéti- 
que, tome VIII, p. 45i , — Dom Hancher ,hist. de Fourgogne, tome 
IV, p. 348,— L'abbé Goujet, tome, IX,p. n5- , — Art de vérifier 
jes dates, fol^ 676 — Mém sur Pancienne chevalerie, tome III. 
p. xyo, — Montfaucou, fol, 260, tome. III, pi {9, etc«tc« 



NOTES. 425 

« dicle royne etist faic le la resvércnce au roy, dancè- 
« renl longuement ci après on apporta les espices, et 
« servit le roy, M ër .de Clermont le vin, et M. le connesta- 
« ble les espices.. et après, la royne de Secile priait 
« congie du roy et se mist en ses vaisseaulx dedans le 
(( Rosne, et s'en alla en Avignon. .. et là, fust grande- 
« nient reçue du cardinal de Foix, (lequel estoit vicaire 
<( du pape et frère du comte de Foix qui là estoit à celle 
« heure,) et de celui de Comminges, et de ceulx de la 
« dicte ville d'Avignon qui lui donnèrent à dîner et à 
« souper, et à tous ses gents et les deffrayèrent. Puis, 
« se partit ci s'en alla à Taras con qui est moult bel 
a chastel, et là fust grandement reçue, et entra en son 
« dict chastel, et la receust le gouverneur de Provence, 
« accompagnée de grands seigneurs et dames du pays, 
« etluy donnèrent cinquante mille florins. . Et au partir 
a de la messe, luy donnèrent de chascune ville du chas- 
« tel, vaisselle d'or ou d'argent selon leur puissance... 
« et y eust grant fête et habundance, qui dura trois 
« jours à tous venants.... puis monla en ses gallées, qui 
« estoient dedans la Rosne, au pied de son dict chastel. » 

Cette princesse essuya sur mer une furieuse tempête 
en partant de Nice, et arriva à Sorrente, fort indisposée 
de ce trajet. Jeanne II voulait la faire venir à Naples 
avec le roi Louis III, pour les recevoir avec tous les 
honneurs dus à leur rang-, mais la duchesse de Sessa, sa 
favorite, l'en détourna. Jeanne se contenta d'envoyer 
quelques présents à Marguerite, qui continua son voyage 
jusqu'à Cosence où se trouvait son époux (*) . 

(14) Ce prince, qui descendait de la maison de Luxem- 
bourg, fut élu roi de Hongrie et de Bohême^ le 31 Juin 



(*)Chartier, hist. de Charles VII, p. 8g,— hist. civile du royau- 
me de Naples, tome, III. liv. XXV, ch. VI,p 453. 



4^-4 NOIES. 

I III, et parcourut ensuite l'Europe pendant trois suM.1l 
reçut la couronne de fer à Milan, le 25 Novembre 1431 . 
et celle dor à Rome, le 31 Mai 1433. Celle d'argent lui 
avait été décernée le H Novembre 1411. 

Sigisrnond arriva la nuit de Noël au concile de Cons- 
tance, (ouvert le 5 Novembre IAIi, par Jean WI1I). «*t 
y chanta l'évangile de la première messe en habit de 
diacre. 

Parmi les autres circonstances singulières de ce rele- 
bre concile, on remarqua que Jean de Nassau, arche- 
vêque de Mayence, y était entré à la tète de irai Oeato 
gendarmes, et que Thibaud de Rougemont, archevèqm- 
«le Besançon, prétendit que par un privilège de son 
église, le pape devait s'avancer de trois pas pour le sa- 
luer. 

Le concile de Constance fut ferme le 22 Avril I i I . , 
Celui de Râle ouvert le 23 Juillet 1431, dura jtuqu » m 
1143, où l'on se sépara en déclarant qu'il n'était point 
dissous. 

Le pape Benoît XHI (Pierre de Lune) voyant arriver 
deux moines de St.-Ueuoît, envoyés par le concile, pour 
le sommer de se rendre à Bàle : « Oyons, dit-il. les 
a corbeaux du concile. — C'est la coustunie de ces oi- 
« seaux, répondit aussitôt un des religieux, de s";iiln*>- 
« ser aux charongnes. Benoît Xlll. ayant dit ensuitr 
« Ce concile est l'arche de Noé. — Il y avoit plusieurs 
« grosses bestes, reprit le même moi no. » 

Sigismond ne vit pas la fin du concile de Baie. Il mou- 
rut le 8 ou le 9 Décembre 1 43^, âge de soixante-dix 
ans., même de quatre-vingt-dix, selon quelques auteur> 
C'était un prince généreux, savant, pacifique et uni 
des lettres (*). 

(*)Moréri,tomelV,fol. 6i5, — Art de vérifier les dates toi. 4* )< . 
— Dom Romuald, trésor chr. tome III, fol. U87. 



NOTES. 4- 2 5 

(IT>) « C'est d après ma propre demande, disait An- 
ce toine de Vaudemont, que le comte de St.-Paul, escri- 
« vit à ung nommé le grand Martin, pour me secourir, 

« ce qu'il iîst Le dict grand Martin fust tousjours 

<( losgé en ma compagnie, print livrée et vivres en 
<( mon hostel, et se réputait le dict grand Martin? 
« mon familier et domestique.» 

Le comte Antoine ajoutait ensuite, « qu'après la ba- 
« taille de Bulgnéville, il vint lui demander ce qu'il 
«( fallait faire de René; mais que malgré son ordre on 
« l'avait amené en Bourgogne, rançonné et délivré 
(( contre son gré. 

Passant ensuite à la justice de sa cause, il accusait 
René d'être entré dans ses états à main armée, « tan- 
« dis qu'il estoit à cent lieues et luy prist plusieurs 
« bonnes places.... Item, en continuant ses propos et 
« volontés déraisonnables, et soi monstrant adversaire 
« formel et capital de mon dict seigneur, le comte Re- 
« né mist et posa le siège devant Vaudemont... Et Mec, 
« et à l'environ, coupèrent les gens du dict René, les 
(( bleds, extirpèrent et assertèrent les vignes, et cou- 
rt pèrent tous les arbres portant fruits. » 

Item , madame la comtesse « (lors estant au dict pays 
(( ou assez près), alla quérir secours, et à sa prière, 
« comme parents, amys, et bienveuillants, vindrent le 
« comte de F ribour g > M.Antoine et Jehan de Ver gy, 
« et chevaliers et escuyers de Bourgogne, Savoye, et là 
« environ.... qu'alors lui, le comte, fut trouver le duc 
<( Philippe à Hesdin, qui l'envoya avec des lettres pour 
« Toulongeon, en lui commandant d'aller en sa corn- 
« paignie avec ce qu'il pourrait finer de gens de guerre... 
« Que près de Neufchâtel, Antoine desploya son pen- 
ce non armoyé de ses armes, comme chef de la troupe, 
« parmi laquelle estoit le maréchal de Toulongeon lui- 



4-26 NOTES. 

<( même.... que tous les barons desployèrent leur \\ru- 
« non le jour de la bataille à l'imitation du eointe d<- 
« Vaudémont, mais que celuy de Bourgogne ne le fnsl 
« point.... qu'enfin, les gens du sire de Varembon, du 
« duc de Savoye et aultres, s approchèrent de lui, et lui 
« dirent, que s'il n'estoit pas le seul chef, ils s'en 
« iroient.... (Il en prenoit pour témoin pleige, messin 
« Antoine de Vergy et messire Humbert, maréchal de 
h Savove. » 

(16) Balthazar de Gérente, baron de Mondai* , fut 
nommé conseiller d'état, le 3 Août H3."), et maître 
d'hôtel de René, le 23 Mars 1438. 11 avait épouse Del- 
phine de Pontevez. 

Guigonet II, son fils, devint chambellan de René. 
Jean, petit-fils de Balthazar, fut aussi chambellan el 
gardes des sceaux en 1479. Charles du Maine l'envoya 
en ambassade à Rome avec François de Luxembourg 
Tan 148 1. Louis XI le nomma grand sénéchal. Il mou- 
rut sans enfants (*). 

(17) Il est curieux de voir comment M. Chêvrier ra- 
conte l'entrevue de René ri de Cabanis ; d'après un ou- 
vrage apocryphe (Faitsei Gestes des princes, parRicodi 
ou plutôt d'après un manuscrit intitulé: Mémoires de 
Florentin le Thiriat: 

uVidal, fils d'un juif provençal qu'on avait fait catho- 
« lique et gentilhomme à la fois, fui députe vers le dur 
«. de Lorraine, par la ville de Naples, et fut fort sur- 
<( pris de recevoir soji audience dans un cachot, 

« L'âme de René., insensible aux grands événements. 



(*)Hist. héroïque de la noblesse plTcnylf , tomel' t I ,-, 
4? '- — Robert, état de la noblesse de Prarence tome II | 
Titres manuscrits de Ja maison de Gérente. 



NOTES. 427 

« n'était touchée que de petites choses. Plein d'honneur, 
« mais incapable de régner, occupé de minuties, roi 
« duc malgré lui, ce prince s'avilissait par les actions 
« qui attirent la considération aux autres. 11 était oc- 
(( cupé à peindre sur des verres une image de la Vierge, 
« quand Vidal entra, et il ne lui demanda pas même ce 
« qui pouvait l'amener auprès de lui. Il continua de 
« peindre.... L'envové impatienté lui dit : Monseigneur, 
« la bonne rojne Jehanne, vostre belle- sœur _, à luy, 
« Dieu Va appelée.... — Son âme ajt Dieu! dit René... 
« Après quoi,, le duc leva sa barrette, se signa, dit le 
« de profundis, et besongna dcrechief. Vidal enfin,, 
« hors de lui, força le duc à l'écouter, etc., etc. (*) 

René donna une portion de la terre de Perricard, et 
le fief de Lignane à Vidal de Cabanis, qui devint juge 
mage de la cour de Provence en 1457, 

(18) La famille deCastillon est, assure-Uon, originaire 
de Naples., où Charles devint secrétaire du roi Louis III 
qu'il suivit en Provence. Il y acheta, le I er Novembre 
1437, la baronie d'Àubagne qui avait appartenu à la 
maison des Baux. Charles VIÏ, qui le vit à la cour de 
René, le prit en affection, le nomma son conseiller le 
7 Janvier 1443, et lui accorda une pension, le 6 Mars 
1444, pendant son séjour à Nancy. 

Charles de Castillon mourut en 1461, laissant de son 
mariage avec Madelaine de Quiqueran, un fils nommé 
René, qui devint écuyer de Louis XI, et qui épousa 
Jeanne de Villeneuve-les-Àrcs. 

Colla, ou Colin de Castillon, frère de Charles, fut 
ambassadeur de René en 1443. Leur sœur Marguerite, 
était dame d'honneur de Marguerite de Savoie, reine 
de Sicile. 

(*) Chêviier, hist. Iitt. et po!. de Lorraine, tome, II . p. iQi, 



4*28 NOTES. 

Les armes de cette famille qui est éteinte, étaient 
de gueules à trois annelets d'argent. 

(19) Le château de Tarascon (Tarasco, Tauruscus ou 
Niger Locus, cité par Strabon et Ptolémée), est instruit 
sur les débris d'une antique forteresse COimnencée sons 
Uiarles II, comte de Provence. Il y existait autrefois 
une citadelle romaine, consacrée à Jupiter, et que les 
Bourguignons agrandirent au cinquième siècle. 

Des chartes de 1283 et des lettres patentes de la reine 
Marie de Mois en date de 1387, prouvent qu'on faisait 
contribuer la Provence à l'entretien de ce château qui 
ne fut entièrement achevé que sous le roi René, d'à- 
près le plan présenté par André de Sainte-Marie. Ce 
prince fit construire la chapelle souterraine qui se 
trouve à côté du vaste appartement désigné encore sous 
le nom de chambre du roi René et de Jeanne de Laval. 
H y ordonna eneote quelques embellissements en I lliîL 
le meubla avec beaucoup de luxe pour ce temps, et ce fut 
sans doute alors qu'on y plaça son buste avec celui de 
la reine. 

Tarascon soutint un siège contre le comte de Corées 
le 10 Juin 1652, et sept ans après, il fat question de 
démolir le château. L'assemblée des états avait même 
vote une somme de 24,000 fr. pour cet objet; mon le 
roi annula heureusement cette singulière délibéra- 
tion (*). 

(20) César Nostradamus prétend qu'Isabelle condui- 
sait à flapies Jean d'Anjou; mais ce jeune prince parta- 
geait en ce moment la captivité de son père 

Un trait que rapporte ce chroniqueur an sujet du 
voyage de la reine, peint trop bien les mu m s ainsi mu 
la superstition de ce siècle, pour le passer sous silence 

(*) Autujuités phocéènes. Itinéraire de la gaule îiarboanaise , etc. 



NOTES. 4<u) 

« Au mesme temps, dit-il, que ees choses se dénie- 
« noient, deux sorcières sont appréhendées dans la ville 
<( d'Hières... Ces maudites circés, pour certaynes inimi- 
« liés conçues contre deux jeunes mariés, les ensorce- 
« lèrent si puissamment au moyen d'une certayne 
u honrce (qu'elles ouvroyent et iermoyent avec quel- 
« ques eslranges paroles marmottées entre les denîs), 
« que leur amour se changeoist aussitost en hayne ex- 
« treme, et en furieuse mélancolie.... Et pour ce que 
« ces meschan tes fées j se doublèrent bien d'estre appré- 
« hendées et saisies, gagnèrent le liault, et s'enfuirent 
« secrestement tout de nuist, et s'en allèrent jecter dans 
« Tharascon., où elles cuidèrent bien estre cachées., et 
« en saulveté, parmy la grande foule de peuple,, etl'af- 
« fluence de gens., qui là, avoit abordé de tonte part, 
« pour veoir ces tant belles et tant excellentes créatu- 
« res, le duc de Calabre et V infante Marguerite, 
a que la peste d Aix y avoit fait retirer pour fuir la 
« maladie. 

« Les officiers d'Hières, entrèrent enfin dans les ca- 
(( huettes de ces deux pestes, où après avoir fouillé tous 
« les endroits et recoins enfumés, ils ne trouvèrent 
« qu'une vieille bource de peau de chat toute velue, 
« avec quelques meschantes attaches et longes.... mais 
« il ne trouva aulcun qui l'osa seulement touschier, 
« (pour l'opinion conçue de longue main parmy le vul- 
u gaire, que ces méchantes femmes se muent volontiers 
« en chat), de peur d'encourir quelque triste ensorcel- 
« lerie et malheur. Au moyen de quoi, ils s'advisèrent 
« d'envoyer quérir un vieil rabbin de la ville, (car la 
« loy de Moyse leur défend particulièrement d'adjous- 
<( ter foy aux enchantements, charmes et fascinations), 
« Ces honnestes dames, cependant, furent recognues 
u à leur bonne mine. D'un mesme pas appréhendées à 



43o NOTES. 

« Tharascon, et de là prinses et conduites à kix . o u 
<( plus long délai, le cas et maléfice confessé, la bonrce 
« avérée et reconnue avec infinité de sorcelleries à 
« tables, elles furent condamnées d'estre arses et brà- 
« lées toutes vives, et leurs corps réduits en cendres à 
« Hières (*). » 

(21) Charles I e r, duc de Bourbon, comte d'Auvergne, 
pair de France etc., était petit-fils de Louis, dit le Bon, 
fondateur de 1 ordre de Notre-Dame du Chardon. Quoique 
gendre de Jean-Sans-Peur, il se dévoua invariablement 
à la cause de Charles VII, et se trouva à (putes les 
guerres contre les Anglais. 

Zélé partisan de Jeanne-d'Arc, il déclara, (lorsqu'on 
fit la révision du procès de la Pucelle) , avoir entendu 
la voix qui l'inspirait. 

De même queRené, il entretenait dne corresponds 
poétique avec le duc d'Orléans. Lui ayant adressé nn 
rondel qui renferme des conseils de morale et com- 
mence ainsi : 

(Du bien, au mal. le bien faire L'importe, 
N'est-il pas vrai?.. Ainsi le dîst Chascnn.J 
Charles donna à sa réponse une légère teinte d'ironie : 
Quand oyez prescher le llegnard (le renard.) 
Pensez de vos oyes garder. 
Sans à son parler regarder.... etc. 
Charles de Bourbon mourut à Moulins lé 1 Décem- 
bre Ilofi. 

Un des dessins gravés du père Montfaucon montre 
ce prince vêtu d'une longue robe, coiffe d'un bonnet 
singulier, et ayant un gros chapelet autour du eou. Un 
autre dessin le représente avec des hauUle- chausses 
très serrés, un pourpoint d'azur, et un chapeau à plu- 

(*) Chronique de Provence, fol. 895 



NOTES. 43 1 

mes. La même planche (figure 3), offre les traits d'A- 
gnès de Bourgogne, sa femme, morte en 1476. 

Charles de Bourbon eut pour fils Jean ïï, a jeune lion. 
a disent les historiens, qui suivit les traces de son père. » 
Il signala son courage dès l'âge de dix-huit ans, et 
surtout à la bataille de Fourmigny où il fut élevé à 
la dignité de chevalier. 

Jean FI de Bourbon qui avait épousé, le II Mars 1417 
(ou le 23 Décembre I44G), Jeanne de France, sœur 
de Louis XI, se déclara néanmoins contre ce roi dans 
la guerre du bien public. Charles VIII le nomma con- 
nétable de France. Son troisième frère Pierre II, sire de 
Beaujeu, se maria à Anne de France, fille de Louis XL 

Charles de Bourbon avait pour frère Louis, comte de 
Clermont, de Vendôme et de Chartres, (mort le 2 Sep- 
tembre 1446). dont le fils, Jean II, épousa à Angers, le 
9 Novembre 1454, Isabelle de Beauvau, fille unique 
de Louis et de Marguerite de Chambley (*). 

(22) Le traité de ce mariage , rédigé à Lille, com- 
mence en ces termes: 

« Nous, Bené, etc.... Charles de Bourbon, etc.. savoir 
« faisons, que considérant le lignaige, grandes amitiés, 
« et affinités que par ci-devant ont esté faicts entre 
a ceulx de bonne mémoire nos prédécesseurs, dont Dieu 
a ait les âmes, et sont à présent entre nous, etc.... 

« Le duc de Bourbon donne pour dot cent cinquante 
a mille écus d'or, de bon or, et juste poids, à la dicte 
« Marie, qui, suffisamment autorisée par son mari, re- 
« nonce à tout héritage. 



(*) Olivier de la Marche, p. 87. — Anselme, hist. générale, toi 
1er, fol. 3o;. — !bid. tome II , fol. 1229. — Moréri, tome 548. 
Chronique de Normandie. —Goujet, iomeXl ,p. 25i. — Moatfs 
conIII,fo!. 36i,pl. 5o,fig. 3o. 



43-2 NOTES. 

« René assigne son douaire en cas «le mort de son fils. 
« sur la ville et chaste] de Simetera, et la ville el la 
« tourdeGemmare en Italie, avec la valeur île six mille 
« ducats d'or... plus trois mille livres tournois de rente 
« sur la ville de St.-Maximin, et la ville el chaste] de 
« Caslellane en Provence. Plus trois mille florins but San- 
« muret Loudun. Plus le duché de Calabre en m ,-. ... 

« Lesdits seigneurs se promettent qu'a la soleimi-.i- 
« tion du mariage, nous, le duc de Bourbon, veatirens 
« ladicte Marie, et nous le roy de Sicile, lenjoyeDerofU 
k bien et convenablement, comme entre princes de la 
« maison de France est accoustumé.... Ils en jurent par 
« la foy et serment de leurs corps, parole de roi et de 
« prince. » 

(23) Né de parents inconnus et dune union illégi- 
lime, Jean Manget répara par ses talents, ses mœui 
la pureté de ses doctrines, ce défaut de naissanoc él ob- 
tint successivement la confiance entière de René, du 
duc de Calabre et de Nicolas d'Anjou, 

11 existe aux archives de St.-Dié, une lettre le ee der- 
nier prinec en date du i *\ Septembre l ï" \ . pour exemp- 
ter Jean Manget de l'usage établi en Lorraine que les 
souverains héritaient de la succession de toute personne 
née et procréée illégitime hors léal mariât 

« Soit ainsi, dit-il, que notre ami, féal conseiller, ja- 
« dis maïsire d'escole de nostre tiès ehier seigneur el 
h père, que Dieu absolve, pourrr.it estre compris à ceste 
« couslume. (si de nostre grâce n'y estoil pourvu... 
« Bien informé des peines, diligences, occupations, ser- 
« vices qu'il a soutenues, souffertes, supportées, et en 
« plusieurs manières, pour servir et instruire feu pion 
« diet seigneur, en fa ici de sciences et de bonnes uMeers.. 
« Et puis, ayant regart à ce que gratitude ost due au\ 
« serviteurs qui, par leurs mérites sont de ce Capables, 
a l'exceptons, etc. 



NOTES. 455 

Jean Mangct ordonna par son testament (1172), « que 
« sur sa fosse fut mise une tombe de marbre noir, si 
« elle peust se trouver, et une épitaphe..,. Il veut que 
« son livre du Maistre des sentences fut mis et en chaî- 
« né au-devant le siège du grand doyen. Item^ le 
(( nouvel testament en grant volume, avec la tierce par- 
ie tie de St. Augustin sur les pseaumes. 

Le doyen de St.-Dié mourut vraisemblablement vers 
le milieu de 1474, car une lettre d'Yolande d'Anjou _, 
du il Août de la même année , apprend qu'après le 
« trespas de Jean Manget, jadis escolatre et chanoine, 
« elle ordonna de faire saisir ses biens à cause qu'elle 
« estoit informée que le dit estoit illégitime et défec- 
« tueux de nativité.... Mais qu'ayant sçu qu'il avoit ob- 
« tenu dispense,, elle renonce à tous ses droits au moyen 
« d'une somme de huit vingt francs, une pièce d'or 
« appelée jubiletj et une paire de cousteaulx à mancfie 
« cristallin, la gayenne (la gaine), et manche argen- 
« tés, donnés et manuellement délivrés. » 

11 paraît que le chapitre de St—Dié possédait un riche 
trésor dont il lui était permis de disposer. Il offrit entre 
autres, au marquis de Bade, une tasse d'argent doré, 
pour en faire présent à la femme du bailli des Vos-* 
ges, (alors en couches à Bruyères). 

(24) Jean de Lalande, jurisconsulte très estimé à Aix> 
mourut dans cette ville le 23 Mai 1477, ainsi que le 
prouve son épitaphe découverte en 1790 dans l'église 
des Gordeliers, par feu M. le président de St.-Vincens. 

Lalande était représenté sur sa tomhe, revêtu d'une 
robe à longues manches, couché dans une niche à or- 
nements gothiques, la tête appuyée sur un coussin à 
glands, et coiffé d'un bonnet rond dans la forme de ce* 
lui que portait ordinairement le roi René, 

Son épitaphe était ainsi conçue: 

tome 1. 28 



4?>/ + NOTES. 

« Hie in pare quiescit bonœ memoriœ vir gloria Boi 
« virtus urbis Acquensis, in illa natus, inslilulu> d 
« lanreatus doctor fuit e^regius, Johannes <i<; Lalanda 
« vocalus, Jacobi filius, ma^ister rq;is hlii \>yu>. Mi- 
« gravit in domino, sub principe rege Renato. 1477. >■ 

Les armes de Lalande étaienl: d'azur au lion d'or 



NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 



DU LIVRE 111. 



(I) Fils aîné de Diane de Peyresc ot dlîélion do Ville- 
neuve, (Viguier do Marseille on 1303 et maréchal com- 
mandant lost des provençaux sous Georges de Marie), 
Arnaud V fut ambassadeur des états de Provence au- 
près de René en 1435. Ainsi que Guillaume son frère, 
tué à l'armée de Louis III d'Anjou, il avait fourni plu- 
sieurs secours en argent à la reine Isabelle de Lorraine. 
Dans un acte de cette princesse, où elle prend le titre 
de « lieutenante générale de très formidable mon du 
<c seigneur roy , elle reconnoît devoir à magnifique 
<c homme, seigneur de Tran s, sonfidèlect très aimé con- 
te seiller, deux mille quatre cents florins d'or,, mais ne 
(( peut les payer attendu qu il ne lui reste à elle et à 
( René, quant à présent, aucun argent. » 

Arnaud V, qui mourut vers Tan 1475, avait épousé 
Marguerite de Pon levez, fille de Fouquet dit le grand, 
seigneur de Garces. N'ayant pas d'enfants, il substitua 
sa fortune à Louis I er . de Villeneuve seigneur des Arcs 
son neveu, qui fut surnommé le riche d'honneur. ( + ) 

(2) Bertrand de Grasse s'était trouvé, en 14 17, à la 
députation envoyée par la Provence à la reine Yolande 
d'Aragon. Il suivit Louis III à Naples, et René le nom- 
ma son chambellan ainsi que son conseiller d'état. Ce 
prince l'envoya ensuite en ambassade vers le duc do 
Bourgogne et le pape Nicolas V. 

(-*) Ris t. gécéa'ogique de la maison de Villeneuve. — Chronique 
ni ; nus erite de Trans, fol. 80, 82. 



4 T >C NOTES 

Bertrand de Grasse épousa le 16 Octobre Ï4J~». Mar- 
guerite de Grimaldi Monaco; en deuxièmes êttroisièmes 
noces, Mâteiine de Simiàne, et Sillone des Fei i e 

(3) En supprimant, en Septembre 1 124. le parlement 
établi en ï 1 1 5 par son père. Louis III créa on conseil 
éminent, ou cour royale, dont le grand sénéchal était 
le chef, el qui était compose d'un jujje mage, des maî- 
tres ration aux, de quelques conseillers, de deux pro 
cureurs fiscaux, d'un avocat et d'un procureur des pau- 
vres. Le roi donna encore entrée «à ce conseil à quatre 
seigneurs, et à quelques évoques ou ecclésiastiques. L'était 
tout à la fois un tribunal de justice, et on conseil d'ad- 
ministration. Cependant les jugements qui avaient passé 
par les trois degrés de jurisdictions inférieur; 
avaient été prononcés parle sénéchal, pouvaient encore 
être revus, en cas de pourvoi devant le prince qui 
nommait d'autres juges à cet effet. Le droit de pct 
jusqu'à ce qu'il y eut trois jugements conformés 
supprimé par ordonnance dé François I . en 15 

Apres la mort de Louis HL le conseil eminent prit a 
cour les affaires de René, envoya une dépuration à 
INaples à la reine Jeanne, et à René dans sa prison. ( c 
prince ainsi qu'Isabelle de Lorraine lui témoignèrent 
• me grande confiance. 

Les maîtres rationaux, quoique admis de droit au 
conseil eminent, formaient une cour à part qui. sous le 
nom de grande cour des maîtres rationaux, avait la 
gardé des archives, l'administration des domaines, et le 
soin de faire les dénombrements La coin des ai< ( 
remplaça dans la suite. 



(') Hist. généalogique de la maison de G ruse. GaufriJi fof. 
Ruffi, lust. Je Marseille, fol. ai 3. 



NOTES. 457 

Lej^gc mage ;t\ ail une cour ou un tribunal qu il 
composait à son gre. 

Les fonctions du chancelier de Provence se bornaient 
à sceller les lois et les expéditions, à porter la parole 
au nom du prince, et à assister au conseil. Le grand 
sénéchal était véritablement le chef de la justice et 
des armées. (*) 

(1) Quelques historiens ont paru croire que Thomas 
de Frégoze, élu doge en 1416, était parvenu à la sou- 
veraineté par des moyens peu dignes de lui. Mais tous 
s accordent à dire qu'il fit bientôt oublier par son grand 
caractère, la pureté de ses mœurs, et les services qu'il 
rendit à la république, les intrigues qui l'avaient place 
à la tête du gouvernement. 

Réélu en 1436, maigre la violente opposition de son 
frère Baptiste de Frégoze, Thomas fit prisonnier,, dans 
un combat contre le duc de Milan 7 ce même frère qui 
avait passé dans le rang de ses ennemis. On vint alors 
lui proposer de le faire exécuter à mort. Le doge re- 
poussant ce conseil avec horreur, conserva si peu de 
ressentiment de la conduite de l'imprudent Baptiste, 
qu'il le nomma chef de la flotte destinée à accompa- 
gner le roi René à Naples. 

L'histoire de la république de Gênes offre une telle 
suite de révolutions qu'on ne sera pas surpris de voir 
Thomas, déposé en 1442, être rappelé une troisième 
fois pour remplacer deux de ses parents Jean et Louis 
de Frégoze qui n'avaient pu le faire oublier. Mais Tho- 



(*) On peut consulter utilement sur tout ce qui concerne l'admi- 
nistration de la justice en Pro\ence au XV.c siècle, les mémoires 
manuscritsdefeuM.de St. Mncens , ainsi que la statistique du 
département des Bouches-du- Rhôue par M. le comte de Villeneuve 
Bargemont, préfet du département. 



£ 58 notes. 

mas retiré à Sarzane, s excusa sur son grand âge qaj 

I empêchait rie se livrer au travail autant qu il l'eut 
désiré. Il se contenta de désirer son neveu Pierre ou 
Petrino de Fré^oze comme propre à celte dignité, et H 
fut élu à l'unanimité. On ignore l'année de la mort d< 
Thomas de Frégozc dont la sœur Ponceline épousa Jean 
de Grimaldi Monaco-, leur fille fut mariée à Pierre de 
Frégozc. (*) 

La maison de Frégoze ou Canwo Fulgoze, etail ori- 
ginaire de la Campanie, et s'établit a Gènes au \; 
cle; son nom signifiait terrible ou brillant. 

Les armes de cette famille étaient: d'argent, crcnell 
de sable, avec la croix de Gènes en chef. Domininm 
Frégoze avait pour cri de guerre: Liber las. 

Tiiomas de Frégoze reçut en souveraineté la ville d< 
Sarzane où il se retira, en H2I, après avoir abdique 
Ce fut de cette retraite qu'il chercha toutes les occasion- 
de recouvrer l'indépendance de Gènes 

(.1) Cette famille (qui comptait et qui vient de perdn 
un des plus illustres princes de l'église dans la penonne 
de l'historien de liossuet et de Fénélon),conserve encore 
des lettres patentes de René, en date du 17 Décembre 
1437, en faveur de Jean I e ' . et de Jean II de fe 
son fils. Il leur donne le greffe de la séncebaus,, 
Toulon en recompense des servies signales qu'ils lui 
ont rendus l'un et l'autre, 

La famille de Bansset possède aussi, en date du VI 
Janvier 1442, un passeport de René accordé à noble 
Jean II qui l'avait accompagne à Naples a la fête <1< 
quarante cinq arbalétriers qu il soudoyait, et avec- les 

(*)Hist. des révolutions de Gènes, tomel. , p. 2 3 9 a(ï~. Arl 
tte vérifier lesdates, fol. S;.», 8-6. -Le père Anselme, te' 

fol. 898. 



ACTES. 4><) 

«jueis il lui fut d un grand secours contre ses ennemis. 

(6) Alphonse V, dit le sage et le magnanime, succéda, 
en 1416, à son père, Ferdinand ditle Juste, roi d'Aragon. 

Ce prince, l'un des plus beaux hommes de l'Europe, 
réunissait a tous les avantages extérieurs, un génie vaste, 
entreprenant, une activité sans égale, ainsi qu'une ins- 
truction profonde et variée et une rare éloquence. Ses 
manières étaient affables et généreuses sans cesser d être 
nobles; mais ces rares qualités furent ternies par un 
penchant désordonné pour les femmes. Marie, son épouse, 
ayant fait étrangler par jalousie Marguerite de Hi- 
sar qu'il aimait éperduement, Alphonse au désespoir 
s'éloigna d'Espagne, et se fixa à Naples où de nouvelles 
galanteries ne tardèrent pas à le consoler. Vers la fin 
de sa vie il^était encore épris des charmes de Lucrèce 
d'Alagno. 

Les savants, les historiens, et les poètes favorisés 
par Alphonse ont prouvé leur reconnaissance, en lui 
prodiguant à l'envi les éloges les plus flatteurs , et 
les divers traits qu'ils en rapportent justifient assez 
leur enthousiasme. Un jour dit-on, ce prince s'élança 
seul dans une chaloupe pour aller secourir une galère 
chargée de matelots, en s'écriant: J'aime mieux être le 
« compagnon que le spectateur de leur mort. » 

Un de ses trésoriers étant venu lui apporter vingt 
mille ducats, et les comptant devant lui. — « Que n'ai- 
« je cette somme et je serais heureux! dit tout bas un 
officier qui se trouvait présent. — « Sois le, mon ami, 
« s'écria Alphonse en la lui donnant sur le champ. » 

On lui représentait le danger de se trouver seul dans 
les rues de Naples. « Un père qui se promène au milieu 
« de ses enfants, répondit ce prince, a-t-il jamais quel- 
« que chose à craindre? » 

Le Pogge, Philelphe, (ou Filelfe) Antoine de Païenne 



44° xoj 

(dit le Panormitain ), le cardinal Bessarion, lue 
vius, Georges de Trébisonde, Laurent \ alla .liai théle- 
my Fario, (qui a écrit sa vie) flarcelius (qui a 
l'histoire de ses campagnes, etc. etc., furent tour a jom 
honorés de la protection ou combles de bienfaits d \ - 
phonse qui savait par cœur presque tous les orateurs 
oupoetesanciens.il aimait beaucoup Cicéron, et Tai- 
sant le siège de Gaëte , il préféra se passer des mal. 
riaux dont il avait besoin, plutôt que de permettre la 
démolition d'une campagne qui avait appartenu a ce 
célèbre romain. Son auteur favori était cependant Tite- 
Live et il pria les Vénitiens de lui donner un bi 
cet historien. Dans ses voyages, il portait toujoui 
œuvres, ainsi que les commentaires de César. 

En 1455, le Pogge voulant vendre le Tile-Live qu'il 
possédait pour acheter une métairie du prix de cent- 
vingt écus , consulta le roi d'Aragon sur ec marché. 
ainsi que sur l'action d'Antoine Becrati qui vendait tout 
son bien pour posséder le Tile-Live. On doit ci oire que 
le monarque blâma plutôt le Pogge que Becrati. 

Ce prince avait engagé Georges de Trébisonde a tra- 
duire l'histoire des animaux d'Aristole. Ce lut égale- 
ment pour lui que le Pogge traduisit la Ciropédie de 
Xénophon. Philelphe qui lui avait dédie ses satires, en 
obtint l'ordre de la chevalerie et la couronne poétique 
Antoinede Païenne (qui a écrit les dictis < ! // tisdAl- 
phonsi, d'après lesquels 1 abbe Meri a compose le gé- 
nie d'Alphonse, ) apporta à ce prince alors malade a 
Capoue, un volume de Quinte-Cmre dont la lecture lui 
fit tant de plaisir quelle le guérit. Les soldats réser- 
vaient pour lui tous les livres et Les manuscrits dont ils 
s'emparaient. Alphonse se piquait d\ *j fc-f eq 

théologie, philosophie et littérature, qu'aucun focteui 
de son royaume 



NOTE& 44' 

Ou lui attribiii* uue traduction espagnole des («pitres 
de Sénèque. 

Ce prince regardait la danse comme une folie et pré- 
tendait « qu'un danseur ne diffère d'un fou, que parée 
« que la folie du premier est plus courte.» Il disait aussi: 
« pour faire un bon ménage, la femme doit être aveu- 
a gle et le mari sourd. » 

Alphonse mourut le 27 Juin IklU, âgé de soixante 
trois ans et 27 jours 5 son corps fut d'abord déposé dans 
l'église de St. Pierre de Naples, et transporté ensuite au 
monastère de Notre Dame de Poblet en Aragon. 

Le duc de Bourgogne l'avait décoré de l'ordre de la 
toison d'or. 

Fernand, ( Ferrand ou Ferdinand ï. er fils naturel 
qu'il avait eu de Marguerite de Hisar) légitimé par Eu- 
gène IV, succéda au trône de Naples. 

Ce prince détesté de ses sujets mourut le 25 Janvier 
1494, d'une attaque d'apoplexie, et du chagrin qu'il 
ressentit de ce que Charles VIII, refusa l'offre d'un tri- 
but annuel de cinquante mille écus et de se reconnaître 
son vassal, pour ne pas continuer la conquête de Naples- 

(7) Cet extrait est tiré d'un manuscrit du XV e siècle, 
de la bibliothèque de St. Dié, intitulé: Marci Tullii 
CiceroniSj, de qfficiïs et paradoxis. 11 paraît avoir été 
donné au chapitre de cette ville, par Jean Manget, pré- 
cepteur du duc de Caîabre, et nous en devons la dé- 



(*) Morérijtomc I.er'fol. 107. Ihid III, fol. 3o. — Biographie 
universelle , tome f. er , p. 624. Ibicl. tome XIV, p. 338. — Le père 
Kicéron, tome VIII, tome X,p. 169, tome XI, p. 23o.— Voyageur 
français, tome XVIî. G ianone, hist. du royaume de Naples, tome 
III , livre XXVI , p. 485. — Art de vérifier les dates, fol. 818, 904. 
— Dictionnaire historique, tome I. c, \p. i3-j. — Burigny, tome II 
p. 344- — Hist. littéraire d'Italie. — Ginguené, tome III. p. 266. 
^r- Annales d'Italie, par Ant. Muratori lome IX. 



m NOTES. 

couverte au savant et modeste M. Gravier, qui se li?re 
avec un zèle infatigable à la recherche des antiquité* 
ilu département des Vosges. 

A la suite de la relation de la fête du 31 Déeenbi i 
1441, sont quelques lettres latines de Ciprien de Mer. 
au seigneur de Montferrat. Mais ainsi que les réponse! 
de ce dernier, elles n'offrent point d'intérêt pour l'his- 
toire de René. 

On lit en tète de ce discours latin. 
« Ànno Domini Ï4H, die ultimo Decembris, faeti 
« fuerunt ludi, coram serenissimo rege Renato, in ei- 
« vitate Neapolis, in Castro novoipsius civitatis. 

« Inter quos ludos, fuit celehratum spectaeulum re. 
« presentans Scipionem Africanum, Àlexandrem et 
« Annibalem coram Minoë, disceptantes Présiden- 
ce tiae, etc. ete. » 

(Nous avons cru devoir rapporter en son entier cette 
longue harangue, bien plus pour donner une idée du 
genre d'éloquence oratoire au XV e siècle, que comme 
nue preuve de l'affection des Napolitains envers Hem-. 
Ce discours devait cependant être en quelque sorte l'ex- 
pression de l'opinion générale. On n'eut point fsé HUN 
doute prodiguer publiquement de parafa éUgOB, s \\- 
n'eussent été mérités au moins en partie ). 

« Sérénissime roi, on aura peut-être lieu d'être nr- 
« pris, en voyant trois grands hommes auxquels jus- 
« qu'à ce jour, la nature n'a point donné d'égaux, pla- 
« ces ainsi dans des fêtes et des jeux, où il est ordi- 
« naire de remarquer plus d'enjouement et de légèreté , 
« que de sagesse et de raison. 

(( Cette surprise doit nécessairement s'augmenter 
« encore , en pensant que l'un de ces héros esl M eele 
« bre Scipion l'africain qui passa pour l'égal des dieux 
« et qu'on s'accorde à reconnaître depuis des aie» 



NOTES. 443 

« comme le seul mortel doué de toutes les vertus, or- 
« né de tous les biens, et dont le souvenir doit être 
h entouré du plus religieux respect. 

« Sous ce point de vue, sire, nos jeux pourraient 
f< paraître blâmables., mais si votre majesté veut reflè- 
te ehir sur les leçons qu'ils renferment, elle ne pourra 
« plus y voir que des intentions prudentes et dignes 
m d'éloges. J'entreprends donc aujourd'hui de les ex- 
( pliquer, afin que votre sérénité et les illustres per- 
ce sonnages qui ont assisté à ces jeux, puissent en cou- 
rt naître le véritable sens. 

« Je ferai remarquer d'abord comme une loi pres- 
te que immuable en ce vaste univers, que la fortune 
ce se plaît à abaisser les hommes généreux qui, suivant 
ec toujours le chemin di^cile de la vertu, s'efforcent 
et d'atteindre à de hautes actions-, tandis quelle cher- 
k che pour ainsi dire à élever les méchants jusqu'au 
« ciel.. fortune! déesse injuste et jalouse des grands 
« hommes!... pourquoi refuser au vrai mérite les ré- 
( compenses qui lui sont dues?.. c 

(( Cette méprise apparente du destin, qui ne fait 
« toutefois qu'augmenter les efforts des philosophes, 
(c inquiète cependant l'esprit des faibles mortels, les 
« alarme , et leur donne en quelque sorte lieu d'accu- 
« ser la nature qui, sage directrice des lois admira. 
« blés qui régisent notre globe, semble néanmoins 
(( s'être trompée dans le partage de ses faveurs. Le vul- 
<e gaire en conclut alors que la fortune dirige tout au 
« hasard et qu'elle sème aveuglément les biens qui se 
e présentent dans la carrière de la vie. 

ce Mais ces plaintes dans lesquelles le même vnl- 
« gaire exhale sa surprise ou son mécontentement , on 
<( ne les entend jamais sortir de la bouche du sage. I| 
« doit être trop convaincu par les lumières de sa rai- 



444 NOTÉS 

« son, qu'il n'est point au pouvoir dit destin d aile,,,, 
« are l'homme vraiment graûad et vertueux. 

Le eiel nous a départi l'esprit et l'intelligence, pré 
« sent divin, qui nous séparant des vils animaux. non, 
« laisse discerner le bien du mal, et nous vaut non 
« seulement le glorieux titre d'homme, mais eneare 
« celui d'homme supérieur. Or la fortune n est-elle pas 
« impuissante contre ces nobles facultés? n'est-il donc 
« pas facile d'échapper à sa main cruelle?.. Oui. B j limis 
« voyons des mortels succomber à ses atteint. 
« assurer qu'ils ne méritent pas le nom d'homme, pois 
« qu'ils sont dépourvus de cette forée d'âme nui 
« peut leur faire acquérir ce titre si honorable! Ci 
« au contraire qui savent opposer leur propre i 
« au malheur qui les menace, le destin nue I. a ii ta 
« quer. Ils le foulent lui-même aux piedi comme un 
« abject néant. La prospérité ne les émeut p ifl plus que 
« l'adversité ne les ébranle... Us restent immobiles, on 
« supposant avec intrépidité el persévérance a la rîfr. 
« lence des flois en Fureur, on les voil arriver paisible 
« ment au terme de leurs généreux de! 

« Nous n'avions nul besoin de justifier notre a 
« tion par les écrits des anciens philosophes, ni par la 
« nombreux exemples fournis par les plus grandi lmm- 
« mes de l'antiquité. Pousserions d'ailleurs embarras- 
« ses de les choisir... Toutefois, il nous esl permis «1 V\ 
« miner les exemples que nous avons « veux. 

« et vous en donnez un bien éclatant, sérénissime roi. 
« dans la guerre que vous soutenez contre fOtre •nue- 
« mi, et qui vient de mettre dans tout son jour ce ma 
« nous venons de dire sur l'injustice de la fortune. 
« Mais n'en doutons pas. .. avec l'appui d'an Dieu juste 
« et tout-puissant, l'issue de cette (pierre ne peu! I 



NOTES. 44;> 

a incertaine. .. elle répondra à ce que mérite voire rare 
(( justice, et la cruauté d'un rival si détesté. 

« Ce n'est donc point sans motif, sire, que le spec- 
« tacle qui vient de finir, a paru aujourd'hui sous les 
« veux de votre majesté. C'est une même guerre dans 
u le même pays: on y voit les mêmes actions, on y rc- 
« trouve les mêmes chefs qu'autrefois, et Ton se croi- 
« rait volontiers transporté en réalité dans ces temps re- 
(( eu les. Vous eom prendrez alors, grand roi, la véritable 
« signification de nos jeux., puisque les tableaux retracés 
« à 1 homme par le secours des sens, produisent toujours 
<( plus d'effet sur son imagination... Aussi, nos ancêtres 
u ont-ils voulu que des images fussent placées dans les 
<( temples, afin que leur vue enflammât, pour ainsi 
« dire, les hommes par l'imitation. 

« Ce n'est pas que je veuille prétendre, grand roi, 
« que ces jeux aient été célébrés dans l'intention d'ex- 
« citer votre courage, et puissent laisser planer le plus 
« léger doute sur vos héroïques qualités. . . On sait assez 
<( que vous tirez tout de vous-même *, qu'aucun suffrage 
« étranger ne vous est nécessaire, et que rien de ce 
( que peut tenter un homme ne se trouve au-dessus 
« de vos propres forces. Mais notre objet en exécutant 
« ces jeux a été de récréer votre imagination en même 
« temps que nous égayerions votre esprit au milieu 
ce des pénibles circonstances où nous nous trouvons. On 
« ne saurait disconvenir que ces amusements sont de 
(( nature à distraire des maux passés, comme à donner 
a la résignation nécessaire pour supporter ceux qui 
« peuvent menacer encore. D'ailleurs ces mêmes re- 
« présentations n'existaient-elles pas chez les Romains? 
« Yalère Maxime nous apprend que dans leurs pompeux 
a festins, ils ordonnaient qu'on chantât au son des ins- 



446 NOTES. 

« triunents les exploits de leurs ancêtres, afin <;u'> b-s 
A jeunes gens frappés de la splendeur de la Tain, de- 
«. vinssent tellement pénétrés d'admiration pour elle 
(i et épris de la gloire, qu'ils les préférassent à loni 
« Tel est, sire, le but que nous avons prétende att»iiu 
« dre par nos jeux. ...... 

« Vous êtes engagé à regarder au- si la vertu eom- 
« me le premier de tous les biens à l'exemple it Ces 
« trois grands hommes dont l'existence s'est perpétue. 
« de siècle en siècle., par le souvenir de leurs actions. 
« Par celui de Scipion surtout, dont vous nous offre/ 
« le modèle vivant sur la terre. La raison vous ],• ,,,,, 
« seille.. La justice vous l'ordonne. . . Continuez dom 
« sire^ à vous conduire en homme, comme vous l'avez 
« toujours fait. . . » 

(8) « Si les hommes, dit Thomas de Frégoze, piè- 
ce liaient la justice pour règle de leurs actions, hma les 
u peuples du royaume se seraient soumis avec re 
« à votre empire... Mais comme on est toujours avfeo- 
<c glé sur ses propres intérêts; comme on >c farine trop 
« souvent emporter par ses passions, on préfere ciml 
« quefois le joug d'un usurpateur à l'autorité lewitimi 
<( du souverain. » 

« Nulle part vous n'avez éprouvé de \<>s sojetg, sir.-. 
« ni un soulèvement général, ni une soumission eo- 
» tière... Dans le feu des discordes civiles , il m trouve 
f< des méchants qui osent s'élever contre vous, mais ,.,. 
a qui doit vous consoler, c'est qu'aveuglés par la pn- 
« vention, ils croient combattre un tvrau, dans celai 
« qu'ils adoreraient comme un roi s'ils le connais. 
« saient » 

« Voyez au contraire, avec quelle joie, quel rm- 
« pressement vous avez été reçu par tout ce qu'il 
« : de gens vertueux!... il se disputent à lenvi, | qui 



NOTES. 445 

« vous portera sur le troue... Ils n'est rien qu'ils ne bra- 
« vent pour l'amour île vous.. Ravages, ineendies, sié- 
« ges, blessures , famine... tout, et la mort même!. . . . 
a Quand on pense à vos efforts geuéreux, je trouve 
(( qu'il n'est rien de plus propre à soutenir ce courage 
<c dont vous avez donné tant de preuves, dans la bonne 
« et la mauvaise fortune, que le zèle avec lequel,, lors 
h même que vous étie? absent, vos fidèles sujets ont 
r maintenu Naples et plusieurs autres villes du royau- 
r me, sous votre obéissance. Je les félicite de ce qu'ils 
« ne vont recevoir de vous que des traitements propor- 
<( tionnés à leur conduite, et dignes d'un aussi grand 
«. prince que vous l'êtes. L'amour de la gloire, ce senti- 
« ment si naturel aux grandes âmes, vous y invite... sur 
« le trône où vous êtes élevé, vous foulez aux pieds les 
« amusements frivoles et les plaisirs de votre âge. La 
« gloire est la seule passion que vous ne vous soyez point 
<i interdite... Mais vous le savez... elle ne s'acquiert que 
«. par cette fermeté inébranlable qu'on montre dans les 
« grandes entreprises et les périls.... 

« La fortune vous a donné des richesses, un grand 
« pouvoir, des états considérables., elle vous a mis de 
« pair par la naissance avec tout ce qu'il y a de plus 
« élevé sur la terre, et si nous voulons calculer tous les 
« avantages dont elle vous a comblé , nous verrons 
« qu'il ne lui reste que très peu de chose à ajouter à 
« l'éclat qui vous environne, et que c'est de votre propre 
<( fonds que vous devez tirer un nouveau lustre. 

« Ainsi , ne vous affligez point, si elle change de face 5 
« regardez ses rigueurs comme des occasions qu'elle 
k vous prépare de faire briller votre vertu.. C'est à 
« travers les obstacles et les hasards, qu'Hercule ? 
« Annibal, Fabius-Maximus , Marcellus, et plus eurs de 
« vos ancêtres se sont assis à l'immortalité^ Si jamais 



448 NOTES. 

u vous avez comme eux des revers a souffrir, rl< 
« rils à braver, bénissez votre sort 5 estimez vtms heu- 
« reux, de ce qu'avec de la naissance, un grand pou- 
« voir, de vastes états, vous aurez occasion d ajoute i 
« à ces avantages, l'éclat qui vient de la vertu.. Tau! 
« que vous combattrez pour la ju lice, vous j 
« compter sur l'assistance de celui qui se fait appeler 
a le dieu des combats; sur la constance et la fidélité de 
« vos sujets, sur mon zèle, et sur celui de la république 
« dont le gouvernement m'es! confié. » (*) 

(9) On se trouve souvent embarrasse pour concilier 
des historiens qui, d'accord sur les faite., les assignent 
à des époques différente;. 

Ainsi, Iluiïi et Gaufridi prétendent que René trouva 
sa mère à Marseille, « atteinte d'une si griève maladie 
« qu'elle en mourut peu après son arrivée., dont il fut 
« grandement affligé.. » Louvef assure aussi que ce 
prince vit sa mère mourante. Bourdigné place sa moi ; 
à Saumur Tau 1441, d'autres Le 1 1 Décembre 1 1 1 '. 
Les heures manuscrites de Bené lèvent toute ii 
titude à cet égard. On y trouve cette iode eeritede sa 
propre main. 

« Le 14 Décembre de Tan 1 113. trespassa ;m château 
a de Saumur, madame Yolande fille du rov d'Ara 
« et depuis mère du roy René . » 

Llle fut ensevelie dans l'église de St. Maurice. (**) 

(10) Parmi les malheurs qui signalèrent l'abat 
de René j nous devons citer l' événement suivant: 

L'évèque de Metz Conrad Bayer j l'un des membres 
delà régence dans lequel René avait le plus de con- 

(*) Traduction de Papou, tome III, p. 35 1. 

(**) Gaufridi, livre VIII, foi. 3i3. — Rulïï, hist. des comtes de 
Provence. Bourdigné, fol. 1 4j - — Chronique de Charles VII . y. 
4S. — . Louvet, abrégé de Phist. de Provence, p. a 1 1 



NOTES. 44g 

fiance, était accusé de s'être livre aux plus odieux ex- 
cès, d avoir dépassé toutes les bornes de i autorité, de 
s être enfin rendu coupable .les vexations lesplusétran 
«es a 1 égard de divers particuliers. La dénonciation oui 
renferinaitees délits, signée parplusieurs barons lorrains 
el barrois, fut aussitôt envoyée à Naples. René en la 
recevant, la traita d'abord de calomnie; il avait en eftet 
trop d'obligation à Conrad, et ie caractère de ce prêla, 
lu. était trop connu, pour qu'il ajoutât foi à de pareilles 
Plaintes.,. ,„ais elles se renouvelèrent encore. L'évêque 
lut accusé nommément d'avoir augmente la taille 
^n prêtre nommé Watrin Hazart (ancien secrétaire 
'le lieue ), ht même exprès le voyage d'Italie pour dé 
poser contre Conrad... René se laissa enfin prévenir" 
s irrita de cet abus de confiance, retira tous ses non' 
voirs à son ministre, et le fit traduire devant leçon" 
seil de régence auquel il envoya l'ordre de le punir 
•le sa prévarication par une réclusion dont le L mp 
était indéfini. 

Chargés eux-mêmes de l'exécution de la semence 
les accusateurs du prélat l'appellent alors à Aman' 
ce près de ^ancy, sous un prétexte spécieux. Il s'y 
rend sans défiance; mais à peine parait-il , „„ e 1 
chambre est investie, qu'il en est arraché à minuit en 
ehem.se et sans souliers, et malgré la rigueur du froid 
conduit à cheval jusqu'à Condésur-Moselle , où on 
1 enferme dans un misérable apparten eut. 

Le courageux prélat plaignant l'erreur dans laquelle 
on avait entraîné son maître, loin de chercher à *e 
venger d'un tel outrage , se contenta d'en infor 
mer Louis d'Anjou, en date du 15 Janvier UM 
en rappelant à ce prince , ( qui arrivait de Na- 
ples avec le titre de lieutenant-genéral en Lorraine) 
« qu.l seaoïl trouvé à la douloureuse besoigne de Bul 

tome ,. 29 



45o NOTES. 

« gnéville... il demandait ensuite justice du déplaisir 
a et vilainie qu'on venoit de lui faire. » 

Peu de temps après, René instruit de la vérité, pro- 
clama hautement l'innocence de l'évêque de Metz. Il ne 
voulut pas même qu'on attendît son retour en Lorrain» 
pour faire un exemple de ses délateurs. Leur supplice fut 
mesuré sur l'indignation qu'excitait leur crime, et 1rs 
deux chevaliers qui avaient ourdi cette perfide an na- 
tion, périrent sur Féchafaud. 

(II) L'événement rapporté dans la note précédente 
n'était qu'un léger épisode des malheurs de la Lorraine 
pendant l'absence de René.. On se souvient du Mécon- 
tentement qu'avait éprouvé Antoine de Vandémonl à 
son départ. Craignant peut-être qu'Yolande d'Anjou lui 
fût ravie, ou plutôt aigri des propos de la régence, ce 
prince leva des troupes , favorisa les vagabonds, 
en retint un grand nombre à sa solde, et vint Mettre le 
siège devant Haraucourt. 

De son côté, Jean d'Haussonville nommé chef de 
l'armée lorraine, jugea à propos d'investir la place A 
Vaudémont. Mais ne pouvant s'en rendre niait!»-, il 
ravagea les environs, ce qui rappela en toute bâte 1» 
comte Antoine, alors à Commercy. 

Ce prince ayant réuni sous ses bannières les trou- 
pes du Damoisel, rencontra pendant la nuit les soldats 
lorrains entre Ormes et Charmes, les tailla on pièces, 
et s'empara même du grand étendard du duché qu il 
fit déposer en triomphe dans 1 église de Veselise: puis. 
après avoir incendié ou livré au pillage les domaines 
de Jean d'Haussonville et ceux de Ferry Al Savigny. 
maréchal de 1 armée., le comte de Vaudémont rassem- 
bla plusieurs détachements de Bourguignons, de Picards 
et d'Allemands, et se prépara à marcher avec eux sur 
Nancy. 



NOTES. 45 , 

Cette circonstance était trop favorable à l'ambition 
du Damoisel de Commercy, pour qu'il ne cherchât pas 
a en profiter afin de se rendre indépendant. Aussi, le 
vit-on suivre l'exemple du comte de Vaudémont, armer 
des hordes entières de brigands, et ramener dans 
la malheureuse Lorraine toutes les horreurs de la 
guerre civile, pendant que la régence cherchait à inves 
tir les forteresses d'Antoine, ou à repousser ses soldats 
Ne se croyant pas en mesure de faire cesser un tel 
état de choses, le conseil de Lorraine, qui avait déjà 
eu une fois recours à Charles VII, implora de nouveaux 
renforts, et ce monarque lui envoya un corps de troupes 
commandé par le brave La Hire, et Poton de Xaintrailles 
Le comte de Vaudémont n'attendit pas leur arrivée " 
pour déposer les armes : lui-même fit les premières 
ouvertures d'accomodement , demandant seulement 
qu on l'indemnisât des frais auxquels il avait été en- 
traîné. La régence ayant souscrit à cette condition, ce 
prince choisit pour arbitre Gérard de PafFenhawen, et 
le conseil, Charles d'Haraucourt et Ferry de Ludres 
Mais ne pouvant parvenir à s'entendre sur les dédom- 
magements que réclamait le comte Antoine, les hosti- 
lités recommencèrent si vivement, que Charles VII 
envoya sommer les parties de comparaître en Champa- 
gne où il se trouvait avec Charles d'Anjou. 
Ce fut à Bar-sur-Aube qu'il reçut le comte de Vaudé- 
mont , ainsi que Jacques d'Haraucourt, Warry de Fié- 
ville, Philibert de Lenoncourt, Jehan de Poissy, membres 
de la régence. Le roi de France les entendit chacun à 
leur tour, les réunit ensuite, leur retraça le tableau 
des maux incalculables d'une guerre civile, s'offrit 
comme leur médiateur dans les différends qui l'avaient 
allumée, mais annonça en même temps sa ferme résolu- 
tion d'y mettre un terme. 

29* 



452 NOTES. 

Il les engagea ensuite à conclure un traite dont il 
donna les bases, en exigeant un dédit de cinquante 
mille écus d'or dans le cas où une des parties intéres- 
sées ne consentirait pas à en remplir les articles: le 
Uamoisel de Commercy fut compris dans ce traité, »•: 
l'on se sépara fort satisfait en apparence du jugement 
rendu par Charles VII , le 27 Mars 1442. Toute la no- 
blesse qui avait pris parti pour la régence ou pour le 
comte Antoine, se lia aussi par un serinent. 

Mais il paraîtrait que les conditions auxquelles ou i'< 
tait soumis ne fuient pas fidèlement exécutées, puisque 
une nouvelle guerre éclata très peu de temps après , 
aoit quelle eut été provoquée par le comte de Yaude- 
mont, soit que les Lorrains eussent commence 1 agres- 
sion. Quoiqu'il en puisse être, on vit bientôt Antoine in- 
vestir la ville de Bar où se trouvait Louis d'Anjou . 
marquis de Pont-à-Mousson, lieuteoani-général en l'ab- 
sence de René. Le comte de \ audémont se flattait sans 
doute d'intimider facilement un prince âgé a peine de 
douze ans, et surtout les capitaines qui répondaient de 
sa personne. Mais contre son attente., le jeune Louis se 
mit lui-même à la tète des assièges, Aola a la rencon- 
tre de son ourle, culbuta ses soldats et le força à s'éloi- 
gner. Plein de prudence comme de courage, il n'ac- 
cepta point une bataille générale que lui offrait 
Yntoine revenu sous les murs de Bar a\ee un corps de 
troupes bourguignones, et lui lit répondre que rv n'é- 
tait point à lui à assigner le lieu et le moment d'un 
combat décisif. Les bourguignons se dispersèrent alors, 
etfurieuxdu peu de succès de leur entreprise, ils rava- 
gèrent sans pitié le malheureux duché de bar. 

Cbarles VII put seul terminer ces déplorables divi- 
sions (*). 



NOTES. 455 

(12) Après vint le roi de Sicile. 
Secours au roy pour requérir, 
Et réduire de Metz la ville, 
Et lui ayder la conquérir. 
Le feu roy si luy octroya 
Sa requeste par humbles termes. 

dit Martial d'Auvergne (*). 

« En ce temps là, rapporte Monstrelef , le dauphin 
<o assiégeoit Montbelliard, et le roi Charles VU le chas- 
te teau d'Arlay défendu par le hastard de Vergy qui le 
« tenait engagé pour aulcun argent qu'il disoit aveoir 
« laissé aux affaires du roy de Sicile; lequel chasteau 
« estoit très fort, et bien avitaiilé et réparé. » 

« D'Espinal, le roy s'en alla en la ville de Nancy, ce 
« dont le supplia le roy de Sicile, qui luy plust donner 
(c secours aide et confort, et conquerre la ville de Metz 
a et aulcunes aultres prochaines villes du dit estât, les- 
« quelles lui estoient rebelles, combien qu'elles soyent 
« de son propre domaine. 

« C'est pourquoi, le roy., en faveur du roy de Sicile, 
« à tout grand armée envoya sommer la ville de se ren- 
ie dre(**> » 

Voici la .singulière explication que donne de cette 
guerre j un écrivain peu connu nommé Bournon, et 
dont les mémoires sont restés manuscrits.. « Et comme 
« le susdit roi llené n estoit en soubeiance de rien, et 
« n'a voit en la ville de Nancy que vie oyseuse, que 

(*) Chronique de Provence , fol. 617 — Anselme, toiue II, fol 
118, i32g. — Bexon,hist. de Lorraine, p. 126, 128. -Baleicourt, 
p. 117. — Dora Calmet II, fol. 825. — Notices sur la Lorraine, 
ïo\. 3q2,858. — Chronique' de Berry. Héraut donnes, p>. f\i^> — 
Archives de Lorraine. 

(**)Vigilesde Charles VII, l. ei , p. 210. — Monstrelet II, fol. 170. 



/p4 NOTES. 

« passoit à faire dixaines de cliapelets que passoit ta 
a rubans, ou en oiseaulx que plumoist a ceste fin 
« qu'eust couleurs de plumes que vouloit peindre, luv 
« prist fantaisie de guerroyer et vint attaquer lei 
« sins qui n'en pouvoient... dont tira grosse somme d'ar- 
« gent et navoit droit. » 

(13) Quoique plusieurs historiens anglais, français 
et même lorrains, aient prétendu que le mariage de 
Marguerite d'Anjou fut célébré à Tours, il est certain 
qu'il eut lieu à Nancy, ainsi que les fêtes qu'il occa- 
siona. 

Quant à la date du 17 Septembre que lui assigne Li- 
gnéville ( histoire de Lorraine ), elle est évidemmenl 
inexacte. On approchera davantage de la vérité en 
la plaçant au commencement du printemps de l'année 
1115. 

L'abbé Prévost donne à cette alliance el aux préUmi- 
naires qui l'amenèrent une teinte trop romanesque 
pour qu'on puisse ajouter une loi entière à son ivcil 
Nous n'avons donc pas cru devoir !<• répéter ici. 

Martial d'Auvergne rapporte en ces termes Kesdivei 
tissements de Nancy: 

Durant la fcstc cust joustes bel] 

Si y jousla le feu bon ro) , (('haï les VU 

Armé gentiment à merveille, 

En très bel et plaisant arroy. 

Aussi fist le roy de Cécile: 

Monseigneur le comte du Maine 

De Foix et aultres si joustèrent. 

ëd, signe de joye et liesse. . . 

Et très vaillamment s'acquittèrent, 

En tout honneur, loz et noblesse. 
Les combattants du tournoi se trouvent dési 






MOTES. 455 

dans un manuscrit du temps qui fait partie de la 
curieuse collection de M'. Noël, notaire royal à Nancy. 

« Ceulx de dedans: 
« M. de Calabre; de St. Pol, le sénéchal d'Anjou; le sei- 
« gneur de Beauvau; le seigneur de Mizon; Jehan de 
« Cossa; Thiery de Lenoncourt; Jean Crespin; Philippe 
(( de Lenoncourt, le jeune Charny de Charnoix, Jean de 
« Nancy. 

« Les Forains à couverte s 
« Le roy de Cécile; le comte de Vualdange; le seigneur 
« de Fénestrange; le sir e de Bassompierre; le seigneur 
<( de Flavigny; messire Wary de Fié ville 5 le seigneur 
« Jacques de Haraucourt; Jacquot Rouart; Geoffroy de 
« St. Belin; Jehan de Toulon; François de Chambley; 
« Louis de Wisse; Godefroi de Namur; Philibert de la 
<c Jaille; Claude de NeufchâteL. (Vhostel du roy super 
« abondant ). 

« Chascun des dicts dévoient, suivant les statuts, faire 
« huit coups de joustes, et le mieulx joustant aveoir 
(( ung diamant au-dessoubs de mille escus, chanffrain 
« à pincer l'eseu, et le tymbre armoyé de ses armes. 

« Et quiconque vuidera la selle, il en est quitte pour 
a dire aux dames: Je n'en peulx mais... Et quiconque 
« serait trouvé lyé, ou qu'il joustât de lances dispareil- 
« léesj il n aurait aussi point de prix pour iceluy jour- 
ce Et commenceront les susdictes joustes, le dimanche 
« jour des., et dureront trois jours en suivants. 

« M. de la Tour ( continue un autre manuscrit ), vint 
« sur les rangs après M. de Loheac, fils de M. de Laval, 
« (André de Laval, maréchal de France )., et devant 
a Prégent de Coëtivi, et Poton de Saintrailles... et y 
k vint monté sur ung bel et puissant coursier, et une 
« houssure de beau drap d'or, chargée de petites cam- 



4 -Jà PTÔTES. 

« pannettes d'or., et une manteline de mesme; et a\oM 
« dix gentilshommes atournades de saîin blanc. 

(( Il fist douze courses sçavoir: trois contre ML de St- 
« Pol, six contre messire de Lalain, et trois conlf '* 
« messire de Brezé et rompit six lances. 

ailles de Mailly et Gaston V, comte deFoix, se présen- 
tèrent tour à tour à la joute ainsi que Ferry de Lorrai 
ne ; mais au témoignage d'Olivier de la Marche, celui 
des étrangers qui brilla le plus aux tournois de Pîancyj 
paraît avoir été « messire Loys de Luxembourg, jeune 
« seigneur, moult saige et bien adressé, bon corps et 
« droict , et nourry en la maison de Bourgogne... 11 se 
« trouva en fort bel arroy, qui aulcune fois à la fin de 
« i celles jo ustes, avoit le plus de renommée et de ré- 
« putation, et emportoit le prix des dames pour le 
« mieulx joustant. » 

« Jacques de Lalain (*) se tira aussi en la cour di 
« roi René, pour veoir et soy inonstrer.. et se gouverna 
ce si bien en tous estats qu'il emporta bon brnycl de 
<( ceste assemblée;, ainsi que Pierre de Beinfiremonl 
« seigneur de Charny, ([ui se monstra honorable entj 
« et au regard de la seigneurie et noblesse de l'ramv. 
« c'estoit chose noble à veoir (**). » 

( 14) Il étoit fils de Renaudd'Àubusson, d'une ^rès ancien- 
ne famille d'Auvergne, ei de Marguerite de Cambern- 

Présenté de bonne heure à la cour de Charles \ II, 
sa bonne mine, son air noble, et sa conduite vertueuse 
je firent tellement distinguer que le roi disait gourent 

(*)La vie de Jacques de Lalain, chevalier de la toise n d'or et tue 
en i453, a été écrite par Guillaume Châtelain. 

(**) Olivier de la Marche, p. ->!\o. — Manuscrits de Torche .lu 
Croissant. Moféri , tome 1/', i'ol. 5u8. — Hist. de Marguerite 
d'Anjou, tomeI. er ,p. 36. — Doai Calmet II, loi 807. — Ha] m tf 6 
Thoy r as , tome I V , p« 3o5. 



NOTES. 45.7 

en parlant de lui: « Il est bien rare île voir ensemble 
« tant de feu et de sagesse. » 

Ce fut pendant les noces de Marguerite d'Anjou , que 
d'Aubusson entendit raconter les borribles cruau- 
tés dont les infidèles s'étaient rendus coupables sur la 
personne de W ladislas, roi de Pologne et du cardinal 
Césarini, légat du pape, qu'ils avaient écorcbé vif 
après la bataille de Varnes. La profonde indignation 
qu'en ressentit le jeune gentilbomme lui fitpreudre la 
résolution daller combattre les Musulmans, et il fut 
alors se faire recevoir cbevalier à Rhodes où se trouvait 
son oncle Louis. 

On connaît le reste de sa glorieuse carrière. Le trésor 
de Tordre ayant élé épuisé durant le mémorable 
siège soutenu contre les Ottomans, Pierre d'Aubusson 
ordonna qu'on prît en la sacristie deux cents marcs de 
vieille argenterie et un calice du poids de six marcs, 
le tout aux armes du grand maître ilélion de Villeneuve. 

Pierre d'Aubusson, qui fut nommé cardinal diacre de 
St. Adrien, mourut le 3 Juillet 1503 r âgé de quatre- 
vingts ans. Il a laissé une traduction des statuts du 
chapitre général de 1189, imprimé in 4° (*) 

(15) On ajoute que le roi René « ayant eu ainsi sa 
« fille ravie, lui vivant et beuvant à plainhanapsa dis- 
« grâce., fut obligé de consentir à cette union... 

« Simpliorin Lhainpier rapporte aussi qu'Yolande 
<< donna de grands chagrins à son père par son amour 
« pour Ferry, prince bien f ai et de forme de corps et 
« beau de visaige, tant qu'il estoit entre les hommes 
« regardé comme Hélène entre les femmes, et plus par- 



(*) Hist. de Pierre d'Aubusson ( Bouhours, in-4 . ) p. 9, 12, i5 
— Vie de Georges Castriot,dit Scanderbcrg II, p. 4^4. Moféri, 
tome I.«r,fol. 5i8, — Naberat, p. 29. — Vauprivas, fol. 980. 



458 NOTES. 

« fait en mœurs, couraige, force, et prudence aux 
« armes. » 

« On trouva, dit C. Nostradamus, dans un vieil ma- 
«. nuscrit de Louis de Grasse, seigneur de Mas, ces pa- 
rt rôles en grosses lettres et ramage provençal: 

« Ferry de Vaudémont fils d'Anthony, avent per 
« forsa près per rapt, madame Yolande, fille de Maos- 
« su lou rey René, et tengudo (tenue ) long-temps à 
« son poder (pouvoir) per cobrir (couvrir) tel rapt. 
« fut counvengu ( convenu ) à accordât màlement ( tant 
<( bien que mal ) que Moussu Ion rey la baillant' en 
<( mariage au dict Moussu Ferry, et que la principale 
<( cosa de l'odi ( l'antipathie ) qu'era entre aquestous 
« (ces deux) seignours, prodecessia (provenait) del 
« lai rapt, antecipet ( il anticipa ) leis jours al paure 
« (pauvre ) rey, plus que tout altra causa, é engendre! 
« nous, proun (beaucoup) de mal en Prouvenea. » 

M. Chêvrier s'exprime ainsi au sujet de ce mai 

a René mettait des intervalles à pes manie». 11 unit 
« Yolande et Ferry et céda,, en (444, Pont-a-Mousson à 
« Jean d'Anjou, son fils, pour en jouir, disait-il, are* 
« Marie de Bourbon, nostre très cnière braeefl ntani 
« bonne femme. » (*) 

(16) Le texte de cette abolition porte « que la iesk des 
<( folz est dérisoire, et d'un très grant vitupère », 
« diffame de tout lestât ecclésiastique... et la dicte leste 
« dampnable, et condamnée comme superstitieuse et 
« paganique. » 

C'était en effet une véritable saturnale., ou les tierce 
et même les prêtres se permettaient les plus in«l< « 
impiétés. 

(*) Chronique de Provence, fol. 601. — Gaufridi. fol. 3o; — 
Houclielt, fol. 5-'i'.. —Manuscrit provençal. Chêvrier. loim. 111- 

p. 2 T , 



NOTES. 459 

Après avoir créé un pape et un évèque, ils entraient 
dans l'église, masqués en bouffons et en femmes, dan- 
sant d'une manière licencieuse., et cliantant des chan- 
sons obscènes*, ensuite ils mangeaient de la viande de 
porc sur l'autel même où l'on disait la messe , y 
jouaient aux dés, et faisaient brûler dans l'encensoir des 
morceaux de cornes ou de vieux cuirs. 

Ces abominations eurent lieu dans l'église de St. 
Trophime, à Arles, en Juin 1355, au couronnement de 
l'empereur Charles IV, et en présence du duc de Bour- 
bon, d'Amédée VI de Savoie, etc., etc. 

L'empereur fut si scandalisé qu il donna lui-même 
l'ordre de faire cesser sur le champ cette fête impie (*). 

(17) Un témoin oculaire rapporte ainsi l'entrevue de 
ces princesses: « de là, madame la duchesse (de Bour- 
« gogne ) après avoir salué la royne de France et la 
« dauphine, alla saluer la royne de Sicile, laquelle es- 
te toit à trois pieds de madame la dauphine ; et à celle 
(( là , madame,, ne fist point plus d'honneur que l'auU 
a tre luy en faisoit, il n'y eut nulle d'elle d'eux, qui 
% rompist des aiguillettes à force de s'agenouiller. » 

a Puis ayant baisé toutes les femmes de la royne et 
« de la dauphine, Madame ne voulut baiser de celles de 
« la royne de Sicile non plus qu'elle fist des siennes... 
« et ne voulust madame la duchesse, pour rien aller 
« derrière la royne de Sicile., car elle disoit que M r . le 
« duc estoit plus près de la couronne de France, que le 
« roy de Sicile, et aussi qu'elle estoit fille du roy de 
< Portugal qui est plus grand que le roy de Sicile... e* 
« ne se trouvèrent ensemble , là où il falloit aller quei- 
•( que part, et quand elles estoient dans la chambre de la 
h royne, l'une se tenoit d'un côté, et laultre de I'aultre. 

Moieri [orne III, fol, /|o. — Papou III., p. 2i3, 



4ôô KTOTES 

« De là, Madame alla saluer madame de Calabre, 
« fille de la sœur de M. le bon due Philippe et esloil 
« à quatre ou cinq pieds de la royne de Sicile, sa belle- 
ce mère... Et madame lui iist plus grant honneur qu'à 
« ses aultres niepees, parce que M. de Calabre étoit fils 
<( de roy... Et disoit Pérelle de la Rivière, dame d«* ki 
« Roche Guyon, (première dame delà roy ne) quelle 
« navoit veu venir personne du royaume, devant la 
« royne (Marie d'Anjou) à qui elle fist autant d'hon- 
« neur qu'à madame la duchesse (de Bourgogne). 

M. de Ste. Palayc se trompe en paraissant adopter l'opi- 
nion de la duchesse de Bourgogne, que le dur Philippe 
fut plus près que René de la couronne de France. Ces 
princes étaient parents de Charles Vil au même di 



I er . Degré. 
Charles V. 
Charles VI. 



Jean roi de France. 

•2e. Degré. 5«. Degré. 

Louis I er . D'Anjou* Philippe-le-Hardi. 

Jrau s 



Louis II. 



Charles VII. j René. 

Dans un manuscrit de Mbnstrelet, provenant de la 
bibliothèque de Colbert, Isabelle de Portugal eal repré- 
sentée à genoux, prenant congé de Chartes > 11 qui est 
assis sur un tronc (*). 

(18) La plupart des princes de France se réunirent 
à Charles VII et à René pour envoyer des ambassadeurs 
à Henri VI. On vit même Louis de Bourbon se mettre 
à la tête de l'ambassade française dont faisaient partie 
Jacques Juvenel, Bertrand de l'eau vau, Estienne Che- 
valier etc. 

« Us firent leur entrée à Londres, dit une relation du 

(*) Montfaucon, tome III, p. aa5. — Lacurae de S. 1 * Palajo 

JVÎémoires sur l'ancienne chevalerie , tome III , p. iy8 199- — Hon- 
neurs de Sa m. 



KOTES. 4 61 

« lemps, le mercredi M Juillet. Le lord Maire avoit 
« une espée dorée que ung liomme tenoit devant luy , 
« et y avoit moult jjrant peuple à les veoir. » 

« Le jeudi 15, ils firent leur harangue en français- 
h Henri Viles reçust très bënignement et joyeusement.. • 
« ïl fist répondre en latin par le chancelier, et faisoil 
u très bel semblant d'estre très content et très joyeux... 
« et mesmement quand il parloit du roy son oncle 
« (Charles VII ), et de l'amour qu'il avoit à lui, il $em« 
« bloist que le cœur lui rist. » 

a Et estoit vestu le roy, d'une robe de velours noir , 
« longue jusque à terre (*). » 



(*) Relation manuscrite des ambassades. — Paluze N.* 8/\fô 
fol. 171,175. ( Bibliothèque royale ). 



FIN DES NOTES DU PREMIER VOLUME. 



ERRATA. 



LIVRE I.er 

Page 3, ligne II. Oncle, lisez : Cousin. 
Page 51, ligne 13. Boulier , lisez : Bouliers. 
Page 58, lignes 10 et 13. Artur, lisez: Artus. 
Page 88, ligne 5. du comte d'Alençon, lisez : du duc 
d'Alençon. 

LIVRE II. 

Page 143, note. Épitome des ducs de Bourgogne , 

lisez : des ducs de Lorraine. 
Page 171, ligne 21 1122, lisez: 1432. 

LIVRE III. 

Page 361, ligne 7. n'obéissaient plus a, Lises: dV 
baissaient qu'à. 

NOTES. 

Page 389, note 10, ligne 5. Elisabeth de Bourgogne. 
Moritagu Raoul, lisez : Elisabeth de Bourgogne-Mou- 
tagu. Raoul. 

Page 419, ligue 28. châtains blanc, lisez : châtains 
blonds. 

Page 421. On les monstra, lisez: on les montra. 

Page 438, ligne 19. qui comptait et. lisez :qui Domp- 
tait parmi ses membres et, etc. 



DEC 1 2 1983 



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